Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Accent


novembre 2018

DANS LES ARCANES DE


La nuit de Légion et Musique. Théâtre du Capitole. Le 2 juin 1965. Plan d'ensemple sur scène du groupe "Les compagnons de la chanson", à l'occasion d'une soirée "Nuit de la Légion Etrangère" au théâtre du Capitole. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2440.

Bon accent ne saurait mentir


novembre 2018

Non, je ne vous conterai pas une énième fois l'accent grave de la guerre. Mais allez quand même voir notre exposition sur 14-18, qui ne va pas durer : comme diraient les poilus, l'accent tue. Les Bauches répondront, au contraire, que l'accent point tue.

Bon, ça, c'est fait.
Je vais vous parler d'autres héros, canons eux aussi, et décidément de moins en moins poilus, mais non moins guerriers : nos joueurs de rugby. Ces champions de l'accent tonique, de l'accen-sation, de l'acc-sang qui coule d'un coup de crampon. Grâce à eux, on a même eu il y a 10 ans un ministre des Sports phonétiquement toulousain. Il nous fallait bien une voix pour réchauffer les locaux du 95 avenue de France à Paris. Et pour que Bernard la porte. D'ailleurs, j'avais oublié quand il avait débuté : nous voyons bien que son accent est intemporel (1).
Heureusement, nous avons de fiers chevaliers, des troubadours de talent, qui depuis l'antique et austère Virgile de Toulouse (le soldat inconnu des lettres toulousaines) perpétuent l'art de conter les syllabes autant que fleurette. Histoire de ne pas parler, comme ces gens du Nord, à l'accent-à-l'heure, quart d'heure toulousain oblige.

 

(1) Attention, le Rouergat Bernard nous a caché une autre activité professionnelle, peut-être en lien avec la sueur, le sang et les larmes des matchs. A vous de trouver la réponse en image quelque part dans ce numéro d'Arcanes.

ZOOM SUR


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Port de la Daurade sur la Garonne. Années 1910-1920. Vue perspective du fleuve prise de puis le quai de la Daurade. Au premier plan : étendoirs à linge avec draps, bateau lavoir, établissement de bains ; au second : le fleuve ; au fond : une partie de l'Hôtel-Dieu, le Port-Viguerie, le dôme de l'hôpital de La Grave, le pont Saint-Pierre, Ville de Toulouse, Archives municipales, 5Fi26.

Grave


novembre 2018

Oui, l'heure l'est. En crise aiguë. Ce n'est pas la couverture nuageuse qui nous préoccupe, bien qu'elle nous laisse craindre  le pire pour le linge étendu sur les quais de la Daurade et de l'exil républicain. Ce n'est pas non plus le fait qu'il faille se frayer un chemin entre des tas de sable et de cailloux juste au sortir du bain, et je ne vais pas encore vous abreuver d'exclamations sur l'ancien pont Saint-Pierre. Que nenni. Je voudrais juste mettre l'accent sur le caractère précieux de ces plaques de verre et autres supports argentiques éminemment fragiles.
 

Le sujet me tient à cœur, vous l'aurez compris, comme tout ce qui touche à la conservation des œuvres (à celle des fruits aussi, surtout sous forme de confitures, mais là n'est pas le sujet). Donc, j'attire votre attention, non sur le panorama photographié, bien que le dôme m'ait servi de prétexte pour coller au thème, mais à toutes ces taches, biffures et « léopardures » dont l'image est constellée. Sur cette reproduction de la plaque, vous voyez nettement les altérations du support :

 

Altérations de la plaque de verre.

    • le « miroir d'argent » sur tout le tour (détérioration de la couche picturale due aux mauvaises conditions de conservation de la plaque. Défaut constaté notamment sur les plaques restées stockées dans leurs boîtes en carton d'origine) ;
    • les craquelures au bas de la plaque (flétrissure de la gélatine, à la suite, sans doute, des changements d'hygrométrie) ;
    • les rayures (manipulations dans un environnement abrasif) ;
    • cerise sur le gâteau, saurez-vous identifier l'origine de l'énorme tâche sur le quart inférieur gauche de la plaque ? Elle me vaut une montée d'adrénaline à chaque fois que je vois des doigts courir tout nus sur des supports argentiques. C'est une empreinte digitale !

Fort heureusement, nous disposons aux Archives d'un magasin spécifique pour la conservation des photographies, ventilé, à température et hygrométrie contrôlées, pour que l'état des documents se stabilise. Ceux-ci sont systématiquement reconditionnés, de manière à limiter les dégradations et les pollutions. Nous disposons aussi d'un individu rébarbatif prêt à dissuader quiconque voudrait manier des documents fragiles sans gants.

DANS LES FONDS DE


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Catinou e Jacouti. Poutous de Toulouse. Au dos, mention imprimée : "De poutous per toutis" [des bisous pour tous], avec des cases à cocher. Catinou avec une voiture à bras devant le Capitole. Dessin de Charles Mouly. Vers 1980. Ville de Toulouse, Archives municipales, cote 9Fi7482.

L’Occitanie, ou plutôt avec l’accent, « Occitània »


novembre 2018
Cette année, la ville de Toulouse célèbre le 800e anniversaire de la fin du siège de Simon de Monfort qui convoitait le territoire du comte de Toulouse. C'est ainsi l'occasion pour notre chère Tolosa occitana de programmer de multiples événements afin de promouvoir la culture occitane. 
Une culture, déjà mise à l'honneur par deux institutions incontournables à Toulouse, l'Ostal d'Occitània (Maison de l'Occitanie) et le Centre occitan des musiques et danses traditionnelles (COMDT), pour ne citer qu'eux. 
Ecusson autocollant promotionnel pour la bande dessinée "Pitchou d'Oc" représentant le héros, petit troubadour du XIIIe siècle, assis sur une croix occitane et tenant un luth. Au dos, en haut : "Pitchou d'Oc, personnage et héros de bande dessinée, est doué d'un pouvoir extraordinaire : "l'immortalité" ; volontaire et courageux, il nous entraîne avec son ami le luth dans de fabuleuses et merveilleuses aventures à la découverte de l'Occitanie". Au dos, en bas : "Photographié et édité par les Editions GST, 6 rue de la Jeunesse, 31200 Toulouse". Ville de Toulouse, Archives municipales, cote 9Fi4848.La Maison de l'Occitanie, inaugurée en décembre 2006, est confiée à l'association Convergencia occitana, une fédération d'une centaine d'associations qui œuvrent pour la promotion de la langue et de la culture occitanes. Point focal de l'Occitanie, elle se veut un lieu vivant, un ferment de créativité et d'animation ouvert à tous. 
Le Conservatoire occitan,  quant à lui, a été créé en 1971 par la mairie de Toulouse, sur une proposition des Ballets occitans. Devenu en 2007 le Centre occitan des musiques et danses traditionnelles, cette association très attachée à la dimension orale de la culture occitane, s'est spécialisée dans la collecte, la sauvegarde et la communication d'archives sonores et audiovisuelles.
Nul doute que notre culture occitane et notre bel accent chantant ont de beaux jours devant eux !
Fillette sortant d'un panier de violettes, un doigt sur sa bouche ; vues multiples de monuments et sites toulousains autour du panier. Au verso, annotation manuscrite : "Toulouse le 3 mai 1915". Correspondance traite d'une foire aux chevaux. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi1003.

« Pour un Toulousain, l’accent c’est un drapeau. »


novembre 2018

Nous avons tous des grands-oncles, des cousins éloignés, des grands-pères qui sont partis sur les champs de bataille durant la première guerre mondiale qui devait être la Der des Der. Un grand nombre y laissèrent leur vie, d'autres sont revenus, aucun indemne. Peu d'entre eux racontèrent les horreurs qu'ils avaient vécues. Il fallait se reconstruire, essayer d'aller de l'avant, retrouver une vie, vivre... 
La Grande Collecte, lancée en 2014, nous a permis d'accéder à des documents intimes sur la vie de ces hommes perdus sur les champs de bataille. Dans cette horreur inimaginable, l'appartenance à un terroir, une rencontre avec « un pays », réconfortait temporairement les hommes, les unissait face à la peur, au malheur. Des poètes méconnus de nos jours nous ont laissé des écrits sur ces petits moments de bonheur volés à la boue, la saleté, la faim, la mort...


Ainsi Albert Pons, homme de lettres et toulousain d'origine, caporal au 88e régiment d'infanterie, nous rappelle la chaleur de l'accent toulousain dans un petit texte « Histoire presque vraie, à mon accent », que vous pouvez découvrir dans son entier sous la cote 1Z545

 « Quand je regarde en moi, j'y revois 'moun païs'. La France est mon pays ; moun païs, c'est Toulouse… Nous allions, rayonnants, graves comme des papes, drapés dans notre accent comme dans une cape, le faisant, à travers les groupes et les ronds, sonner 'O Cyrano' ! Comme tes éperons' ! […] Ne touchez pas à mon accent, ou je me fâche. Mon accent, c'est encore un peu plus qu'un panache et devant lui, bien bas, je tire mon chapeau, car pour un Toulousain, l'accent, c'est un drapeau. » 
Albert Pons. 

DANS MA RUE


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Balma, place de la Libération. Architecte : Véronique Joffre. Détail de la brique. Phot. Laure Krispin - Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, non coté, 2018.

Le tien c'est le tien et le mien c'est le mien


De quoi ? L'accent, tiens.
Tout comme la langue, l'architecture peut aussi prendre des accents. Des accents venus du nord, tel le beffroi installé par Viollet-le-Duc au dessus de la tour des Archives, dont l'origine serait à chercher chez nos amis Flamands. Des accents venus du sud, à l'image de la villa mauresque commanditée par l'amateur d'art Georges Labit. La réinterprétation d'un langage local est particulièrement perceptible à la fin du 19e et au début du 20e siècle, avec la mode du pittoresque qui se développe un peu partout en France et s'incarne de façon exemplaire dans les villas de style néo-basque, édifiées dans un grand Sud-Ouest.
Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, les idées, les styles voyagent depuis longtemps, s'adaptant au contexte local, se mêlant à ses formes et à ses matériaux, dans des re-créations toujours originales. C'est le cas de la cathédrale Saint-Étienne : après avoir lancé la mode de ce que l'on appellera bien plus tard le « gothique méridional » avec l'édification de sa nef unique au début du 13e siècle, elle est reconstruite dans le style du gothique rayonnant d'origine parisienne. Prévue entièrement en pierre dans une terre de brique, elle doit montrer la puissance de ses évêques et porte témoignage du rattachement en 1271 du comté de Toulouse à la couronne de France. On peut également citer l'hôtel de Bernuy, fleuron de la première Renaissance toulousaine, où l'on peut voir le langage antique venu d'Italie passé par l'Espagne et réinterprété par le maçon toulousain Louis Privat (1).
Alors, y a t-il un accent spécifiquement toulousain en architecture ?
Il y en a sans doute plusieurs, que l'on pense au « gothique méridional » du 13e siècle, vu plus haut, aux clochers-murs ou aux clochers polygonaux dits « toulousains » qui surmontent les églises de la région, ou encore aux décors de terre cuite du 19e siècle ornant les murs de nos immeubles et de nos maisons. En revanche, ces caractéristiques ne semblent pas s'être exportées bien au-delà de la zone géographique couverte par les sonorités chantantes de notre accent.
Balma, place de la Libération. Architecte : Véronique Joffre. Phot. Laure Krispin - Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, non coté, 2018.Aujourd'hui, les accents, tout comme l'architecture, ont tendance à se lisser, à s'uniformiser. Pourtant, il est possible de retrouver dans la construction locale un accent toulousain qui soit autre chose qu'un plaquage de briquettes sur un immeuble dont le modèle est le même  de Concarneau à Rio. L'aménagement de la place de la Libération à Balma, sur les plans de l'architecte Véronique Joffre, offre ainsi une utilisation renouvelée de la terre cuite locale.

 

(1) Colin Debuiche, « L'hôtel de Bernuy et l'influence des Medidas del romano dans l'architecture toulousaine de la Renaissance », dans Les Cahiers de Framespa [En ligne], 5 | 2010, mis en ligne le 02 mars 2011, consulté le 06 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/framespa/159 ; DOI : 10.4000/framespa.159

 

SOUS LES PAVÉS


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Sondage archéologique (et sondeur songeur) sur le site toulousain du Cluzel en 1974, négatif couleur, auteur non identifié, Archives du Service régional de l'Archéologie Occitanie.

Paléoaccentologie


novembre 2018

Quand on parle d'accent dans le sud de la France, on peut d'abord penser à celui de Marseille. Mais les Toulousains peuvent aussi en revendiquer un, bien marqué.

Croyez-vous que ces deux intonations ont pu se rencontrer pendant l'Antiquité ? Il est bien possible que l'archéologie puisse nous en apporter la preuve.

Lorsqu'André Muller a fouillé, de 1972 à 1987, le site de la butte du Cluzel au sud de la commune de Toulouse, il y a découvert les traces d'une occupation datée des Ve-IVe siècles avant notre ère.
Or, en ce début du second Âge du Fer, les Toulousains étaient déjà accros au vin. Mais, n'en produisant pas eux-mêmes, ils devaient en importer, transporté dans des amphores.
Il se trouve que les fragments d'amphores découverts au Cluzel sont bien caractéristiques, non seulement par leur forme, mais surtout par leur pâte, qui contient des particules de mica. Les archéologues les ont baptisées « massaliètes » car les fours qui les produisaient ont été retrouvés dans la région de Marseille. Elles sont la preuve que des Toulousains et des Marseillais communiquaient déjà à cette époque, et se comprenaient malgré ce que pouvaient être alors leurs accents respectifs.

EN LIGNE


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Billet en langue espagnole (recto et verso), présenté comme pièce à conviction. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF776/2, procédure #076, du 28 mai 1732.

¿ Qué ? What ? Cosa ?


Novembre 2018

Que faisait-on lorsque qu'un suspect ramassé par le guet lors d'une ronde était interrogé par les capitouls, et qu'on découvrait qu'il n'entendait ni ne parlait la langue ?
Mettons de côté les voisins catalans, les Béarnais ou même les Cévenols ; là, on s'arrangeait toujours, même avec les Franc-Comtois ou les Picards d'ailleurs (quoique, là...). Mais quand on tenait un « vrai » étranger, il fallait bien un intermédiaire pour établir le dialogue et tirer les vers du nez du criminel supposé.

En ce qui concerne les Anglais et les Irlandais, il n'était guère difficile de trouver un interprète : le séminaire et collège des Irlandais est établi rue Valade depuis 1626. François O'Hea, son supérieur, assiste ainsi son compatriote Robert Grove, accusé puis condamné par les capitouls pour avoir violemment tabassé un domestique en 1755 (FF 799/6, procédure # 182, du 1er septembre 1755).
L'anglais Charles Humphreys, comme trois de ses congénères anglais (mais qui parlent la langue), se retrouve devant la justice après avoir insulté et menacé avec arme une femme du monde qui refusait une partie carrée à cinq. Lors de ses interrogatoires, il est assisté du prêtre irlandais Jean-Baptiste O'Killin (FF 812/7, procédure # 165, du 5 août 1768). Pour tout savoir de cette affaire savoureuse, il vous suffira de vous reporter à Honey trap, le piège de l'amour, dossier des Bas-Fonds de juillet 2017.
L'Italien Pierre Bella-Vita se dit ancien capitaine en second d'un navire marchand ; il assure pourtant ne savoir s'exprimer en français que « dans les mots uzuels dont on se sert à table, ou pour demander à manger ». Soit. Afin donc qu'il passe à table (et on y tient car il s'est fait pincer avec un certain nombre de rossignols, de limes, queues de rat, pinces et autres instruments particulièrement utiles pour ouvrir par effractions portes et coffres), on lui adjoint le soldat du guet Jean Loubet qui, après avoir prêté serment, devient son interprète tout au long du procès (FF 829/12, procédure # 214, du 22 novembre 1785).
À bien y réfléchir, le fait qu'un capitaine en second de navire de commerce, italien de surcroît, n'entende pas le français, est étrange et ressemble un peu à de la commedia.


Si nous n'avons pas trouvé de Germain (il y a bien un Saxon, le comte de Loeben, qui s'est battu en duel, mais il a eu la mauvaise idée de mourir de ses blessures avant d'être interrogé), quelques Ibères comme les frères Peyron (FF 800/8, procédure # 289, du 25 novembre 1756) bénéficient d'une assistance linguistique durant leur procès.
Terminons enfin avec le frère mineur du couvent des Franciscains de Valladolid, Francisco Prieto, qui, en 1732 obtient un interprète et traducteur afin de pouvoir porter plainte contre des escrocs et voleurs de chevaux. C'est le lieutenant du guet qui va s'en charger, et qui lui traduira même deux documents versés comme pièces à conviction (FF 776/2, procédure # 076, du 28 mai 1732). Ceux d'entre vous qui voudraient vérifier la justesse de cette traduction du billet présenté ci-contre en illustration, pourront la découvrir ici.