Retour

Retouche

Cerf dans un paysage de campagne, 1880-1890. Félix Régnault - Mairie de Toulouse, Archiives municipales, 92Fi123.

Retouche


juillet-août 2026

Lors de la découverte du fonds photographique d'Émile Cartailhac (1845-1921), glissée entre photographies de voyage et monolithes en tous genres, on trouve cette captation majestueuse, prise de profil, d’un cerf. Et je ne vais pas vous mentir, mais ce cliché signé de la main du paléontologue et pyrénéiste toulousain, Félix Régnault (1847-1908), m’a tapé dans l’œil. Si déjà, représenter un tel animal est assez exceptionnel en soi, c’est le travail de retouche qui a retenu mon attention. La manœuvre est faite à même le négatif papier, peut-être à l’aide d’une pointe fine, elle accentue les contours du corps et des bois du cervidé, photographié en contre-jour ; des éléments du décor : herbes, branches d’arbres, sont aussi redessinés et retravaillés. Une forme de magie se dégage de cette étrange atmosphère captée par l’auteur, soutenue par son habile coup de crayon : on pourrait se croire tout droit sorti d’un rêve ou d’un film de Hayao Miyazaki.  

Cette image, réalisée entre les années 1880-1890, témoigne déjà de l’utilisation par les photographes de moult subterfuges pour transformer, améliorer et perfectionner leurs prises de vues, et cela bien avant l’heure du numérique, de Photoshop, et de l’intelligence artificielle. D'ailleurs, dès l’invention du médium et de ses premiers supports : daguerréotypes et ambrotypes, il n’était pas rare de voir des touches de couleurs ajoutées sur les joues ou les vêtements des hommes ou femmes photographiés.  

Avec ou sans retouche, cela a toujours fait débat au sein des cercles d’artistes, amateurs et professionnels de l’image, mais n’en déplaise aux puristes, les photographies sont de tout temps manipulées et retravaillées. Les usages et les intentions des opérateurs sont multiples : traitement sur les paysages et ciels nuageux pour plus d’esthétisme, colorisation des vues de projections et stéréoscopiques pour plus de spectacle, effacement d’une personnalité politique de l’image pour des raisons de propagande, etc.  

Dans nos fonds, portraits carte-de-visite ou plaques de verre prises en studio, vous avez sûrement deviné, mais les grands gagnants de cette petite histoire de la retouche, ce sont les portraits. Atteints d’une grande fièvre de la repique, les portraitistes mettent tout en œuvre pour sublimer leurs clients. Mais à ce sujet, je préfère laisser la parole à Valérie Ducassé, peintre-photographe, installé au n°25 rue d’Alsace-Lorraine, à qui l’on doit notamment un très bel album sur la crue de 1875. En 1877, il publie De l’éclairage et de La retouche en Photographie, édifiant manuel dans lequel il répertorie le matériel nécessaire, l’ensemble des techniques de retouche apposées sur négatifs ou épreuves ainsi que des conseils avisés pour magnifier ses sujets. D’ailleurs, à le lire, rien ne semble échapper à son coup de crayon : grain de peau, rides, blanc de l’œil, pointe du nez, narines, mentons, contours des lèvres, épaules, bras, couleur de cheveux, et j’en passe, bref, tout ce qu’il faut pour tirer des portraits fort avantageux et montrer monsieur et madame sous leurs plus beaux jours.