Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Bois - décembre 2017


DANS LES ARCANES DE


4. Théâtre du Capitole. Vue prise durant l'incendie. 4e galerie et combles. 10 août 1917. Clovis Lassale - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3763. Domaine public.

Faire feu de tout bois


décembre 2017

Encore une fois, quelle imagination débordante ! Quand les contributeurs d'Arcanes s'emparent d'un sujet, cela donne lieu à un véritable feu d'artifices de révélations sur nos sources archivistiques et de découverte du patrimoine toulousain.

 

Nous vous invitons à déguster cette décoction jusqu'à la lie. Bois et qu'importe le flacon… car Toulouse dévoile son histoire à travers ces petits libelles. Du pont de bois à l'orée du bois, croix de bois, croix de fer, on vous raconte une histoire de tabouret, quelques pans d'histoire et les déboires de Jeanneton. Que cette dernière flambée de l'année vous apporte un peu de chaleur.

Et parce que « le feu ça brule » dixit les Top Boys, quelques photographies d'incendies au Capitole, ou à proximité, à visionner en hommage aux soldats du feu que sont les pompiers toulousains !

ZOOM SUR


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Pont des Catalans. Entre 1913 et 1916. Vue perspective de la voie sur le pont où l'on constate les désordres de voirie liés au pavage de bois. Brouillard. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi5630.

Bu


décembre 2017
Le soleil ne perce pas, enfermé derrière la muraille de brume qui recouvre Toulouse. Le froid est mordant autant qu'humide, respirer devient un exercice pénible. Les bruits habituels du matin paraissent s'étouffer. Seule une voiture s'enfonce lentement dans les ténèbres blanches, emportant avec elle le claquement sourd des sabots sur les pavés. Est-ce que le cocher s'est aperçu de l'éventrement de la chaussée ? Le voyageur a-t-il compris les cahots subits alors que le franchissement du pont est habituellement paisible ? Peut-être que l'équipage a traversé ces buttes étranges comme un passe-muraille, ou bien celles-ci se sont formées après son passage comme une traînée d'écume suit un bateau, formant de charmantes bulles qui tôt éclatent.
Pourtant il n'y a pas de mystère. Ouvert à la circulation en 1913 avec des pavés de bois, l'humidité a rapidement fait gonfler le revêtement. Le bois buvait trop, trois ans plus tard il fut remplacé par du granit.

DANS LES FONDS DE


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Détail du plan de la façade Sud-Ouest de la résidence l'Orée du Bois (extrait du permis de construire délivré en 1974). Ville de Toulouse, Archives municipales, 614W422.

À l'Orée du bois


décembre 2017
En juin 1974, la ville de Toulouse accorde le permis de construire à la SARL MAP Saurat, une société civile immobilière familiale, pour la construction d'une résidence  étudiante située 71 rue Aristide Maillol, à deux pas de la nouvelle université du Mirail. Elle se distingue alors par sa forme, car construite sur le modèle d'un tripode de 9 étages, et par le nombre de logements (399), essentiellement des studios.
Malgré un si joli nom, tout n'est pas rose à l'Orée du Bois… Est-ce d'ailleurs pour cela, qu'en 1987, l'assemblée générale des copropriétaires change le nom pour devenir Les Castalides ? Assez rapidement la résidence souffre d'une mauvaise fréquentation et d'une médiocre gestion. Vandalisme, insécurité, squats, trafic de drogue, insalubrité sont le lot quotidien des habitants. Dans ce contexte, un arrêté municipal d'urgence pour l'évacuation de l'immeuble est pris le 26 août 2013. En parallèle, la ville de Toulouse entreprend le rachat progressif des logements dans le but de démolir la résidence. Une démolition initialement prévue pour l'automne 2017...
Croix en bois de carolin, détail d'un dessin accompagnant la déclaration de cambriolage au couvent des Jacobins en 1967. Ville de Toulouse, Archives municipales, 332W82.

Croix de bois, croix de fer...


décembre 2017

« Si je mens, je vais en enfer ! ». C'est certainement ce que s'est dit un vieux monsieur l'an dernier avant de passer de vie à trépas. Cinquante ans plutôt, cet individu dont nous tairons le nom, participe à un cambriolage au Couvent des Jacobins. Il en profite pour dérober, entre autres objets du culte, une croix de procession en bois de carolin. En 2016, à l'aube de sa vie et pris d'atroces remords, il décide de confier ce qui subsiste de son larcin à un prêtre.
Pierre Esplugas-Labatut, adjoint au maire en charge des musées de Toulouse, expliqua alors à la presse que la preuve de ce vol avait été trouvée parmi les documents des Archives municipales de la ville.
Nous vous invitons aujourd'hui à découvrir les pièces de cette affaire conservées aux Archives dans le dossier portant la référence 332W82. En téléchargeant le fichier pdf, vous pourrez ainsi consulter :
- la copie pelure du courrier rédigé par Denis Milhau, conservateur du musée des Augustins, adressée au commissaire du 1er arrondissement, le 31 janvier 1967,
- la liste des objets dérobés,
- les croquis de ces derniers,
- et deux photographies de Jean Dieuzaide montrant un fragment sculpté et la fameuse croix en situation.
Encore un exemple de l'intérêt de bien gérer ses Archives !

 

DANS MA RUE


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Façade du 2 place Saint-Georges. Photo. Rullier, Dany, (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2004, IVC31555_20113100265NUCA.

Du bois dans tous ses états !


décembre 2017
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Toulouse conserve un peu plus de 250 maisons dont la façade principale sur rue est en pan de bois. Toutefois, elles sont moins visibles que dans certaines villes car nombres d'entre elles sont entièrement enduites, seuls apparaissent les encadrements des baies permettant de les distinguer.
La place Saint-Georges est un lieu d'où - bien installé à une terrasse de café - on peut découvrir des pans de bois dans tout leur état ! En effet, toute une palette de mise en œuvre est observable.
Les numéros 2, 8 et 9 possèdent des élévations enduites ne laissant percevoir aux yeux avisés que le bois des encadrements des fenêtres et des cordons horizontaux séparant les différents niveaux.Façade du 7 place Saint-Georges, détail des poteaux avec décharges en écharpe. Photo. Rullier, Dany, (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2004, IVC31555_20113100290NUCA.
Le n° 2 est un cas particulier proposant une solution originale : la structure est dissimulée sous une mise en œuvre de faux bossages en bois évoquant un parement caractéristique de l'architecture classique en pierre.
Quant aux n° 5, 7 et 11, ils affichent pleinement leur ossature. Reposant sur un rez-de-chaussée maçonné, leur structure hourdis de brique est dite à grille, c'est-à-dire composée uniquement de poteaux (éléments verticaux) ou de poteaux avec décharges en écharpe (éléments verticaux renforcés par des bois obliques).
Modestes dans leur mise en œuvre, ces bois ont fait l'objet de nombreux remaniements et ne possèdent pas d'éléments distinctifs (moulures, sculptures, encorbellements) permettant une datation plus précise que celle d'appartenance à une grande période chronologique telle l'époque moderne (entre le 16e et le 18e siècle). Pour une meilleure connaissance de ce patrimoine des prélèvements et des études de dendrochronologie (analyse de la morphologie des cernes du bois) seraient nécessaires.

SOUS LES PAVÉS


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Tabouret découvert lors des fouilles du Métro Esquirol en 1990-1991 - Auteur du cliché non identifié - Archives du Service archéologique de la Région Occitanie.

Archéologie du tabouret


décembre 2017

Pour qu'un objet archéologique en bois enterré puisse traverser les siècles, il faut un milieu de conservation soit très sec, de type désertique, soit très humide, mais anaérobie c'est-à-dire sans oxygène. Pour le désert, la région Occitanie n'est pas encore concernée, mais au rythme du réchauffement climatique…

A Toulouse il faut donc plutôt compter sur des puits ou des égouts anciens comblés pour faire ce type de trouvaille. Ce fut le cas en 1990-1991 sur le chantier de fouille de la station de Métro Esquirol, dirigé par Raphaël de Filippo. En effet il y fut découvert une portion du grand égout central de la ville romaine, la cloaca maxima, qui avait fini par se boucher au milieu du Moyen Âge. C'est dans son comblement que furent extraits plusieurs artefacts en bois dont le tabouret trépied dont nous présentons ici le cliché. Vous remarquerez le sens évolué du design, ayant fait préférer un siège hexagonal à une forme plus simple, circulaire ou carrée. Il était aussi accompagné de très belles pièces de vaisselle en bois tourné, comme des coupes ou des gobelets, qui révèlent la vision tronquée que nous pouvons avoir de la vie quotidienne de nos ancêtres à force de ne découvrir que des ustensiles en poterie ou en verre.

EN LIGNE


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Placard diffamatoire manuscrit contre Jeanne Douat (détail), 1767, auteur anonyme. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF811/11, procédure #233, du 2 décembre 1767.

Les déboires de la Cendruse


décembre 2017

On a récemment beaucoup parlé de Facebook et du revenge porn ; loin d'être une pratique née du mariage des selfies et des réseaux sociaux, nous allons vous montrer ici que, déjà sous l'Ancien Régime, la pratique était courante.
On vous laisse apprécier l'inventivité et la créativité d'esprits malins vengeurs en prenant pour exemple l'infortunée Jeanneton, ici appelée la Cendruse.

Mais qu'a donc fait notre Jeanneton pour mériter une telle campagne d'affichage devant la porte de son maître ? Cette pauvre servante en prend pour son grade et risque de devoir dire adieu à son mariage programmé, tout comme à son emploi chez le sieur de Roiffe.
Le "corbeau", semble bien renseigné sur les écarts de conduite présumés de Jeanneton ; mais il pourrait aussi s'agir d'un canular gratuit et malfaisant.
Son crime ? Elle aurait fait cocu le nommé Vidal, son promis, et ainsi perdu son pucelage à l'occasion de l'absence dudit Vidal lors de la période des Cendres (d'où la Cendruse).
Bien, avec ces deux affichettes, si ledit le fiancé ne sait pas encore qu'il est cocu...
L'affaire est de telle importance pour la jeune femme qu'elle se trouve contrainte d'entamer une procédure « contre X » (on a bien une idée sur le nom d'une des complices du corbeau) pour cas de diffamation ; elle a été bien avisée de joindre comme pièces à conviction deux des placards orduriers.

Les archives de la justice criminelle des capitouls nous offrent ainsi un certain nombre de placards diffamatoires, en général manuscrits. Certains ont été produits en grand nombre et affichés dans toute la ville, d'autres en exemplaire unique et placardés devant la porte de la victime.
Les cibles favorites sont généralement les femmes, en s'attaquant à leur honneur, mais personne n'est vraiment à l'abri : le boulanger Lougayrou en sait quelque chose, et même le capitoul Guillaume Franc en fera les frais en 1768.

Pour finir, et dans un registre légèrement différent, on trouve aussi quelques placards de menaces plus que de diffamation, tel celui de 1681 où il est clair que la pauvre risque de se faire « couper la robe au cul » ! L'usage de cette expression toute fleurie est d'ailleurs toujours conservé par nos cousins canadiens dans la Belle Province.