ARCANES, la lettre

Sous les pavés


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Sous les pavés", dédiée à l'archéologie.

SOUS LES PAVÉS


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Plan reconstitué de Toulouse antique, dans Bernard Dupuy des Grais, "Tolosae antiquae chorographia", 1713, Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms. 1254.

Carte archéo vintage


septembre 2017
Si vous recherchez une carte archéologique de Toulouse, vous pouvez consulter la plus ancienne d'entre elles à la Bibliothèque municipale de Toulouse. Elle apparaît dans un manuscrit intitulé Tolosae antiquae Chorographia écrit par Bernard Dupuy des Grais en 1713. Sa vision de la ville à l'époque gallo-romaine est très particulière. On y reconnaît bien, sur la rive gauche de la Garonne, l'amphithéâtre de Purpan et le tracé de l'aqueduc qui amenait l'eau des sources de Lardenne. On y voit même la mystérieuse construction de Peyrolade, détruite au 19e siècle, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuelle école Lespinasse. Pour le reste, l'extrême schématisation de la trame urbaine présentée sera plus utile aux joueurs de marelle qu'aux archéologues qui seront plus avisés de consulter la couche « Vestiges connus de Tolosa » sur le site UrbanHist +.
Trophée de l'ancienne porte narbonnaise, copie du dessin de Servais Cornouaille publié par Antoine Noguier en 1556, extrait de Bernard Dupuy des Grais, Historia Tolosae, 1719-1720, Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms 1254.

A-t-on trop fait pour célébrer la victoire ?


juillet-août 2017
Pour exalter la vertu guerrière, on avait l'habitude de présenter aux citoyens du monde romain un trophée après chaque victoire. Originellement, on choisissait un arbre qui était habillé avec les armes pris aux ennemis : casques, cuirasses, boucliers, lances… Mais pour pérenniser et diffuser ce message, on passait souvent au stade de la représentation, que ce soit sur des pièces de monnaies ou des bâtiments publics, où apparaissait aussi quelquefois l'image des vaincus dépouillés de leurs vêtements, assis et entravés au pied du tronc qui portait les preuves de leur défaite.
A Tolosa, c'était sur le fronton de la porte dite narbonnaise, à l'entrée sud de la ville romaine, que l'on pouvait voir un tel tropaeum sculpté dans la pierre. Enfoui et caché après l'Antiquité, il ne fut redécouvert que vers 1555, lorsqu'on entreprit de démolir le Château narbonnais qui avait remplacé, durant le Moyen Âge, la porte antique de même nom. Ce monument fut détruit dans la foulée mais, heureusement pour nous, décrit et représenté en gravure par Antoine Noguier dans son « Histoire tolosaine » de 1556, produisant ainsi le plus ancien rapport de fouille archéologique disponible pour Toulouse.
Musée Saint-Raymond, Miroir étrusque en bronze gravé de la fin du IVe siècle avant J.-C., Carte postale, Edition d'Art Larrey, Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3826.

Antique réflexion


juin 2017

Avant l'invention du miroir moderne combinant verre transparent et feuille métallique réfléchissante, on utilisait durant l'Antiquité du métal brut poli pour essayer de capter son image. Les Étrusques fabriquaient des miroirs en bronze dont le dos était orné d'un décor gravé. Le Musée Saint-Raymond de Toulouse a la chance d'en posséder un bel exemplaire représentant un devin, dénommé Calchas, examinant des entrailles. Sa provenance reste inconnue, mais n'est vraisemblablement pas régionale.
En ce qui concerne Toulouse, il faut s'intéresser au gué du Bazacle pour trouver trace de miroirs antiques. En effet, cette zone de hauts-fonds de la Garonne, située au nord de la ville ancienne, a été explorée par les archéologues au début des années 1970. Plusieurs fragments de miroirs romains y ont alors été découverts mais, cette fois-ci, c'est l'argent qui avait été utilisé, de préférence au bronze (qui est peut-être quelquefois difficile à couler ?).
Que faisaient-ils là ? Un de nos ancêtres gallo-romains, traversant le cours d'eau à pied et découvrant que ses traits se reflétaient parfaitement dans l'eau, a-t-il décidé de se débarrasser de son miroir devenu inutile ? L'a-t-il plus simplement perdu lors d'un faux pas ? Il y a une explication plus logique. Les berges de la ville ont servi de dépotoirs pendant des siècles et des milliers d'objets ont ainsi été entraînés par le courant. Or le Bazacle, premier obstacle qu'ils rencontraient dans leur dérive, est un seuil rocheux parsemé de trous. Les objets métalliques, les plus lourds, s'y sont trouvés naturellement piégés.

PS : Archéologie en bords de Garonne, visites guidées gratuites les 16 et 17 juin à 14 heures dans le cadre des Journées nationales de l'archéologie.

Boîte aux lettres pour bébés de l'Hôtel-Dieu de Toulouse... Cliché numérique. Marc Comelongue - Service de l'Inventaire patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole, 2017.

Une nouvelle définition en archéologie du bâti : le « Merci Maman » ?


mai 2017

C'est en tout cas le nom que l'on pourrait donner à une structure architecturale dont Toulouse montre un bel exemple. En haut du grand escalier de l'Hôtel-Dieu, à droite de l'entrée principale, on peut voir une niche traversant le mur. Il s'agit d'un guichet un peu spécial, aménagé à l'époque moderne, qui servait à déposer les enfants que l'on voulait abandonner à l'institution hospitalière (vous y verrez même une poupée emmaillotée qui y a été placée pour reconstituer sa fonction).

En fait, il est dénommé « tour » à cause du plateau en bois, pivotant sur un axe, disposé en son milieu. Il permettait de déposer anonymement le bébé par l'extérieur et de le mettre rapidement à l'abri en tournant le plateau vers l'intérieur. Ensuite, l'avenir des bambins délaissés semble avoir été assuré.

Quand, en 2015, le Service archéologique de Toulouse Métropole a fouillé le cimetière de l'hôpital, situé sous l'actuel port Viguerie, seuls des ossements d'adultes ont été mis au jour...

Basilique Saint-Sernin. Dépose et ouverture du sarcophage dit de Guillaume III Taillefer, Comte de Toulouse, par l'équipe de Jean-Louis Laffont, en présence de Dominique Baudis. 23 mai 1989. Négatif N&B, 24 x 36 mm. Patrice Nin - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi8085.

J'ai essayé de renouer le fil de l'archéologie toulousaine…


avril 2017

et je suis d'abord allé voir tout naturellement du côté de la rue des Filatiers. Comme son nom l'indique, elle attira des fileurs, des tailleurs, des chaussetiers, des couturiers, des brodeurs… mais malheureusement pas beaucoup les archéologues ! Heureusement Gérard Villeval sauva l'honneur en 1961 en recueillant quelques fragments de céramiques antiques, dont une lampe décorée d'un chrisme, lors de travaux de voirie devant le numéro 5 de cette rue. Et puis il y a bien ce culot sculpté d'une tête d'ange (pas de filatier…) découvert lors d'une démolition en 1975 au numéro 35.

En fait, pour essayer de garder une trame à cette histoire, il faut avoir le courage de mettre son nez ailleurs, dans des endroits un peu particuliers : les sarcophages. Milieux clos par fonction, nous aurons des chances d'y découvrir des tissus encore conservés et de retrouver le fil de notre quête. C'est ce qui s'est passé en 1989 lorsqu'on a dû déplacer l'un des tombeaux de l'enfeu des Comtes de la basilique Saint-Sernin, qui avait besoin d'être restauré. L'occasion était trop belle et une fouille minutieuse de son contenu fut dirigée par Christine Dieulafait et Eric Crubézy. Résultat : des ossements dont certains appartiennent probablement à un membre de la famille comtale toulousaine des alentours du 10e siècle. Il avait été inhumé habillé avec chausses, chemise et tunique de toutes matières : lin, coton, soie, laine. Un vrai festival fibrique et « filique »...

« Ci-gît un non-préhistorien »... Sépulture du chanoine Pouech au cimetière de Sabarat (Ariège). Photographie Marc Comelongue, Toulouse Métropole, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie.

Des hommes préhistoriques, il n'y en a point...


mars 2017
Les archéologues actuels ont peu de problèmes avec la censure (à part avec quelques comités de lecture particulièrement tatillons...). Mais certains de leurs prédécesseurs ont pu pratiquer l'auto-censure, tout particulièrement ceux qui étaient aussi religieux. Nous ne parlons pas ici de l'abbé Breuil et de ses contemporains qui surent réconcilier Foi et Préhistoire, mais de la génération précédente dont l'un des plus connus dans notre région est l'abbé Pouech (1814-1892) qui fut chanoine de Pamiers. Il a été le premier explorateur des grottes et des dolmens de l'Ariège où il découvrit les traces des premiers habitants de nos contrées qu'il qualifia certes de pré-celtiques, mais encore « enfants de Noé ».
Lors de ses premières investigations dans la caverne du Mas-d'Azil, il imagina même d'abord que les silex qu'il trouvait avaient servi de briquets pour allumer des feux aux protestants qui s'étaient retranchés dans la grotte lors du siège de la ville voisine en 1625. L'anecdote est véridique et, parmi les assiégeants catholiques commandés par le maréchal de Thémines, ce furent d'ailleurs les Toulousains qui furent choisis pour essayer, sans succès, d'investir ce refuge souterrain. Pourquoi cette troupe en particulier ? Peut-être parce que certains d'entre eux connaissaient déjà cette immense grotte qui depuis déjà au moins un siècle servait de mine de salpêtre, matière première que les marchands de Toulouse achetaient pour fabriquer leur poudre noire.
En 1873, à l'occasion de la découverte d'un éléphant fossile près de Pamiers, la presse signala que l'abbé Pouech possédait une collection concernant l'homme préhistorique. Dans un droit de réponse cinglant, il répliqua : « Des hommes préhistoriques, il n'y en a point. Au point de vue chrétien, ce terme, homme préhistorique, est un non sens ou une hérésie... Quand je vois mon nom rapproché de ce terme fâcheux, que je repousse si énergiquement cependant, de peur d'en être en quelque sorte rendu garant et solidaire, je ne puis, je ne dois, je ne veux en aucune manière le laisser passer sans protestation. Je possède, c'est vrai, des ossements humains trouvés exactement dans les conditions de ceux qu'on appelle préhistoriques, mais ils ne sont pour moi que les os des enfants d'Adam, et probablement aussi de Noé. Je ne sors pas de la Bible. »
Le chanoine Pouech est souvent présenté comme l'un des pionniers de la Préhistoire. Peut-être devrions-nous cesser de le qualifier ainsi ? Cette réflexion est venue à l'auteur de ces quelques lignes lors d'une visite sur sa tombe au village ariégeois de Sabarat. « Ci-gît un non-préhistorien », en quelque sorte... Pour les taphophiles invétérés, la sépulture de l'abbé était localisée sous le porche de l'église au moins jusqu'aux années 1970, mais aujourd'hui son nom apparaît sur le caveau de sa famille, dans le cimetière.
Localisation du site antique de Sarabelles dans Urban-Hist et fragment de mosaïque découvert sur place en 1986. Illustration Marc Comelongue, Toulouse Métropole, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie et Ville de Toulouse, Archives municipales.

Si l'on veut parier sur la couleur d'une tesselle romaine à Toulouse...


février 2017

… les lois de probabilité nous invitent à choisir le blanc. En effet, même les mosaïques les plus colorées utilisent cette teinte et les roches claires pyrénéennes (calcaires, marbres, quartz) ne manquaient pas pour fabriquer des petits cubes immaculés. De plus, si les scènes mythologiques et de la vie quotidienne, ou les motifs floraux et animaliers, en technicolor, sont ceux qui nous viennent à l'esprit, il faut savoir que la plupart de ces pavements étaient simplement bicolores, blanc (souvent dominant) et noir, à motifs géométriques simples. Ce sont ces derniers que l'on retrouve le plus souvent dans l'ancienne ville romaine de Tolosa. Les mosaïques signalées le plus précocement au 19e siècle étaient de ce type (rue Peyrolières en 1858 et rue Cujas en 1872), de même que la dernière retrouvée dans les fouilles de la station de métro des Carmes en 2002-2003.

Les établissements ruraux autour de Toulouse possédaient aussi des sols mosaïqués, tel celui de Sarabelles fouillé vers 1973 par Patrice Cabau et Pierre Prost, sous la responsabilité de Claude Prost. Localisé à l'extrémité orientale de l'actuelle rue Maurice Hurel, près de la Cité de l'Espace, ce site était à l'époque au bord de l'Hers. Ceux qui connaissent cet endroit pourront alors s'étonner car l'Hers coule maintenant à environ 150 mètres plus à l'est. Alors que s'est-il passé ? Dans les années 1980, on lança la construction de la rocade de Toulouse et le secteur de Sarabelles posait problème à cause de la présence de l'aérodrome de Lasbordes dont les nouvelles infrastructures devaient rester suffisamment éloignées par sécurité. On décida alors de se lancer dans des travaux pharaoniques consistant à combler le lit de l'Hers pour construire l'autoroute à sa place, tandis que l'on recreusait une nouvelle rivière le long des pistes d'aviation. C'est d'ailleurs en visitant ce chantier en 1986 que l'auteur de ces lignes, qui ignorait alors l'existence d'un habitat antique en ce lieu, ramassa par hasard un petit morceau de mosaïque sur son emplacement qui avait été égratigné par les engins de terrassement. Comme vous pouvez le voir sur l'illustration ci-jointe, ayant pour fond la localisation du site archéologique dans Urban-Hist, la probabilité a bien été respectée car, sur les quatre tesselles composant ce fragment, deux sont effectivement blanches (les deux autres étant noires).

Gobelet romain en verre moulé découvert lors des travaux de la place du Capitole en 1971 et conservé au musée Saint-Raymond. Cliché Jean Dieuzaide - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3828 (détail).

Vas-y Py-Py !


janvier 2017

En 1971, un parking souterrain fut construit sous la place de Capitole. À cette époque, l'archéologie préventive n'était pas organisée comme aujourd'hui et les archéologues n'ont pas pu intervenir en amont du projet d'aménagement. Ils ont néanmoins pu suivre les travaux et étudier le vestige le plus important mis au jour par cette excavation : la porte nord de l'enceinte romaine de Toulouse.

En revanche, en l'absence de fouilles fines, seuls quelques objets anciens ont pu être récupérés, et parmi eux, miraculeusement au vu du contexte, un magnifique gobelet en verre datant du Ier siècle de notre ère. Sa valeur vient de son décor moulé représentant une course de char à quatre chevaux, des quadriges. On y aperçoit aussi des éléments de l'architecture du cirque où se déroulait la compétition et quelques lettres d'une légende latine : VADERE PYRAME. Nous pouvons la traduire par « Vas-y Pyrame !», ce dernier étant un conducteur de char, un aurige, qui fut célèbre dans tout l'Empire romain au point d'avoir des bibelots déclamant son nom.

Parallèle à travers les siècles, dans les années 1960-1970 le coureur cycliste le plus connu en France était Raymond Poulidor, au point d'avoir rendu célèbre l'expression « Vas-y Pou-Pou ! »...

Tour des Hauts-Murats vue en coupe, dessin, Jules Chalande. Ville de Toulouse, Archives municipales, 40Z71/2.

C'est la grille qui fait la prison...


décembre 2016

...comme le montre ce dessin effectué par Jules Chalande pour illustrer un article paru en 1921 et conservé aux Archives municipales de Toulouse. Il montre ce qui fut d'abord un élément de la défense de la ville à l'époque romaine, qu'on utilisa ensuite, une fois des barreaux posés sur sa fenêtre, comme cachot jusqu'aux années 1960 dépendant de la prison des Hauts-Murats dont l'origine remonte à la fin du 13e siècle.

Celle-ci était le premier lieu de détention construit par les inquisiteurs dominicains, non seulement à Toulouse mais aussi dans toute la chrétienté, et avait servi à enfermer les propagateurs du catharisme, prisonniers qu'on appelait « immurati », les « emmurés », ce qui a peut-être donné après déformation le nom « Hauts-Murats » (à moins que ce soit plus simplement la hauteur des murs...). Cette geôle, où les « hérésie riders » finissaient leur course et où peur faisait nique au son des plaintes, fonda la légende noire de l'Inquisition...

Pile et arche de l'ancien pont de la Daurade. Photographie non datée, auteur inconnu. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi1587.

Arche ! Eh ! Oh ! Où vas-tu ?


novembre 2016

C'est la question que peuvent se poser les Toulousains lorsqu'ils traversent le pont Neuf en direction de Saint-Cyprien et qu'ils aperçoivent sur leur droite une arche en briques jaillissant de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques et rejoignant une plate-forme posée sur un pilier au milieu de la Garonne. Sacré investissement pour aménager une terrasse les pieds dans l'eau, pourrait-on se dire... Nous sommes en fait devant les vestiges d'un projet bien plus ambitieux, car cette arche et la pile qui la jouxte, qui semblent aller nulle part, ne furent pas les seules et appartiennent à un ancien pont traversant le fleuve. De son point d'ancrage sur la rive droite, il tirait son nom le plus commun : le « pont de la Daurade ». Mais il reçut plusieurs autres dénominations : « pont Neuf » lorsqu'il succéda au 12e siècle à un premier « pont Vieux », puis à son tour « pont Vieux » lorsqu'il fut abandonné au début du 17e siècle au profit de l'actuel pont Neuf, et même « pont Couvert » car il était protégé par un toit à deux pentes. De plus, la pile restante que nous voyons découverte aujourd'hui portait en fait une tour de défense qui fut arasée en 1734.

Nos ancêtres ont pu aussi voir pendant longtemps exactement le même panorama, une arche et une pile isolée dans la Garonne, au niveau de l'actuelle place Saint-Pierre. Ce furent en effet les derniers vestiges visibles, avant leur destruction vers 1710, du pont méconnu du Bazacle, apparaissant dans les textes dès 1218 mais déjà abandonné au milieu du 16e siècle.

Une troisième arche de pont mystérieuse existe à Toulouse. Elle se trouve enfouie à 3 mètres de profondeur sous le tronçon nord de la rue de la Descente de la Halle aux Poissons et n'est accessible que par les caves des immeubles voisins. Les arche-eh-oh-logues pensent qu'il faut la rattacher au premier « pont Vieux » de Toulouse qui aboutissait vraisemblablement dans ce secteur après avoir traversé la Garonne et le bras de la Garonnette.

Exemple de faïence des ateliers de Paterna. Bol de céramique verte et manganèse, Paterna, 16e siècle, musée de la Ville (Valence). Joanbanjo (own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ABol_de_cer%C3%A0mica_verda_i_mangan%C3%A9s%2C_Paterna%2C_segle_XIV%2C_Museu_de_la_Ciutat_(Val%C3%A8ncia).jpg.

Olé !


octobre 2016

En 1998, à l'occasion de la construction d'une résidence au 13 rue des Couteliers, une fouille préventive d'urgence a été dirigée par Jean-Louis Hillairet. Elle a permis de mettre au jour, non pas le trésor des Tectosages, mais un dépotoir du 15e siècle rempli de choses follement excitantes pour les archéologues qui, on le sait, se réjouissent de faire les poubelles de nos ancêtres.

Voilà que notre archéologue aux yeux ébaubis se retrouve face à des restes de faune, ainsi que de la verrerie et de la poterie, notamment des bols à oreilles en faïence, importés des ateliers espagnols de Paterna.

Située dans la région de Valence, cette ville est un foyer important de production de faïence dès le 13e siècle, selon une technique apprise des Arabes, et dont la situation au bord de la Méditerranée favorise les exportations dans le sud de la France et l'Italie.

Vestiges du mur romain du square Charles-de-Gaulle, vers 1993. Photographie couleur, 10 x 15 cm. Auteur inconnu. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1 Fi 1955.

Du neuf ?... en archéologie ?


septembre 2016

Ordinairement non, si l'on considère que c'est la science du passé. Tout ce qui est trop récent est donc normalement hors cadre ou bien suspect. Les archéologues sont en effet quelquefois confrontés à des faux. La plupart d'ailleurs ont subi le fameux bizutage qui consiste à dissimuler un objet contemporain (fourchette, capsule de bouteille, pièce d'euro...) à l'endroit qu'on leur donna à explorer lors de leur premier chantier de fouille. Mais les « vrais » faux existent aussi. Par exemple à la grotte ariégeoise de Massat où l'on découvrit, dans les années 1940-1950, des pseudo-sculptures préhistoriques réalisées et disséminées par un plaisantin atteint de la fièvre de falsification, mais, heureusement, suffisamment mal faites pour être démasquées. Il faut noter que ce département voisin connaît malheureusement depuis quelques années la recrudescence d'un virus (pas de la dengue, mais plutôt du dingue...) pathogène du bon sens qui a infecté un auto-proclamé esthète  confondant émotion artistique et divagation malsaine, son projet étant d'enterrer dans toutes les cavernes des galets sur lesquels sont gravées des vulves qui laisseront sûrement dans l'expectative les découvreurs à venir...

Neuf et archéologie peuvent néanmoins faire bon ménage dans le domaine de la restauration. La photographie que nous présentons montre le fragment de rempart romain qui avait été redécouvert et mis en valeur dès 1893 à Toulouse dans l'actuel square Charles-de-Gaulle, près du donjon du Capitole. Son parement hybride, alternant rangs de briques et de moellons calcaires, fut restauré vers 1993 et l'on prit alors le soin de séparer les galets neufs de remplacement et les anciens authentiques par une lame en zinc, visible sur le cliché, avant que l'altération ne permette plus de faire la différence. Ainsi, les pierres situées à droite de la lame de séparation sont « fausses » et celles de gauche sont « vraies »... Euh ! Ou bien l'inverse ? Je ne sais plus... Où sont mes notes ?

Plan du projet de redressement du Canal du Midi et de l'alignement des allées Lafayette (maintenant Jean-Jaurès), 1841. Plan d'Urbain Maguès, 41,2 x 26,8 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 7 D 491.

Quand on est archéologue, on est quelquefois content d'avoir trouvé sa voie...


juillet-août 2016

surtout quand elle est romaine. A Toulouse, la route antique qui conduisait à Narbonne, la « voie narbonnaise », est apparue à plusieurs reprises depuis 1991 lors de fouilles aux alentours de la place Saint-Michel. Auparavant elle ne s'était dévoilée qu'une fois dans les années 1960, sur la commune voisine de Ramonville-Saint-Agne. Néanmoins, sa présence à la limite méridionale de l'agglomération toulousaine était avérée depuis 1886 par une voie détournée... la trouvaille d'un accessoire « de bordure », c'est-à-dire d'une borne dite milliaire servant à indiquer la distance (les milles), gravée au nom de Décence, empereur romain du milieu du 4e siècle de notre ère.

Toulouse a exploré d'autres voies lors de son histoire, et notamment une voie d'eau... qui loin de couler la ville, l'a au contraire développée, car il s'agit du canal du Midi. Mais c'est un sujet sur lequel un archéologue voit double... En effet le canal a très longtemps tracé une boucle peu commode dans le secteur de l'actuelle gare et dans les années 1840, lassés de suivre cette fausse voie..., on décida de creuser un nouveau tronçon, plus rectiligne, tel qu'il est aujourd'hui alors que l'ancien chenal était remblayé (il faudrait donc parler des « canaux » du Midi...). Peut-être remettra-t-on ce tronçon oublié un jour au jour ?

Voir aussi : le redressement du bief de Bayard et plan 7D491.

 

surtout quand elle est romaine. A Toulouse, la route antique qui conduisait à Narbonne, la « voie narbonnaise », est apparue à plusieurs reprises depuis 1991 lors de fouilles aux alentours de la place Saint-Michel. Auparavant elle ne s'était dévoilée qu'une fois dans les années 1960, sur la commune voisine de Ramonville-Saint-Agne. Néanmoins, sa présence à la limite méridionale de l'agglomération toulousaine était avérée depuis 1886 par une voie détournée... la trouvaille d'un accessoire « de bordure », c'est-à-dire d'une borne dite milliaire servant à indiquer la distance (les milles), gravée au nom de Décence, empereur romain du milieu du IVe siècle de notre ère.

Toulouse a exploré d'autres voies lors de son histoire, et notamment une voie d'eau... qui loin de couler la ville, l'a au contraire développée, car il s'agit du canal du Midi. Mais c'est un sujet sur lequel un archéologue voit double... En effet le canal a très longtemps tracé une boucle peu commode dans le secteur de l'actuelle gare et dans les années 1840, lassés de suivre cette fausse voie..., on décida de creuser un nouveau tronçon, plus rectiligne, tel qu'il est aujourd'hui alors que l'ancien chenal était remblayé (il faudrait donc parler des « canaux » du Midi...). Peut-être remettra-t-on ce tronçon oublié un jour au jour ?

 

surtout quand elle est romaine. A Toulouse, la route antique qui conduisait à Narbonne, la « voie narbonnaise », est apparue à plusieurs reprises depuis 1991 lors de fouilles aux alentours de la place Saint-Michel. Auparavant elle ne s'était dévoilée qu'une fois dans les années 1960, sur la commune voisine de Ramonville-Saint-Agne. Néanmoins, sa présence à la limite méridionale de l'agglomération toulousaine était avérée depuis 1886 par une voie détournée... la trouvaille d'un accessoire « de bordure », c'est-à-dire d'une borne dite milliaire servant à indiquer la distance (les milles), gravée au nom de Décence, empereur romain du milieu du IVe siècle de notre ère.

Toulouse a exploré d'autres voies lors de son histoire, et notamment une voie d'eau... qui loin de couler la ville, l'a au contraire développée, car il s'agit du canal du Midi. Mais c'est un sujet sur lequel un archéologue voit double... En effet le canal a très longtemps tracé une boucle peu commode dans le secteur de l'actuelle gare et dans les années 1840, lassés de suivre cette fausse voie..., on décida de creuser un nouveau tronçon, plus rectiligne, tel qu'il est aujourd'hui alors que l'ancien chenal était remblayé (il faudrait donc parler des « canaux » du Midi...). Peut-être remettra-t-on ce tronçon oublié un jour au jour ?

Basilique Saint-Sernin, vers 1910, Enfeu contenant les sarcophages des comtes de Toulouse, Carte postale, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9 Fi 2951 (détail).

La cuve a chaud, la chaux couve...


juin 2016
Au crépuscule de l'antiquité, durant les 4e et 5e siècles de notre ère, les sculpteurs ont profité de la présence de gisements de marbre dans les Pyrénées pour tailler des sarcophages de grande qualité. Les plus beaux ont été décorés, sur leur couvercle et les panneaux de la cuve, avec des motifs géométriques ou végétaux, des chrismes, des animaux ou des personnages formant parfois des scènes complexes. Diffusés dans le sud-ouest de la France, plusieurs ont été retrouvés à Toulouse, mais pas toujours dans leur destination première. En effet, ces monuments se sont prêtés au recyclage.
Souvent d'ailleurs pour le même usage, inhumer des corps, mais à une époque plus récente (suivant l'adage : qu'importe, de la cuve, l'âge). C'est ainsi que, comme le montre l'image que nous présentons, plusieurs de ces tombeaux ayant accueilli au haut Moyen Âge les corps de représentants de la famille comtale toulousaine, se trouvent à Saint-Sernin dans une chapelle attenante à la porte du transept méridional. Mais il faut remarquer que l'un d'eux est une copie, un moulage, car l'original a été déplacé en 1989 pour assurer sa conservation et placé depuis à l'intérieur de la basilique.
On a pu aussi les réutiliser pour décorer des bâtiments et certains de ceux qui se trouvent actuellement conservés au musée Saint-Raymond avaient servi autrefois de linteau ou de montant de porte au monastère de la Daurade ou à l'église disparue de Saint-Michel-du-Touch. Même un simple fragment peut avoir été mis en valeur sur une façade comme à Saint-Sernin, tout à côté des sépultures comtales dont nous venons de parler.
Bien évidemment, d'aucuns n'ont aussi pas manqué de remarquer que l'on pouvait en faire de parfaits abreuvoirs, d'ailleurs souvent recyclés plus tard en bacs à fleurs (les sarcophages à saxifrages...), et les archéologues ont aussi su faire leur marché en parcourant les cours de fermes autour de Toulouse, comme à Saint-Orens-de-Gameville ou à Fourquevaux.
Au crépuscule de l'antiquité, durant les 4e et 5e siècles de notre ère, les sculpteurs ont profité de la présence de gisements de marbre dans les Pyrénées pour tailler des sarcophages de grande qualité. Les plus beaux ont été décorés, sur leur couvercle et les panneaux de la cuve, avec des motifs géométriques ou végétaux, des chrismes, des animaux ou des personnages formant parfois des scènes complexes. Diffusés dans le sud-ouest de la France, plusieurs ont été retrouvés à Toulouse, mais pas toujours dans leur destination première. En effet, ces monuments se sont prêtés au recyclage.
Souvent d'ailleurs pour le même usage, inhumer des corps, mais à une époque plus récente (suivant l'adage : qu'importe, de la cuve, l'âge). C'est ainsi que, comme le montre l'image que nous présentons, plusieurs de ces tombeaux ayant accueilli au haut Moyen Âge les corps de représentants de la famille comtale toulousaine, se trouvent à Saint-Sernin dans une chapelle attenante à la porte du transept méridional. Mais il faut remarquer que l'un d'eux est une copie, un moulage, car l'original a été déplacé en 1989 pour assurer sa conservation et placé depuis à l'intérieur de la basilique.
On a pu aussi les réutiliser pour décorer des bâtiments et certains de ceux qui se trouvent actuellement conservés au musée Saint-Raymond avaient servi autrefois de linteau ou de montant de porte au monastère de la Daurade ou à l'église disparue de Saint-Michel-du-Touch. Même un simple fragment peut avoir été mis en valeur sur une façade comme à Saint-Sernin, tout à côté des sépultures comtales dont nous venons de parler.
Bien évidemment, d'aucuns n'ont aussi pas manqué de remarquer que l'on pouvait en faire de parfaits abreuvoirs, d'ailleurs souvent recyclés plus tard en bacs à fleurs (les sarcophages à saxifrages...), et les archéologues ont aussi su faire leur marché en parcourant les cours de fermes autour de Toulouse, comme à Saint-Orens-de-Gameville ou à Fourquevaux.
Enfin un recyclage plus radical a pu exister. Lors de fouilles sur le site du musée Saint-Raymond en 1994-1996, un four à chaux daté des 5e-6e siècles de notre ère a été découvert. Il contenait des restes de son dernier chargement et on s'aperçut, avec étonnement, que les chaufourniers avaient brisé et utilisé sans état d'âme comme matériau à transformer en chaux des sarcophages sculptés, privés ainsi du statut de futures pièces de musée pour devenir un vulgaire composant de mortier.
Musée Saint-Raymond, paire de fibules découverte en 1983 à l'église Saint-Pierre-des-Cuisines, bronze, dernier quart du Ve s. après J.C. Carte postale, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9 Fi 3798 (détail).

Gothe Gaule...


mai 2016

En l'an 418, Toulouse devint la capitale du royaume wisigoth, d'abord dépendant de Rome puis totalement autonome. Cette parenthèse royale fut stoppée en 508 par la victoire d'autres conquérants venus de l'Est, les Francs, sur leurs cousins germains, obligeant nos amis Goths à une retraite en Espagne, forcés de plier leurs gaules gothes de peur de subir le calvaire, l'hallali goth ou la mort gothe (ou gothe mort, ça marche dans les deux sens). L'ambiance n'était plus à l'Allez, Goth, rie !

Mais avais-tu apporté des changements de visu, Goth ? Le plus évident fut certainement dans l'habillement et un goût plus marqué pour l'utilisation de deux accessoires, témoignage de l'art goth, ou plutôt du goth faste : les plaques-boucles et les fibules. Certes, les romains employaient déjà de gros ceinturons garnis de plaques, mais leur usage avait plutôt été réservé jusque-là aux militaires. Et les fibules étaient bien connues depuis la période gauloise, mais jamais elles n'avaient atteint la taille et la sophistication du décor (à gogo) que leur donnèrent ces barbares. Par chance, deux d'entre elles (les femmes goûtaient ces gotheries par paire) ont été retrouvées dans une tombe lors de fouilles sur le site de l'église primitive de Saint-Pierre-des-Cuisines en 1983 et sont maintenant conservées au Musée Saint-Raymond. Fabriquées en bronze et de forme ansée asymétrique, les appendices digités qui les ornent les rapprochent d'autres exemplaires découverts dans les lointaines contrées danubiennes visitées par ces envahisseurs avant leur goth trip en Gaule.

Dernier écart goth sur ce sujet (en essayant de ne pas faire de coquille), une autre innovation importante de cette époque fut l'adoption progressive de l'inhumation habillée. Cette coutume amenait les défunts, non seulement le Gaule gotha mais aussi les gens du peuple, à être enterrés avec tout leur costume. Elle offre ainsi plus de chances aux archéologues d'en retrouver les éléments les moins fragiles c'est-à-dire les parures métalliques, en explorant, toujours à la merci d'un lumbago, d'anciens cimetières (de Wisigoths ou autres Goths) où quelquefois aussi un Lombard gît, alors que ces deux peuples ont eu des destins bien séparés. A chacun son ego.  D'ailleurs ne dit-on pas faire le distinct Goth, ou un isolement par Lombard-Goth ?

Thermes romains de la place Saint-Etienne de Toulouse remontés près de la Grande Halle de L'Union, cliché Marc Comelongue, avril 2016, Ville de Toulouse, Archives municipales.

Thermobiles… Thermigrants…


avril 2016

Les thermes sont certainement l'un des éléments les plus typiques de l'architecture romaine, qu'ils soient publics ou privés. Archéologiquement, leur présence est souvent révélée par des vestiges de bassin mais surtout d'hypocauste, dispositif de chauffage par le sol dont on retrouve essentiellement les pilettes, régulièrement espacées et construites avec des briques carrées, qui supportaient le plancher sous lequel pouvait ainsi circuler l'air chaud produit par un foyer.

Plusieurs de ces édifices ont été retrouvés dans et autour de Toulouse, et eurent des destins variés. Quelques-uns furent détruits par des aménagements, comme ceux découverts en 1974 au n° 11 de la rue du Languedoc ou en 1973 à Sarabelles dans la vallée de l'Hers. D'autres furent conservés en place comme la natatio, c'est-à-dire la piscine, de la cité d'Ancely au quartier de Purpan ou l'hypocauste de la villa de Gramont à Colomiers.

Enfin les thermes dégagés sur la place Saint-Etienne à Toulouse en 1986, à l'emplacement d'un futur parking souterrain, ont pu exceptionnellement bénéficier d'une « migration ». En effet, Georges Beyney, alors maire de L'Union et féru d'archéologie, proposa de démonter ce monument et de le sauver en le reconstruisant sur sa commune, où l'on peut encore l'admirer à côté de la Grande Halle. Exemple précurseur de coopération patrimoniale entre des municipalités qui allaient communier plus tard au sein de Toulouse Métropole.

Cartel provisoire du Musée de Montségur (09) utilisé lors du prêt de ses collections au Musée des Augustins de Toulouse pour l'exposition « Archéologie et vie quotidienne aux XIIIe-XIVe siècles en Midi-Pyrénées » en 1990. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1084 W 142.

La promotion de l’archéologie a souvent été soutenue par le milieu associatif


mars 2016

Dans les années 1980-1990 à Toulouse, c'était le but de l'APAMP, Association pour la Promotion de l'Archéologie en Midi-Pyrénées. Cette structure (combative...) a notamment participé à l'organisation de l'exposition « Archéologie et vie quotidienne aux XIIIe-XIVe siècles en Midi-Pyrénées » au Musée des Augustins en mars-mai 1990, et surtout à l'édition de son catalogue qui reste une source majeure pour l'étude du mobilier médiéval. Cette manifestation avait permis de rassembler de nombreux objets conservés dans les collections des musées de la région. Celui de Montségur dans l'Ariège, réceptacle des fouilles effectuées dans le célèbre château « cathare », comptait parmi les contributeurs les plus importants avec 138 pièces prêtées et avait été obligé d'orner temporairement ses vitrines dégarnies avec des photographies de substitution, comme le montre le cartel que nous présentons ici.

De nos jours, ce projet est porté, entre autres, par les associations ARCHÉOLOGIES, ex-ADPMP (Association pour le Développement de la Préhistoire en Midi-Pyrénées), basée à Montauban ou APAREA (Action de Promotion et d'Aide à la Recherche en Archéologie) rattachée à l'Université de Toulouse 2 Jean-Jaurès.

Plan de l'île de Tounis et des terriers donnant sur le canal du château Narbonnais dit de la Petite Garonne. Dressé à l'occasion du procès entre les religieuses Sainte-Claire du Salin et le premier président Le Mazuyer. Attribué à Hilaire Pader. Dessin sur parchemin, 58 x 36 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales de Toulouse, 61 Fi 1 (détail).

Deux échelles sur un même plan ?


février 2016

Lorsqu'on parcourt l'avenue de la Garonnette, ancien bras de la Garonne qui séparait l'île de Tounis du quartier de la Dalbade et maintenant mis hors d'eau, nous pouvons encore deviner que l'ancienne berge était par endroit abrupte. Pour franchir ce talus qui pouvait dépasser les six mètres, les riverains avaient aménagé des passages raides assimilables à des échelles. C'est d'ailleurs le nom donné à l'une des rues disparues de Toulouse qui se trouvait dans ce secteur. Cette ruelle de « l'escaleta » permettait, par deux courts tronçons en escalier de rejoindre le fil de l'eau, au sud et en contrebas de l'extrémité orientale du pont de Tounis. Maintenant invisible, elle a laissé la place à un immeuble aux numéros 8-10 de l'actuelle rue de Pont de Tounis, en face la Maison de l'Occitanie. Par chance un plan de 1650, conservé aux Archives municipales, permet de retrouver son tracé.

Et l'on peut aussi apercevoir sur ce document une autre échelle… planimétrique cette fois-ci. Cette « Eschele de Cinquante Canes » est d'ailleurs agrémentée d'un joli dessin de compas.

Pierre tombale du 13e siècle, portant l'épitaphe du notaire Jean Dominique, décédé en 1283. Phot. Joachim Hocine, ville de Toulouse, 23 juillet 2015.

Révolution et matériaux de récupération


janvier 2016

La Révolution française, parangon des changements de régime s'il en est, a engendré, on le sait, de nombreuses destructions de monuments et objets, symboles d'un pouvoir honni. Des édifices ou parties d'édifice sont démolis. Par souci d'économie, les propriétaires récupèrent tout ce qui peut servir à une nouvelle construction. C'est pourquoi on retrouve parfois des fragments de sculpture ou de pierre tombale encastrés dans des murs du début du 19e siècle. Ainsi, les fouilles archéologiques de la place Saint-Sernin qui ont eu lieu cet été, ont mis au jour une pierre tombale, remployée dans un mur, portant une épitaphe mentionnant le décès en 1283 de Jean Dominique, notaire à Toulouse.
Pour en savoir plus sur ces découvertes, rendez-vous à l'exposition de la Fabrique Toulouse Métropole, située au rez-de-chaussée de la médiathèque José-Cabanis, Saint-Sernin, patrimoine oublié, patrimoine révélé, jusqu'au 7 février 2016.

A gauche, gravure de Germain Chambert publiée dans Monumens religieux des Volces-Tectosages…, par Alexandre Dumège, Toulouse : Bénichet Cadet imprimeur-libraire, 1814. A droite, dessin de Saint-Elme Gautier publié dans Catalogue des Bronzes antiques de la Bibliothèque nationale, par Ernest Babelon et J.-Adrien Blanchet, Paris : Ernest Leroux éditeur, 1895.

Quand on est un Amour romain, on fait joujou avec…


décembre 2015
… un papillon. En tout cas, c'est ce que nous montre une statuette en bronze publiée par l'archéologue toulousain Alexandre Dumège en 1814. Découverte à Caraman, elle rentra très précocement au Musée de Toulouse car on la trouve déjà inventoriée dans le catalogue de l'an VIII de la République. Certains ont pu avancer que cet insecte pouvait symboliser l'âme, tandis que d'autres, peut-être plus férus en entomologie,  ont cru plutôt voir un scarabée les ailes ouvertes…
Et quand on est un petit garçon romain, on a des joujoux plus gros…
… comme le cygne que l'on voit représenté sur une autre statuette en bronze, découverte à Toulouse en 1864 et conservée dans les collections de la Bibliothèque Nationale.

… un papillon. En tout cas, c'est ce que nous montre une statuette en bronze publiée par l'archéologue toulousain Alexandre Dumège en 1814. Découverte à Caraman, elle rentra très précocement au Musée de Toulouse car on la trouve déjà inventoriée dans le catalogue de l'an VIII de la République. Certains ont pu avancer que cet insecte pouvait symboliser l'âme, tandis que d'autres, peut-être plus férus en entomologie, ont cru plutôt voir un scarabée les ailes ouvertes…

Et quand on est un petit garçon romain, on a des joujoux plus gros… comme le cygne que l'on voit représenté sur une autre statuette en bronze, découverte à Toulouse en 1864 et conservée dans les collections de la Bibliothèque Nationale.

Extrait du plan de Toulouse dressé après les inondations des 23 et 24 juin 1875, édité par la Dépêche du Midi dans une brochure au profit des victimes de la catastrophe. En couleurs avec indications de la partie submergée en bleu et des bâtiments effondrés en rouge, 50 x 41 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 20 Fi 45 détail.

J’aurais bien aimé être pérenne…


novembre 2015

Se lamentait la petite église située sur le côté nord du rond-point de la Patte-d'Oie, alors que l'on venait de la bénir avant sa mise en service, ce jeudi 6 mai 1875.

En fait, son destin était déjà scellé car il était entendu qu'elle ne devait être que provisoire en attendant la construction de la future église du Sacré-Cœur du faubourg Saint-Cyprien dont on posait, ce même jour, la première pierre quelques mètres plus au nord, du côté de la rue de Tournefeuille (actuelle rue Adolphe Coll).

Mais la suite est encore plus triste car son statut allait passer inopinément de provisoire à celui d'éphémère puisque, un mois et demi plus tard, elle sera détruite par la terrible inondation des 23 et 24 juin. Probablement un record en termes de rentabilité d'un investissement immobilier… Il nous en reste seulement une silhouette imprimée sur un plan recensant les dégâts de cette catastrophe.

 

Strigile d'origine étrusque conservé au musée de Toulouse et provenant de la collection Edward Barry, extrait du Traité de médecine de A. C. Celse, traduction nouvelle par le Dr A. Védrènes, Paris : G. Masson, 1876.

Archéo doloris


octobre 2015

Si l'archéologie moderne fait appel à des anthropologues dès que des restes humains sont découverts, leur démarche ne s'arrête pas aux observations de terrain. Elle se poursuit en laboratoire au service de la paléopathologie, c'est-à-dire l'étude des traces de maladies et de traumatismes chez les populations du passé. Toulouse a récemment contribué à cette science, par exemple en 2002 lors de la fouille du cimetière Saint-Michel où un corps a montré une colonne vertébrale particulièrement déformée. On peut aussi évoquer les fosses communes médiévales contenant des victimes de la peste découvertes au n° 16 de la rue des 36 Ponts en 2014. Nous n'avions néanmoins pas le cœur à montrer dans cet article l'image du squelette d'un Toulousain décédé dans la douleur, c'est pourquoi nous avons choisi d'illustrer les soins plutôt que les maux.
Lorsque le docteur Védrènes publia, en 1876, une nouvelle traduction du traité de médecine de l'auteur latin Aulus Cornelius Celsus, il orna cet ouvrage avec des dessins d'objets antiques. Or Celse indique qu'il utilisait un strigile pour verser du liquide dans l'oreille de ses patients. Le coté actif de ce petit instrument en bronze consistait en une longue cannelure courbe (un peu comme une mini chistéra…) fixée à une poignée recourbée permettant la suspension à un anneau et l'exemplaire présenté par Védrènes se trouvait alors au musée de Toulouse et provenait des collections d'Edward Barry. En effet cet archéologue toulousain, décédé en 1879, avait pu acquérir plusieurs instruments médicaux antiques qui avaient été présentés lors de l'exposition universelle de 1867 à Paris et lors de l'exposition artistique de Toulouse en 1875. Il faut néanmoins préciser que le strigile était aussi, et essentiellement, un ustensile de toilette utilisé pour nettoyer la peau en la raclant lors du bain.

Extrait du plan de Toulouse de 1663 par Nicolas Berey (Musée Paul-Dupuy, inv. 20.6.1) montrant les ruines de l'aqueduc antique. Tirage photographique couleur, 13 x 18 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 1305 détail.

L’anticographie ?


septembre 2015

Ou la représentation des vestiges antiques sur une carte…

Toulouse peut passer pour pionnière dans cette activité puisque deux de ses plus anciennes cartes, celles de Melchior Tavernier en 1631 et de Nicolas Berey en 1663, illustrent des vestiges d'arches de l'aqueduc qui alimentait la ville à l'époque romaine.

L'archéologie sera reprise en compte au 19e siècle dans les différentes versions du « Plan du territoire de la commune de Toulouse » par Joseph Vitry. Celles de 1838 et 1852 (conservées aux Archives municipales sous les cotes 20 Fi 7 et 20 Fi 97) montrent évidemment les ruines de l'amphithéâtre de Purpan mais localisent de manière plus imprécise des cimetières gallo-romains au Férétra et à Terre Cabade. De plus elles affirment que les principales voies d'accès à la ville sont d'anciennes voies romaines.

Extrait du « Plan général du territoire de la commune de Toulouse» de 1860 par Joseph Vitry avec localisation des vestiges de l'aqueduc antique par les lettres majuscules M, N, O et P. Lithographie, 82 x 96 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 21 Fi 6 détail.

 

Une version plus tardive de 1860 (21 Fi 6) apporte, quant à elle, des renseignements supplémentaires concernant le tracé de l'aqueduc antique sur la rive gauche de la Garonne repéré par les lettres majuscules M, N, O et P.

De nos jours, c'est Urban-Hist, le portail internet du patrimoine toulousain, qui perpétue cette tradition de cartographie archéologique.

Croix de cimetière médiévale à texte occitan conservée au musée des Augustins de Toulouse. Infographie Marc Comelongue d'après un dessin de Paul Mesplé.

Difficile de retrouver des traces archéologiques de l'occitan…


juillet-août 2015

En effet, les rédacteurs d'épitaphes ont souvent préféré la noblesse et l'autorité du latin pour nous transmettre leur message. Néanmoins il existe au musée des Augustins de Toulouse une série de croix de cimetière, datées du 14e siècle, portant des formules rédigées en langue vulgaire telles Aisi jac / Ci-gît ou Dio laja / Que Dieu l'aie. Depuis leur redécouverte dans les sous-sols du musée en 1903 et leur publication dans le catalogue d'Henri Rachou en 1912, ces objets passent pour être d'origine inconnue. La faute en incombe aux générations successives d'archéologues toulousains qui ont si souvent décrié le premier d'entre eux, Alexandre Dumège, au point de ne prendre même plus le temps de le lire en détail. Il suffit pourtant de consulter son article intitulé « Notes sur quelques inscriptions sépulcrales provenant du cimetière de la paroisse St-Michel, à Toulouse », paru dans les Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse de 1854, pour y reconnaître ces croix et localiser leur lieu de trouvaille...

Mais existe-t-il des publications archéologiques en occitan ? A l'issue du Congrès national des Sociétés savantes, tenu à Toulouse en 1971, deux tomes intitulés « Archéologie occitane » furent bien publiés, mais l'on y trouve aucune trace d'un quelconque mot de patois... Il faut remonter le temps jusqu'en 1886 et se déplacer jusqu'aux pré-Pyrénées ariégeoises pour lire sous la plume de Jean Cabibel, curé de Montardit, une « Escursiou scientifico et pittouresco a la grotto d'Enlèno ». L'auteur précise qu'il s'agit d'un « pouèmo tragi-coumiqué» mais décrit bien ce que les chercheurs du 19e siècle ont pu voir dans la caverne d'Enlène, sur la commune de Montesquieu-Avantès, où « lous mes petits coulouers soun remplits cado cop de caousos entassados ». Important habitat magdalénien du Paléolithique supérieur, la grotte recelait « betcop de silex » et de nombreux « coutèts, flèchos, gueillos, rasclets, pigassos et martets, tout è d'os ou dè peïro ». Plus tard, elle abrita une importante nécropole de l'Age du Bronze laissant « forço densès humainos » et quelques objets de parure comme « uno petito dens traoucado per un bout » ou « une lamo de brounzo, à bossos rèpussados, coumo testos de claous roundis et d'un bèch bert ». Il faut noter que la grotte d'Enlène devrait bientôt faire l'objet d'une publication de synthèse sous la direction de Robert Bégouën, à qui l'on doit récemment l'édition de deux importants ouvrages sur les cavernes ornées paléolithiques voisines du Tuc-d'Audoubert et des Trois-Frères.

Antoninianus de Tranquilline conservé au Musée Saint-Raymond et portrait de Charles-Clément Martin de Saint-Amand conservé au Musée des Augustins, infographie Marc Comelongue d'après clichés Musée des Augustins et Jacques Rougé.

Aussitôt trouvé, aussitôt fondu...


juin 2015

Tel fut le destin de nombreuses découvertes archéologiques sous l'Ancien Régime, et notamment des trésors monétaires, car la loi spécifiait qu'ils devaient obligatoirement être vendus à l'hôtel des monnaies de la ville la plus proche pour être fondus et récupérer le métal précieux. L'état, qui avait le monopole de la frappe de la monnaie, s'assurait aussi la maîtrise du marché de la matière première indispensable à sa fabrication. Les sanctions prévoyaient la confiscation et une amende, censées prévenir toute velléité de commerce parallèle et surtout l'exportation hors des frontières du royaume. Néanmoins certains amateurs d'antiquités ont essayé de lutter contre cette logique anti-archéologique.

Le Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de notre ville, conserve un important médaillier antique provenant principalement d'un dépôt par l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, constitué à partir de 1763 grâce à l'achat de la collection numismatique de Charles-Clément Martin de Saint-Amand. On y trouve plusieurs monnaies romaines rares aux noms de Pacatien, empereur au règne éphémère (fin 248-début 249), et des impératrices Sabine Tranquilline ou Cornelia Supera. Or ces pièces proviennent d'un même trésor découvert en 1752 près du village ariégeois de Sainte-Suzanne. D'abord dissimulée aux autorités, cette énorme trouvaille de plusieurs dizaine de milliers de monnaies en argent fut rassemblée, après enquête, par le juge des Monnaies à Toulouse. C'est là qu'intervint Martin de Saint-Amand qui, certainement grâce à son poste dans l'administration comme receveur des tabacs, put examiner le lot juste avant sa refonte et acquérir pour sa collection les exemplaires les plus intéressants. La situation est donc paradoxale : c'est donc parce que tout avait été organisé pour qu'il soit finalement détruit en quasi totalité que les monnaies les plus rares de ce trésor ont pu être sauvées. En dehors de leur intérêt purement numismatique ou esthétique, elles peuvent aussi nous renseigner sur des faits historiques. La découverte de plusieurs monnaies, si rares, de Pacatien dans le sud de la France a ainsi été interprétée comme le témoignage de la présence d'une armée romaine provenant des provinces danubiennes, seules contrées où cet empereur usurpateur avait pu exercer, si brièvement, son pouvoir.

Panneau central du sarcophage dit de «La Chasse de Méléagre » conservé au Musée Saint-Raymond de Toulouse, infographie Marc Comelongue d'après Raffaele Garrucci, Storia della arte cristiana,1879.

Archéologue cherche Castor... ou castor ?


mai 2015

Si c'est le héros des mythologies grecque et romaine qui vous intéresse, c'est-à-dire Castor, jumeau de Pollux, il faut se tourner vers le Musée Saint-Raymond. Appelés Dioscures et fréquemment représentés comme des cavaliers armés d'une lance, certains historiens ont cru reconnaître les deux frères sur le panneau central de l'un des plus beaux sarcophages conservés au Musée des Antiques de Toulouse. Ils y encadreraient une scène légendaire où Méléagre tua le sanglier de Calydon. Néanmoins quelques archéologues plus prudents n'y voient que la représentation d'une banale scène de chasse. Par contre si l'on recherche dans le médaillier du musée, nous devrions y trouver Castor, cette fois-ci clairement désigné par son nom, sur le revers d'une monnaie en argent au nom de Geta. Elle fut probablement frappée en l'an 200 de notre ère alors que ce dernier n'était encore que césar sous la tutelle de son père, l'empereur Septime Sévère, au moment où il devint patron de la classe des chevaliers, événement clairement illustré par l'image d'un dieu cavalier. Cette pièce avait d'abord appartenu à l'amateur d'antiquités Charles-Clément Martin de Saint-Amand, puis fut acquise après sa mort en 1763 par l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse. Celle-ci déposa ensuite sa collection numismatique au musée de la ville en 1847.

Mais si vous recherchez des castors, ciblez plutôt les réserves du Muséum d'Histoire naturelle de Toulouse. Le paléontologue Edouard Harlé y signala, en 1899, des restes de ces rongeurs provenant des grottes de Peyre dans l'Aveyron ou de Miguet dans l'Ariège. Concernant le territoire communal, on peut aussi signaler que des ossements de castor furent découverts lors des fouilles qu'André Muller effectua, entre 1972 et 1987, sur le site protohistorique du Cluzel, au nord-ouest du village de Pouvourville.

Travaux autour du Palais des Sports dans les années 1980, Service Technique de la Communication, Ville de Toulouse, IVR73_04313984NUCB.

Sport... Mort... gestion des corps


avril 2015

Après la destruction de la caserne Compans-Caffarelli, le premier bâtiment construit sur son emplacement fut le Palais des Sports, lieu dédié aux manifestations sportives et aux concerts de musique « électrifiée » pendant une vingtaine d'années, à partir de 1983. D'autres aménagements furent bâtis alentour et le creusement d'un parking souterrain réserva une macabre surprise, le 30 novembre 1989. Ce jour-là, des ouvriers découvrirent, dans une cavité maçonnée à 7 mètres de profondeur, une cinquantaine de squelettes humains. Les archéologues dépêchés sur place conclurent à une datation très récente, au vu de la fraîcheur relative des ossements, et passèrent le relais aux experts médicaux-légaux. Ces dépouilles furent inhumées, quelques jours plus tard, dans le cimetière de Cornebarrieu sans que leur origine soit clairement établie : exécutions sommaires pendant la seconde guerre mondiale, victimes de l'épidémie de grippe espagnole de 1918 ou ossuaire rassemblé lors de la désaffectation au 19e siècle du cimetière protestant qui se trouvait non loin de là, rue du Béarnais ? Qui saura ?

Le Palais des Sports fut, quant à lui, démoli en 2004 et remplacé par une nouvelle structure, suite aux dommages irréparables subis lors de l'explosion d'AZF en 2001.

Joseph Mandement sur un radeau, explorant un lac de la grotte de Niaux, infographie Marc Comelongue, d'après un cliché paru dans le journal L'Illustration du 21 février 1925, Archives municipales de Toulouse, REV301

Des médiums aux médias, les moyens  de l’archéologie…


février-mars 2015

Nous avions déjà croisé Joseph Mandement dans un précédent numéro d'Arcanes où nous avions appris que ce toulousain était l'auteur d'un film sur la Préhistoire des Pyrénées et du Périgord diffusé dans les années 1930-1940 et qu'il tenait, à la même époque, une chronique hebdomadaire dans la Dépêche du Midi sur ses découvertes dans les châteaux et les cavernes de l'Ariège. Voici donc pour la partie médias.
Pour la partie médiums, nous avons le témoignage d'une lettre écrite le 10 novembre 1918 par Mandement au préhistorien Emile Cartailhac, dans laquelle il explique que ses recherches étaient guidés par ses défunts parents par l'intermédiaire de son épouse qui était médium. En voici un extrait :

« Mon cher Maître,
 Je vais vous dire la chose la plus étonnante, la plus invraisemblable, la plus folle d'aspect (et j'avoue que si je n'étais pas « scientifiquement » sûr de ce que j'avance et si je n'étais pas, d'autre part, certain que vous avez reconnu en moi des qualités d'homme honnête et sérieux, je n'oserais aller plus loin). Donc la voici. Je vous ai dit que je m'occupais de spiritisme. Je suis, en effet, un privilégié ayant comme médium ma femme… Mes guides permanents sont mon père et ma mère. Je savais qu'ils me suivraient pas à pas dans mon voyage et me protégeraient à chaque instant. Mon père m'avait fait espérer un succès complet et m'avait recommandé beaucoup de prudence et surtout de ne pas faire d'ascension. Je vous assure n'avoir eu qu'une crainte, c'est dans la salle du grand éboulis [à la grotte de Niaux]. A Lombrive [autre grotte ariégeoise], j'ai fait demi-tour sur une crevasse béante – par ordre – il nous sera donné plus tard de savoir si l'appel était exact… A mon retour ici je n'ai pu, la semaine dernière, le temps étant pluvieux et par conséquent contraire aux séances, car quand l'atmosphère est basse, les esprits ont de la gêne dans leur respirations et leurs mots sont pénibles et entrecoupés, avoir que quelques propos intéressants ma famille... Aujourd'hui, le temps s'étant remis au beau, j'ai pu avoir ce soir une conversation assez longue avec mon père. En voici le résumé :
« Je te félicite d'avoir tourné ton intelligence et tes efforts vers des choses scientifiques qui intéressent l'Humanité… Mais je veux te dire mon fils, ceci qui te surprendra, bien que tu aies la foi et sois déjà versé dans le spiritisme, c'est que dans les lieux où tu as travaillé, où vous avez scruté tant de questions qui remontent aux premiers âges, vous étiez accompagnés d'une foule innombrable d'êtres qui ont vécu certains deux ou trois générations et que certains d'entre eux vous frôlaient, comme pour vous souffler l'explication des mystères que vous étudiez…. »
Voilà, mon cher Maître, presque mot à mot la conversation que je viens d'avoir. Vous voyez combien elle est curieuse et grosse de promesses... Nous avons peut-être la possibilité d'avoir le fin mot de tous les mystères des grottes... Je vous certifie d'avoir eu l'impression durant notre visite à Niaux d'être suivi par plus que par mes parents. Mon père m'a dit qu'ils étaient une foule innombrable... »

Cet étonnant courrier fait partie de la correspondance passive d'Emile Cartailhac conservée par l'Association Louis Bégouën. Ces archives font actuellement l'objet d'une campagne de numérisation avec un autre lot de correspondances Cartailhac acquis récemment par le Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse et conservé aux Archives municipales. Elles seront prochainement mises en ligne via le site internet des archives mais aussi par l'Université de Toulouse, autre partenaire de ce projet, sur le portail Tolosana qui présente déjà des documents sur les préhistoriens et paléontologues Edouard et Louis Lartet.

Pour conclure, on sait que Joseph Mandement fit aussi beaucoup appel aux pouvoirs médiumniques de son épouse dans la grotte du Mas-d'Azil pour guider des travaux de désobstruction qui lui permirent de découvrir de nouvelles salles, notamment une importante galerie ornée de dessins paléolithiques. Mais les esprits les plus cartésiens diront que, sur un site comme le Mas-d'Azil, il suffit de creuser assez longtemps pour tomber immanquablement sur quelque chose d'intéressant…

 

Borée et Zéphyr par Pierre Lucas (1692-1752), infographie Marc Comelongue d'après photographies Daniel Martin / Musée des Augustins, musée des beaux-arts de Toulouse.

Toulouse est un pays de vent. Pour « autan », il est difficile de donner une image concrète d'un élément aussi éthéré.


janvier 2015

Dans l'Antiquité, l'allégorie a été utilisée pour résoudre ce problème et l'on peut voir sur les vases produits en Grèce des personnages ailés comme Zéphyr, incarnant le vent d'ouest, ou Borée, représentant l'âpre bise soufflant du nord. En 1843, la ville de Toulouse a acquis de nombreuses poteries grecques ayant appartenu au Comte de Clarac et les Archives municipales en conservent l'acte de vente accompagné d'un inventaire détaillé. Mais ce dernier n'indique pas de représentation d'un moindre souffle d'air dans cette collection maintenant conservée au Musée Saint-Raymond. Tout n'est cependant pas perdu pour les musées toulousains car les artistes des 17e-18e siècles ont repris ces thèmes et le Musée des Augustins possède ainsi deux statuettes en terre cuite représentant Zéphyr, en jeune homme aux joues gonflées, et Borée, en vieil homme grimaçant, de la main de Pierre Lucas (1692-1752). Deux autres sculptures de Zéphyr par François Lucas (1736-1813), fils du précédent, et Marc Arcis (1652-1739) sont aussi conservées dans les réserves du musée des beaux-arts de Toulouse.

www.augustins.org

Coupe grecque à figures rouges découverte au Cluzel en 1976. Infographie Marc Comelongue, des Archives municipales de Toulouse, d'après les archives d'André Muller conservées au Service Régional de l'Archéologie de Midi-Pyrénées.

Un objet archéologique a bien sûr un intérêt par lui-même, mais quelquefois aussi par le périple qu'il a parcouru.


décembre 2014

L'illustration que nous présentons montre un fragment de coupe dite à figures rouges découvert lors de fouilles effectuées en 1976 par André Muller au Cluzel, près de Pouvourville, au sud de la commune de Toulouse. Sa technique ornementale mettait en œuvre un vernis noir dont on se servait pour révéler, en quelque sorte en négatif, des motifs dans les zones non couvertes. Ceux-ci apparaissaient alors en rougeâtre, couleur de l'argile cuite, et nous pouvons apercevoir sur notre exemplaire le visage et les mains tendues d'un personnage sur le médaillon central.
Cette façon de faire n'était pas locale et fut seulement utilisée dans le monde grec et en Italie méridionale au début du second âge du fer. On imagine donc le périlleux voyage de cet objet, somme toute assez fragile, de la Grèce, dont nous savons qu'il est effectivement issu par les caractéristiques de sa pâte, jusqu'à une maison toulousaine du 5e siècle avant notre ère. Les moyens étaient à cette époque bien moins développés que ceux qui permettront, quatre siècles plus tard, de transporter facilement des produits manufacturés dans tous les recoins de l'empire romain. Arrivé sans casse à destination, cet objet exotique a fini par subir, manifestement, le sort commun de toutes les poteries. On le laissa  tomber et il se brisa. Espérons seulement que son propriétaire ait pu en profiter un long moment. Pas très facile de repasser commande...

Cuves de la tannerie découverte en 2013 sous la place Saint-Pierre, cliché Marc Comelongue. Archives municipales de Toulouse, n.c. (détail).

Il est difficile de décrire un site archéologique par son odeur. Elle s’est souvent dispersée depuis longtemps…


octobre-novembre 2014

Il ne nous reste plus que notre imagination pour essayer de recenser les vestiges les plus ex-odorants. En milieu urbain, on pense immédiatement aux latrines, retrouvées fréquemment en fouille. Certaines pouvaient être de véritables monuments comme la tour, et le pont qui y menait, qui servait de lieu d'aisance au couvent des Carmes. Nous en avons déjà parlé dans un précédent numéro d'Arcanes.
L'artisanat pouvait aussi être source de nuisances olfactives. C'est le cas des tanneries qui étaient souvent installées en ville au Moyen Âge et à l'époque moderne. Le Service archéologique de Toulouse Métropole, dirigé par Pierre Pisani, vient d'ailleurs d'étudier les ruines de l'une d'entre elles, sous l'actuelle place Saint-Pierre en bord de Garonne. Ses structures les plus caractéristiques sont les cuves où les peaux étaient mises à tremper, comme le montre la photographie que nous présentons.

Il faut enfin évoquer un édifice très particulier : les fourches patibulaires. Destinées à exposer les corps des condamnés, l'odeur de chair en décomposition qui envahissait le voisinage participait à l'effet de terreur qu'elles étaient censées engendrer. Toulouse en possédait deux sous l'Ancien Régime. Celles du nord se trouvaient à l'embranchement des actuelles avenues de Fronton et des Etats-Unis (Barrière de Paris). Les Archives municipales possèdent le plan d'une « amélioration » qui y fut apportée en 1777 (DD 315) : une roue en fer permettant de varier la « présentation » des cadavres… On ne connaît plus le lieu exact de celles du sud qui devaient se situer aux alentours de la chapelle du Férétra.

Les odeurs peuvent être aussi à l'origine d'un monument. En effet lorsque les Augustins durent justifier l'installation de leur monastère à l'intérieur de Toulouse, dans un procès soutenu contre le chapitre de la cathédrale au 14e siècle, ils déclarèrent que leur premier couvent des faubourgs s'était trouvé trop près des fossés de la ville où s'accumulaient des immondices malodorants. Pour répliquer à cet argument, les chanoines trouvèrent des témoins pour attester que l'air de Toulouse était alors partout de « qualité » égale…

En bas et à droite du plan, vestiges d'une arche et d'une pile hexagonale du pont du Bazacle sur la Garonne, Cadastre de 1680. Archives municipales de Toulouse, CC 130.

Le pont d'Avignon a sa chanson "mès a Tolosa un pont es mai conegut gràcias a una canso"


septembre 2014
Le pont en question est celui du Bazacle, probablement le moins connu de tous ceux qui ont enjambé la Garonne au cours des siècles. La « canso » (en occitan ancien, cançon en occitan moderne) est quant à elle une chanson au sens médiéval du terme, c'est-à-dire un long poème épique écrit en vers, en l'occurrence la Chanson de la Croisade albigeoise. Ce manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale (Ms Fr. 25425 ) décrit, en occitan, les événements qui ont ensanglanté le Midi entre 1209 et 1219. Au mois de juin de cette dernière année, Toulouse s'apprête à soutenir un nouveau siège contre l'armée croisée commandée par le prince Louis et...

... Sus lo pont del Bazagle, qu'es faitz novelamens
Son li arquer mirable, que tiron primamens,
Que defendol ribatge e los abeuramens
Que lunha naus no i venga ni negus malvolens


C'est-à-dire

Sur le pont du Bazacle, nouvellement construit,
Sont postés de remarquables archers, tirant serré,
Qui défendent le rivage et les abreuvoirs
Afin qu'aucun bateau ni aucun ennemi n'y vienne


(Chanson de la croisade, éd. Martin-Chabot, t. III, l. 214 v. 100-103 et note 12, p. 316-318)

Voici donc un indice important sur l'édification de ce pont qui peut être complété par deux autres documents : un testament de l'année 1218, conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne, dans lequel un certain Pons Fournier a fait un don pour son entretien, et peut-être une autre mention de la Canso ayant trait au retour à Toulouse du comte Raymond en septembre 1217. Celui-ci en effet, nous dit le poète, intravit Tholosam mense septembris, non ponte, sed vado sub Vadaculo (entra à Toulouse au mois de septembre non par le pont mais par le gué en-dessous du Bazacle).

Encore cité dans une enquête de 1406, il fut certainement définitivement ruiné lors de la grande inondation de 1413. Ce pont du Bazacle se trouvait quelques mètres en aval de l'actuel pont Saint-Pierre comme en témoignèrent longtemps une arche et une pile, seuls vestiges restés visibles jusqu'à 1710 environ au port de Bidou, qui est devenu l'actuelle place Saint-Pierre. Les plans et le cadastre de la ville du 17e siècle en ont fort heureusement gardé la trace.
Procès-verbal de découverte de la première pierre du monument à Goudouli, 12 mai 1922, dans Travaux publics et voirie. - Fonctionnement : registre de copies de lettres et rapports. Archives municipales de Toulouse, ING 181, pièce n° 265

"Savez-vous où se trouve le monument supportant la statue du poète toulousain Goudouli ?


juin 2014

- Oui, bien sûr ! Au centre de la place Wilson, au milieu d'une belle fontaine.

- Mais n'avait-il pas été prévu de l'ériger initialement sur l'ancienne place Matabiau, l'actuelle place Jeanne-d'Arc ?

- C'est exact ! Mais ce premier projet n'a jamais vu le jour.

- Il s'en est quand même fallu de peu car la première pierre a bien été posée sur la place Matabiau, un certain mercredi 9 août 1898 à 3 heures de l'après-midi, dans le cadre des festivités organisées autour des Cadets de Gascogne.

- Et vous avez des preuves de ça ?

- Oui ! Il suffit de consulter le numéro de l'Express du Midi daté du lendemain sur le site de la Bibliothèque municipale de Toulouse. Et puis aux Archives municipales vous trouverez le récit de la redécouverte quasi-archéologique de cette pierre ! »
 
En effet, l'Ingénieur de la Ville témoigne que la première pierre du monument de Goudouli a bien été retrouvée et descellée le 12 mai 1922, à 10 heures du matin, sur la place Matabiau. Elle contenait un nœud de ruban tricolore et des débris de parchemin illisibles, mais, au grand regret de l'Ingénieur, « contrairement à la légende, il n'existait aucune pièce de monnaie dans cette pierre »… Pas très poétique comme préoccupation...

« Plan de Tolose divisé en huict capitoulats » (détail), 1678, Albert Jouvin de Rochefort, Gravure sur cuivre ; Nicolas de Fer, Paris, 52 x 62,5 cm. Musée Paul-Dupuy, Inv. 1.341.

Quelques fantômes errent dans les arcanes de l'archéologie toulousaine et certains d'entre eux sont de sexe féminin.


mai 2014

Nous avons fait connaissance, dans le précédent numéro d'Arcanes, avec le spectre pariétal d'une jeune fille qui hante les caves de l'hôtel Saint-Jean. Cette fois-ci nous allons évoquer une reine répondant au surnom curieux de Pédauque ou Pé-d'auco, forme occitane que l'on peut traduire en français par Pied-d'oie.

L'historien Nicolas Bertrand nous a conté, le premier en 1517, son histoire : Pédauque, alias Austris de son vrai nom, aurait été la fille d'un certain Marcellus, ancien roi de Toulouse. Atteinte de la lèpre, elle se serait alors convertie au christianisme. Bertrand nous donne aussi des indications topographiques. Résidant sur la rive gauche de la Garonne, dans l'actuel quartier Saint-Cyprien, elle y aurait construit des bains portant son nom, attrait pour l'eau bien compréhensible pour une reine au pied palmé. Elle aurait aussi bâti un pont sur la Garonne et aurait été ensevelie à l'église de la Daurade. Ces endroits ont-ils créé la légende ou bien la légende a-t-elle trouvé des lieux pour s'enraciner, selon le paradoxe bien connu de l'œuf ou de la poule, à laquelle les Toulousains aurait substitué une oie ?

En tout cas, Bertrand n'a pas tout inventé puisque le cadastre de 1478 confirme, dès cette époque, l'existence des Bainhs de la Regina Pedauca. Ce site, décrit au 18e siècle par l'ingénieur de Saget et disparu depuis, semble avoir été un réservoir lié à l'aqueduc antique qui avait alimenté Tolosa romaine. Aqueduc qui, d'ailleurs, avait traversé la Garonne sur le pont de Pedauco, comme le montre et le nomme le plan de Jouvin de Rochefort gravé vers 1680, époque où il n'en restait plus que les piles ruinées.

Enfin pour l'église de la Daurade, la présence de la reine avait longtemps été attestée par un couvercle de sarcophage décoré où la scène centrale, Jésus ressuscitant Lazare, était encadrée par des pieds palmés, preuve évidente pour des témoins crédules. Démonté au 18e siècle, ce monument est maintenant conservé au Musée Saint-Raymond et nous vous invitons à le découvrir pour vous rendre compte par vous-mêmes que ces fameux pieds d'oie ne pourraient être que de simples rideaux dont les plis supérieurs forment un éventail au contact de la tringle qui les supporte…

Au final, cette histoire curieuse, et pas complètement élucidée nous en convenons, aura fait couler beaucoup d'encre et user beaucoup de plumes (d'oie évidemment).

Enfeus de l'église Saint-Jean lors de leur dégagement, auteur Jean-François Peiré, 1997. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19973101685ZA, détail.

Si vous entendez un archéologue crier « en-feu » « en-feu » !, il est inutile d'appeler les pompiers ou de s'enfuir en courant…


avril 2014

Au contraire, il vaut mieux rester pour profiter d'une trouvaille intéressante car les enfeus n'ont rien à voir avec une quelconque émission de flamme mais puisent leur étymologie dans le verbe « enfouir ». Ce sont en fait des tombeaux monumentaux aménagés dans une arcature murale.

A ce sujet, Toulouse a d'ailleurs été récemment le théâtre d'une découverte exceptionnelle. Lors du réaménagement de l'Hôtel Saint-jean, ancien prieuré de l'ordre de Malte, en 1997, il a été constaté l'existence d'un espace inaccessible délimité par quatre murs montant de la cave jusqu'au premier étage et formant un réduit entièrement comblé de gravas. Rien de tel pour réveiller la curiosité des archéologues et les inciter à creuser pour découvrir, avec surprise, l'incroyable façade d'une église disparue ornée de deux enfeus, chacun ayant un intérêt particulier. Pour l'un, ce sont des peintures du 13e siècle représentant saint Jacques, des anges et un mystérieux personnage auréolé et cornu qui pose bien des questions aux historiens de l'art. L'autre contient un très beau sarcophage orné d'une gisante sur son couvercle, c'est-à-dire une statue couchée représentant une jeune femme dont on ignore encore l'identité malgré son blason à tour crénelée gravé dans la pierre. Espérons que ces merveilles seront bientôt restaurées et accessibles à la visite.

Sarcophage à la gisante, auteur Jean-François Peiré, 1998. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19983100654XA.

Sarcophage à la gisante, auteur Jean-François Peiré, 1998. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19983100654XA.

Attention : il ne faut pas confondre « enfeu de Saint-Jean » et « feu de la Saint-Jean »…

Coupe hémisphérique en céramique sigillée découverte à Montans, tirage papier, auteur Elie Rossignol, 1862. Collection Marc Comelongue.

Les Toulousains du début de l'époque romaine avaient une couleur préférée pour leur vaisselle de table : le rouge.


mars 2014

Cette céramique recouverte d'un vernis écarlate et souvent décorée, notamment de représentations humaines ou animales, a été nommée « sigillée » par les archéologues car elle porte aussi quelquefois une estampille au nom du fabricant, sigillum en latin. Sa fabrication quasiment industrielle n'était assurée que par quelques centres spécialisés et c'est surtout à Montans, dans le Tarn, que Toulouse s'approvisionna aux 1er et 2e siècles de notre ère.

Ce goût pour la poterie antique montanaise perdura d'ailleurs quelques temps puisqu'on en importa à Toulouse au 19e siècle… Il faut quand même avouer que le contexte était un peu différent. Vers 1860, l'archéologue tarnais Elie Rossignol retrouva et fouilla les fours de production romains de Montans, récoltant ainsi de nombreux restes de vases ou de moules ayant servi à les fabriquer. Sa collection était si intéressante que le Musée de Toulouse décida de l'acquérir. Entre temps, Elie Rossignol avait pris soin de photographier les plus beaux spécimens comme le montre l'illustration présentée ici, à laquelle on peut juste reprocher sa monochromie incapable de révéler ce rouge si caractéristique.

Porte de l'ancien Grand Consistoire, photographie NB, Adolphe Giraudon, vers 1885-1932. Archives municipales de Toulouse, BA 4/14.

Si les Capitouls qui dirigeaient Toulouse sous l'Ancien Régime étaient élus pour un an, ils avaient l'habitude de présenter leur action sur un calendrier qui en couvrait deux.


février 2014

L'explication en est toute simple. A l'instar de nos années scolaires actuelles, leur mandat courait en fait sur deux années, commençant et finissant au mois de décembre. Ce système de double date était surtout visible sur les blasons capitulaires que nos édiles locaux apposaient sur tous les bâtiments qui étaient construits sous leur responsabilité. Malheureusement, il ne reste pratiquement plus de ces sculptures que l'on voyait dans toute la ville avant que le vandalisme révolutionnaire ne les efface. L'une d'elles avait déjà été présentée dans un précédent Arcanes, le numéro 26 d'août 2012. Arborant la date 1600-1601, elle décorait l'ancienne École de médecine, rue des Lois, et orne maintenant une salle de la Faculté construite sur les allées Jules-Guesde. Un autre exemple représente prestigieusement la sculpture toulousaine au Louvre. Il s'agit de la porte du Grand Consistoire qui fut démoli en 1885 pour aménager l'actuel square Charles-de-Gaulle, derrière le Capitole. Vendue à des collectionneurs, elle fut d'abord remontée dans un parc, comme le montre la photographie que nous présentons, avant d'être finalement donnée au musée parisien par Maurice Fenaille en 1932. Elle porte comme date ce qu'on lit ISSI-ISSZ, conséquence de la fantaisie du sculpteur, et qu'il faut évidemment lire 1551-1552.

Extrait d'un courrier de l'abbé Bertrand à Michelet d'Ennery, 16 juin 1782. Archives municipales de Toulouse, 1 Z 485

Quand un archéologue du 18e siècle écrit à l'un de ses collègues, il s'enquiert d'abord de savoir s'il est vivant…


janvier 2014

C'est ainsi que l'abbé Bertrand, antiquaire toulousain, indique dans sa réponse datée du 16 juin 1782 à Michelet d'Ennery, numismate parisien, qu'il a survécu à l'épidémie de suette qui venait de tuer près de 200 personnes à Toulouse en une douzaine de jours.

En fait celle-ci avait épargné les enfants et les vieillards, les « antiques » comme le dit la lettre, et plutôt frappé les « modernes et du moyen age », selon l'étonnante échelle des âges utilisée par l'abbé. Cette maladie contagieuse, qui s'est manifestée pour la dernière fois en France au début du 20e siècle, reste mal connue faute d'avoir pu l'étudier récemment.

Ce courrier est une acquisition récente des Archives municipales et son autre intérêt réside en ce que notre survivant abbé y indique qu'il possède une monnaie en or blanc montrant à l'avers une tête barbarement dessinée accompagnée de la légende Tholosa, et au revers une croix entourée des mots moneta maior. C'est, semble-t-il, la première fois qu'est mentionné ce que l'on peut aisément identifier comme un tiers de sou d'or mérovingien au nom de Toulouse datant du 7e siècle, époque où la qualité des monnaies, que ce soit pour la matière ou pour le dessin, était souvent médiocre. L'archéologue Alexandre Dumège qui connaissait cette pièce de la collection Bertrand, l'a d'ailleurs publiée et décrite ainsi dans sa réédition de l'Histoire Générale de Languedoc en 1840.

Sarcophage pastiche de la collection Gesta, dessin non signé mais probablement de la main d'Ernest Roschach, 1880. Archives municipales de Toulouse, 2 R 30.

La passion de certains collectionneurs toulousains pour l'archéologie a pu générer la création de véritables chimères.


décembre 2013

En 1880, le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts demandait à Ernest Roschach, conservateur du Musée Saint-Raymond, d'examiner un tombeau en pierre conservé par l'amateur d'art Louis-Victor Gesta dans le jardin de sa manufacture de vitraux située dans l'actuelle avenue Honoré Serres. La question était de savoir si ce monument pouvait dignement figurer dans un recueil sur les sarcophages chrétiens de la Gaule alors en préparation.

Le rapport d'expertise de Roschach, conservé au Archives municipales de Toulouse sous la cote 2 R 30, fut sans appel. Si cet objet était peut-être à l'origine ancien, en tout ou en partie, les sculptures et les inscriptions qui le recouvraient, visibles sur le dessin joint au dossier que nous reproduisons ici, n'étaient que des pastiches grossiers de facture récente, enlevant tout intérêt archéologique à cette pièce.


Ce sarcophage est réapparu en 2007 dans une vente aux enchères à Toulouse. Vendu à un étranger, il fut l'objet d'une nouvelle expertise dans le cadre de son certificat d'exportation. Sa conclusion a été fidèle à celle de Roschach : la perte pour l'archéologie française ne fut pas jugée insurmontable et rien ne s'opposa au départ de ce simulacre d'antiquité.