Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Jauni


février 2018

DANS LES ARCANES DE


Pour la France versez votre or. 1915. Guerre 1914-1918. Affiche de propagande en faveur de l'emprunt dit "de la défense nationale" reproduisant le dessin d'un coq gravé sur une pièce d'or terrassant un soldat allemand. Devambez Imp. ; Société des Amis des Artistes. Abel Faivre - Ville de Toulouse, Archives municipales, 11Fi17.

Or


février 2018

Pas de carton jaune pour les rédacteurs des articles d'Arcanes ! Même s'ils dévoilent des signes de vieillesse au cœur des archives ou qu'ils évoquent des tentations de simulacre ou de simili, et que, de temps à autre, ils nous en font voir de toutes les couleurs. Ils nous invitent à ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier et, parfois, à sucer des cachous, tout en nous méfiant des cures de « rajaunissement ».

Les Archives recèlent des richesses inestimables. Nul doute que vous en soyez tous convaincus de longue date, chers lecteurs d'Arcanes. Vous n'appartenez pas à la cohorte de ces béotiens qui ne voient que poussière, vieux papiers et documents inutiles, là où vos yeux admirent les traces de notre histoire, lointaine et récente à la fois, où votre esprit s'émerveille des lumières qu'elles offrent pour mieux comprendre notre monde actuel.

Oui les archives sont essentielles pour tous. Après une sélection soigneuse et raisonnée, les données et documents sont transmis au plus grand nombre pour, à tout moment, offrir la preuve dont l'administration et les usagers peuvent avoir besoin, pour être l'outil traditionnel des historiens et de tous ceux qui s'intéressent à leur histoire, qui ont besoin de reconstituer le passé pour donner des clés de compréhension du présent.

Versez votre or ! Versez vos archives !

ZOOM SUR


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Hôtel Mansencal. 1 rue Espinasse. Vers 1920, vue d'ensemble. Ville de Toulouse, Archives municipales, 51Fi2180.

Aïe


février 2018

Il vous faut des explications, tout de suite. D'abord la couleur jaune, puis une indication de souffrance, et enfin cette photographie : tout ceci vu depuis votre côté de l'écran peut paraître décousu, mais en réalité c'est lié. Une photo, avec ses strates chimiques, est un objet vivant qui évolue dans le temps. Et selon le chemin que prend son existence, les traumatismes qu'elle subit, les choix opérés par les personnes qui l'ont constituée puis transformée et conservée, son intégrité est parfois menacée. Vous avez déjà vu des tirages jaunis par le temps, affaiblis, presque illisibles. Il s'agit bien souvent du résultat de l'oxydation des grains d'argent contenus dans l'émulsion, qui peuvent produire, entre autres, du sulfure ou de l'argent colloïdal. Les deux combinés donnent naissance à cet intéressant voile jaunâtre aux reflets métalliques*. Sur un support transparent comme une pellicule ou une plaque de verre, l'image observée sur un fond clair apparaît en négatif, sur un fond sombre on la voit en positif. Revenez sur l'article d'avril 2016 , il était déjà question de cette particularité.

 

Le temps accomplit donc son travail de sape, inexorablement, le fourbe. Si on ne peut le stopper, un ralentissement du déclin est envisageable, en conservant ces documents très sensibles en atmosphère fraîche et sèche (moins de 14°C et de 40 % d'humidité). Cependant, nous ne maîtrisons pas l'état des documents lorsqu'ils arrivent chez nous : ils sont parfois mal en point.

Vous apprécierez donc l'abnégation de cette plaque de verre qui souffre en silence, altérée par l'oxydation de son émulsion. Notez bien que la numérisation est étonnamment précise, aucune retouche n'étant apportée. Quant à la couleur rouge, il s'agit probablement d'un vernis de masquage qui s'est dégradé. On en trouve aussi du jaune, parfois appliqué de part et d'autre de la plaque de verre, pour être bien sûr que la lumière ne passera pas au moment de réaliser le tirage.

Pour des informations complètes sur l'hôtel Mansencal de la rue Espinasse, rendez-vous sur UrbanHist !

 

 

*Source Bertrand Lavédrine, Les collections photographiques. Guide de conservation préventive, Arsag, Paris, 2000.

DANS LES FONDS DE


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Squelettes d'animaux présentés dans la salle Edouard Filhol du Muséum d'Histoire naturelle de Toulouse, vers 1920. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7309.

Jauni be good


février 2018

Oui vieillir à parfois du bon, comme cette carte postale quasi centenaire. Le papier jauni, le grain de l'image ont un charme suranné qui nous mettent tout de suite dans l'ambiance de ce début de siècle. Mais de jaune, il n'en sera pas question dans les quatre volumes consacrés aux œufs de l'inventaire des collections du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse de 2013 (1219W95 ; 1219W96 ; 1219W97 ; 1219W98).

Dans ces registres, pour chaque œuf conservé, il y a un numéro d'inventaire, la discipline concernée (ici l'ornithologie), le nom scientifique, la nature, la provenance, le mode d'entrée et bien sûr l'état du spécimen. Quant à savoir s'il y a un jaune dans l'œuf, l'histoire ne le dit pas !

[chien noir sur fond jaune] Tirage photographique noir et blanc contrecollé sur carton. Cliché Jean-Baptiste Allard, « La photographie Toulousaine » (entre 1872 et 1897) - Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi169 (détail).

Jauni à la rage


février 2018

- Un cas de jaunisse, on en a vu un ; un seul c'est vraiment trop peu pour s'étendre dessus. Il s'agit de la mésaventure arrivée à cette pauvre Marie Rouzières qui, victime de ragots peu flatteurs sur sa vertu, colportés par des voisines, en attrape une jaunisse. Sautant sur l'occasion, Jeanneton va enfoncer le clou et la traiter de... vérolée ! C'en est là trop pour Marie qui va la poursuivre en justice pour cas de diffamation (FF834/1, procédure #026, du 6 mai 1790).
- La peste, c'est surfait et puis on pense immédiatement à peste noire, or là on est bien loin du jaune. Vous pourriez toujours faire un petit tour dans les registres de dénonce de peste (par exemple le GG997) mais, comme ils ne sont pas encore numérisés, il est à craindre que le bacille soit toujours actif... ce serait dommage de repartir de chez nous avec un bubon ! (à noter tout de même que nous avons été plusieurs à le manipuler et personne ne manque à l'appel).
- La suette miliaire, nous ça ne nous évoque aucune couleur particulière, je dirais le rouge vif ou le rose chaud à cause des violentes éruptions cutanées qu'elle provoque, mais après tout les cas manquent de nos jours à Toulouse pour s'en assurer vraiment. En tout cas ceux qui ont réchappé à l'épidémie qui surprend et assomme Toulouse en mai 1782 pourraient nous le dire. Quant aux victimes, vous les trouverez sagement rangées dans le registre GG1012.
- Finissons par la rage, et là on se rapproche insensiblement du jaune car, en effet, ne dit-on pas vert de rage. À Toulouse on parle souvent d'une recrudescence de la rage à la fin du 18e siècle, voir carrément d'une épidémie, mais en fait le danger rode depuis des siècles, il frappe épisodiquement et la moindre morsure de chien peut causer une réelle psychose. Mais, inutile de s'étendre plus avant, si vous voulez en savoir plus, il ne vous reste plus qu'à télécharger puis lire le dernier numéro des Bas-Fonds : "Cabots, dogues, mâtins et bassets".

Quant à la photographie qui vient égayer ce billet, rassurez-vous, elle n'a rien a voir. Ce caniche cycliste ne semble absolument pas atteint de la maladie hydrophobique, son maître non plus d'ailleurs : on le verrait à ses moustaches qui là sont tombantes et non hérissées. En revanche, ce tirage noir et blanc a bien jauni avec le temps.

DANS MA RUE


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Immeuble du 28 rue d'Alsace-Lorraine, vue d'ensemble. Photo Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse, Archives municipales, 2007, IVC31555_07311585NUCA.jpg.

Quand la brique s’est mise à jaunir !


février 2018

C'est à une période bien précise que la brique se met à jaunir à Toulouse : au moment des percées haussmanniennes, dans les années 1870. Ces aménagements sont effectués pour transformer la Toulouse médiévale et ses rues étroites en ville moderne, où les larges avenues doivent faciliter la circulation des personnes et des marchandises. Même si on est loin des voies parisiennes (ni aussi longues, ni aussi amples), elles se bordent tout de même de beaux immeubles de rapport où le nec plus ultra est, grâce aux nouvelles perspectives, que leurs façades vues de loin paraissent en pierre. En effet, l'imitation va même au-delà de la couleur, car nombres d'édifices possèdent des appareils à bossage, évoquant des blocs de pierre de taille.
La rue d'Alsace-Lorraine illustre bien ce phénomène. La grande majorité de ses édifices ont été bâtis en brique claire et reprennent les caractéristiques des immeubles haussmanniens : un rez-de-chaussée surmonté par un entresol, trois étages animés par des balcons et coiffés d'un toit brisé en ardoise éclairé par des lucarnes. Le décor composé d'éléments classiques (pilastres, frontons, consoles) est également très présent, notamment autour des portes d'entrée et des fenêtres. Le grand magasin, "la Maison Universelle", édifié à partir de 1874 selon les plans de l'architecte Achille Ambialet en est un bon exemple.Immeuble du 40 rue d'Alsace-Lorraine : élévation de l'angle, décor sculpté représentant Hermès et l'Abondance. Photo Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse, Archives municipales, 2007, IVC31555_07311644NUCA.jpg

Certains se distinguent par la qualité de leur mise en œuvre et l'abondance de leur ornement, dont le programme iconographique reste parfois complexe. Tel celui construit à partir de 1885 au 40 rue d'Alsace-Lorraine, par l'architecte Jacques Lacassin, qui présente de beaux morceaux de sculpture dont la signification n'est plus évidente aujourd'hui. Couronnant les frontons, on aperçoit d'un côté Hermès, dieu du commerce, face à l'Abondance, et, de l'autre, deux figures allégoriques évoquant peut-être les Sciences et les Arts. Deux hauts-reliefs soulignent ces deux thématiques, en présentant la production agricole et industrielle ainsi que le commerce et l'art.
La mode de la brique jaune imitant la pierre disparaît au tournant du 20e siècle. Elle n'est plus présente rue Ozenne, dernière percée effectuée entre 1908 et 1914.

SOUS LES PAVÉS


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Statue antique, conservée au Musée Saint-Raymond de Toulouse, ayant contracté une jaunisse après sa découverte sur le site de Chiragan à Martres-Tolosane au 19e siècle. Photographie Jean-François Peiré - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3871.

Cure de rajaunissement


février 2018

Les archivistes sont évidemment confrontés au jaunissement, altération normale du papier composant les documents qu'ils conservent. Les archéologues, beaucoup moins. Peu d'objets enterrés anciennement virent au jaune. Ceux qui le sont à l'origine conservent leur couleur s'ils sont en or, matériau inaltérable. Mais s'ils sont en alliage cuivreux leur éclat doré est passé au vert à cause de l'oxydation. Cependant si vous visitez l'exposition permanente ou les réserves du Musée Saint-Raymond de Toulouse vous remarquerez que certaines sculptures antiques sont visiblement atteintes de jaunisse. Alors que s'est-il passé ?

Découvertes pour la plupart au cours du 19e siècle, leur séjour en terre les avait souvent couvertes de concrétions calcaires que l'on jugea alors opportun de nettoyer. Mais les techniques de restauration étant à cette époque moins maîtrisées qu'aujourd'hui, on utilisa un peu hasardeusement de l'acide qui a bien dissous les concrétions qu'on voulait éliminer mais qui a malheureusement aussi quelquefois fait virer le marbre clair, dans lequel elles étaient taillées, au jaune, voire au roux. En voulant rajeunir, on a finalement rajauni…

EN LIGNE


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Toulouse. Septembre 1998. Vues d'une boîte métallique, de couleur jaune, de « Cachou Lajaunie ». Pôle image de la Direction de la Communication - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi12354 (détail).

Rien ne vaut le Cachou… Lajaunie !


février 2018
Ah... L'odeur de la réglisse et le tintement des dragées dans la petite boîte de métal jaune. Toute une époque… Mais saviez-vous qu'il s'agissait au départ d'un « médicament » pour la bonne haleine, inventé vers 1880 par un pharmacien toulousain nommé Léon Lajaunie ? Et que la taille et la forme de son contenant si caractéristique étaient inspirées de celles d'une montre de gousset ?
Alors, si vous souhaitez en savoir plus et briller en société lors de dîners mondains, de nombreuses ressources numériques s'offrent à vous, notamment :
• un article d'Alain Le Pestipon, publié dans L'Auta en mars 2005, sur Léon Lajaunie ;
• un article de Philippe Emery, publié dans La Dépêche du Midi en août 2009, sur l'usine toulousaine encore en activité après 130 ans ;
• une interview télévisée du responsable marketing de l'entreprise Lajaunie, réalisée en décembre 1985 ;
• des clichés d'une publicité, pris par le Pôle image de la Direction de la Communication de la Ville de Toulouse, en septembre 1998 ;
• des notices de Wikipédia, l'encyclopédie libre et de Wikimedia Commons, la médiathèque libre.
Et si vous désirez creuser davantage, une thèse de Pharmacie soutenue par Hélène Guinaudy en 1989 est également disponible à la consultation, mais sur place cette fois-ci… Alors, au plaisir de vous retrouver bientôt en salle de lecture !