Trop sans sigle
Trop sans sigle
mars 2026
On confond communément sigles et acronymes, les seconds existant rarement sans les premiers, ceux-ci ne devenant pas forcément des seconds. Parfois, certains connaissent une forme de consécration lorsque leur abréviation en suite de lettres du type C.N.E.S. (pour Centre national d’études spatiales) devient un mot « Cnes » ou encore lorsque l’O.N.I.A (Office national industriel de l’azote) se prononce « Onia ». Ce sont des sigles qui ont réussi. Il faut dire qu’une succession de consonnes est un obstacle notable à l’acronymisation, et on aura beau nous affirmer « SNCF c’est possible ! », cela reste impossible à prononcer, à part en éternuant.
Ainsi, se joue une guerre secrète entre sigles et acronymes où les uns paraissent garants d’une exactitude plus ou moins scientifique, alors que les autres se vulgarisent dans le langage courant. Ce conflit à bas bruit est notable dans les sphères opaques des services secrets, polices politiques, et autres barbouzeries, le K.G.B., la C.I.A., la D.S.T. n’ont pas réussi à devenir des mots comme la Guépéou (G.P.U. : Gossoudarstvénnoïe polititcheskoié oupravlénié), le Sdec (S.D.E.C.E., Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) ou encore le Sac (S.A.C., service d’action civique). Mais aussi dans les grandes écoles, ainsi l’I.N.S.P (Institut national du service public) a bien remplacé l’ENA, mais pas dans le vocabulaire commun.
Pourtant, le vocabulaire évolue ces derniers temps vers une inflation des sigles et acronymes en lien avec les lexiques du management et des pratiques numériques, non sans générer certaines confusions. Ainsi ASAP peut signifier « Avis de somme à payer » comme « As soon as possible » (aussi vite que possible).
Je vais donc immédiatement débuter la présentation du n°173 d’Arcanes avec le G.O.A.T. de la photo Jean « Greatest Of All Time » Dieuzaide, pour évoquer son travail de commande auprès de divers clients : cabinets d’architecte, banques, sociétés industrielles…
Autre forme d’entreprise, plutôt criminelle, le S.P.E.C.T.R.E. (Service Pour l'Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l'Extorsion) fut inventé par l’écrivain Ian Flemming. Alors que sous l’Ancien Régime les sigles des malfaiteurs étaient moins glamours : G.A.L. pour les galériens, et en plus ils étaient inscrits au fer rouge.
D’ailleurs, jusqu’en 1982, l’homosexualité était considérée comme un crime en France, et des associations se sont créées pour défendre les droits des minorités sexuelles. Aujourd’hui, la question de la préservation de la mémoire L.G.B.T.Q.I.A.+ se pose tant aux acteurs publics que privés.
La S.I.G.T. venait aussi du secteur privé et supervisa la construction des immeubles de la rue de Metz au tournant du 19e siècle. Epoque rêvée pour les promoteurs, où il n’existait ni Z.P.P.A.U.P. (zones de protection du patrimoine architectural urbain et paysager) ni Z.N.I.E.F.F. (zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique), ni acronymes abscons.
D’ailleurs, il n’est pas sûr qu’ils soient encore d’actualité, au même titre que les Z.A.I. (zone d’activités intercommunale) ou Z.R.U. (zone de redynamisation urbaine) tant ces toponymes évoluent vite. Il sera donc intéressant d’explorer les strates de l’acronymie archéologique.
Et, quitte à remonter le temps, pourquoi ne pas invoquer Paul Eluard pour vous parler des S.I.G. grâce auxquels je peux vous indiquer les coordonnées G.P.S. (Global Positioning System) exactes de sa tombe au cimetière du Père-Lachaise : 48° 51′ 40″ N, 2° 23′ 39″ E.