Les professionnels de l’architecture et de l’urbanisme ne sont pas tous d’accord, mais il semble cependant qu’un consensus s’impose peu à peu : la conservation et l’adaptation d’un bâtiment ancien à de nouveaux usages a moins d’impact environnemental que sa destruction et la reconstruction d’un nouveau bâtiment [1]. Le 19e siècle employait un mot qui s’est aujourd’hui perdu pour exprimer cette manière de faire : « l’appropriation ». Et ce siècle a fait un grand usage de cette pratique, notamment grâce à la nationalisation des biens nobles et religieux qui a suivi la Révolution. C’est ainsi que l’école des beaux-arts s’est installée dans l’ancien couvent de la Daurade, entre-temps devenu manufacture des tabacs ; l’hôpital militaire prend place dans l’ancien couvent des religieuses Notre-Dame du Sac, le musée « d’art décoratif ancien et exotique » s’établit dans l’ancien collège Saint-Raymond. Si l’appropriation des biens nationaux a parfois commis de nombreux outrages sur ces édifices anciens – on pense bien sûr à la disparition de la plupart des cloîtres des établissements religieux – elle a aussi permis que certains chefs-d’œuvre de l’architecture toulousaine parviennent jusqu’à nous. On peut y ajouter encore – et parmi de nombreux autres ! – l’église des Jacobins, les anciens collèges, l’hôtel Dubarry, l’hôtel de l’archevêché, etc. L’administration adapte ces bâtiments, pour nombre d’entre eux devenus monuments historiques, et y installe des services publics : écoles, musées, bibliothèque, préfecture, trésor public, etc. Les Archives conservent de nombreuses occurrences de ce mot jusqu’au milieu du 20e siècle. La seconde guerre mondiale marque la rupture : l’ancien monde est dépassé, l’avènement du béton, économique et facile à utiliser, permet la démolition totale de quartiers anciens et leur reconstruction selon les normes hygiéniques et esthétiques du temps.
La table rase n’est plus d’actualité, mais le terme d’appropriation dans le sens qui lui était donné au 19e siècle n’est pas réapparu pour autant. Relevant plutôt de l’intime, il est utilisé dans le domaine de l’architecture pour traduire le fait de faire sien, matériellement ou symboliquement, un lieu, un logement ou le quartier où l’on vit. On lui préfère aujourd’hui les termes d’adaptation, de rénovation, de restauration ou de réemploi. De nombreux architectes ont aujourd’hui à cœur de faire avec l’existant. On peut citer à cet égard les deux chantiers menés par la Poste à Toulouse, le bâtiment Art déco à Saint-Aubin et celui en cours de transformation de l’ancienne poste des Minimes, qui affichent leur adéquation avec les considérations environnementales actuelles.
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[1] https://www.envirobat-oc.fr/Reno-vers-le-futur-le-RDV-des-pros-de-la-renovation-en-Occitanie