Cartouche en plein cœur
Cartouche en plein cœur
juillet-août 2026
Le Stade Toulousain venait de décrocher un quatrième Bouclier de Brennus consécutif. Les drapeaux étaient prêts, les écharpes aussi. La place du Capitole attendait les champions comme elle le fait depuis des générations. Et puis le ciel s'en est mêlé. L'orage est arrivé avant les joueurs. Les éclairs ont remplacé les feux de bengale. Zeus, sans doute un peu jaloux de ne jamais avoir été sélectionné, a décidé que la fête attendrait. Les supporteurs sont rentrés, le Capitole est resté vide, et Toulouse a remis la célébration à plus tard.
Ce n'est que partie remise pourtant ! Car les Toulousains savent faire du bruit, applaudir et encourager en rythme avec frénésie surtout quand la troisième ligne met une cartouche. Car oui, à Toulouse, une cartouche ne finit plus forcément dans un fusil. Il arrive qu'elle parte de Jack Willis, qu'il percute trois défenseurs sur son passage et fasse se lever tout un stade. On peut alors entendre une détonation de surprise dans le stade. Pourtant, un temps jadis, la cartouche était déjà une spécialité toulousaine. Les percussions, on pouvait les entendre plus à l’ouest de la ville : à la Cartoucherie.
À partir de 1804, le Polygone d'artillerie accueillait les exercices militaires de la garnison toulousaine. C’est ici, pendant la Première Guerre mondiale, que plus de quatorze mille ouvriers, dont une majorité de femmes, y fabriquèrent les cartouches destinées au front. La Cartoucherie a gardé son nom, mais elle a changé de calibre. Hier, on y fabriquait des cartouches capables de faire taire un champ de bataille. Aujourd'hui, on y célèbre celles d’un pilier toulousain qu’il distribue ballon en main et qu'on rediffuse sur un écran. Et ce, même si on fait la passe avec un ballon ovale ou un ballon rond, surtout en plein mondial. Le fracas est resté, seules les raisons d'applaudir ont changé. Les seules choses que l'on fabrique encore à la Cartoucherie aujourd’hui sont désormais des souvenirs de victoire (ou de quoi refaire le monde autour d’une bière à défaut d’avoir eu la coupe, mais la prochaine sous d’autres latitudes sera la bonne).
UrbanHist raconte justement cette métamorphose. D'un polygone d'artillerie à un écoquartier. D'une usine d'armement à un lieu de vie. D'un quartier où l'on fabriquait la guerre à un quartier où l'on célèbre la paix.