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Mars attack

"Façade en perspective pour la place Mage". Projet de fronton, statue équestre de Louis XIII et fontaine. Dessin à la plume rehaussé à l'encre annexé au "Devis de la façade à faire à la place Mage" du 4 janvier 1753. Attribué Maduron, ingénieur de la Ville. Archives municipales de Toulouse DD 219/1.

Mars attack


février 2026

En 1621, pendant que Louis XIII fait les 400 coups sous les murs de Montauban, la ville de Toulouse est en ébullition car Sa Majesté doit bientôt venir honorer de sa visite la cité palladienne1.
Alors, pendant que le roi guerroie et s’évertue à terrasser l’hérésie, la ville se pare et se prépare à cet évènement grandiose dont le point d’orgue doit être une entrée solennelle, avec un parcours des rues principales qui se fera sous les vivats de la foule.
On cherche avant tout une thématique pour composer cette entrée. Ce sera celle des planètes (suivant l’ordre chaldéen) jusqu’au firmament, apothéose d’un roi martial qui devrait avoir d’ici là maté Montauban, bastion des rebelles Protestants. 

Mais le hic reste que Montauban résiste et que les troupes royales se cassent les dents, multipliant vainement les assauts, crevant inutilement les canons et perdant un grand nombre de soldats. Bref, une déconfiture, voire une déculottée.
C’est donc un roi penaud qui se dirige sur Toulouse, et y arrive le 15 novembre. Entrée d’abord relativement discrète car les préparatifs ne sont pas achevés ; on supplie le roi de bien vouloir attendre encore quelques jours afin de pouvoir permettre de procéder à l’entrée triomphale digne de ce nom.
Elle prend place le 21 et démarre au couvent des Minimes – dans le quartier éponyme. Le roi va ensuite entrer dans la ville sous un arc de triomphe dédié à Saturne, dressé à la porte d’Arnaud-Bernard pompeusement rebaptisée porte Royale2. La parade le mène à Saint-Sernin où il passe sous un nouvel arc, celui de Jupiter, peu après le voilà sous l’arche de Mars dont la voûte est naturellement « enrichie d’armes & trophées » ; prenant la grand’rue, le voilà qui arrive au Salin franchissant l’arc d’Apollon (certes Apollon n’est pas une planète, mais il personnifie le soleil). Le parcours n’est pas encore terminé, il lui faut encore franchir l’arc de Vénus, de Mercure, et enfin de Diane, « la voûte enrichie de croissant » (vous l’aurez compris, Diane représentant ici la lune).

Notre roi martial se fraie un chemin parmi les planètes, tel un astre, il termine sa course place Saint-Etienne au pied d’une colonne monumentale, celle dite du Firmament. Elle devait être coiffée d’un « globe où sera dépeinct le zodiaque avec les signes », on change cela à la dernière minute pour y placer la statue du roi à cheval. 

Une gravure d’après un tableau de Jean Chalette (auteur du programme de cette entrée) représente même le roi à cheval, terrassant l’hérésie, mais nous ne savons pas si ce détail figurait réellement au sommet de la colonne du Firmament. Il apparaît toutefois clairement dans sa statue équestre retrouvée à l’hôtel de ville et que l’on avait prévu de réutiliser en 1752 à l’occasion du réaménagement de la place Mage3.

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1. Pour information, Charles IX était le dernier roi à être entré dans Toulouse. Louis XIII reviendra une seconde fois en 1632, encore à la suite d’une rébellion, celle de son frère, mais dont la victime expiatoire sera Montmorency, puis Louis XIV en coup de vent, en chemin vers l’île aux Faisans et le mariage.
2.
AA 84, liasse n° 5.
3. DD 219.