Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

CENT


juillet 2019

DANS LES ARCANES DE


LES ARCHIVES AU DONJON DU CAPITOLE, Vue de la rochelle et des voûtes. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi968.

Des chiffres indécents


juillet 2019
Non, je ne vous sortirai pas la doctrine d'un certain Yves Pérotin, auteur de la célèbre théorie des "trois âges des archives". "1, 2, 3", c'est trop simple, et ça me rappelle un tube hispanique de ma prime adolescence (1995 pour les curieux).
Je vous propose en revanche un exercice d'érudition statistique appliqué à nos fonds municipaux. Partons d'un chiffre : 15,2 kilomètres linéaires. C'était le volume conservé en début d'année dans notre réservoir de mémoire. Une mémoire ancienne, remontant au XIIIe siècle.
Mais quelle proportion représentent les fonds d'Ancien Régime chez nous ? Ces derniers temps, nous l'avons constaté, les réponses données par certains visiteurs à cette nouvelle question étaient très surévaluées, allant de 2 à 3 km, soit 13 à 20 %. Or, les trésors hérités de l'Ancien Régime sont bien moins volumineux : 320 mètres tout au plus, soit 2 %. Petits mais costauds, car ils défrayent plus que jamais la chronique des Bas-Fonds.
Quant aux "archives modernes", qui courent de la Révolution à la fin de la IIIe République en 1940, elles ne représentent qu'un peu plus du double.
Même si ce petit kilomètre n'était pas encore entièrement collecté en 1945, les archives, à l'étroit dans le donjon de l'hôtel de ville, se sont installées cette année-là dans un local de la rue du Périgord, doublé en 1992 d'une annexe sur le site Léo-Lagrange. Quand, en 1996, les Archives s'installaient dans l'ancien réservoir d'eau de Bonnefoy, le volume des fonds atteignait 4349 mètres.
22 ans après, avec presque 11 nouveaux kilomètres privés, publics, audiovisuels, ou photographiques collectés, nous avons progressé de... 250 % !
Assez de chiffres incessants. La tête sature, comme le bâtiment actuel et les serveurs numériques. Quand on pense à ce qui nous attend avec l'intercommunalité devenue métropole, on se jure d'obtenir un espace supplémentaire de conservation... un projet tout récent !

ZOOM SUR


.

Jardin du Grand Rond (1885). Mentions manuscrites sur étiquettes de papier collées : N°22. Toulouse (1885). Grand Rond ». Gardien en uniforme avec médailles et alignement de chaises. Cliché de projection avec double protection de verre scellée par du papier. Gorges Ancely – Ville de Toulouse, 51Fi1476.

Cinq


juillet 2019
Oui, la chaleur est assommante, la langueur des journées chargées de soleil nous gagne, le cortex ramollit, et la rédaction du centième « Zoom sur » en pâtit. Je vous sers un billet décongelé sur la sensorialité. Quelque chose de frais et léger, à feuilleter sur la plage, pas trop compliqué, avec un diaporama, sorte de filmette surannée, de court-métrage paresseux.
Cinq scènes de genre du Toulouse du 19e, tranches de vie prises par Georges Ancely, mort en 1919.
Vous verrez des gens vivre, des qui vendent des fleurs ou des fruits, un qui cire au rythme de l'accordéon, d'autres qui se mettent à l'ombre et arborent des faux culs, et puis, au milieu de ce remue-ménage, au son des voitures à cheval, du bruit des roues et des sabots sur le pavé poussiéreux, un qui se fait voir. En plein silence. À l'heure de la sieste peut-être ?
 

 

DANS LES FONDS DE


.

CARTULAIRES. Compilation générale des privilèges de la ville et de nombreux titres des archives, exécutée par ordre des capitouls de l'année 1539-1540, connue sous le nom de "Vidimé du Livre Blanc", Cartulaire de Jean Balard (1540). 1152-1539. Registre parchemin, 885 feuillets (vue 31). Ville de Toulouse, Archives municipales, AA5.

Préceptes centenaires


juillet 2019
Une chose est sûre, à Toulouse, la préservation des archives, c'est de l'histoire ancienne ! Il y a cinq cents ans, nos élus de l'époque, les capitouls, s'alarmaient de l'état déplorable de leur dépôt d'archives. Certes, la tour des Archives est à l'abri des effractions derrière son épaisse porte en fer aux serrures alambiquées, mais le bâtiment est tout bonnement insalubre. Les titres et privilèges de la ville sont rongés par les rats ou gâtés par l'humidité, et les sceaux chargés de les authentifier tombent en morceaux.
Les capitouls décident alors de prendre des mesures pour remédier à cette situation. Une nouvelle tour est construite (l'actuel Donjon du Capitole, qui accueille aujourd'hui l'office de Tourisme). Les documents y sont entreposés sur des supports adaptés : étagères, râteliers et coffres fermés à clés pour les pièces les plus précieuses. Les versements et les prêts sont consignés dans un répertoire, et le dépôt est visité une à deux fois par an par les membres du corps capitulaire. Vous retrouverez les prémices de cette prise de conscience archivistique toulousaine dans le cartulaire de Jean Balard, aux vues 31 et 32.

LES COULISSES


.

Référentiel général de gestion des Archives, pourquoi les archives sont-elles un atout de modernisation pour votre administration, Comité interministériel aux Archives de France (2013).

Sans archives ?


juillet 2019

Sans archives, pas de droits. En 1194, le roi de France, Philippe Auguste, est vaincu par Richard Coeur de Lion lors de la bataille de Fréteval (Loir-et-Cher). Philippe Auguste perd ses archives. Sans les titres justificatifs de son pouvoir, il ne peut plus – entre autres – prélever l'impôt. A son retour à Paris, il fait reconstituer ses archives et décide de les sédentariser pour mieux les protéger.  
Sans archives, pas de transparence. C'est ce que rappellent plusieurs institutions, comme l'UNESCO dans sa déclaration universelle sur les archives : « Les archives consignent les décisions, les actions et les mémoires. (…) Sources d'informations fiables pour une gouvernance responsable et transparente, les archives jouent un rôle essentiel dans le développement des sociétés en contribuant à la constitution et à la sauvegarde de la mémoire individuelle et collective ». Quant au Conseil international des archives, il déclare dans le préambule de ses statuts : « Parce qu'elles garantissent l'accès des citoyens à l'information administrative et le droit des peuples à connaître leur histoire, les archives sont essentielles à l'exercice de la démocratie, à la responsabilisation des pouvoirs publics et à la bonne gouvernance ».
Sans archives, pas d'histoire. Mais de l'imagination et de la fiction ! Les archives sont la documentation pour la recherche historique. L'écriture de l'histoire nécessite d'interroger, comparer, analyser les documents. Sans eux, l'histoire reposerait sur des affabulations.  
Sans archives, pas d'avenir. « La question de l'archive n'est pas une question du passé. […] C'est une question d'avenir, la question de l'avenir même, la question d'une réponse, d'une promesse, d'une responsabilité pour demain. » (Jacques Derrida, Mal d'archive. Une impression freudienne, Paris, Galilée, 1995.).
Sans  hésiter, prenons soin de nos archives et conservons-les de façon raisonnée.

 

DANS MA RUE


.

Élévation sur la rue Gabriel-Péri. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20193100060NUCA, 2019.

Il y a 100 ans, une histoire de famille…


juillet 2019
En 1919, Joseph Ducuing lance la construction de son hôtel particulier et cabinet de consultation au 6 rue Gabriel-Péri. Les plans sont signés par A. Ducuing, architecte, sans nul doute Antonin, son frère.
A Toulouse, le nom de Ducuing est familier. Tout d'abord il y a Paul (1867-1949), l'oncle de Joseph et d'Antonin, sculpteur, artiste officiel de la Troisième République, dont on peut voir le buste de Jean-Jaurès au pied du grand escalier du Capitole. Puis vient Joseph (1885-1963), dont le nom, bien connu des Toulousains, a été donné en 1979 à l'ancien hôpital de Varsovie. Cet homme, professeur éminent à la pointe de la recherche médicale, notamment en matière de lutte contre le cancer, s'est également imposé par son engagement militant et humaniste auprès des réfugiés espagnols, et par ses liens étroits avec des Résistants lors de la Seconde Guerre mondiale.
Toujours en place, sa demeure bâtie il y a cent ans à l'angle des rues Gabriel-Péri et Castellane offre des élévations polychromes où se mêlent les couleurs de la brique et de la pierre. Elle se distingue par son imposant volume et affiche des façades oscillant entre une certaine modernité dans la simplification des formes, un goût pour le régionalisme et la persistance d'une tradition ornementale très dix-neuviémiste toujours en vogue à Toulouse au début de ce nouveau siècle.
Cette maison est le signe de la fin d'une époque emportée par la Grande Guerre, avant la naissance d'un esthétisme plus dépouillé, d'un retour à l'ordre et à la sobriété.

SOUS LES PAVÉS


.

Plan de la Ville de Toulouse et de ses environs levé l'an MDCCL par Joseph-Marie de Saget, Ville de Toulouse, Archives municipales, II 737 (extrait).

Une tuerie…


juillet 2019
Quels sont les endroits qui ont vu couler le plus de sang dans l'histoire de Toulouse ? Les lieux de combat : siège de 1218 où Simon de Montfort trouva la mort, conflit de 1562 entre protestants et catholiques, bataille de 1814 entre armée impériale et coalisés anglo-hispaniques ? Ou bien les lieux d'exécution comme la place Saint-Georges ? Si l'on cesse tout anthropocentrisme, on prendra conscience que ce sont les abattoirs. Les plus connus des Toulousains sont ceux construits vers 1825, aujourd'hui transformés en musée d'art moderne et contemporain. Auparavant, on voyait au milieu de l'actuel port Viguerie, en bord de Garonne près de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques, un bâtiment que le cadastre révolutionnaire de Grandvoinet appelle « affachoir », terme ancien équivalent à abattoir des bœufs. Et le plan de Joseph-Marie de Saget de 1750, que nous présentons ici, le montre, sous le nom de « tueries », dans un environnement différent, car le port en hémicycle n'était pas encore construit. En 2015, le Service archéologique de Toulouse Métropole effectua un diagnostic en ce lieu sous la direction de Vincent Buccio. Mais le hasard de l'implantation des sondages exploratoires fit que l'on ne retrouva pas de vestiges de l'abattoir des bœufs, mais ceux du cimetière de l'hôpital et d'une maison qui le jouxtaient directement au XVIIIe siècle. A noter que vous trouverez un dossier documentaire sur les affachoirs toulousains dans la rubrique « Dans les bas-fonds » des Archives municipales (n° 22 d'octobre 2017).

EN LIGNE


.

Portrait d'enfant. Première moitié du XXe siècle. Photographie, négatif N&B, 13 × 18 cm. Alexandre et René Gril - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 34Fi197 (détail).

Cent chemises… mais avec pantalon !


juillet 2019
Les Cent-Jours, la Guerre de Cent Ans, les « siècles des siècles » : le nombre cent a toujours beaucoup fasciné les esprits. C'est rond, c'est entier, c'est facile à retenir. Alors, pour le centième numéro d'Arcanes, il nous fallait marquer le coup : quoi de mieux qu'un petit florilège (infime pourcentage au demeurant) de nos fabuleuses ressources ?
Je vous propose donc, au choix :
- l'accès illimité aux anciens numéros d'Arcanes,
- notre collection d'Image du moi(s),
- notre éphéméride Twitter,
- nos épisodes des Bas-Fonds,
- notre album Flickr sur l'équipe des Archives (certains rédacteurs d'Arcanes y font même une apparition…).
N'hésitez pas également à consulter notre base de données : elle contient plusieurs centaines de milliers de références de dossiers, le plus souvent, et incidemment, conditionnés dans des chemises (allusion subtile, vous en conviendrez…).
Ne reste donc plus qu'à régler cette histoire de pantalon… finalement assez simple : l'ordonnance du préfet de Police de Paris du 16 brumaire an IX concernant le « travestissement des femmes » n'autorisait pas ces dernières à porter de pantalon, en dehors de quelques exceptions très limitées. Une question écrite d'un sénateur de la Côte-d'Or adressée à Mme la ministre du Droit des Femmes en 2012 a rappelé que cette disposition, heureusement tombée en désuétude, n'avait jamais été officiellement abrogée. La réponse apportée par le ministère a définitivement réglé la question, concluant par la même occasion que l'ordonnance incriminée ne constituait « qu'une pièce d'archives conservée comme telle par la Préfecture de Police de Paris ».
Édifiant témoignage néanmoins d'une époque révolue, ce dont l'auteure de ces lignes se félicite tous les jours… pouvant ainsi se vêtir à son aise pour rédiger ces quelques lignes.