Partir de zéro, écrire sur une page blanche, les termes et expressions qui évoquent la création ex nihilo, souvent imagée, reflètent bien cette notion de vide d’où surgirait une matière, un contenu, du plein. Mais part-on vraiment de rien, et pour arriver où ? Le chemin est-il vraiment l’objet inavoué de toute recherche ? Méditons sur ce sujet en observant le système de classement adopté par Jean et Jacqueline Dieuzaide.
Tout est parti des reportages, c’est là qu’est le point de départ, le négatif numéro “un”, ce qui n’a pas empêché, a posteriori, de placer avant une page numérotée “zéro”. Les reportages étant classés de manière (approximativement) chronologique, c’est le moyen qui a été choisi pour ajouter à la collection des négatifs qu’il n’était sans doute pas prévu d’utiliser au départ. Ou bien des négatifs (re)trouvés.
Cependant, la préservation d’une méthode et surtout d’un ordre et d’un système de références est resté prioritaire. En effet, à partir du début des années 1950, notre photoreporter devient aussi illustrateur. Il travaille sur commande pour des éditeurs à qui il livre des prises de vues afin d’illustrer des recueils touristiques. Alors le classement se fait le reflet de cette nouvelle manière de travailler où le temps importe moins que l’espace. Les albums de consultation ne sont plus classés par date mais par départements, régions, pays. À chaque nouvelle commande, hop, un nouvel album, qui souvent porte le même nom, et une numérotation qui recommence à zéro. Enfin à “un”. Et qui continue à travers les âges, avec parfois des sauts de plusieurs années entre deux numéros. De plus, les premières images de Dieuzaide "en territoires” ne datent pas des années 50, il a toujours été un grand voyageur. Ajoutons les quelques sept-cent-cinquante clients pour lesquels il a fourni un travail au plus ou moins long cours, les photographies de Toulouse, les vues aériennes, les artistes... et nous sommes devant un travail fait de fils tissant une œuvre tentaculaire. C’est pourquoi souvent il faut croiser les recherches dans les catégories dieuzaidiennes pour trouver nos images. Parfois c’est simple, mais d'autres fois, ça l'est moins. Néanmoins, nous trouvons toujours et ces recherches font partie de l’apprentissage incessant et infini de ce fonds.