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Le ciel peut attendre

FRAC31555_1Fi1131R : "Fondation Inard (1993). Etat des travaux après refus d'utilisation". Pôle Image de la direction de la communication (ville de Toulouse), détail. Mairie de Toulouse, Archives municipales, AMT, 1Fi1131.

Le ciel peut attendre


février 2026

Qui sait aujourd’hui que la cité de l’Espace est née de l’échec d’un projet de musée d’art contemporain ? Et que la structure qui surmonte les salles d’exposition est une œuvre de l’artiste Henri-Georges Adam ? À part les lecteurs du magazine Boudu, auteur en 2017 d’un article approfondi sur le sujet, peu de personnes, en vérité. Pourtant, celui dont on a célébré l’œuvre récemment1, redécouvert après des décennies d’oubli, a bien failli avoir un musée à Toulouse mettant à l’honneur son travail.  

En 1991, un protocole d’accord est signé entre le galeriste parisien d’origine toulousaine, Alain Inard, et la ville de Toulouse pour la création d’un musée-fondation d’art contemporain. Ses objectifs sont d’accueillir des expositions d’art contemporain de niveau international et de faire émerger de nouveaux talents européens. Il s’agit également de promouvoir l’œuvre d’Henri-Georges Adam, dont une collection de plus de 300 pièces est en la possession du galeriste.  

Considéré de son vivant comme l’un des plus grands sculpteurs et graveurs de son temps, Adam est l’auteur de quantité de commandes officielles, notamment grâce au 1% artistique qui vient d’être mis en place. Il développe dans ses œuvres monumentales l’idée de « sculpture habitable », afin que celle-ci dépasse son statut d’ornement et « prenne part à la structure du bâtiment » selon les mots de Yann Le Chevalier2. C’est ainsi que l’architecte Roger Pagès conçoit le futur musée toulousain surmonté de la Chapelle blanche (1951), « pensé sous la forme d’un grand socle afin de conserver le caractère de mausolée voulu par Adam »3.  

La première pierre est posée le 12 mars 1992 en présence du maire Dominique Baudis, grand promoteur du projet, et de Marc Censi, président du conseil régional. Les travaux vont bon train dans un premier temps, mais à l’été 1993, le chantier s’arrête brutalement. Le bâtiment principal est aux trois quarts achevé, mais Alain Inard ne peut plus payer les entreprises qui sont au bord de la faillite. La presse se fait alors l’écho d’un projet élitiste, à la programmation peu médiatique et au montage financier trop vite approuvé. Rapidement la ville change de braquet, rachète le bâtiment pour 26 millions de francs et charge Roger Lesgards, ancien directeur de la cité des Sciences, de rédiger un rapport de préfiguration d’un musée de l’Espace réutilisant la nouvelle construction. Les coûts grimpent vite, estimés à près de 130 millions de francs, mais la cité de l’Espace est inaugurée le 27 juin 1997. Près de 20 plus tard, son succès ne se dément pas. Quant à la collection d’œuvres d’Henri-Georges Adam, cédée à l’époque par Alain Inard à la ville en guise de dédommagement, elle est exhumée des réserves dans lesquelles elle dormait pendant toutes ces années. Après l’exposition de cet hiver, l’une de ses sculptures, La Rana, vient d’être installée dans le nouveau jardin Picot-de-Lapeyrouse sur l’île du Ramier ; trois autres devraient suivre, renouant ainsi avec les réflexions de l’artiste sur la place de la sculpture dans l’espace public. 

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1 : Exposition du 18 septembre 2025 au 18 janvier 2026 au musée des Arts précieux Paul-Dupuy, au Castelet, à la chapelle Saint-Joseph de la Grave et au Monument à la gloire de la Résistance. .  

2 : Yann Le Chevalier, "Henri-Georges Adam, un moderne révélé", catalogue de l'exposition du 18 septembre 2025 au 18 janvier 2026, In extenso éditions, 2025, p. 29.  

3 : Roger Pagès, musée Inard, note de présentation, 31 juillet 1991, AMT, 522W695.