Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Blanc - février 2017


DANS LES ARCANES DE


Les capitouls de 1709, ici le capitoul Guillaume-Hyacinthe Pradines de Ciron (fils de Jean-Joseph de Pradines – chez les Pradines, on est capitoul de père en fils), peinture sur parchemin, par Antoine Rivalz. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB282, p. 421-i (détail). Notons à droite partie du portrait de Lanoy de Méricourt, autre capitoul blanchy (noirci en fait).

Blanchy !


février 2017

Pourquoi pas blanchi ? Tout simplement car nous vous emmenons sous l'Ancien Régime, là où l'orthographe telle que nous l'imaginons n'était pas vraiment de mise. D'ailleurs, le sens que l'on donne aux mots a aussi varié depuis...

Tenez, pour en revenir à notre blanchy.
Lorsqu'un capitoul était blanchy cela ne signifiait certainement pas qu'il avait prouvé victorieusement son innocence (affaire de mœurs, de détournement de fonds publics, ou autre encore), ni qu'il était maquillé à outrance, ni même qu'il s'était fait enfariner ou entarter par un contestataire facétieux. Non, c'était tout simplement que ce capitoul avait certainement accompli une action si vilaine que ses pairs avaient décidé que son portrait serait blanchy, c'est à dire effacé des tableaux de l'hôtel de ville ainsi que du registre des Annales manuscrites.
Vous imaginez l'arrivée au purgatoire d'un homme politique actuel, dûment blanchi par la justice dans une affaire quelconque (de blanchiment d'argent par exemple), rencontrant ses homologues de l'Ancien Régime et se gargarisant d'avoir été blanchi. Stupeur et incompréhension des premiers face à cet individu hilare qui, pour eux, se vante d'avoir été reconnu coupable.
Jusqu'aux commis du purgatoire (ont-ils un nom ceux-là ?) qui, ne maîtrisant certainement pas les subtilités de l'évolution de la langue française, pourraient bien rediriger le nouvel arrivant vers les enfers.

Revenons maintenant à nos capitouls.
En 1715, Jean-Joseph de Pradines, (capitoul en 1694, puis de 1705 à 1708), est condamné pour crime de concussion et malversation. L'arrêt du parlement (AA27, n° 156) déclare qu'il sera pendu (par effigie, car il a tout de même pris la précaution de filer) et la chronique des Annales manuscrites (BB283, p. 4) précise qu'il sera blanchy des tableaux et des livres de l'Histoire de l'hôtel de ville ; le peintre Escoubé, sera chargé de cette opération (CC2733, n° 42).
Ce qui est un peu cocasse, c'est que, d'un côté on paie un peintre pour blanchir son portrait, et de l'autre, on commissionne quelqu'un (peut-être encore Escoubé) pour faire le portrait du même personnage, afin de pouvoir le suspendre à la potence lors de sa pendaison par effigie !
(s'il y en a qui ne savent toujours pas en quoi consiste une exécution par effigie, ils auront la réponse en téléchargeant le dossier des Bas-Fonds d'avril 2016).

Pour tout vous dire, si Jean-Joseph de Pradines a effectivement été blanchy, il aura certainement aussi été blanchi par la suite puisqu'on le retrouve à Toulouse en 1733, alors qu'il rédige son testament (Archives départementales de la Haute-Garonne, 3E6095, f° 2423-2425, Payan, notaire), dans lequel, apparemment blanc comme neige, il se dit ancien capitoul. Revêtu d'une nouvelle virginité, il s'éteindra finalement le 9 février 1739, à l'âge de 80 ans (GG714, f° 30).
Alors, est-il monté au Purgatoire ou en Enfer ? Qui saurait dire...

Jean-Joseph Pradines, le capitoul aux 50 nuances de blanc ?

ZOOM SUR


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Décors, tableaux et sculptures des salles de l'hôtel de ville dit Capitole : salle du conseil municipal. Les Vendanges, par Henri Bonis. Stéphanie Renard – Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num5/32 (détail).

Non merci, jamais pendant le service, de plus je préfère le rouge.


février 2017
En janvier, après les soldes, c'est le blanc. Avant le nettoyage de printemps, on commence à rafraîchir les atmosphères confinées de nos habitations, où flottent encore parfois quelques relents festifs de dinde, de galettes et bientôt de crêpes. Champagne, mousseux, clairette, citrate de bétaïne ou Alka Seltzer, que de boissons légères aux vertus plus ou moins bienfaisantes et dont le point commun est leur couleur, réelle ou promulguée, blanche.
Notons qu'en matière de boissons, l'art de la litote emploie beaucoup les couleurs, comme si cette celle-ci permettait de couvrir un tabou d'un voile recommandable, pur et innocent comme une tête blonde à l'âge où elle apprend que le mouton est blanc, grise la souris, jaune le lion et vert le crocodile. Étonnons-nous après que la langue française soit réputée difficile, alors qu'elle n'est qu'imagée. Comment expliquer que l'on peut commander un p'tit noir serré, un jaune ou du rouge à un homme vêtu de noir et de blanc, qu'on peut lui demander un verre mais pas un vert, qu'on envoie balader le vendeur de roses, qu'il est troublant de s'y pointer avec des bleus (mais que si ce sont les Bleus, attention, on risque de finir gris), et que finalement, l'emblème de la ville rose, construite couleur brique, est la violette ? C'est à y perdre son latin ou son occitan.
Heureusement il existe un monde où les choses sont simples, il se trouve somewhere over the rainbow, on y fait les vendanges entourés d'enfants joueurs à l'heure où les rayons de soleil ruissellent sur les grappes bleues de vignes vigoureuses. Ce monde enchanté existe bien : je l'ai vu, je l'ai même photographié ! Il se trouve dans la salle du conseil municipal, au Capitole, et est représenté par Henri Bonis, qui y mettait en valeur, au tournant du siècle dernier et de l'avant-dernier les produits toulousains.
Rappelons que le produit de la vigne ne se consomme pas pendant les séances du conseil et que, d'autre part, il est bon d'en user avec modération.

DANS LES FONDS DE


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Classes transplantées - Classes de Neige à Aulus. 13 février 74 [sic]. Colonie de vacances de la Ville de Toulouse, Aulus-les-Bains, Ariège. Direction de la Communication - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi1925 (détail).

Blanc comme neige...


février 2017

Ah elles sont belles, nos jolies petites têtes blondes (et pas que blondes d'ailleurs) ! Elles en ont bien de la chance de pouvoir partir en classes de neige, d'admirer la montagne ariégeoise recouverte de son blanc manteau !
Cette photo a été prise par le service des techniques de communication de la mairie de Toulouse en 1974. Elle illustre la contribution de la ville aux excursions sportives des jeunes Toulousains au cours des années soixante-dix et quatre-vingts.
Un fonds d'archives papier, le 40W, vient compléter ce reportage photographique. Malheureusement, ce versement a été transmis en 1988 aux Archives municipales sans avoir été inventorié au préalable. Il a été rapidement noyé dans la masse des archives contemporaines (nous en sommes maintenant au versement 1238W !) : seules les informations inscrites sur les chemises nous renseignent sur leurs contenus : « classes transplantées ; classes rousses ; classes de neige ; classes vertes ; ... ».

En attendant une description plus précise, nous espérons que ces informations vous auront donné envie de découvrir la folle aventure des classes de neige toulousaines !

C'est beau, ça glisse tout seul, comme le cygne gracieux sur son lac (2016). Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/88.

Magie blanche


février 2017

Et si, traînant au milieu des rayonnages de notre bibliothèque, vous vous preniez pour... Harry Potter ? Ou Merlin l'Enchanteur ? Nous ne sommes bien sûr ni à Poudlard, ni à Camelot... et ce n'est pas dans nos magasins que vous trouverez de vieux grimoires poussiéreux. Car, vous ne le savez peut-être pas, mais nos Annales manuscrites, celles de la ville de Toulouse, sont vigoureusement protégées de ce fléau par deux gentes dames, qui par ailleurs peuvent être drôles, mais qui ne plaisantent guère avec la poussière. Ce n'est pas pour autant que les Archives sont dépourvues de magie... blanche évidemment !

En cherchant bien, on en trouve un peu partout : en salle de lecture, quand un lecteur obtient LA réponse à sa question ; sur notre site Internet, quand on imagine que des documents du 14e siècle sont désormais accessibles de presque partout dans le monde en seul un clic (ou un petit peu plus...) ; dans notre bibliothèque, où quelques ouvrages de magie vous attendent...

Alors, n'hésitez plus, venez vous émerveiller devant nos trésors et... Abracadabra !

DANS MA RUE


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Papier en-tête de M. Moynet, 11 août 1885. Ville de Toulouse, Archives municipales, 4 D 479.

Plus blanc que blanc


février 2017

Petits arrangements entre amis                                                                        

En 1876, Mme Moynet fait construire un lavoir public au faubourg Guilheméry, longeant le réservoir d'eau de la ville. L'établissement est transformé en blanchisserie en 1881. Active jusqu'en 1971, elle se situait aux numéros 2 à 10 de l'actuelle rue de la Blanchisserie, dont le toponyme en a conservé le souvenir. Un papier à en-tête donne un aperçu du bâtiment industriel avec son avant-corps central percé de grandes baies en plein-cintre et sa haute cheminée. Les origines de cet établissement sont mouvementées. En effet, la propriétaire de la blanchisserie n'est autre que l'épouse du chef du service des eaux de l'époque, lequel s'est attribué quelques largesses lors de la fondation de l'usine et a abusé de sa position au sein de l'administration municipale de l'époque. Il est d'ailleurs renvoyé en 1881, au moment où les faits apparaissent à la nouvelle municipalité mise en place depuis peu.

Les termes de la concession d'eau établis en 1876, au moment où notre homme est à la tête du service des eaux, prévoit un débit mesuré de sa prise d'eau (directement au réservoir qui lui est contigu) de 2 litres d'eau par secondes. Lors du procès que la ville lui intente, les experts estiment que, soit il a agi sans discernement (ce qui semble étonnant au vu de ses qualifications), soit il n'avait aucune intention de respecter le débit octroyé (ce qui semble en effet le cas). Il est donc condamné à verser à la ville 2 278 francs le 17 janvier 1888. L'activité de la blanchisserie se poursuit tout de même jusqu'en 1971, époque à laquelle M. Micouleau, son propriétaire, fait construire un immeuble à son emplacement, sur les plans des architectes Paul et Pierre Glénat.

SOUS LES PAVÉS


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Localisation du site antique de Sarabelles dans Urban-Hist et fragment de mosaïque découvert sur place en 1986. Illustration Marc Comelongue, Toulouse Métropole, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie et Ville de Toulouse, Archives municipales.

Si l'on veut parier sur la couleur d'une tesselle romaine à Toulouse...


février 2017

… les lois de probabilité nous invitent à choisir le blanc. En effet, même les mosaïques les plus colorées utilisent cette teinte et les roches claires pyrénéennes (calcaires, marbres, quartz) ne manquaient pas pour fabriquer des petits cubes immaculés. De plus, si les scènes mythologiques et de la vie quotidienne, ou les motifs floraux et animaliers, en technicolor, sont ceux qui nous viennent à l'esprit, il faut savoir que la plupart de ces pavements étaient simplement bicolores, blanc (souvent dominant) et noir, à motifs géométriques simples. Ce sont ces derniers que l'on retrouve le plus souvent dans l'ancienne ville romaine de Tolosa. Les mosaïques signalées le plus précocement au 19e siècle étaient de ce type (rue Peyrolières en 1858 et rue Cujas en 1872), de même que la dernière retrouvée dans les fouilles de la station de métro des Carmes en 2002-2003.

Les établissements ruraux autour de Toulouse possédaient aussi des sols mosaïqués, tel celui de Sarabelles fouillé vers 1973 par Patrice Cabau et Pierre Prost, sous la responsabilité de Claude Prost. Localisé à l'extrémité orientale de l'actuelle rue Maurice Hurel, près de la Cité de l'Espace, ce site était à l'époque au bord de l'Hers. Ceux qui connaissent cet endroit pourront alors s'étonner car l'Hers coule maintenant à environ 150 mètres plus à l'est. Alors que s'est-il passé ? Dans les années 1980, on lança la construction de la rocade de Toulouse et le secteur de Sarabelles posait problème à cause de la présence de l'aérodrome de Lasbordes dont les nouvelles infrastructures devaient rester suffisamment éloignées par sécurité. On décida alors de se lancer dans des travaux pharaoniques consistant à combler le lit de l'Hers pour construire l'autoroute à sa place, tandis que l'on recreusait une nouvelle rivière le long des pistes d'aviation. C'est d'ailleurs en visitant ce chantier en 1986 que l'auteur de ces lignes, qui ignorait alors l'existence d'un habitat antique en ce lieu, ramassa par hasard un petit morceau de mosaïque sur son emplacement qui avait été égratigné par les engins de terrassement. Comme vous pouvez le voir sur l'illustration ci-jointe, ayant pour fond la localisation du site archéologique dans Urban-Hist, la probabilité a bien été respectée car, sur les quatre tesselles composant ce fragment, deux sont effectivement blanches (les deux autres étant noires).

EN LIGNE


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10778. Inondations de Toulouse, Pont de Tounis. Bateau-lavoir amaré au port Garaud et pont de la Chaussée-de-Tounis. 1875. Editeurs P. M. Ferrier, J. Soulier, Levy. Ville de Toulouse, Archives municipales, 6Fi222 (détail).

Vedette !


février 2017

Mais comment faisait-on avant l'invention de la machine à laver ? Il est difficile d'imaginer aujourd'hui se passer d'eau courante et d'électricité. Il existe pourtant une époque pas si lointaine où la fréquentation des lavoirs permettait – aux femmes – de nettoyer le linge ou de le rincer à l'eau claire.

À Toulouse, on en trouvait jusque dans le milieu du 20e siècle, dans les quartiers de Tounis, Saint-Michel, Côte-Pavée, Bonnefoy, Saint-Etienne, Saint-Sauveur, Saint-Pierre, Port-Garaud, Daurade, Saint-Martin-du-Touch, Marengo, la Marquette... On en trouve la trace dans les archives de la ville [chercher lavoir@] et notamment dans les images anciennes.

 

 

Privés ou publics, adossés à une fontaine, accompagnés de bains publics, mécanisés, ils constituaient un lieu où les femmes pouvaient se réunir et discuter, tout en frottant, tordant, battant le linge. Heureusement, cette activité physique très pénible a disparu dans la société contemporaine grâce à l'ingéniosité d'inventeurs des 18 et 19e siècles, et l'automatisation du milieu du 20e siècle.