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Mort sur le Touch

Le pont de Saint-Martin du Touch, tirage N&B, vers 1890. Ville de Toulouse – Archives municipales, 16Fi 41/22.

Mort sur le Touch


juillet-août 2026

Sans pour autant faire une véritable croisière, remontons le cours de la rivière du Touch. Les archives des capitouls nous emmènent à la rencontre de trois lieux où la mort y a frappé. Trois cas de mort violente, s'entend.

La première affaire se situe sur le pont du Touch, qui marque l'entrée de la communauté de Saint-Martin en 17721
Ce jour-là, un équipage part non pas en croisière, mais sur la charrette d'un burraire d'Ossun, attelée à trois chevaux. Direction Burgos, en passant par Bayonne. Las, la traversée du pont lui sera fatale. Le charretier « fit monter la roue de l'équipage sur l'aile gauche dudit pont et, continuant toujours de suivre son caprice, l'entier équipage fut renversé dans la rivière »2. Des maçons qui travaillent à proximité relèvent la charrette. Ils en extraient Claire Féraud, grièvement blessée, puis son père, totalement écrasé et sans vie. La fille met en cause le conducteur ; celui-ci se défend en rejetant la responsabilité sur la ville, pointant l'absence de garde-fou de ce côté du pont. Le procès finira en eau de boudin et les parties seront renvoyées à leurs chères études. 
 
La seconde affaire nous conduit en amont, après avoir franchi deux coudes de la rivière. Nous voilà le 11 août 1740. Cette fois, c'est l'odeur qui nous alerte. Un corps, certes bien décomposé, mais nul besoin d'être Hercule Poirot pour l'identifier : l'homme est manchot. Il s'agit donc du nommé Monmeillan, qui semble s'être échappé de l'hôpital de la Grave, où il était accueilli comme pauvre. Noyade, accident, crime crapuleux ? Impossible à dire, car le corps, « jetant une puanteur insupportable », se révèle « hors d'estat d'être vériffié »3
 
En remontant encore le Touch — et le temps —, notre périple s'achève par une dernière escale en 1733, au niveau du pont qui ouvre les portes de Tournefeuille. Là, les choses se corsent. Un inconnu gît sur la rive, les pieds dans l'eau. Il a été fauché d'une balle dans la poitrine et porte aux mains des blessures de défense. 
Ramené à l'hôtel de ville et exposé sur la pierre morne, le cadavre est rapidement identifié comme étant celui de Pierrot, du hameau de Naugé, en Gascogne. Le lendemain, d'autres personnes l'identifient formellement comme Raymond, volailler de Lahas, également en Gascogne4. Les capitouls ont beau faire marcher leurs petites cellules grises, rien n'y fait, les voilà avec deux morts sur les bras pour un seul corps. 
 
Un voyage en Gascogne s'impose donc afin de remonter la trace de ce Pierrot ou Raymond. Un magistrat entreprend ce périple, s'enquérant, de village en village, d'un éventuel disparu. C'est un consul de Lahas qui finit par faire toute la lumière sur l'identité de la victime : Pierrot et Raymond ne font qu'un. Natif de Lahas, il réside à Naugé. Il ne reste plus qu'à se rendre à son domicile pour annoncer son décès à son épouse. Las, celle-ci refuse de laisser entrer le magistrat toulousain, lui criant de s'en aller, son mari étant présentement au marché d'Auch. 
Vraiment ? Le mystère semblait à peine éclairci que tout s'enveloppe de nouveau d'un voile opaque. Qu'en penser ? Pierrot serait-il un mort-vivant ? 
Un voisin interpelle alors le magistrat et lui explique que, le matin même du coup de feu fatal sur les rives du Touch, Pierrot, devenu fou, aurait fracassé la tête d'une voisine à coups de hache avant de disparaître précipitamment. Pierrot le fou aurait-il donc été rattrapé à l'entrée de Toulouse et abattu par un parent de la victime ? 
 
Alors, cet été, même si la canicule vous invite à aller trempoter vos pieds dans l’eau fraîche, soyez précautionneux car, qui sait, la malédiction du Touch pourrait bien réclamer une quatrième victime. 

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1 : Saint-Martin n'est pas un village à proprement parler puisqu'il fait partie du gardiage de Toulouse, comme Pouvourville ; il s'agit donc d'une communauté au sein Toulouse.
2 : FF 816/5, procédure # 115, du 27 juin 1772.
3 : FF 784/5, procédure # 137, du 11 août 1740.
4 : FF 777/1, procédure # 008, du 23 janvier 1733.