Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

PALACE / PALLAS / PAS LAS


juin 2026

DANS LES ARCANES DE


Toulouse. Le Grand Hôtel, vers 1910. Carte postale Labouche Frères. Luigi Fachinetti – Mairie de Toulouse Archives municipales, 9Fi4702 (détail).

Ça c’est Pallas !


juin 2026

« La Garonne, le Capitole et le rugby, ça c’est Toulouse aussi ! » Ainsi s’achevait le refrain d’un chant de classe verte et colonie de vacances dont les enfants du coin rebattaient les oreilles des chauffeurs de bus et moniteurs. A ce jour, on ne sait toujours pas qui l’a composé, mais j’ai appris depuis que Toulouse c’était « Pallas aussi » et ce, depuis l’Antiquité. Pour être honnête, j’ai mieux connu la fin du 20e siècle qui devait faire advenir l’émission Palace sur les ondes télévisuelles françaises. Créée par Jean-Michel Ribes, aidé de Roland Topor, Georges Wolinski, Jean-Marie Gourio et bien d’autres encore, elle adaptait un format italien Grand-Hôtel avec l’esprit caustique des susdits auteurs. Le sommaire du n°176 d’Arcanes rendra donc hommage à cet ovni du PAF. 

« Les belles histoires du Pallas » nous emmènent d’abord en Sardaigne sur les pas de Jean Dieuzaide où nous nous sommes littéralement rendus pour inaugurer l’exposition Yan 1956 à l’Istituto Superiore Regionale Etnografico de Nuoro. 

« Pallas service » vous propose ensuite un soin spa étonnant aux bains de la Baraquette. Très en vogue sous Louis XVI !

C’est ici qu’intervient « Lady Pallas » pour nous renseigner sur les règles et convenances archivistiques permettant d’appréhender l’absence d’archives publiques ou d’encadrer leur destruction.


Pendant ce temps, au zinc de notre établissement, le barman nous rapporte la « Brève de comptoir » suivante :
- Tu sais où c’est toi le Palays ?
- Ben, tu l’as sous le nez. 

En vérité, le Palays est situé plutôt dans le quartier de Montaudran et doit son nom à la famille qui était propriétaire de ces terres dès le 12e siècle. 

D’ailleurs, le professeur de Pallas qui a toujours quelque chose à dire et à nous apprendre sur l’histoire de Toulouse, nous fait suivre les pérégrinations dans la ville du sarcophage d’un membre de cette famille. 

Et, pour finir, l’homme aux clefs d’or, grand architecte numérique, vous parle, et vous dévoile la destinée culturelle et artistique de notre ville, la « Palladia Tolosa ». Ça c’est Pallas !

ZOOM SUR


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Castel Sardo,Sardaigne. 1956. Vue en contre-plongée d’une femme à la fenêtre de sa maison où du linge, étendu sur un fil, flotte dans le vent. Jean Dieuzaide – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi124/nc/Sardaigne81

On n’est pas là, on est en Sardaigne !


juin 2026

Jean Dieuzaide aurait-il jamais proféré ces paroles ? Certainement, en 1956, lorsqu’il y est allé pour répondre à une commande de Benjamin Arthaud, l’éditeur d’ouvrages touristiques patrimoniaux. Il avait déjà parcouru le Portugal en 1954, la Turquie en 1955, et puis le Périgord, l’Espagne. Autant de voyages d’où il revint avec des photographies qui figureront parmi les plus emblématiques de son travail. C’était la pleine période humaniste, il photographiait la vie, le travail, les rites, les liens, la société. Il a également participé à la mise en place d’un regard sur la Sardaigne, qui l’a non seulement racontée, mais aussi transformée.  

  

La région autonome de Sardaigne a fait l’acquisition, en 2006, de l’album, de la plupart des tirages et des négatifs issus de ce voyage. Le fonds est conservé à l’Institut supérieur régional ethnographique de Nuoro qui s’attache à mettre en valeur la culture et le patrimoine sardes. Un projet d’exposition sous le commissariat d’Elisa Medde, soutenu par le Ministère italien de la Culture, présente ces œuvres sous une nouvelle forme. Partenaires du projet, nous étions invités à l’inauguration, au musée de la vie et des traditions populaires sardes de Nuoro, le 11 juin 2026. Cette exposition est assortie d’un catalogue qui sera présenté prochainement à Toulouse.  

  

Après la cession de ce patrimoine à la Sardaigne, les ayants droit de Jean Dieuzaide ont recomposé une collection avec les images initialement écartées par le photographe, qui ont donc réintégré la sélection, avec un nouvel album et des négatifs originaux.   

  

YAN, 1956. Jean Dieuzaide et son voyage en Sardaigne. 11 juin - 15 septembre 2026. Museo della Vita e delle Tradizioni Popolari Sarde, Nuoro. 

DANS LES FONDS DE


Le Bain. Deuxième planche d'une série de douze de la "Suite d'estampes pour servir à l 'histoire des mœurs et du costume Français dans le 18e siècle". Gravure de Antoine-Louis Romanet, d'après un dessin de Sigmund Freudberg, 1774. Rijksmuseum, Amstrerdam, inv. N° RP-P-2009-2133A.

Aqua Palace


juin 2026

Vous vivez au siècle des Lumières ? 

Vous avez de l'argent, des écus sonnants ? 

Vous cherchez un établissement proposant luxe, calme et volupté ? 

Vous êtes exigeant sur la qualité ? 

Alors, nous vous recommandons les bains de santé de la Baraquette. 

Pour cela, il vous suffit de sortir de la ville par la porte Saint-Etienne, de traverser le pont du canal à Guilhemery, c'est ensuite à deux minutes à cheval ou à moins de cinq minutes en chaise à porteur. Si d'aventure vous veniez par la barque de poste du canal, c'est à une portée de fusil de votre débarcadère. 

Les bains de la Baraquette ont ouvert leurs portes en 1769, on peut les considérer comme des bains de santé. La Baraquette, alimentée par la source éponyme, s'offre comme un véritable lieu de bien-être qui devient vite à la mode. Ainsi, à partir du 1er mai, la saison s'ouvre à vous. Vous y trouverez des bains individuels pour hommes et femmes, les baignoires sont alimentées tant en eau chaude (robinet peint en rouge) qu'en eau froide. Des thermomètres vous permettront de régler la température de l'eau à votre confort. Après le bain, le personnel peut vous aider à sortir de la baignoire et vous trouver des lits pour vous reposer. Ceux, plus actifs, pourront aller promener dans les jardins. Bien entendu, un service de boissons chaudes ou rafraîchissantes est proposé : café, chocolat et sirops à votre guise. 

 

Pour localiser les bains de la Baraquette, inutile d'ouvrir votre Guide Bleu, votre Petit Routard ou une appli quelconque de votre smartphone, suivez plutôt UrbanHist

LES COULISSES


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Agent manipulant un épi aux Archives municipales de Toulouse. Mairie de Toulouse, Archives municipales, FRAC31555.

Pas là ?


juin 2026

Dans les services d’archives, ce qui n’est pas là compte parfois autant que ce qui y est. Archiver, c’est choisir ce qui va rester et ce qui ne sera plus là. Il y a donc ce que nous conservons et en creux, ce que nous ne conservons pas.  

Parfois, l’absence d’un document parle plus que sa conservation. Cette absence témoigne du peu d’intérêt pour une procédure administrative, pour un fait, pour un événement. Elle peut aussi témoigner de la volonté de ne pas laisser de trace de son activité. Et même de la mise en œuvre du principe du droit à l’oubli. 

Dans tous les cas, les destructions d’archives publiques sont encadrées par l’Etat qui délivre un visa de destruction et publie des circulaires pour indiquer aux archivistes le sort à réserver aux documents à la fin de leur durée de conservation : conservation définitive ou destruction.  

Il arrive parfois qu’un décalage temporel se crée entre la date d’édition des circulaires et le moment d’appliquer les règles de gestion aux documents. Car les archives sont produites dans un certain contexte et utilisées dans un autre, éloigné dans le temps. Des préoccupations ou des besoins de preuves (scandales sanitaires ou environnementaux par exemple) ont pu naître dans cet espace-temps. L’archiviste doit alors adapter sa pratique. 

Et c’est dans cet équilibre subtil entre présence et absence que se construit la mémoire. 

DANS MA RUE


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Vue aérienne oblique de l’échangeur du Palays, 1992. Mathieu Lattes - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 96Fi3957, détail.

Un palays aux champs


juin 2026

Quand on entend Palaïïs (prononcé à la toulousaine), on pense tout de suite à l’échangeur du Palays, faisant la jonction entre la rocade et l’autoroute A61 vers Montpellier ; ou encore au parc d’activité du même nom, une zone industrielle d’une trentaine d’hectares. Mais il s’agit d’abord d’un petit bout du quartier Montaudran-Lespinet, situé à l’extrémité sud-est de Toulouse, dans la vallée de l’Hers. Selon Jean Coppolani, l’appellation « Palays » provient de la famille qui possédait un domaine à cet endroit dès le 12e siècle, domaine desservi par le chemin du même nom. Sur le cadastre de 1829, la métairie du Palays désigne une ferme au centre de vastes terres, propriétés en 1690 du collège Saint-Catherine. L’édifice présent en 1829 est encore en grande partie en place aujourd’hui, au n°5 rue des Satellites : un logis à étage flanqué d’un grand hangar ouvert par des arcades accompagné de communs.  

Territoire resté rural jusqu’aux années 1950, le paysage du Palays s’est transformé avec l’extension de l’agglomération toulousaine. Déjà au 17e siècle, le secteur avait fait l’objet de réaménagements avec le redressement d’une partie du tracé de la rivière de l’Hers en vue de lutter contre les inondations. Lors de la construction de l’autoroute en 1978-1979, l’Hers est une nouvelle fois déplacé de 150 m à l’est, en face du centre de formation des adultes1, construit en 1967 sur les plans de l’atelier Guardia-Zavagno, au même moment où le CNES s’installe sur des terrains un peu plus au nord du quartier. 

Intégrée aujourd’hui au centre d’un vaste complexe tourné vers l’aéronautique et le spatial, la ferme du Palays raconte un temps où les domaines agricoles émaillaient ce quartier aux confins de la ville.   

 

1. Jean-Marie Pistre, Histoire de l’Hers, non publié, 2020. pp. 16, 174. 

SOUS LES PAVÉS


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Tombeau de la famille de Palays, Mairie de Toulouse, Musée des Augustins, Photographie Daniel Martin.

Un Palays qui a vu du pays


juin 2026

En matière de palace à Toulouse, le plus ancien devait être, si l’interprétation des archéologues fut la bonne, le palais wisigoth découvert en 1988 sous l’hôpital Larrey. Puis, à la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, il y eut le palais du Parlement, maintenant remplacé par le palais de justice. On trouve aussi palace décliné en nom de famille : les Palays. L’un d’eux avait, au 13e siècle, son tombeau au couvent des Jacobins et son sarcophage est aujourd’hui conservé au musée des Augustins. Magnifiquement décoré, on y voit, à côté d’un chevalier en armure et à cheval, le blason de cette lignée. Comme c’est souvent le cas, on peut le déchiffrer comme un rébus : ses six besants peuvent y être interprétés comme des « palets », homonyme évident de « Palays ». 

Ce monument a vu un peu de pays avant d’intégrer le musée. Ce fut d’abord la cuve qui fut récupérée dans les années 1810, non pas aux Jacobins, mais à l’hospice militaire où elle avait été transportée pour servir de bassin. Hospice qui n’est autre que l’hôpital Larrey évoqué plus haut : le Palays du 13e siècle y avait donc, drôle de hasard, rejoint le palais des wisigoths. Mais c’est surtout le couvercle qui a suivi un étonnant périple. Longtemps considéré comme perdu, il fut retrouvé miraculeusement en 1958 par l’abbé Baccrabère, célèbre archéologue toulousain, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Toulouse. Il gisait alors, on ne sait pourquoi, abandonné avec d’autres éléments sculptés, au milieu du parc du château d’Aigrefeuille. 

EN LIGNE


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Tableau de Jean-Paul Laurens au Capitole représentant un troubadour des Jeux floraux, 2016. Stéphanie Renard - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 4Num7_08.

Palladia Tolosa


juin 2026

Vous avez peut-être découvert ces mots à l’occasion du projet « Capitolium ». Pour celles et ceux qui n’ont pas suivi, lors du week-end des 25 et 26 avril dernier, le TFC et le Stade Toulousain ont porté un maillot aux mêmes couleurs. Car qui se ressemble rassemble, une inscription était floquée sur le maillot des deux équipes : Palladia Tolosa. De l’occitan ? Que nenni, du latin ! Cela signifie « Toulouse, ville de Pallas » (à ne pas confondre avec la vie de palace). 

Pallas, ou Athéna chez les Grecs, ou encore Minerve chez les Romains, est la déesse de la sagesse, des arts et du savoir. Un titre flatteur, certes, mais que Toulouse n'a pas usurpé. Car bien avant de briller sur le gazon vert, bien avant d’être la « ville rose », Toulouse avec sa matière grise s'était déjà forgée une réputation de cité savante. Il faut imaginer une époque où l'on ne remplissait pas les stades mais les cours. Dès le XIIIᵉ siècle, l'université attire étudiants, théologiens et juristes venus de toute l'Europe. Les débats y sont parfois aussi animés qu'une finale de championnat, mais les passes se font alors en latin et les mots se positionnent en mêlées pour gagner les matchs philosophiques. 

Quelques décennies plus tard, en 1323, sept troubadours toulousains décident que les mots méritent eux aussi leur compétition. Ils fondent le « Consistori del Gay Saber » (ça c’est de l’occitan, vous pouvez ranger votre Gaffiot), ancêtre de l'Académie des Jeux floraux. Chaque année, les poètes s'affrontent non pas pour soulever un bouclier de Brennus (ça serait anachronique me direz-vous, ou bien qu’à partir de 1892), mais pour remporter une violette d'or, un souci d'argent ou quelque autre fleur précieuse. Un bouquet et huit siècles plus tard, l'institution est toujours là, ce qui en fait le plus ancien concours littéraire d'Europe encore en activité. Il se déroule à l'Hôtel d'Assézat, siège des académies toulousaines qui rappelle ô combien les arts et les sciences ont façonné la ville. Pour retrouver les traces de cette Toulouse savante, où même Pantagruel « apprit fort bien à danser et à jouer de l'épée à deux mains, comme c'est la coutume des étudiants de cette université », il vous suffit d'ouvrir Urban-Hist ! 

Car Palladia Tolosa n'est pas seulement une formule inscrite sur un maillot collector. C'est un surnom hérité de plusieurs siècles de savoirs, de poésie et de curiosité. Une manière de rappeler que Toulouse est aussi une ville où l'on cultive les violettes et les idées. Et puisque nous parlons de culture, il serait dommage de rester sur le banc de touche. Les ressources en ligne des Archives vous attendent pour partir à la découverte de cette autre équipe toulousaine : celle des poètes, des érudits et des rêveurs qui ont fait de Toulouse la cité de Pallas.