Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Attention ! - octobre 2017


DANS LES ARCANES DE


[Usine hydroélectrique du Ramier]. Île du Ramier. 1931-1938. Vue des tableaux haute tension de l'usine hydroélectrique sur l'île du Ramier. Louis Albinet – Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi10231. Domaine public.

La tension ou l'attention ?


octobre 2017

Faut-il s'alarmer ? Un vent de discorde souffle-t-il sur les Archives ? Ou alors l'équipe est-elle victime d'une chute de tension ? Un danger imminent met-il en péril les archives ?

L'équipe a décidé de faire des étincelles en partageant avec les lecteurs d'Arcanes une thématique soulevant la curiosité, parfois morbide, incitant à la vigilance, mais en veillant, avec soin, à apporter une note de délicatesse et même de sensibilité...

Alors tension ou attention(s), à vous de choisir la déclinaison qui vous siéra le plus !

 

Comme a dit l'abbé Pierre, "Un sourire coûte moins cher que l'électricité, mais donne autant de lumière." Que cela ne nous empêche pas de nous pencher avec attention sur les miracles technologiques grâce à une petite visite guidée des installations techniques de la centrale hydroélectrique du Ramier mises en lumière dans les années 1930...

ZOOM SUR


.

Faculté de médecine de Toulouse. 3e année. 23 novembre 1906. Etudiants posant avec un squelette sur le perron de la faculté. Marque et mention signalant Auguste Labéda et Étienne Roques. C. Lencout-Bent - Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Fi36 (détail).

Deux de tension


octobre 2017

Au moment où les ténèbres rattrapent la lumière, quand les nuits deviennent aussi longues que les jours, à l'équinoxe d'automne, on peut se sentir un peu fatigué, vidé. Une faible pression artérielle provoque des chutes de tension, laissant inertes les sujets affectés. Difficile alors de porter attention aux tâches délicates, ce qui peut, dans des situations extrêmes, s'avérer dangereux. Imaginez un chirurgien épuisé, entre les mains duquel vous laisseriez votre vie. Il pourrait, par une bête seconde d'inattention, attenter à vos jours. Il faudrait alors vous brancher, si possible sur haute tension, pour tenter de remettre un peu de jus dans la machine. Les hommes et les femmes de l'art marchent donc sur un fil, celui de la vie, à maintenir tendu.

Prenant l'expression au pied de la lettre, des étudiants en médecine du début du siècle dernier l'ont appliquée dans leur photo de groupe. Cette dernière, charmante, présente avec l'humour que nous leur connaissons une classe de la faculté de médecine de 1906, présentée il y a moins d'un an sur le compte Flickr des Archives municipales.

Mais il en est d'autres moins répandues. L'une montre une classe de dissection, avec le même esprit potache mais un peu plus douteux. Que d'hommes, direz-vous ! Et fiers d'exhiber leur quotidien de travail, quitte à heurter les sensibilités. L'image est fascinante. L'autre l'est encore plus, à plusieurs titres, mais attention ! Je ne saurais trop recommander aux personnes sensibles de ne surtout pas cliquer sur ce lien. D'abord, il faut comprendre à quel point il est encore rare de confier des corps aux femmes au début du 20e siècle. Quant à les photographier avec un sujet d'anatomie disséqué, vous n'y pensez pas. Ensuite, il émane de la femme en blouse, instruments en main, le regard sûr, un calme presque reposant, loin de toute tension. Enfin, le corps, ou ce qu'il en reste, déposé devant elle sur la table d'analyse présente une texture étrange. En y regardant de plus près, on constate des traces de rayures, ou plutôt de grattages, manifestement présentes sur le négatif. Aurait-on par le passé souhaité soustraire à la vue des chairs peu ragoutantes ? Quelle charmante attention !

Si d'aventure vous accusiez un goût pour les descriptions de corps altérés, précipitez-vous sur le dernier dossier des bas-fonds, en ligne ici.

DANS LES FONDS DE


.

Bourdon (?) écrasé dans un registre ancien. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Attention le bug !


octobre 2017

Il vole, il vole le bourdon. Mais celui-ci était mal avisé lorsqu'il a entrepris de se poser sur la page de garde d'un registre laissé ouvert, En effet, le malheureux ne se doutait pas que le commis en charge de la tenue du livre veillait et que, dans un éclair, ce dernier aller refermer brusquement le volume !
Pim, paf ! Fixé pour l'éternité au registre...

Mieux encore, cet employé aux écritures du moulin du château Narbonnais qui, a réussi le tour de force d'en avoir cinq d'un coup. Oui, cinq ! Alors qu'il inscrivait les entrées de blé et le millet en cette année 1735, cinq mouches vinrent innocemment s'y poser. 14Z110 - cimetière de mouchesD'un coup magistral, elles y furent joliment aplaties pour l'éternité - ou presque. Il faut dire que nos commis du moulin s'était longuement entraîné auparavant, car une grande partie de ce "Livre des mistures", est un véritable cimetière de mouches !
Et si d'aventure un bug vrombissant se trouvait dans une salle de lecture d'archives ou de bibliothèque, là, à tournicoter et vous agacer, à vous déconcentrer dans votre recherche, de grâce ne vous prenez pas pour le vaillant petit tailleur du conte de Grimm, qui a réussi le tour de force d'en avoir sept d'un coup, respectez les documents (et éventuellement le monde animal).

Attention danger !


octobre 2017

Affiche annonçant une enquête publique sur l'établissement d'une porcherie au quartier de Périole, 1902. Ville de Toulouse, Archives municipales, dossier EC23, 119W3.Fin 19e, le bureau de l'Hygiène de la mairie de Toulouse est chargé de donner son avis sur les installations classées, à savoir toutes les industries susceptibles d'être dangereuses, insalubres ou d'incommoder leur voisinage immédiat.

Cette surveillance, organisée par les préfectures dans l'intérêt de la salubrité et de la sécurité publique, remonte à la fin du 18e siècle, lorsque l'explosion de la fabrique de poudre de Grenelle entraîna la mort de près de 1 000 personnes.
À Toulouse, les dossiers d'inspection des installations classées nous permettent d'avoir un panorama des activités artisanales et industrielles présentes sur le territoire depuis plus d'un siècle. On redécouvre par exemple les métiers de la fin du 19e siècle, à une époque où les vacheries, laiteries et porcheries étant en plein cœur des villes et où vous pouviez avoir une usine de fabrication de peignes et boutons en os au pas de votre porte, ce qui suscitait, quelques fois, des frictions entre les différents protagonistes.

C'est ainsi qu'en 1907, les voisins d'un chiffonnier établi rue de l'Industrie attirèrent l'attention de la municipalité en ces termes : « Il se dégage journellement des odeurs nauséabondes provoquées par les dépôts d'os et de peaux de lapins fraîches, [établissant] un véritable foyer d'infection ». Charmant !


Liens vers les fonds concernant les installations classées : 119W ; 274W ; 293W ; 755W ; 813W ; 1157W

DANS MA RUE


.

Vue d'ensemble du Bazacle depuis la rive gauche de la Garonne. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2010, IVC31555_20103101188NUCA

Haute Tension !


octobre 2017

La Garonne, fleuve indomptable, a toujours permis aux Toulousains d'utiliser sa force pour produire de l'énergie et faire tourner les roues de ses moulins. Ce n'est pas étonnant alors que dans le dernier quart du 19e siècle les moulins du Bazacle accueillent sur son site la première centrale hydroélectrique de la ville gérée par la société toulousaine d'électricité (S.T.E.). Forte de son succès, celle-ci se développe rapidement et change de patronyme en devenant en 1910, la société toulousaine du Bazacle (S.T.B.). Nationalisé en 1946, le site est géré depuis par Électricité de France. Bien qu'accueillant un espace culturel et patrimonial depuis 1989, les sept turbines de l'usine fonctionnent encore.

Encouragée par ce succès, la ville investit dans ce domaine en bâtissant l'usine hydroélectrique du Ramier au début du 20e siècle, sur le domaine des anciens moulins du château. Largement visible depuis le pont Saint-Michel, elle présente une façade pittoresque sur l'un des bras de la Garonne. 

Usine du Ramier, élévation antérieure. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2010, IVC31555_20103101727NUCA

Reposant sur des fondations en béton, l'édifice est construit en brique, mais l'utilisation de l'enduit crée un jeu décoratif imitant une alternance de brique et de pierre.
Projetée dès 1905, l'usine hydroélectrique est construite de 1917 à 1922 sur les plans de l'ingénieur Pendariès. En 1932, elle est agrandie par l'architecte Jean Montariol. De nouveaux aménagements sont effectués dans les années 1950 et 1980. Cette usine qui permettait l'alimentation en énergie électrique de nombreux bâtiments municipaux (mairie, écoles, stades…) est toujours en activité. Toutefois, l'électricité produite est, de nos jours, vendue à EDF.

Une troisième centrale électrique a été inaugurée le 31 octobre 2014 sur le site de la Cavaletade, en amont de l'île d'Empalot. Par ailleurs, en augmentant le débit de l'eau dans le bras inférieur de la Garonne, elle permet de redynamiser la vie aquatique et la biodiversité des berges mises à mal durant de longues années par l'usine AZF.

SOUS LES PAVÉS


.

Affiche d'interdiction d'accès à un chantier de fouilles archéologiques, probablement vers 1970, Imprimerie du Viguier à Toulouse, collection Marc Comelongue.

WAR(chéo)NING !


octobre 2017

En dehors des journées portes ouvertes organisées pour satisfaire votre curiosité, les archéologues vous interdisent souvent l'accès à leur chantier de fouilles comme le montre l'affiche « vintage » présentée ici, imprimée à Toulouse probablement vers 1970. C'est d'abord pour votre sécurité et vous éviter de tomber dans les trous qu'ils ont tendance à creuser un peu partout. Et puis ils détestent qu'on leur pique des objets sous leur nez. Le pillage est malheureusement habituel comme lors des recherches menées dans la rue des Trente-Six-Ponts à Toulouse en 2014, où de nombreux crânes furent dérobés dans la nécropole médiévale qu'on était en train de dégager.

Cette culture du secret a pu être poussée assez loin car certains rapports de fouilles produits par la Circonscription des antiquités historiques de Midi-Pyrénées dans les années 1970 portent un étonnant tampon indiquant « Rapport confidentiel – Reproduction et utilisation scientifiques interdites » !

Utilisation scientifique interdite ? Pourtant, bravant ce curieux oukase, nous n'avons pas hésité à utiliser les renseignements qu'ils contiennent pour compléter la carte archéologique de Toulouse Métropole qui est en cours de construction sur le site UrbanHist. Nous pourrons toujours dire qu'il s'agit là de médiation, et non de science…

EN LIGNE


.

Lettre à Janeton, 10 juillet 1789. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF834/1, procédure #010, du 4 mars 1790.

Délicates attentions


octobre 2017

Les archives publiques ne seraient-elles que des collections de documents administratifs et normalisés, des kilomètres de volumes ou de liasses étalés sur des rayonnages froids ?
Les vies de milliers, voire millions, d'individus qui nous ont précédés se résument-elles uniquement à des formulaires, à une mention sur le cadastre, à un acte de mariage, à une quittance d'impôts ?

Cherchons mieux, cherchons au gré des inventaires, lisons-les différemment, les yeux fermés pourquoi pas, et laissons-nous guider par notre cœur. Là, les délicates attentions de nos aînés se retrouvent aussi quelque part au sein des archives : offrir une fleur, composer un joli bouquet destiné à l'être aimé, dévoiler et coucher de tendres pensées sur le papier, ces traces des sentiments passés mais éternels peuvent aussi être redécouvertes.
Les dossiers des bas-fonds de février et juin 2017 ont déjà redonné vie aux lettres d'amour conservées dans les procédures de la justice des capitouls, et ont fait refleurir les œillets, violettes et renoncules que l'on croyait à jamais fanés.
Quelques mois ont passé depuis la mise en ligne de ces dossiers, et d'autres délicieuses et délicates lettres ne cessent d'apparaître avec la publication de nouveaux inventaires (ainsi cette procédure de 1790 qui nous révèle 10 tendres missives adressées à Janeton), le parfum des jasmins s'est ravivé et arrive jusqu'à nous...

S'il appartient aux Archives de conserver précieusement toutes ces traces écrites, aussi infimes qu'elles puissent être, les chercheurs doivent maintenant redonner vie à ces sentiments, magnifier les attentions des cœurs oubliés, rendre éternels ces amours passés.