Le bleu céleste des enluminures
Le bleu céleste des enluminures
février 2026
Dans les fonds de nos archives, certains registres présentent de magnifiques enluminures. L’une d’entre elles a particulièrement retenu mon attention en raison du « bleu céleste » qui illumine sa partie supérieure. Il s’agit de la chronique des capitouls n° 181, issue du registre BB273, intitulée Portraits des capitouls et « La Justice », datée de 1503-1504 (voir photo ci-contre).
Selon les travaux de François Bordes (Du “livre officier” au “livre des Histoires”, thèse, tome I, 2006, p. 120), les pages des chroniques toulousaines de 1486 à 1510 auraient été peintes par l’enlumineur Laurent Roby. Il serait donc très probablement l’auteur de cette enluminure.
Pour créer leurs couleurs, les enlumineurs du 16ᵉ siècle utilisaient une variété de pigments associés à des liants.
Le pigment bleu céleste de notre page de registre pourrait provenir de trois sources possibles. Laurent Roby a peut‑être broyé du lapis‑lazuli, pierre semi‑précieuse importée d’Afghanistan, prisée pour son bleu intense. Il a pu aussi utiliser l’Azurite, un minéral présent dans plusieurs gisements du sud de la France. Enfin, notre artiste aurait pu se servir de la guède ou pastel des teinturiers, plante tinctoriale alors largement utilisée à cette époque, et dont le commerce a enrichi la ville de Toulouse au 16ᵉ siècle.
A cette époque, les pigments étaient traditionnellement liés avec de l’œuf, tandis que l’eau servait de diluant. Les enlumineurs appliquaient ensuite la couleur à l’aide de pinceaux munis de poils très fins, souvent de martre ou d’écureuil, permettant une grande délicatesse d’exécution.
Seules des analyses scientifiques — telles que la spectrométrie de fluorescence X ou la spectrométrie Raman, toutes deux réalisées au laser — permettraient d’identifier précisément les composants chimiques présents dans cette enluminure et, ainsi, de déterminer le pigment utilisé.
Loin d’être un simple détail décoratif, ce bleu céleste raconte à lui seul l’ingéniosité, les échanges commerciaux et le savoir‑faire artistique du début du 16ᵉ siècle. Une petite touche de couleur, mais un immense témoignage patrimonial.