Arcanes, la lettre

Dans ma rue


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici les articles de la rubrique "Dans ma rue", consacrée au patrimoine urbain toulousain.

DANS MA RUE


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Incendie du Printemps rue d'Alsace-Lorraine, le 11 mars 1964. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi3181.

Feu le Printemps


juin 2020

Le 11 mars 1964, au centre de Toulouse, les pompiers luttent contre l'incendie qui ravage le grand magasin "Le Printemps". Ce dernier a pris la place de l'enseigne "Au Gaspillage" installé là depuis 1879, au moment où se développent les grands magasins. En effet, à partir de la fin des années 1870, les nouveaux aménagements urbains, s'inspirant des percées parisiennes, permettent de créer deux grands axes dans la ville, les rues d'Alsace-Lorraine et de Metz, le long desquels emménagent peu à peu les négoces les plus en vue. C'est l'opportunité pour les Toulousains d'accéder enfin au grand commerce de détail. Le premier d'entre eux est le magasin Lapersonne qui occupe pendant de longues décennies l'actuel bâtiment de Midica, place Esquirol.
A cette époque, la rue d'Alsace-Lorraine s'achève et offre de nouveaux écrins à ce type de commerce, véritable temple dédié à la consommation. Le plus marquant est sans nul doute le bâtiment situé au bout de la rue, palais de verre et de fer, dont l'intérieur se distingue par sa verrière monumentale et son grand escalier mêlant bois et ferronnerie de style Art nouveau. Inauguré en 1904 sous l'enseigne "Au Capitole", il fait une forte concurrence aux commerces déjà en place.

 

167. Toulouse. Rue d'Alsace-Lorraine : le grand magasin "Au Gaspillage". [Léon & Lévy] - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi12.

"La Maison Universelle", dont les portes ont ouvert en 1875, présente une façade majestueuse face au square du Capitole. Son créateur, l'entrepreneur Antoine Labit, n'a pas lésiné sur les pilastres à chapiteaux, les rotondes d'angle et la sculpture monumentale !
A quelques mètres de là, "Au Gaspillage", construit selon les plans de l'architecte Jacques Jean Esquié se distinguait par le traitement de son angle couronné par un fronton et sur lequel se concentrait l'essentiel du décor : colonnes cannelées, chapiteaux, panneaux sculptés comme le laissent voir les cartes postales anciennes. Le bâtiment fragilisé par l'incendie est rapidement démoli puis remplacé par un immeuble contemporain signé par l'architecte toulousain Pierre Génard.

Usine de chaussures Nougayrol, usine nationale de construction aéronautique, aujourd'hui lycée professionnel Gabriel Péri. Phot. Gisclard, Philippe (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100708ZA.

Quand on a trouvé chaussure à son pied…


mai 2020

Le monde industriel toulousain du 19e siècle et du début du 20e siècle se caractérise par une multitude d'ateliers, de fabriques, de manufactures, employant une importante main-d'œuvre dispersée dans de très petites ou moyennes entreprises. Loin des grands empires sidérurgiques ou textiles du nord de la France, les nombreuses « micro-industries » de la capitale méridionale n'en participent pas moins au développement industriel dans des secteurs aussi divers que la chapellerie, la chemiserie, les chaussures, les décors en terre cuite ou les vitraux, les machines agricoles ou encore la carrosserie1, avant d'être éclipsées par l'industrie aéronautique en plein essor.
Débutée au milieu du 19e siècle, la production de chaussures connaît un fort développement à partir de 1914, grâce à la demande militaire engendrée par la première guerre mondiale. Sa croissance se poursuit après guerre : 1928, on compte une cinquantaine d'usines et d'ateliers employant 3500 ouvriers. Subissant de plein fouet la crise économique, ce secteur ne compte plus que 1300 ouvriers en 1937. En 1961, il restait tout de même 38 entreprises employant 1400 ouvriers2.
Lors de la première campagne d'inventaire, dans les années 1990, huit bâtiments ayant abrité une usine de chaussures ont été recensés. Les édifices qui subsistent, s'ils n'offrent pas de formule architecturale nouvelle, présentent néanmoins les caractéristiques de l'architecture industrielle de la fin du 19e et du début du 20e siècle : de larges baies vitrées laissent entrer la lumière dans de grands espaces intérieurs, soutenus par des charpentes métalliques et surmontés de toits en shed.Usine de chaussures Nougayrol, usine nationale de construction aéronautique, aujourd'hui lycée professionnel Gabriel Péri, détail des fenêtres sur la rue Bégué-David. Phot. Noé-Dufour, Annie (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100708ZA.
Dans le quartier du Busca la fabrique Nougayrol, construite en 1915, fonctionne jusqu'en 1936. Elle possède une architecture particulièrement soignée : deux niveaux de larges fenêtres à meneau central et de fenêtres à croisées, surmontés d'un étage de mirande, référence à l'architecture traditionnelle toulousaine. Après avoir hébergé des activités liées à l'aéronautique, ces bâtiments accueillent depuis 1965 le lycée professionnel Gabriel Péri. D'autres manufactures ont été transformées en logements : l'ancienne usine de confection et de chaussures dans le quartier Saint-Aubin offre sur la rue Vidal une façade qui rappelle sans conteste son passé industriel. L'héritage de la production de chaussures à Toulouse se cache là où on l'attend le moins. En 1995, un collectif d'artistes s'installe dans une ancienne usine de chaussures dans le quartier de la Patte-d'Oie, les établissements Pons, repris dans les années 1960 par Myrys en activité jusqu'au début des années 1990. L'association ainsi créée prend le nom de Mix'Art Myrys en souvenir de son premier lieu d'installation.
Ces petites fabriques, si elles n'ont pas le caractère monumental des grands représentants de l'architecture industrielle toulousaine, tels que la manufacture des tabacs ou le paquebot de l'usine Job des Sept-Deniers, ont fait la richesse de la vie économique toulousaine du 19e au début du 20e siècle. L'architecture de ces bâtiments, leurs concepteurs (architectes ou maçons ?), leurs modèles et leurs adaptations, ou encore leurs insertions dans le paysage urbain, sont encore à étudier de façon plus précise.

 

1. Jean-Marc Olivier, « Les patrons toulousains sous le Second Empire : médiocrité ou méconnaissance ? » dans Toulouse, une capitale méridionale : 20 siècles de vie urbaine, Actes du 58e congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées (2008). Coll. Méridiennes, Toulouse 2009, p. 529-537, p. 531.

2. Jean Coppolani, Toulouse au 20e siècle, Toulouse, Privat, 1963, p. 213.

IVR73_20033100148NUCA : La fontaine de la place des Puits-Clos. Phot. Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2003, IVR73_20033100148NUCA.

Quand le puits clos devient fontaine


avril 2020

Selon l'historien Toulousain Jules Chalande (1854-1930), l'appellation "puits-clos", déjà présente au 14e siècle, viendrait d'anciens puits comblés. L'un d'eux se situait à l'angle de la petite rue Saint-Rome (actuelle rue Jules-Chalande) et de la rue Baronnie, au niveau actuel de la fontaine, place des Puits-clos.
La place dégagée dans la seconde moitié du 19e siècle, grâce à la démolition de deux maisons, présentait encore au début des années 1980 des murs pignons aveugles défigurés par des panneaux publicitaires.
La ville de Toulouse désireuse de mettre en valeur ce site fait appel à l'architecte des bâtimIRV73_20033100153NUCA : La fontaine de la place des Puits-Clos, détail de la statue. Phot. Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2003, IRV73_20033100153NUCA. ents de France, Bernard Calley, pour l'érection d'une fontaine. Ce dernier dessine un ensemble monumental occupant un mur entier. Les travaux sont achevés en octobre 1984.
L'idée de base qui préside à la conception de la fontaine est la réutilisation des colonnes du retable de la Dalbade datant du 18e siècle, récupérées après la chute du clocher de l'église dans la nuit du 11 avril 1926.
Monumentales, en marbre rose veiné de blanc, les quatre colonnes sont surmontées de chapiteaux corinthiens qui semblent supporter l'entablement et le fronton d'un temple grec. Elles se dressaient de part et d'autre d'une statue en bronze, aujourd'hui disparue. Il s'agissait d'un moulage de la sculpture en marbre de Pierre-Bernard Prouha (1822-1888) conservée au musée des Augustins représentant Psyché. A ses pieds, trois puits reçoivent l'eau distribuée par des déversoirs accolés au mur.
Cette réalisation postmoderniste s'inscrit dans un projet global d'embellissement de la ville et est à rapprocher d'une autre création de cet architecte réalisée dans ce cadre : la fontaine de la place Boulbonne.

Immeuble Bonzom, 19 rue Saint-Bernard, détail de la porte d'entrée. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, 2020. IVC31555_20203100007NUCA.

Edmond Pilette, un architecte au poil


mars 2020

Venu d'Armentières après des études à l'école des Beaux-Arts de Paris, l'architecte Edmond Pilette (1882-1979) s'installe à Toulouse au lendemain de la Première Guerre mondiale. L'essentiel de sa production, tournée principalement vers une clientèle privée, se fait entre les deux guerres. L'une de ses premières réalisations toulousaines, l'immeuble Bonzom, situé rue Saint-Bernard, se démarque dans cette rue composée dans sa première partie d'édifices de la fin du 19e siècle aux lignes encore très haussmanniennes. Il est construit en 1919-1920 grâce à une ossature de béton armé dont la trame est largement visible en façade et sur le dôme. Il utilise là un vocabulaire classique réinterprété grâce à des matériaux modernes. L’immeuble d’angle haussmannien se transforme : le béton vient remplacer la pierre des pilastres et l’ardoise de la toiture, dans une façade toute en courbes. Il s'agit là d'un des premiers édifices à Toulouse laissant le nouveau matériau apparent. Autre innovation dans cette ville de brique : celles choisies par Pilette ne sont pas en terre cuite, mais en ciment, matériau dont la production se développe à la fin du 19e siècle, mais d’utilisation peu courante dans la Ville rose. La porte de l’immeuble Bonzom est ornée d'un beau décor de mosaïque aux accents Art déco. La même inspiration préside à la réalisation de son agence rue d'Aubuisson (qui abrite également son appartement à l'étage) : même ossature en béton armé apparente, avec un remplissage de brique de ciment, mais ici le décor se rapproche de l'Art nouveau. On retrouve aussi les briques de ciment sur l’immeuble du 6 rue Peyrolières, à la façade Art déco animée par un bow-window.
Au Grand-Rond, Edmond Pilette est nommé mandataire du lotissement réalisé par M. de Gontaut-Biron, rassemblant les grands noms de l'architecture toulousaine de l'entre-deux-guerres. La menace de destruction de deux de ses réalisations, la maison Guignard et l'hôtel particulier Calestroupat, ont ému des associations de défense de l'architecture et ont conduit à l'inscription au titre des Monuments Historiques de l'ensemble du lotissement en 2018, reconnaissance officielle de ce patrimoine et de ses représentants toulousains : Edmond Pilette bien sûr, mais aussi les Gilet, Thuriès et autre Jean Valette.

La cathédrale Saint-Étienne depuis la place. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, 2012, IVC555_20123102510NUCA .

Voici venu le temps des cathédrales…


février 2020

Ces quelques paroles évoquent à tout le monde la célèbre chanson issue de la comédie musicale « Notre-Dame de Paris », dont le succès a été international. Mais si on parle de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, peu de gens en connaissent la singulière histoire.
La cathédrale Saint-Étienne résulte de plusieurs campagnes de construction qui s'étendent du 11e au 20e siècle. Un premier édifice roman est édifié à l'initiative de l'évêque Isarn, qui entreprend de réformer le chapitre de son église à partir de 1073. Des vestiges de ce bâtiment sont encore visibles au niveau de certains murs de la nef actuelle. Au début du 13e siècle, la cathédrale est rebâtie sur les fondations de l'ancienne : elle est large de 19 mètres et haute de 20 mètres. Seule la nef de cet édifice est encore conservée aujourd'hui. Elle est considérée comme le premier exemple du gothique méridional, qui prend toute son ampleur dans l'architecture de l'église des Jacobins.
Un demi-siècle plus tard, l'évêque Bertrand de l'Isle-Jourdain souhaite faire élever une nouvelle cathédrale qui doit rivaliser avec les grands édifices gothiques du nord de la France. Le plan de l'édifice conçu est très proche de la cathédrale de Narbonne, commencée peu avant. En 1272, la construction du chevet est commencée. Les travaux s'arrêtent à la hauteur du triforium (galerie supérieure) du chœur. Ce dernier est couvert d'une charpente provisoire dans l'attente de la poursuite des travaux.
Il faut attendre le 15e siècle pour que de nouveaux embellissements soient entrepris. Le portail de la façade occidentale, sous la rose, est orné de moulures portant un décor sculpté d'oiseaux, de feuillages de choux frisés, de dais destinés à recevoir des statues, aujourd'hui disparues. Au milieu du siècle, le chœur gothique est enfin raccordé à la nef romane.
En 1609, un incendie détruit la toiture du chœur de la cathédrale, qui n'était encore que la charpente provisoire. Des travaux de réfection sont entrepris sous la direction de l'architecte Pierre Levesville, qui fait élever à la hâte les voûtes d'ogives et leurs arcs-boutants.
Les dernières grandes modifications datent du 20e siècle, au moment où est édifié, par l'architecte en chef des Monuments Historiques, un portail monumental en pierre, sur la façade nord.
Bâtie par à-coups, en fonction des moyens financiers, des commanditaires et des maîtres d'œuvres, la cathédrale Saint-Étienne, avec son plan atypique du à son histoire est également un échantillonnage de dix siècles de styles artistiques dont la valeur a été reconnue par son classement au titre des monuments historiques dès 1864.

 

Élévation antérieure, étages. Phot. Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Toulouse Métropole ; (c) Inventaire général Occitanie, IVC31555_20203100004NUCA, 2020.

« Eh bien ! Oui, je veux vivre avec excès, dit l’inconnu en se saisissant de la peau de chagrin »


janvier 2020

Le héros de Balzac voulait éprouver les « intempérances », les « joies qui tuent », « les douleurs qui font trop vivre ». Quand il s'aperçoit que la peau de chagrin exauce effectivement tous ses désirs, mais en contrepartie le conduit toujours plus vite vers la mort, il regrette d'avoir accepté un tel pouvoir.
Ce pacte avec le diable, le maître-tanneur Buc l'a t-il signé pour que sa maison en pan de bois soit toujours debout plus de 200 ans après avoir été construite ? Et ce, malgré les interdictions répétées des capitouls ? En effet, Toulouse connut de nombreux incendies.  L'Élévation antérieure. Phot. Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Toulouse Métropole ; (c) Inventaire général Occitanie, IVC31555_20203100002NUCA, 2020. un des plus violents, en 1463, a brûlé plus des deux tiers de la cité, les nombreuses maisons en bois et en torchis faisant un combustible de choix. Les capitouls essayent alors de contrôler les nouvelles constructions et en 1555, les Toulousains se voient obligés de reconstruire en bonne maçonnerie de brique ; prescriptions reprises au 17e siècle, mais en réalité peu appliquées à l'exception des murs mitoyens. En 1744, un arrêt du conseil insiste une nouvelle fois sur l'utilisation de la brique. Puis en 1769, l'ordonnance générale de voirie interdit toute construction en pan de bois. Pourtant l'ingénieur de la ville, Philippe Hardy, en passant rue des Blanchers le 9 mai 1774, s'aperçoit qu'on a construit tout récemment la façade d'une maison en corondage et massecanat (c'est-à-dire en colombage avec un remplissage de brique). Hardy dresse aussitôt un procès-verbal qui aboutit à la condamnation des contrevenants : le maître-tanneur Buc, propriétaire, et les sieurs Taillefer, charpentier, et Mouynet, maçon, sont condamnés, le premier à détruire le mur de façade et à le reconstruire en bonne brique, les seconds à 100 livres d'amende.
Cependant, la rue des Blanchers fait partie du projet d'aménagement des quais alors conduit par la province du Languedoc. Les capitouls décident donc de renvoyer l'affaire devant cette administration. Il s'agit là d'une entreprise d'urbanisme d'envergure, comprenant des quais bordés de façades uniformes, deux ports et un canal de liaison. L'ingénieur de la province, Joseph-Marie de Saget, prévoit dans ce cadre l'alignement de la rue des Blanchers et, partant, le recul des maisons permettant d'agrandir et d'aérer la rue. Le manque de fonds et les problèmes d'acquisition des maisons à démolir et à reconstruire, se heurtant souvent à l'opposition des habitants, font traîner le chantier. Après les troubles de la Révolution, les travaux ne reprennent qu'a minima. De cette grande opération d'« embellissement » nous restent tout de même les quais de la rive droite de la Garonne, une partie des façades uniformes qui les longent, le canal de Brienne, le port Saint-Pierre et le port de la Daurade, qui viennent de faire l'objet d'une grande rénovation sous la direction  de l'urbaniste catalan Joan Busquets.  
On ne sait comment le maître-tanneur a fini sa vie, peut-être très heureux, entouré de ses enfants et petits-enfants, ayant bénéficié des lenteurs administratives et des désordres de la Révolution, et ainsi n'ayant eu ni à détruire ni à reculer la façade de sa maison. Ce qui est sûr en revanche, c'est que le héros de La peau de chagrin, après avoir tenté d'anesthésier ses sens, d'abord en se cachant au sein de la plus perdue des contrées d'Auvergne, puis au moyen des vapeurs d'opium, ne peut résister à la vue de sa bien-aimée et finit par mourir de désir.

 

Théâtre de la Cité, élévation de l'ancien conservatoire de musique sur la rue Saint-Cyr, Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20113101253NUCA, 2011.

Do ré mi fa sol LA si do ou l’apprentissage de la musique


décembre 2019
Ces sept notes de musique paraissent, même pour les non-praticiens, exister d'elles-mêmes. Elles sont toutefois l'invention d'un moine bénédictin, Guido d'Arezzo (11e siècle), qui définit le système d'écriture de la musique en Occident. Celui-ci permet aux chanteurs d'interpréter un chant sans l'avoir entendu auparavant. Cette convention facilite la lecture et l'apprentissage de la musique.
Conservatoire de musique Xavier Darasse. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20123100841NUCA, 2012

À Toulouse, l'enseignement de la musique dans le cadre d'une école voit le jour à partir de 1820. Une vingtaine d'années plus tard, forte de son succès, cette institution devient une annexe du conservatoire de Paris. Elle occupe, jusqu'en 1993, des bâtiments aujourd'hui disparus, remplacés par le théâtre de la cité, dont certains pans de murs ont été intégrés dans la création contemporaine d'Alain Sarfati.

Le conservatoire à rayonnement régional de musique, danse et théâtre de Toulouse, est nommé depuis 2018 « conservatoire Xavier Darasse » en hommage à l'organiste et compositeur toulousain à ses locaux principaux situés rue Larrey. Il occupe l'ancien couvent des religieuses Notre-Dame-du-Sac délogées à la Révolution, et dont les bâtiments ont été ensuite attribués à un hôpital militaire devenu l'hôpital Larrey, du nom de Dominique-Jean Larrey, chirurgien de la grande Armée de Napoléon Bonaparte.
Scène de repas à la crèche du Taur, ancienne Maison de charité de Saint-Sernin, 73 rue du Taur. 1938-1940. Photographie Marius Bergé, Bulletin municipal de la ville de Toulouse, 1940. Marie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi226 .

Quand on a du mal à joindre les deux bouts : bref panorama des lieux de la protection sociale


novembre 2019

Les pauvres (mendiants, vagabonds, clochards et une catégorie que l'on croyait voir disparaître, les travailleurs pauvres), s'ils ne sont pas à l'origine d'une architecture spécifique avant le 19e et surtout le 20e siècle, ont été pris en charge dans des lieux voués à l'assistance dès le Moyen Âge, dont on peut encore aujourd'hui retrouver la trace.
Jusqu'à il y a peu, l'aide aux plus démunis était avant tout une affaire de religion, liée à la charité chrétienne. Au Moyen Âge, elle s'incarne dans l'hôpital, fondation religieuse chargée de soigner les malades mais aussi d'accueillir les pauvres passants, les vagabonds ou les pèlerins. À Toulouse, les fouilles archéologiques menées au musée Saint-Raymond ont mis au jour les vestiges d'un hôpital fondé vers 1170. De l'autre côté de la Garonne, les hôpitaux Sainte-Marie de la Daurade (futur Hôtel-Dieu) et de La Grave sont connus dès le début du 12e siècle.
L'image du pauvre au Moyen Âge, instrument de salut pour les plus riches, change avec l'Ancien Régime : d'intercesseur privilégié avec le divin, il devient un personnage dangereux, menaçant l'ordre social. Le 17e siècle voit ainsi la transformation de l'hôpital en un lieu d'enfermement pour les pauvres, les enfants abandonnés, les vieillards et autres filles de joie. Le « bon pauvre », qui pour une raison quelconque ne peut travailler, mérite d'être secouru, tandis que le « mauvais pauvre » doit être puni et forcé à travailler.
Au tout début du 18e siècle, la première maison de charité est créée derrière l'actuelle Halle aux grains, dirigée par les sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul. Grâce à de nombreux dons et legs, ces maisons se multiplient durant tout le siècle, assurant un secours à domicile et un service médical minimum dans les principaux quartiers toulousains. Elles ne disparaissent pas après la Révolution mais sont gérées à partir de 1845 par le bureau de bienfaisance jusqu'à leur laïcisation en 1903. Également administrée par les sœurs de la Charité, la première crèche toulousaine est créée en 1857 par Hippolyte Olivier, industriel et philanthrope, rue de Varsovie. En permettant aux mères de travailler, on cherche ainsi à supprimer un système jugé amoral d'aide sans travail, œuvre économique autant que de bienfaisance.
Durant tout le 19e siècle, les pouvoirs publics prennent de plus en plus le pas sur la charité privée dans le financement de l'assistance. C'est également à cette époque que l'hôpital se médicalise et perd sa vocation d'accueil des indigents.Détail des bains-douche de Saint-Cyprien. Détruits en 1994 pour y installer un commissariat. Seule la porte en fer forgé au monogramme VT (Ville de Toulouse) ornée de son enseigne « douches municipales » en mosaïque de gré-flammé a été conservée et intégrée dans le nouvel édifice. Phot. Soula, Christian (c) Inventaire général Région Occitanie, 1993, IVR73_19933100199XA.
Dans les années 1920, les services du bureau de bienfaisance se réorganisent, les dispensaires sont créés, assurant une assistance médicale gratuite et entreprenant de grandes campagnes de vaccination. En 1925, Étienne Billières, à la tête de la nouvelle municipalité socialiste, lance un grand programme destiné à la classe laborieuse et déshéritée d'amélioration de l'hygiène publique, d'enseignement, d'assistance et de protection des travailleurs, ainsi qu'une politique de construction de logements sociaux d'envergure : des bains-douches, des écoles, des cités-jardins et des immeubles collectifs sont construits, ainsi que la bibliothèque municipale et le parc des sports, avec l'idée de nourrir aussi bien l'esprit que le corps.

Alors que jusqu'au 19e siècle, l'architecture de l'assistance n'a pas de caractéristiques particulières, s'installant dans des maisons ne se différenciant pas des autres constructions, les réalisations de la municipalité socialiste, toutes conçues par l'architecte de la ville Jean Montariol, sont typiques de l'architecture des années 1930, dans un style Art déco très homogène, adapté au terroir toulousain. Ou quand les pouvoirs publics mettent l'art au service de grands idéaux...

Hôtel central des postes. Élévation sur la rue Kennedy, détail de l'horloge. Phot. L.-E. Friquart. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, nc, 2019.

Tri et courrier : la poste centrale de Toulouse


octobre 2019

La poste centrale de Toulouse, qui occupe aujourd'hui une grande parcelle traversante entre les rues Lafayette et Kennedy, est le résultat de deux campagnes de travaux de la fin du 19e siècle et du milieu du 20e siècle. C'est sur la rue Kennedy nouvellement ouverte que le le premier bâtiment est construit.
En mai 1884, une convention est signée entre l'État et la Ville pour l'établissement d'un grand hôtel des Postes et des Télégraphes. Toutefois, les travaux ne démarrent que quelques années plus tard, retardés par diverses difficultés, notamment des hésitations liées à l'abandon du site historique du service de la poste, rue Sainte-Ursule, et au nouvel emplacement convoité par la faculté Hôtel des Postes à Toulouse (Haute-Garonne), Joseph Thillet architecte. Extrait de "Monographies de Bâtiments Modernes", A. Raguenet, directeur, Paris, 38e livraison. Impr. F. Hermet, 70 rue de Rennes, Paris, 1890, Archives municipales de Toulouse, 38Fi9.des Sciences.

 

 

 

Le bâtiment sur la rue Kennedy est édifié entre 1886 et 1890 par Joseph Thillet lors du percement de cette rue, et ne possédait aucune sortie sur le square du Capitole. Pour agrandir le bâtiment du 19e siècle, quatre immeubles ont été acquis par expropriation sur la rue Lafayette. La construction est signée par Pierre Thuriès, architecte régional des PTT. Le bâtiment de Thuriès bâti entre 1939 et 1946 a reçu le Label "Architecture contemporaine remarquable" décerné par le ministère de la Culture. Ce bel ensemble a toutefois fait oublier la façade originelle donnant sur la rue Kennedy.

Cette façade entièrement construite en pierre de taille, ornée de bossage au rez-de-chaussée et à l'entresol, surprend par sa monumentalité. Elle se développe sur onze travées, plus deux travées latérales annexes bâties en brique claire. L'élévation se distingue par un corps central qui était couronné à l'origine par un fronton triangulaire et un toit en pavillon couvert d'ardoises. Sa travée centrale est mise en valeur par un portail monumental orné d'une agrafe portant les armoiries de la ville de Toulouse soutenues par des putti, avec de part et d'autre un médaillon gravé des lettres R et F pour République Française. Au-dessus, un cadran d'horloge est entouré par deux figures se tenant la main : Hermès, identifiable à son caducée, et une jeune femme, pouvant être la déesse Iris, tous deux messagers des dieux de l'Olympe. Cet ensemble sculpté est signé par l'artiste Toulousain Henry Maurette (1834-1898), auteur également de sculptures ornant la façade de la faculté mixte de Médecine et de Pharmacie et le fronton du palais Niel.

13 octobre 1960. Équipe du Toulouse Football Club. André Cros, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi6504.

Des sceaux aux armoiries municipales, l'affirmation de l’identité communale


septembre 2019

Bien qu'il puisse paraître étrange de voir les sceaux érigés au rang de passion adolescente, au même titre que les Beatles ou les New Kids on the Block à une certaine époque, ils sont aujourd'hui reconnus comme une source essentielle de l'histoire médiévale. Force exécutoire et chargés d'authentifier les actes émis par la société médiévale, les sceaux portent des images accompagnées d'inscriptions, prouvant l'identité de l'individu ou de la communauté qui l'a créé.Premier grand sceau de la ville (1211). Moulage : Archives nationale, D 5681
Associé à un acte daté de 1211, le premier grand sceau de la ville de Toulouse, très abîmé, présente sur son avers deux édifices entourés d'une muraille, identifiés comme étant la basilique Saint-Sernin et le château des comtes de Toulouse. Sur son revers figure l'agneau pascal portant la croix raymondenque1. Premier sceau connu de la ville, il marque l'indépendance de cette communauté d'habitants qui s'est organisée en différentes assemblées pour gérer les affaires de la cité, se détachant peu à peu de la tutelle comtale depuis le serment réciproque passé entre les consuls et Raymond V en 1189.

Mis à part les fleurs de lis, ajoutées lors du rattachement du comté de Toulouse à la couronne de France, les composantes des futures armoiries de la ville sont présentes : Saint-Sernin et le château Narbonnais, emblèmes du bourg et de la cité, les deux noyaux de peuplement à l'origine de la commune de Toulouse ; la croix des comtes ainsi que l'agneau nimbé, provenant sans doute aussi de la maison comtale, rappelant l'origine du pouvoir communal.
École Bonnefoy (1893-1896), détail de l'écu municipal. Phot. Krispin Laure Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, non coté.Ce sont ces armoiries que l'on retrouve depuis le 14e siècle sur les actes émis par les capitouls ou sur les bâtiments communaux. Toujours d'actualité aux 19e et 20e siècles, elles sont visibles sur les écoles, les bibliothèques, le mobilier urbain ou même sur les cartes postales et les maillots des joueurs du TFC. Langage codé dont la signification s'est un temps perdue, le blason utilise des emblèmes et des symboles, rassemblant sur un seul support des signes prouvant l'identité, les différentes allégeances ou encore les aspirations de leurs créateurs. Aujourd'hui, les armes des villes sont le plus souvent remplacées par un logo, finalement d'une grande pauvreté sémantique, si on les compare au discours presque bavard porté par les armoiries - lorsque l'on sait les décrypter.

Certains événements les remettent cependant à l'honneur : après les attentats de Paris en 2015, les armes de la Capitale, accompagnées de la devise Fluctuat nec mergitur (« Il est battu par les flots mais ne sombre pas ») ont rallié derrière elles toute la population, matérialisant un esprit de corps et symbolisant la résistance au terrorisme.

1 Pour l'étude des sceaux de la ville de Toulouse, voir François Bordes, « Grands sceaux de la ville (13e-14e siècles) » dans Parcelles de mémoire, catalogue de l'exposition des Archives municipales de Toulouse, Toulouse, 2005, p. 113-117. Pour une étude des sceaux des comtes de Toulouse, voir Laurent Macé, La majesté et la croix, Toulouse : PUM, 2019.

Élévation sur la rue Gabriel-Péri. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20193100060NUCA, 2019.

Il y a 100 ans, une histoire de famille…


juillet 2019
En 1919, Joseph Ducuing lance la construction de son hôtel particulier et cabinet de consultation au 6 rue Gabriel-Péri. Les plans sont signés par A. Ducuing, architecte, sans nul doute Antonin, son frère.
A Toulouse, le nom de Ducuing est familier. Tout d'abord il y a Paul (1867-1949), l'oncle de Joseph et d'Antonin, sculpteur, artiste officiel de la Troisième République, dont on peut voir le buste de Jean-Jaurès au pied du grand escalier du Capitole. Puis vient Joseph (1885-1963), dont le nom, bien connu des Toulousains, a été donné en 1979 à l'ancien hôpital de Varsovie. Cet homme, professeur éminent à la pointe de la recherche médicale, notamment en matière de lutte contre le cancer, s'est également imposé par son engagement militant et humaniste auprès des réfugiés espagnols, et par ses liens étroits avec des Résistants lors de la Seconde Guerre mondiale.
Toujours en place, sa demeure bâtie il y a cent ans à l'angle des rues Gabriel-Péri et Castellane offre des élévations polychromes où se mêlent les couleurs de la brique et de la pierre. Elle se distingue par son imposant volume et affiche des façades oscillant entre une certaine modernité dans la simplification des formes, un goût pour le régionalisme et la persistance d'une tradition ornementale très dix-neuviémiste toujours en vogue à Toulouse au début de ce nouveau siècle.
Cette maison est le signe de la fin d'une époque emportée par la Grande Guerre, avant la naissance d'un esthétisme plus dépouillé, d'un retour à l'ordre et à la sobriété.
Mai-Juin 1938. Foyer du Peuple, 69 rue du Taur, où se tient une exposition documentaire sur la guerre d'Espagne. On y voit un groupe d'hommes - parmi lesquels l'aviateur Édouard Serre (au centre de l'image). Le 69 rue du Taur accueillera après guerre le siège du parti socialiste ouvrier espagnol. Ville de Toulouse, Archives municipales, 85Fi1803.

Toulouse terre d’envol, Toulouse terre d'accueil


juin 2019

En cette année 2019, deux anniversaires sont commémorés par la ville de Toulouse.
Il s'agit d'abord de célébrer les 100 ans du premier vol postal entre la France et le Maroc : partis de Montaudran, Pierre-Georges Latécoère et son pilote mettent 12 heures pour relier Toulouse à Casablanca, préfigurant la place incontournable de Toulouse dans le développement de la construction aéronautique. De nombreux lieux toulousains portent la trace de cette épopée : l'usine Dewoitine aux Minimes, aujourd'hui Airbus (l'entreprise fête également son 50e anniversaire), l'hôtel du Grand Balcon dans lequel logeaient les aviateurs, et bien sûr les usines Latécoère de Montaudran, transformées récemment en un lieu de mémoire et de transmission du patrimoine aéronautique toulousain. 
Le deuxième anniversaire, plus sombre celui-ci, commémore la Retirada, au cours de laquelle des milliers d'Espagnols ont fui en 1939 le régime du général Franco. 
Toulouse, capitale de l'aéronautique, est devenue pendant toute la durée du franquisme, de 1939 à 1975, la capitale du gouvernement républicain en exil, accueillant des milliers de réfugiés espagnols. Leur souvenir imprègne les rues toulousaines : au 71 de la rue du Taur était établie la direction nationale du syndicat des travailleurs espagnols. On y trouvait également le siège de l'association Solidaridad Democratica Española, proposant une aide matérielle, juridique et légale aux exilés socialistes en France et aux familles des clandestins persécutés par le franquisme. Juste à côté, l'actuelle cinémathèque abritait le siège du parti socialiste ouvrier espagnol et de nombreuses manifestations culturelles s'y déroulaient. La Croix-Rouge espagnole, quant à elle, s'était installée au 51 de la rue Pargaminières. Enfin, l'évocation de l'exil républicain à Toulouse ne peut se faire sans citer l'hôpital Ducuing, ancien hôpital de Varsovie, créé à l'origine pour soigner les guérilleros, et qui garda pendant longtemps sa vocation sociale et humaniste.

Un départ et une arrivée. Un patrimoine matériel et économique d'un côté, et de l'autre, un patrimoine immatériel, porteur à la fois d'une grande douleur et d'une grande fierté. Ces « remémorations » sont l'occasion de rassembler, au-delà des divisions, autour d'un héritage commun célébrant l'idéal républicain, plus que jamais d'actualité. Cet été, ne manquez pas  « Je suis né étranger », série de manifestations d'art contemporain organisées par les Abattoirs dans toute l'Occitanie pour le 80e anniversaire de la Retirada, avant d'aller admirer en septembre les photographies de Germaine Chaumel, Jean Dieuzaide, Enrique Tapia Jimenez et Marius Bergé, témoins privilégiés de cet exil, une exposition en plein air conçue par les Archives dans le jardin Raymond VI.

Lotissement des Castors des Ponts-et-Chaussées, vue des n° 13 et 15 rue de Saint-Gaudens. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20143100690NUCA, 2014.

Le lotissement des Castors des Ponts-et-Chaussées à Bagatelle


mai 2019

Le castor, ce rongeur aux grandes dents, animal bâtisseur par excellence, a donné son nom à un mouvement d'autoconstruction apparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le pays tout entier est alors touché par une pénurie exceptionnelle de logements. C'est dans ce contexte qu'apparaissent les Castors, d'abord à Pessac, près de Bordeaux en 1948, puis à Nantes, Montluçon, Bayonne…
Les Castors sont des travailleurs, souvent issus de la même entreprise, aux revenus modestes et ne connaissant rien au monde du bâtiment, qui se regroupent en association dans le but de construire eux-mêmes leur maison. Le capital nécessaire est ainsi remplacé par un « apport travail », c'est-à-dire le temps de travail pris sur les congés et les loisirs, que les Castors sont prêts à investir dans le projet. Si le principe est identique, les réalisations diffèrent selon les terrains et les contextes : avec l'aide des offices HLM, du Crédit foncier de France, de la Caisse d'allocations familiales, des entreprises elles-mêmes ou des collectivités, en faisant appel ou non à un architecte.
À Toulouse, ville n'ayant pas été particulièrement touchée par les destructions de la Seconde guerre mondiale, on compte tout de même une petite dizaine d'opérations de Castors. Dans le quartier de Bagatelle, deux lotissements se touchent : celui des salariés de la SNCASE (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Est, ancêtre d'Airbus), un peu plus ancien, et celui des fonctionnaires des Ponts et Chaussées (1954-1957). Ces derniers font appel à Viatgé, Castaing, Labat et Debeaux, alors jeunes architectes chantres de la modernité. Ils conçoivent 26 maisons allant du F3 au F6, disposées en quinconce, tirant le meilleur parti de chaque parcelle : tous les logements bénéficient ainsi d'une façade orientée au sud-est. L'architecture est modeste mais très soignée, une grande attention a été portée aux détails. Chaque maison est pourvue d'une loggia et d'un banc en béton intégré à la façade, rappelant les bancs placés devant les fermes ou les maisons de village. N'y a t-il pas d'ailleurs un lointain écho des maisons de maraîchers de la région toulousaine, maisons en rez-de-chaussée et comble, placées perpendiculairement à la voie et orientée au sud ?

 
Avec la politique des grands ensembles initiés ensuite par l'État, les mouvements de Castors disparaissent. À Toulouse, une enquête menée par l'École d'architecture permettra d'en savoir plus sur l'organisation de ces chantiers dans le contexte local et sur la vie en communauté qui prend dans certains cas la suite des travaux.
Sous-tendus par des valeurs de solidarité et d'entraide, les Castors peuvent être vus comme les précurseurs de l'habitat participatif, caractérisé par une prise en main, depuis la conception du projet jusqu'à la gestion des espaces de vie communs, par les habitants d'une même résidence. Cette démarche, qui semble avoir un grand avenir devant elle, est illustrée à Toulouse par un programme de 90 logements construits en 2018 dans le quartier de la Cartoucherie, l'une des plus grandes expériences menées à ce jour en France.

 

Élévation sur la rue des amidonniers. Phot. Peiré, Jean-François (c) Inventaire général Région Occitanie, 1994 IVR73_94310022XA_P

« Ciel mon mari ! »...


avril 2019
… Aurait pu s'écrier la dernière femme de Barbe-Bleue en entendant résonner les pas de son sinistre époux. Point de gorges tranchées ici pourtant, ni de discours sur le désir ou l'infidélité, mais une plante aux propriétés tinctoriales bien connues : le pastel. D'un jaune lumineux lorsqu'elle éclot, ses feuilles, une fois broyées, fermentées, séchées et chauffées, donnent aux tissus plongés dans leur bain un bleu profond. Bleu comme un ciel d'été, la barbe du monstre ou les yeux du prince. Le pastel à Toulouse voit son apogée entre le 15e et le 16e siècles, enrichissant de nombreux marchands spécialisés dans son commerce : Bernuy, Cheverry, ou encore Assézat, dont les noms évoquent aujourd'hui de somptueuses demeures. Cette prospérité est détrônée au 17e siècle par l'indigo venu des Indes et du Nouveau Monde, au pouvoir colorant plus efficace. 
Au début du 19e siècle, Napoléon Ier essaie de relancer la culture du pastel dans le Languedoc, afin de lutter contre la pénurie d'indigo provoquée par le blocus de l'Angleterre. La manufacture de bleu de pastel, dite indigoterie impériale, s'installe donc en 1813 aux Amidonniers. Elle emménage dans un bâtiment construit dans les années 1790 pour abriter un moulin à papier profitant de la force motrice du canal de fuite des moulins du Bazacle. Cette tentative de réimplantation du pastel ne survit pas à la chute de l'Empire en 1814 : au fil des ans, les savoirs-faire et les recettes se sont perdues, et les résultats obtenus ne sont pas concluants. L'éphémère manufacture laisse la place à une filature de coton, puis à une usine de fabrication de pâtes alimentaires avant d'être cédée au diocèse et d'accueillir l'église Saint-Paul. Menacé de destruction en 1990, l'édifice est sauvé in-extremis par une protection au titre des Monuments Historiques. Sa longue façade de brique aux fenêtres segmentaires offre aux passants un souvenir du passé industriel du quartier. Aujourd'hui lieu de culte, quel sera son avenir demain ? Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Immeuble Bancal. Élévation antérieure, détail. Phot. Balax, Olivier. Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, INV14_95310385ZA, 1995.

Gilet jeune


mars 2019

Fils et petit-fils d'architecte, Jean-Louis Gilet est le dernier représentant d'une dynastie qui a marqué de son empreinte la construction toulousaine.  
Son grand-père, Jacques Lacassin, est actif à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle ; il est notamment l'architecte de nombreux immeubles bordant la rue d'Alsace-Lorraine. Son gendre, Joseph Gilet, remporte à 28 ans le concours pour la construction de la caisse d'épargne sise rue du Languedoc. L'édifice, construit en 1905, présente un style éclectique, faisant référence à la fois au classicisme et au Baroque, le tout mâtiné d'Art nouveau. C'est encore l'Art nouveau qui caractérise l'immeuble s'élevant sur les allées Frédéric-Mistral avec son bow-window tout en courbes et contre-courbes. Dans les années 1920, son architecture se simplifie, les formes deviennent plus géométriques et les lignes droites se multiplient.
Son fils, Jean-Louis, le rejoint en 1930, après avoir été formé comme lui à l'école des beaux-arts de Toulouse puis dans l'atelier parisien de Victor Laloux (l'architecte de la gare d'Orsay). Immeubles, villas, établissements administratifs, hospitaliers ou scolaires sont édifiés par leur soin entre 1932 et 1943, pour lesquels il est bien difficile de discerner ce qui relève de la production du père ou du fils.
Immeuble Espitalié. Élévation antérieure. Phot. Krispin, Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20193100033NUCA, 2019.Parmi les œuvres de cette période, deux immeubles se démarquent : celui construit pour abriter les établissements Bancal au n°54 de la rue Bayard (1932), et celui de M. Espitalié (1934), édifié au n°4 de la rue des Potiers, remarquables exemples à Toulouse d'un style moderne maîtrisé. Le béton est laissé apparent pour l'un, l'autre cachant son ossature en béton armé sous la brique mais faisant la démonstration d'une grande liberté dans les volumes. A la même période, Jean-Louis Gilet devient professeur à l'école des beaux-arts, œuvrant pour une plus grande autonomie de l'enseignement de l'architecture par rapport à la mainmise parisienne. Son investissement intellectuel se traduit également par la création de la revue l'Art Méridional, mettant en avant l'histoire de l'art, l'architecture et l'archéologie toulousaine (1).
Après la guerre, l'œuvre de Jean-Louis Gilet se fait moins prolifique et semble surtout moins innovante, l'architecte se tournant vers un style plus régionaliste (2). Néanmoins, la production des Gilet père et fils est reconnue, labellisée « Architecture contemporaine » dans de nombreux cas, et bénéficiant même d'une protection au titre des Monuments historiques pour une maison associant béton et esthétique « paquebot » dans le quartier Marengo, dont les plans sont attribués à Jean-Louis Gilet.

1. Pour en savoir plus sur le rôle de Gilet à l'école des beaux arts de Toulouse : https://chmcc.hypotheses.org/3684 : Laura Girad, Conjuguer enseignement et pratique libérale : la trajectoire professionnelle de Jean-Louis Gilet, Toulouse 1932-1951, consulté le 28/02/2019.
2. Elodie Sourrouil, Joseph et Jean-Louis Gilet, architectes (1876-1943) (1902-1964), mémoire de master 2 recherches, création artistique contemporaine, Université de Toulouse-Le Mirail, 2006.

33 rue d'Alsace-Lorraine, détail de l'angle. Phot. Patrice Nin. Ville de Toulouse, Direction de la communication, RTN15.53.6, 2015.

Le Grand Hôtel de l'empereur du foie gras


février 2019
Au n°33 rue d'Alsace-Lorraine, se dresse un immeuble portant un beau décor sculpté : des nymphes aux formes opulentes portent à leur bouche des grappes de raisin, des atlantes musculeux soutiennent un balcon. Cet édifice, aujourd'hui anonyme, a longtemps été un lieu emblématique de la sociabilité toulousaine : l'hôtel Tivollier, construit pour Auguste Tivollier en 1873. Cet entrepreneur d'origine grenobloise, installé à Toulouse depuis le milieu du siècle, fondateur d'un café-restaurant, connaît le succès grâce à la création d'un pâté au foie gras truffé, comme évoqué plus haut. En 1872, il achète un terrain bordant la nouvelle rue d'Alsace-Lorraine et y fait construire un hôtel pourvu de tout le confort moderne : 52 chambres, un restaurant, des salons, le chauffage par calorifère, un ascenseur hydraulique, des sonneries électrique reliées à la réception... Le "Grand Hôtel Tivollier" ouvre ses portes le 28 juin 1876. La fabrique de pâtés est installée au sous-sol de l'édifice avec les fourneaux, les chaudières et les marmites et, au rez-de-chaussée, la boutique proposant ces produits à la vente. 
À quelques pas de la place du Capitole, l'emplacement de l'hôtel est stratégique. Le percement de la rue d'Alsace-Lorraine à la fin du 19e siècle entraîne la construction de grands immeubles, à l'image de ce qui a été réalisé à Paris quelques années auparavant par le baron Haussmann. La création de cette rue déplace l'axe commercial de la ville, jusque-là essentiellement limité aux rues Saint-Rome, des Changes et des Filatiers. Les investisseurs de tout bord s'y précipitent. L'amélioration de la salubrité publique affichée par la municipalité par la destruction des vieux quartiers, foyers des maladies contagieuses, cache avant tout un enjeu économique se matérialisant par la construction d'un type d'édifice particulier, l'immeuble de rapport, répondant à des règles d'urbanisme strictes. L'ancien hôtel Tivollier est représentatif de l'architecture haussmannienne adaptée à la région toulousaine : les travées sont serrées et régulières, le décor se concentre autour de la porte et des angles. La brique claire est fortement utilisée, dans le but d'imiter la pierre employée à Paris. Il s'agit là d'une architecture réglementée, « monumentalisée ». 
En 1904, l'hôtel, le restaurant et le café sont fermés, seuls le magasin et les cuisines sont conservés, pour finalement disparaître en 1964.
IVC31555_20183101298NUCA_P.jpg : Élévation antérieure de l'hôtel Desplats-Palaminy, détail du café "Au Père Louis". Phot. Krispin, Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20183101298NUCA, 2018.

Service au comptoir


janvier 2019

Ouvrant aux beaux jours les quelques tables de sa terrasse sur la rue des Tourneurs, le Père Louis est une institution chère aux Toulousains. Sa possible disparition dans les années 1990 - l'immeuble ayant été acheté par un promoteur - émeut les habitants de la Ville Rose qui en appelle à la direction des Affaires culturelles. Le café et son décor sont ainsi protégés grâce à une inscription au titre des Monuments historiques.
Fondé en 1889 par Louis Simorre, le Père Louis s'est fait le spécialiste d'un apéritif au quinquina, cet arbuste originaire d'Amérique du sud, dont l'écorce a été utilisée pendant des siècles comme remède, repris ensuite par la médecine occidentale dans la quinine.
Aux murs, les peintures qui décorent le lieu représentent des paysages des bords de Garonne à Toulouse : les Ponts-Jumeaux, le Pont-Neuf et la basilique de la Daurade, les ponts Saint-Pierre (dans sa version suspendue) et Saint-Michel (avec ses arches métalliques), ou encore le pont du quai de Tounis sur la Garonnette.
D'un style assez élémentaire, elles sont l'œuvre d'un artiste aujourd'hui bien oublié, Paul Alméric, qui, selon la légende, les a réalisées pour régler sa consommation de quinquina. Cependant, dans leur camaïeu couleur tabac, elles participent pleinement à l'esprit des lieux, de même que les tonneaux (qu'il a un temps été question de protéger) auxquels les consommateurs s'accoudent traditionnellement pour boire leur verre.
Le bistrot fait partie de l'hôtel Desplats-Palaminy, également protégé au titre des Monuments historiques pour son architecture monumentale du milieu du 19e siècle (longue de 65 mètres sur la rue des Tourneurs), intégrant les vestiges d'un hôtel de parlementaires du 17e siècle.
Le Père Louis nous montre ainsi qu'outre les monuments représentatifs de l'art et de l'architecture, il s'agit aussi de préserver des atmosphères, des lieux de mémoire symboles d'un art de vivre.


Alors, santé !

Mur de l'église, entrée de la chapelle du Saint-Sacrement. Nin, Patrice (c) Ville de Toulouse, IVC31555_20153100528NUCA, 2015.

À (haute) et claire-voie


décembre 2018
A priori, l'expression est sans ambiguïté. Pourtant, ce type de fenêtre a en fait eu du mal à trouver… sa voie.
D'ailleurs, dans son Dictionnaire  de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, Viollet-le-Duc ne définit même pas la claire-voie. Mais à l'article "fenêtre", il l'emploie à plusieurs reprises pour évoquer la partie de la baie par laquelle entre la lumière du jour. Chez les historiens de l'art, la définition ne se stabilise qu'en 1972, avec le Vocabulaire de l'architecture de Pérouse de Montclos. Il définit la claire-voie comme une série de baies, avec ou sans menuiserie, ajourant un mur, telle qu'on peut la voir dans les plus beaux édifices du gothique flamboyant du nord de la France. On retrouve également la claire-voie dans les galeries des cloîtres ou celles reliant différents corps de bâtiments des hôtels particuliers, comme à l'hôtel d'Assézat. Elle peut aussi se décliner en une juxtaposition de fenêtres, comme à l'hôtel Delfau, rue de la Bourse, ouvrant sur la cour par une série de trois croisées ; ou encore sous la forme de grands bow-windows, tels ceux des immeubles bourgeois de la fin du 19e ou du début du 20e siècle.
Élévation sur le boulevard. Phot. Noé-Dufour, Annie. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, 20073107725NUCA, 2002.Mais les architectes abordent l'expression de manière différente. Dans le Dictionnaire général du bâtiment, la définition rejoint l'esprit de Viollet-le-Duc, s'agissant là d'un ouvrage composé d'éléments qui laissent passer le jour : balustrade, garde-corps, claustra ou encore moucharabieh. Ce dernier terme nous transporte dans les villes du bord du Nil ou de la mer Rouge, au climat bien éloigné de nos régions tempérées. Pourtant, ces ouvrages à la fois cloisonnés et ajourés, permettant de voir sans être vu, l'architecture contemporaine de l'hémisphère nord s'en est emparée, jouant avec l'esthétisme de ces motifs réticulés. Le bâtiment des Archives départementales, le long du canal du Midi, construit entre 1951 et 1955 par Jean Viatgé et Fabien Castaing, présente ainsi une façade entièrement vitrée mais sur une structure ajourée, véritable moucharabieh de béton, restreignant la luminosité et empêchant l'entrée directe des rayons de soleil dans les salles d'archivage. Les architectes Joachim et Pierre Génard quant à eux, conçoivent un mur de claustra de terre cuite laissant passer la lumière à travers les vitraux d'Henri Martin-Granel dans l'église du Studium des Dominicains à Rangueil. De façon moins monumentale, on retrouve un motif de claustra de béton sur la maison du n°16 rue Ringaud, construite par Robert-Louis Valle en 1957.
Ainsi la claire-voie, ouvrant un mur, devient une claustra, fermant une ouverture !
Balma, place de la Libération. Architecte : Véronique Joffre. Détail de la brique. Phot. Laure Krispin - Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, non coté, 2018.

Le tien c'est le tien et le mien c'est le mien


Novembre 2018

De quoi ? L'accent, tiens.
Tout comme la langue, l'architecture peut aussi prendre des accents. Des accents venus du nord, tel le beffroi installé par Viollet-le-Duc au dessus de la tour des Archives, dont l'origine serait à chercher chez nos amis Flamands. Des accents venus du sud, à l'image de la villa mauresque commanditée par l'amateur d'art Georges Labit. La réinterprétation d'un langage local est particulièrement perceptible à la fin du 19e et au début du 20e siècle, avec la mode du pittoresque qui se développe un peu partout en France et s'incarne de façon exemplaire dans les villas de style néo-basque, édifiées dans un grand Sud-Ouest.
Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, les idées, les styles voyagent depuis longtemps, s'adaptant au contexte local, se mêlant à ses formes et à ses matériaux, dans des re-créations toujours originales. C'est le cas de la cathédrale Saint-Étienne : après avoir lancé la mode de ce que l'on appellera bien plus tard le « gothique méridional » avec l'édification de sa nef unique au début du 13e siècle, elle est reconstruite dans le style du gothique rayonnant d'origine parisienne. Prévue entièrement en pierre dans une terre de brique, elle doit montrer la puissance de ses évêques et porte témoignage du rattachement en 1271 du comté de Toulouse à la couronne de France. On peut également citer l'hôtel de Bernuy, fleuron de la première Renaissance toulousaine, où l'on peut voir le langage antique venu d'Italie passé par l'Espagne et réinterprété par le maçon toulousain Louis Privat (1).
Alors, y a t-il un accent spécifiquement toulousain en architecture ?
Il y en a sans doute plusieurs, que l'on pense au « gothique méridional » du 13e siècle, vu plus haut, aux clochers-murs ou aux clochers polygonaux dits « toulousains » qui surmontent les églises de la région, ou encore aux décors de terre cuite du 19e siècle ornant les murs de nos immeubles et de nos maisons. En revanche, ces caractéristiques ne semblent pas s'être exportées bien au-delà de la zone géographique couverte par les sonorités chantantes de notre accent.
Aujourd'hui, les accents, tout comme l'architecture, ont tendance à se lisser, à s'uniformiser. Pourtant, il est possible de retrouver dans la construction locale un accent toulousain qui soit autre chose qu'un plaquage de briquettes sur un immeuble dont le modèle est le même  de Concarneau à Rio. L'aménagement de la place de la Libération à Balma, sur les plans de l'architecte Véronique Joffre, offre ainsi une utilisation renouvelée de la terre cuite locale.

 

(1) Colin Debuiche, « L'hôtel de Bernuy et l'influence des Medidas del romano dans l'architecture toulousaine de la Renaissance », dans Les Cahiers de Framespa [En ligne], 5 | 2010, mis en ligne le 02 mars 2011, consulté le 06 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/framespa/159 ; DOI : 10.4000/framespa.159

 

Hôpital Marchant, galerie d'entrée, 2012. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart, Laure Krispin - Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC555_20123100557NUCA.

Complètement « pinpin » celle-là, elle est bonne pour Marchant !


octobre 2018

Les Toulousains connaissent bien cette expression qui énonce qu'une personne est complètement folle, bonne à interner ! Si de nos jours la psychiatrie est considérée par tous comme une spécialité de la médecine, avant le milieu du 19e siècle, le traitement de la folie était très sommaire : les aliénés, enfermés dans des hospices, hôpitaux ou prisons, souvent enchaînés, vivaient dans des conditions déplorables. Toutefois, grâce au travail des médecins d'origine toulousaine Philippe Pinel puis Etienne Esquirol, la maladie mentale est peu à peu reconnue en tant que telle, et des traitements mieux adaptés sont recherchés. L'impact des aménagements architecturaux est également pris en compte pour soigner les maladies physiques ou mentales. La collaboration entre les médecins et les architectes se développe et elle débouche sur la conception d'une architecture pavillonnaire où chaque pavillon est affecté au traitement d'une affection particulière.

À Toulouse, la construction d'un asile d'aliénés adapté à ces nouvelles théories débute en 1852 et se poursuit jusqu'en 1864, le manque de moyen retardant le chantier. Pour cette nouvelle construction, l'architecte Jacques-Jean Esquié travaille en collaboration avec les aliénistes toulousains. L'installation de l'hôpital à la campagne fait partie de la thérapie, tout en éloignant les « insensés » des bonnes gens.
Dès sa création, l'asile de Braqueville – nom du lieu-dit où il a été construit – est considéré comme un chef-d'œuvre, et son plan est publié comme modèle dans la Revue générale de l'architecture et des travaux publics. Les bâtiments s'organisent de façon symétrique autour d'une grande cour centrale, de part et d'autre de l'église, avec les pavillons des hommes d'un côté et ceux des femmes de l'autre, reliés par des cheminements couverts.
En 1937, il reçoit le nom de Gérard Marchant, en hommage au premier directeur et médecin aliéniste de ce lieu qui avait accueilli, dès le 1er juillet 1858, les patients délogés de l'hôpital La Grave.

Toulouse sous la neige, kiosque du Boulingrin, hiver 1954. Henry Delgay (photographe) - Ville de Toulouse, Archives municipales, 36Fi110.

Do ré mi fa sol la si …do


septembre 2018


Faire de la musique dans la ville, hors des salles de concert, n'a été vraiment autorisé qu'à partir de 1848, moment où le ministre de l'Intérieur Senard autorise les rassemblements en plein air. En effet, en dehors des fanfares militaires qui pouvaient circuler au fil des rues, tout attroupement, même autour de quelques musiciens, était immédiatement dispersé par la police et donnait lieu à une amende. Le 19e siècle est également l'époque d'une modification de la pratique musicale qui, jusqu'alors réservée à des privilégiés, s'étend à d'autres couches de la société grâce à la multiplication des orphéons (société d'amateurs jouant d'un instrument).
Le kiosque est l'édifice idéal pour accueillir la musique en plein air. Ouvert sur toutes ses faces, pour être vu et entendu de tous, il offre toutefois aux musiciens une estrade surélevée qui les met en scène et les isole du public. Ce dernier est libre de s'arrêter un instant et de partir quand il le souhaite.
Très populaire entre la 2e moitié du 19e siècle et le 1er quart du 20e siècle, le kiosque à musique s'installe dans des espaces de verdure et de détente, tels les squares et les jardins publics, ou sur les places publiques, lieu spontané de rassemblement.

Le kiosque à musique de la place Pinel. 2004. Annie Noé-Dufour - Inventaire général Région Occitanie, IVR73_04314326ZA_ P.
A Toulouse, le kiosque le plus ancien est celui du jardin du Boulingrin mis en place au moment de l'exposition internationale de 1887. De forme polygonale, il possède une structure composée de huit colonnes en fonte supportant une toiture. A l'opposé, celui construit en 1930 sur les plans de l'architecte de la ville Jean Montariol est entièrement en béton. Situé place Marius Pinel, il se développe sur un plan circulaire : une coupole repose sur dix colonnes ornées de mosaïque évoquant l'art égyptien. La place Sauvegrain à Lardenne accueille aussi un kiosque à musique construit à l'initiative des habitants du quartier et offert à la ville au moment de son inauguration en 1926.

 

BM-montmorency : "The Capitol of Toulouse ». Estampe de Thomas Allom, dessinateur, Charles-Jean Delille, collaborateur et J. Carter, graveur, Paris : H. Mandeville ; Londres : Fisher, Fils et Cie, vers 1840 - Bibliothèque municipale de Toulouse, A-ALLOM (2-22).

Peine capitale au Capitole


juillet - août 2018

Le 30 octobre 1632, dans la cour Henri IV, se déroule une scène exceptionnelle et d'une grande violence en présence du roi Louis XIII. Henri II de Montmorency, duc, pair et maréchal, accusé de haute trahison est décapité. Grand de France, il obtient comme seule concession du roi de ne pas être exécuté en public, comme cela se déroulait ordinairement et, que la main du bourreau ne le touche pas directement. Pour ce faire, au-dessus du billot aurait été édifiée une structure permettant de faire glisser, entre deux planches, une lame, sorte de guillotine avant l'heure.

Statue d'Henri IV, œuvre de Thomas Heurtematte, 1607. 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, - Archives municipales, 4Num10.Une plaque de marbre rappelant l'exécution est toujours lisible dans la cour Henri IV. Au moment de cet événement, cette dernière est depuis peu la cour d'honneur du Capitole. Les travaux démarrés dès les premières années du 17e siècle ont été réalisés d'après les dessins de l'architecte Pierre Souffron. Sous la direction, dans un premier temps, de Dominique Capmartin, ils sont achevés par le maître maçon Jean Bordes. Les capitouls reçoivent en 1606 l'accord du roi Henri IV pour que son effigie orne la nouvelle cour. La statue, en marbre polychrome du sculpteur Thomas Heurtematte, représente le souverain en pied, vêtu de son armure et coiffé d'une couronne de laurier.

Dans la seconde moitié du 18e siècle, les fenêtres sont modifiées, les meneaux sont alors démolis pour faciliter l'entrée de la lumière et des balconnets en fer forgé portant des blasons capitulaires, dans le même style que ceux de la façade, sont installés. Protégée au titre des monuments historiques dès 1840, la cour est restaurée à la fin du 19e siècle. C'est à cette époque que les baies retrouvent leurs ouvertures à meneaux et traverses sculptés et que de nouvelles armoiries capitulaires sont accrochées sur les façades sans grande considération historique selon l'historien local Jules Chalande (1854-1930).

Le clocher de la Dalbade après son effondrement, carte postale en noir et blanc, 1926. Ville de Toulouse, Labouche Frères - Archives municipales, 9Fi4234.

Chance pour certains et infortune pour d’autres !


juin 2018

C'est avec ces deux termes que peut être résumée la catastrophe du 11 avril 1926 se référant à la chute du clocher de la Dalbade. Ce dernier qui menaçait ruine depuis quelque temps s'est écroulé dans la nuit. Tombé essentiellement sur la nef de l'église, des pans de murs ont été toutefois projetés sur les logements alentours faisant de nombreux dégâts et neuf blessés. Le plus grave incident est l'écroulement de la maison du boulanger située au pied du clocher. Entièrement éventrée, elle a enseveli le patron et sa femme, alors que les deux ouvriers coincés dans le fournil ont pu être sauvés après de longues heures de dégagement des gravats.
L'histoire du clocher de la Dalbade est riche en péripéties. L'église médiévale, grandement détruite par l'incendie de 1442 qui ravage le quartier, est reconstruite au tout début du 16e siècle dans le style Renaissance. Durant cette campagne de travaux, son campanile est amorcé et n'est achevé que dans la seconde moitié du siècle, comme l'indique le bail à besogne signé en 1547 par le maçon Étienne Guyot et le tailleur de pierre Nicolas Bachelier qui réalise un décor de bustes sculptés. Partiellement démonté à la Révolution, il reçoit une nouvelle flèche en 1882 selon les plans de l'architecte Henri Bach. Cette dernière, octogonale et entièrement maçonnée, vient prendre appui sur l'ancienne tour quadrangulaire. Après l'incident, l'église est rebâtie entre 1927 et 1949. En 1935, la construction d'un nouveau clocher débute à quelques mètres plus à l'ouest de l'emplacement initial mais, jugé mal intégré au site, le chantier est arrêté. Les vestiges du vieux clocher font alors l'objet d'une restauration.

Vendanges à Candie, octobre 1984. Reportage photographique de la direction de la communication. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi707/14

Au pays de Candie


mai 2018

Sucre en cristaux, dessin animé japonais dont la chanson est restée dans la tête de tous les enfants des années 1980, Candie est également le nom d'un domaine agricole appartenant à la ville de Toulouse. Passée à l'agriculture biologique depuis 2014, la régie agricole possède des surfaces cultivées dans les quartiers de Gabardie, Pech David ou Ginestous, et au sud de Toulouse, le vignoble de Candie (25 hectares). Il tire son nom du dernier seigneur de Saint-Simon, Jean-François Marie de Candie, propriétaire du domaine au 18e siècle. Au cœur du domaine, un château médiéval, daté pour partie de la fin du 13e ou du début du 14e siècle. 
Il ouvrira exceptionnellement ses portes le 3 juin prochain. Dégustations de vins de la région et de produits locaux, visite du parc et du château sont au programme de cette 5e journée portes ouvertes du domaine de Candie. Vous pourrez également tenter l'aventure de la réalité virtuelle sur le stand UrbanHist, grâce à la visualisation d'une visite en 360° au moyen d'un casque. Découvrez le château et son parc vus du ciel et entrez dans la cour, le porche et le chai. Immersion garantie !  

Visite virtuelle du domaine de Candie et du château de Saint-Simon-Le Vieux.

Pour ceux qui ne pourraient pas se déplacer, les Archives municipales ont mis en ligne une visite virtuelle.  A  travers  ce survol du domaine et cette déambulation, autour et à l'intérieur du château, vous découvrirez  de manière simple et ludique l'histoire du château de Saint-Simon-Le Vieux, éclairée d'un nouveau jour grâce aux travaux récents d'archéologie du bâti menés par les étudiant de l'université Jean-Jaurès.

Pour en savoir plus sur l'histoire du domaine, vous pouvez consulter les pages dédiées au domaine et au château sur le site des Archives.

Enfin, pour compléter cette offre, ne manquez pas le diaporama mettant à l'honneur le domaine et ses ouvriers de 1978 à 1998, à consommer sans modération.

 

Ornement couronnant la porte cochère du 8 rue du Pont-de-Tounis. Phot. Friquart, Louise-Emmnauelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2006, IVC31555_06310016NUCA.

Comme disait Jules Renard « Le bonheur est dans l'amertume »…


avril 2018

Dès que l'on pense à « l'amer », il nous vient à l'esprit, tel un réflexe pavlovien, l'image d'une bouteille de bière. Produit millénaire, la bière bénéficie, depuis une dizaine d'années, d'un nouvel engouement grâce au développement d'une filière de petites brasseries artisanales locales. Toutefois, Toulouse comptait déjà, dès la fin du 18e siècle, des établissements qui brassaient le houblon, malgré les difficultés d'approvisionnement de la plante venant du nord. S'ils ont été nombreux au 19e siècle, il n'en restait que deux après 1950, selon l'érudit Pierre Salies. Néanmoins, des vestiges visibles sur certaines façades révèlent encore cette mémoire.

Au 8 rue du Pont-de-Tounis, une sculpture ornant une des arcades montre un joyeux barbu, un verre de bière à la main. Un tonneau, des épis de blé et une branche de houblon sont également représentés. Il s'agit de l'enseigne de la brasserie « La Strasbourg ».


En haut des allées Jean-Jaurès, au 4 rue de Belfort à l'angle de la rue Corot, une mosaïque très lacunaire laisse deviner l'inscription « Brasserie Alsacienne ». Ici, se situait un des établissements brassicoles toulousains qui semble avoir fonctionné jusque dans les années 1940, moment où les bâtiments sont réaménagés en logements. On y voit encore l'ancienne malterie ouvrant sur la rue Corot.

 

Gare Saint-Agne vers 1910. carte postale N&B, papier, 9 x 14 cm, vers 1910, Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7191.

Jamais sans ma valise !


janvier 2018
L'arrivée du chemin de fer en 1856, favorisant la circulation des hommes et des marchandises, est considérée par les Toulousains comme un élément essentiel du développement économique du Midi languedocien. Jusque dans les années 1940, date à laquelle les autobus prennent le dessus, les lignes ferroviaires se multiplient, créant un véritable maillage du territoire tout en dynamisant Toulouse. Sur la commune plusieurs petites haltes voient le jour en périphérie de la ville (Roguet, Croix-Daurade, Lardenne…). Il s'agit plus de halles provisoires pour le service de voyageurs sans bagages que de véritables gares, telle celle de Saint-Agne.Gare Saint-Agne. Photo Cadeau, Fabien, 2014 (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20143100508NUCA.
Cette dernière est rapidement très fréquentée. Par son emplacement, elle draine le transport des gens des quartiers alentours, celui des militaires de la caserne Niel voisine et celui des ouvriers de la poudrerie du Ramier. Traversée par les lignes allant d'un côté à Foix et de l'autre à Bayonne, elle est également un lieu de départ vers les stations balnéaires des Pyrénées ou les lieux de pèlerinages comme Lourdes ou Pibrac.
En 1884, des voyageurs signent une pétition pour que la halte de Saint-Agne devienne une véritable station ferroviaire, pouvant gérer le service de bagages, ces derniers devant se rendre à Matabiau pour y faire enregistrer leur valise !
Une carte postale ancienne permet de découvrir la halle établie en bordure de voie ferrée au début du 20e siècle. De plan rectangulaire, ses murs étaient en pan de bois hourdé de briques apparentes, son style rappelant l'ancienne gare de Lardenne aujourd'hui occupée par un commerce.
Le bâtiment d'accueil actuel a été reconstruit dans les années 1960 sur le même modèle que celui de la gare de Saint-Cyprien.
Façade du 2 place Saint-Georges. Photo. Rullier, Dany, (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2004, IVC31555_20113100265NUCA.

Du bois dans tous ses états !


décembre 2017
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Toulouse conserve un peu plus de 250 maisons dont la façade principale sur rue est en pan de bois. Toutefois, elles sont moins visibles que dans certaines villes car nombres d'entre elles sont entièrement enduites, seuls apparaissent les encadrements des baies permettant de les distinguer.
La place Saint-Georges est un lieu d'où - bien installé à une terrasse de café - on peut découvrir des pans de bois dans tout leur état ! En effet, toute une palette de mise en œuvre est observable.
Les numéros 2, 8 et 9 possèdent des élévations enduites ne laissant percevoir aux yeux avisés que le bois des encadrements des fenêtres et des cordons horizontaux séparant les différents niveaux.Façade du 7 place Saint-Georges, détail des poteaux avec décharges en écharpe. Photo. Rullier, Dany, (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2004, IVC31555_20113100290NUCA.
Le n° 2 est un cas particulier proposant une solution originale : la structure est dissimulée sous une mise en œuvre de faux bossages en bois évoquant un parement caractéristique de l'architecture classique en pierre.
Quant aux n° 5, 7 et 11, ils affichent pleinement leur ossature. Reposant sur un rez-de-chaussée maçonné, leur structure hourdis de brique est dite à grille, c'est-à-dire composée uniquement de poteaux (éléments verticaux) ou de poteaux avec décharges en écharpe (éléments verticaux renforcés par des bois obliques).
Modestes dans leur mise en œuvre, ces bois ont fait l'objet de nombreux remaniements et ne possèdent pas d'éléments distinctifs (moulures, sculptures, encorbellements) permettant une datation plus précise que celle d'appartenance à une grande période chronologique telle l'époque moderne (entre le 16e et le 18e siècle). Pour une meilleure connaissance de ce patrimoine des prélèvements et des études de dendrochronologie (analyse de la morphologie des cernes du bois) seraient nécessaires.
Élévation postérieure de la villa Jeanne d'Arc. Phot. Friquart, Louise-Emmnauelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2011, 20113101314NUCA.

De la canne à la villa Jeanne d'Arc


novembre 2017

La cane de Jeanne est morte au gui l'an neuf… En 1953, quand Brassens écrit cette chanson, Jeanne est un prénom fréquemment porté, quoique en perte de vitesse. Pourtant, du Moyen Âge au début du 20e siècle, il figure au panthéon des prénoms féminins les plus donnés. Son succès est conforté par la forte dévotion à Jeanne d'Arc, entamée au 19e siècle et qui connaît son apogée au début du 20e siècle : elle est béatifiée en 1909 et canonisée en 1920. A Toulouse, c'est en 1922 que sa statue est érigée sur la place Matabiau, devenue Jeanne d'Arc peu après. 

Outre les monuments et lieux publics, le nom de la sainte est également attribué à des maisons. En effet, depuis la seconde moitié du 19e siècle, la mode est de donner un nom aux villas, inscrit sur une plaque émaillée dans le style Art nouveau ou gravé sur une plaque de marbre. Faisant référence à la nature ou à l'environnement de l'édifice, le nom de la villa est bien souvent un prénom, presque toujours féminin. C'est donc tout naturellement que les villas Jeanne fleurissent un peu partout en France, de même que les villas Jeanne d'Arc, affichant ainsi les convictions religieuses de leurs propriétaires.

A Toulouse, une villa Jeanne d'Arc s'élève au 186 de l'avenue de Castres. Construite peu avant 1880, elle se démarque par son avant-toit développé soutenu par des aisseliers en bois ouvragés, rappelant l'architecture pittoresque des maisons de villégiature. 

Vue d'ensemble du Bazacle depuis la rive gauche de la Garonne. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2010, IVC31555_20103101188NUCA

Haute Tension !


octobre 2017

La Garonne, fleuve indomptable, a toujours permis aux Toulousains d'utiliser sa force pour produire de l'énergie et faire tourner les roues de ses moulins. Ce n'est pas étonnant alors que dans le dernier quart du 19e siècle les moulins du Bazacle accueillent sur son site la première centrale hydroélectrique de la ville gérée par la société toulousaine d'électricité (S.T.E.). Forte de son succès, celle-ci se développe rapidement et change de patronyme en devenant en 1910, la société toulousaine du Bazacle (S.T.B.). Nationalisé en 1946, le site est géré depuis par Électricité de France. Bien qu'accueillant un espace culturel et patrimonial depuis 1989, les sept turbines de l'usine fonctionnent encore.

Encouragée par ce succès, la ville investit dans ce domaine en bâtissant l'usine hydroélectrique du Ramier au début du 20e siècle, sur le domaine des anciens moulins du château. Largement visible depuis le pont Saint-Michel, elle présente une façade pittoresque sur l'un des bras de la Garonne. 

Usine du Ramier, élévation antérieure. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2010, IVC31555_20103101727NUCA

Reposant sur des fondations en béton, l'édifice est construit en brique, mais l'utilisation de l'enduit crée un jeu décoratif imitant une alternance de brique et de pierre.
Projetée dès 1905, l'usine hydroélectrique est construite de 1917 à 1922 sur les plans de l'ingénieur Pendariès. En 1932, elle est agrandie par l'architecte Jean Montariol. De nouveaux aménagements sont effectués dans les années 1950 et 1980. Cette usine qui permettait l'alimentation en énergie électrique de nombreux bâtiments municipaux (mairie, écoles, stades…) est toujours en activité. Toutefois, l'électricité produite est, de nos jours, vendue à EDF.

Une troisième centrale électrique a été inaugurée le 31 octobre 2014 sur le site de la Cavaletade, en amont de l'île d'Empalot. Par ailleurs, en augmentant le débit de l'eau dans le bras inférieur de la Garonne, elle permet de redynamiser la vie aquatique et la biodiversité des berges mises à mal durant de longues années par l'usine AZF.

La place du Capitole : plan de ville actuel, cadastre de 1680 et vestiges antiques.

Des cartes, oui… mais sur UrbanHist !


septembre 2017

Le nouvel UrbanHist vient tout juste de sortir du four… Outre un accès facilité aux essentiels et autres immanquables du patrimoine toulousain, vous avez la possibilité de construire des cartes historiques, grâce à une sélection des informations proposées, et de les partager le plus simplement du monde.

Tour d'horizon de quelques possibilités offertes par UH :

- Evolution du secteur de la place du Capitole de l'Antiquité au 17e siècle : cette carte matérialise la porte et le rempart de la ville antique, les constructions présentes à la fin du 17e siècle sur le sol même de la place, et l'emprise de l'hôtel de ville en 1680 qui allait jusqu'à la rue d'Alsace-Lorraine ! Pour cela, il suffit de superposer la couche du cadastre de 1680 avec celle des vestiges connus de Tolosa sur le plan de ville (sur lequel on a fait jouer la transparence pour mieux voir la couche du cadastre de 1680).

 

- La création des rues d'Alsace-Lorraine et de Metz : un coup de sabre dans le tissu urbain. Centrée sur la place Esquirol, lieu où se croisent les deux percées haussmanniennes toulousaines, cette carte montre comment ces deux rues sont venues couper des îlots entiers, éventrant des immeubles, des hôtels particuliers ou des bâtiments conventuels au nom de la modernité.

De ces destructions sont nés des édifices d'une grande qualité architecturale, tel que le grand hôtel Tivollier au n° 31 de la rue de Metz. Il suffit simplement de superposer le cadastre napoléonien (1830) sur le plan de ville.

La superposition des informations historiques sur un fond cartographique permet d'illustrer concrètement l'idée de la ville qui se reconstruit sans cesse sur elle-même. La « stratification historique » qui caractérise les villes est ainsi plus facile à appréhender.

Mais comme la carte n'est pas le territoire, nous vous invitons à vous balader dans les rues de Toulouse, le nez en l'air, en suivant les circuits proposés par UH ou au gré de vos envies… Bonne promenade !

Donjon du Capitole, les Archives municipales : salle du rez-de-chaussée avec sa voûte et les rayonnages d'archives, 1946. Photographie N&B, 13 x 18 cm. – Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi1350.

Une tour pour protéger le trésor des capitouls


juillet-août 2017
Les consuls, constitués en assemblée pour la gestion de la ville depuis le milieu du 12e siècle, chargent en 1205 le notaire Guilhem Bernard, de transcrire tous les documents anciens touchant aux libertés fondamentales de la cité obtenues au fur et à mesure que s'affirme l'indépendance municipale (privilèges, coutumes, rachats de droits féodaux, statuts de la commune, propriétés, …). Deux recueils, un concernant le Bourg, l'autre la Cité, sont alors rédigés.
La conservation de ces documents, preuves irréfutables de ces droits difficilement acquis, était une nécessité pour les consuls, parfois en grande difficulté face aux rois, comtes ou seigneurs tentant de récupérer ou de contourner des privilèges concédés par leurs ancêtres !
 

 

Cette pratique est reprise de façon systématique 90 ans plus tard avec la rédaction des Annales manuscrites de la ville consignant chaque année les actes accomplis par les consuls durant leur charge. Cet ensemble, partiellement détruit à la Révolution, forme de nos jours une collection exceptionnelle de 12 grands livres racontant 500 ans de l'histoire capitulaire.
Au 16e siècle, moment où la ville est en pleine expansion économique, les édiles, qui se font alors appeler capitouls, décident de construire un bâtiment dont l'étage supérieur est réservé à la protection de ces documents : la tour des Archives. Bâtie entre 1525 et 1530, elle accueille au rez-de-chaussée une salle d'assemblée pour les capitouls, et à l'étage une pièce où est conservé ce trésor inestimable. Pour plus de sûreté, ce niveau n'est accessible que depuis l'extérieur par l'intermédiaire d'une tour d'escalier érigée en 1532 et d'un pont couvert reliant l'une à l'autre.


Entièrement restauré par l'architecte Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc dans le dernier quart du 19e siècle, cet édifice est occupé, depuis 1948, par l'office du tourisme.

Carte publicitaire pour la manufacture de miroirs J. F. Breton, illustrée par Jan Metteix. Vers 1900, Lahille et Blaissou (éditeurs), carton, 8,5 x 14,5 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi436.

Je ris de me voir si belle en ce miroir !


juin 2017

Même si elle n'est ni la Castafiore ni la Marguerite de Faust, c'est pourtant ce que semble se dire cette jeune femme, parée de ses bijoux, qui, tenant un miroir dans une main, se recoiffe délicatement de l'autre.

Elévation du 31 rue Croix-Baragnon. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017, n.c.

Ornant un tract publicitaire pour une manufacture de miroirs et de vitrages, cette silhouette élancée a été esquissée dans un style art nouveau par l'illustrateur et caricaturiste Jan Metteix, très actif à Toulouse dans le 1er quart du 20e siècle. En effet, ce dernier croque régulièrement les hommes politiques locaux dans le journal satirique « Le Cri ». Il publie également durant la Grande Guerre plusieurs séries de cartes postales patriotiques, qui conservent toutefois un certain mordant et dont la majorité ont été regroupées dans l'ouvrage des Archives municipales « Drôle de Guerre ».

Les bureaux de la manufacture sont installés au 13 rue Saint-Étienne, actuel 31 rue Croix-Baragnon. Cet édifice, dont la façade sur rue date du dernier quart du 19e siècle, possède une architecture soignée. Sa tonalité claire évoque la pierre tandis qu'aux étages, des pilastres superposés et des balcons filants animent la façade.

Élévation antérieure du n°19 rue des Couteliers. Photo Christian Soula, Région Occitanie – Inventaire général, 1976, IVR73_76310001V_P.

La Maison des femmes au 19 rue des Couteliers (1976-1982)


mai 2017

En cette période d'élection, il est bon de rappeler les combats qui ont été menés par nos mères, nos grands-mères, voire nos arrières-grands-mères, dans les différents mouvements d'émancipation des femmes qui ont émaillé le 20e siècle. Luttes politiques (droits de vote et d'éligibilité obtenus en 1944), droit à disposer de son corps (création du planning familial en 1956, lois sur la contraception en 1967 et sur l'avortement en 1975) ont permis aux femmes de se libérer du « genre », construction sociale arbitraire résidant dans une domination masculine symbolique fondée sur la différence entre les sexes.

A Toulouse, différents mouvements féministes se créent dans les années 1970, notamment la Maison des femmes, association basée de 1976 à 1982 au n° 19 de la rue des Couteliers. Ce  lieu de rencontres et d'échanges autour des revendications sur les droits des femmes était installé dans une maison à pan de bois. Les baies étaient pourvues d'un appui aux moulures caractéristiques du 16e siècle. Elle était entourée d'autres maisons, datant du 18e siècle ou du 19e siècle, dans le même état de décrépitude avancée. Une nuit de décembre1983, le n° 15 s'effondre, heureusement sans faire de victimes. Un permis de construire, accordé en mai de la même année sur les n° 15 à 21, fait disparaître les autres immeubles, que nous connaissons grâce aux photographies prises par l'inventaire. Un grand immeuble de 92 logements est alors construit à la place de ces édifices.
En 2016, deux associations féministes toulousaines ont créé un parcours thématique à l'occasion des journées du patrimoine (rebaptisées pour l'occasion « matrimoine ») présentant les lieux et les personnalités emblématiques du féminisme toulousain, l'occasion de prendre conscience de l'importance de ces mouvements à Toulouse.

Élévation de la manufacture, de la corderie, des établissements Saint Frères ; 2 rue de Belfort ; projet de construction, 3 avril 1901. B. Guitard (architecte), dessin, papier, cyanofer, 35 x 51 cm, 1901. Ville de Toulouse, Archives municipales, 64Fi8593.

Du fil à (re)tordre ! La corderie Saint frères


avril 2017

Au moment où les Établissements Saint frères ouvrent une succursale à Toulouse en 1900, la ville ne compte pas moins de dix autres corderies selon l'annuaire de cette année-là. Les frères Saint sont spécialisés, depuis le 1er quart du 19e siècle, dans le tissage et le commerce de toiles d'emballage en étoupes de chanvre et de lin. L'activité qui a vu le jour dans la vallée de la Nièvre près d'Amiens, s'est considérablement développée tout au long du 19e siècle en proposant trois gammes de produit : les toiles d'emballage, le velours de jute pour teintures et tapis et la corderie. C'est dans cette dernière spécialité que l'entreprise, à son apogée au tournant du siècle, fait construire de nouveaux bâtiments rue Belfort après avoir été localisée durant deux ans au 48 rue de Peyrolières.


Ancienne corderie Saint frères, aujourd'hui centre communal d'action sociale (CCAS). Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017, IVC31555_20173100269NUCA.jpgL'édifice, dont les plans dressés par l'architecte Barthélémy Guitard, prend place sur une large parcelle rectangulaire. Il se divise en deux parties bien distinctes. Sur rue, un bâtiment présente un corps central à trois niveaux encadré par deux ailes à un étage couronné par un attique. Cet ensemble qui évoque une grande villa possède une architecture soignée de pierre et de brique. Au rez-de-chaussée sont installés les magasins de détail et des cordes, largement ouvert sur la rue par de grandes baies vitrées. A l'arrière, un grand entrepôt occupant un peu plus de la moitié de la parcelle accueille « le grand magasin ». Plus qu'un véritable centre de production, les établissements toulousains Saint frères semblent n'avoir été qu'un lieu de stockage et de diffusion de leurs produits dans le sud de la France.

Hôtel du Journal "Le Télégramme" et rue Constantine. Vers 1920. Merlin Eugène (photographe), carte postale n&b, phototypie, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4611.

Télex : Retour de la Censure pour la presse - stop


mars 2017

Journal "Le Télégramme". Les services de la publicité. Vers 1940. Le Télégramme (éditeur) ; Séréni (photographe), carte postale n&b, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6392.La presse française entièrement libre depuis la loi du 29 juillet 1881 renoue avec la censure à la demande des militaires au début de la Grande Guerre. Comme ailleurs, les journaux toulousains, au nom de l'Union sacrée, suivent dans les premiers mois du conflit les recommandations de l'armée. A cette époque, quatre organes de presse ont pignon sur rue à Toulouse : La dépêche du Midi, L'Express du Midi, Le Midi socialiste et le Télégramme. Auparavant rue d'Alsace-Lorraine, ce dernier s'installe en 1912 dans un nouveau bâtiment situé en léger retrait des boulevards Lazare-Carnot. Il est agrandi à partir de 1923 par un nouveau corps de bâtiment au caractère plus industriel.
Le Télégramme, façade principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017

Le bâtiment d'origine, situé à l'angle, s'impose par une façade au style architectural très marqué. Ses murs polychromes, faits de pierre et de brique sont coiffés par le gris bleuté du toit à haut comble couvert d'ardoise. Cet ensemble, si peu toulousain, évoque des modèles du nord de la France. Il est signé par les frères Isidore, Raymond et Antoine, qui réaliseront également le monument aux morts de Toulouse situé au cimetière Salonique.
Un escalier mène à la porte monumentale couronnée par la balustrade fermant le balcon supérieur. Au-dessus, une inscription sur fond d'or « Le Télégramme » rappelle toujours le journal. Une grande attention a été également portée au décor sculpté (reliefs, masques, consoles, pointes de diamant…) ainsi qu'à la ferronnerie.
Selon les plans, le rez-de-chaussée accueillait, entre autre, la salle des dépêches, la salle des linotypes (machines sur lesquelles étaient tapé les textes et qui créait les matrices servant à l'impression), le bureau de l'administrateur. Le sous-sol était réservé au tirage : dépôt de papier, salle des rotatives, salle des départs tandis qu'à l'étage prenait place des salons parloir et les salles de rédaction.

Papier en-tête de M. Moynet, 11 août 1885. Ville de Toulouse, Archives municipales, 4 D 479.

Plus blanc que blanc


février 2017

Petits arrangements entre amis                                                                        

En 1876, Mme Moynet fait construire un lavoir public au faubourg Guilheméry, longeant le réservoir d'eau de la ville. L'établissement est transformé en blanchisserie en 1881. Active jusqu'en 1971, elle se situait aux numéros 2 à 10 de l'actuelle rue de la Blanchisserie, dont le toponyme en a conservé le souvenir. Un papier à en-tête donne un aperçu du bâtiment industriel avec son avant-corps central percé de grandes baies en plein-cintre et sa haute cheminée. Les origines de cet établissement sont mouvementées. En effet, la propriétaire de la blanchisserie n'est autre que l'épouse du chef du service des eaux de l'époque, lequel s'est attribué quelques largesses lors de la fondation de l'usine et a abusé de sa position au sein de l'administration municipale de l'époque. Il est d'ailleurs renvoyé en 1881, au moment où les faits apparaissent à la nouvelle municipalité mise en place depuis peu.

Les termes de la concession d'eau établis en 1876, au moment où notre homme est à la tête du service des eaux, prévoit un débit mesuré de sa prise d'eau (directement au réservoir qui lui est contigu) de 2 litres d'eau par secondes. Lors du procès que la ville lui intente, les experts estiment que, soit il a agi sans discernement (ce qui semble étonnant au vu de ses qualifications), soit il n'avait aucune intention de respecter le débit octroyé (ce qui semble en effet le cas). Il est donc condamné à verser à la ville 2 278 francs le 17 janvier 1888. L'activité de la blanchisserie se poursuit tout de même jusqu'en 1971, époque à laquelle M. Micouleau, son propriétaire, fait construire un immeuble à son emplacement, sur les plans des architectes Paul et Pierre Glénat.

Élévation principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2008,IVC31555_20083103233NUCA_P

De l'utilité de la porte charretière


janvier 2017

Jusqu'au début des années 1990, Toulouse était une ville qui accueillait encore sur son territoire de nombreuses fermes, liées notamment à l'activité de maraîchage. Depuis, un grand nombre de ces édifices a disparu, victimes en particulier de l'urbanisation des quartiers nord de la ville.

La ferme du 28 rue Loubiague est, quant à elle, toujours en place, et bénéficie depuis 2010 d'une protection dans le PLU, comme une trentaine d'entre elles reparties sur le territoire de la commune.

Porte charretière. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2008 IVC31555_20083103236NUCA_PConstruite dans le 1er quart du 20e siècle, elle reprend les caractéristiques traditionnelles de ce type de bâti. De plan rectangulaire, la ferme est orientée plein sud. Les parties agricoles sont situées dans le prolongement du logis. Ce dernier, encadré par les pilastres superposés, s'organise en sept travées. Le rez-de-chaussée est surmonté par un comble à surcroît. Pour sa part, la partie agricole est percée par une grande baie en plein-cintre composée d'une porte charretière, dont la grande taille facilite le passage des véhicules agricoles. Cette dernière est surmontée d'une ouverture d'imposte permettant d'engranger les récoltes directement dans le comble.

Ce bâtiment se distingue par le soin apporté à son enduit polychrome formant des panneaux aux coins échancrés soulignés par des cernes blancs et par son faux appareil de pierre marquant son soubassement. Ensemble, ils dissimulent les matériaux de construction dont la mise en œuvre alterne les assises de brique et de galet. Une noria et une remise de la même époque complètent encore aujourd'hui l'ancien site agricole.

Villa 8 rue Georges-Clemenceau.Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2016, IVC31555_20163100411NUCA.

Le « Grand parc » dans le quartier de Saouzelong : un lotissement sur le Gril


décembre 2016

Approuvé par les arrêtés préfectoraux du 19 novembre et du 14 décembre 1925, le lotissement du Grand parc est créé par Louis Gril, industriel à Toulouse, dont la famille a fait fortune dans la fabrication de chaussures. Situés entre l'avenue Crampel, la rue du Midi, le canal et les serres municipales, les terrains concernés par le lotissement ont une surface de plus de 90 000 m2 et la création de 1 737 mètres de nouvelles voies est prévue dans le projet.

Cependant, la division de ces terrains et la construction des nouvelles maisons débutent en 1922, avant la promulgation de la loi du 19 juillet 1924 réglementant la création des lotissements et obligeant les lotisseurs à viabiliser les parcelles avant leur commercialisation. Louis Gril ne s'est pas préoccupé de cet aspect de la question et l'ingénieur de la ville fait remarquer à de nombreuses reprises les problèmes d'évacuation des eaux dans les rues nouvellement créées. Les difficultés persistent, allant jusqu'à la condamnation en 1931 par le tribunal de Toulouse de M. Gril, l'obligeant à verser des dommages et intérêts à la ville et à divers propriétaires et à faire exécuter les travaux de mise en viabilité de voirie dans le lotissement du Grand parc.

Villa 9 rue Bertrand-Gril. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2016, IVC31555_20163100416NUCA.Malgré ces ennuis, les maisons construites dans les années 1920-1930 dans ce lotissement présentent une architecture de qualité et sont l'œuvre d'architectes toulousains de renom. Edmond Pilette y est largement représenté, c'est d'ailleurs lui qui construit la villa du Grand parc pour Louis Gril en 1924. Dans un style encore plus pittoresque, avec son appareil de moellons en opus incertum, la maison du 9 rue Bertrand-Gril est également réalisée selon ses plans. Les frères Thuriès, auteurs entre autres du « vaisseau amiral » de l'usine Job aux Sept-Deniers, réalisent en 1926 la maison de style néo-basque au 8 rue Georges-Clemenceau.

A la fin des années 1950, Pierre Gril, le fils du fondateur, vend une partie des terrains à une société immobilière qui fera construire un ensemble de logements « économiques et familiaux », comprenant 218 appartements, 8 boutiques et 107 garages selon les projets, sur les plans de l'architecte Jean-Pierre Pierron. Pierre Gril fera lui-même édifier par le même architecte un ensemble de 43 logements, dont le permis est délivré en 1959.

Le Pont-Neuf depuis le quai de Tounis. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2012, IVC31555_20123102123NUCA

Un pont pas si neuf résistant encore aux assauts de la Garonne !


septembre 2016

La construction du pont Neuf, essentiel pour Toulouse, a été longue et laborieuse. En 1541, une autorisation royale permet aux Capitouls de lever des taxes exceptionnelles destinées à financer la construction d'un nouvel ouvrage en maçonnerie sur la Garonne, pour remplacer d'un côté le pont couvert en bois de la Daurade et de l'autre le Pont-Vieux, réutilisant les structures antiques de l'ancien aqueduc. Trois ans plus tard, les travaux d'édification de la première pile démarrent sous la direction de Nicolas Bachelier, grand architecte toulousain de la Renaissance, auteur notamment de l'hôtel d'Assézat.
Le Pont-Neuf et son arc de triomphe avant 1860. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3 Fi 140.L'impétuosité des eaux retarde sans cesse l'avancement du chantier, certaines crues emportant des éléments construits. La sixième et dernière pile est érigée à la fin du 16e siècle, et le début du 17e siècle voit l'édification des arches puis la pose du tablier. La mise en circulation de l'ouvrage s'effectue enfin en 1632. Dix ans plus tard, le Pont-Neuf, qui mérite alors bien son nom, est embelli d'un arc de triomphe monumental édifié sur la rive gauche (puis démoli en 1860).
Aujourd'hui plus ancien pont de Toulouse enjambant la Garonne, le Pont-Neuf est resté longtemps le seul axe reliant la rive droite et la rive gauche. En effet, il faut attendre le milieu du 19e siècle pour que les Toulousains se décident à affronter de nouveau la Garonne, non sans difficultés, puisque les ponts Saint-Pierre et Saint-Michel sont emportés par les crues de 1855 et 1875 !


Dans le cadre des journées européennes du patrimoine, une balade « bords de Garonne », invitant à la découverte du patrimoine en lien avec le fleuve dans sa traversée du centre-ville, est accessible sur Urban-Hist en mobilité, tandis qu'une version papier sous la forme d'une « carte de poche » peut être retirée auprès de l'office de Tourisme.

 

Pont des Catalans et ses pavés de bois, vers 1916. Vue perspective de la voie sur le pont, prise des Amidonniers vers Saint-Cyprien, où l'on constate les désordres de voirie liés au pavage de bois. Au fond sur la gauche le dôme de La Grave. Photographie NB, 16,5 x 22,5 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 5629.

Un pont en déroute


juillet-août 2016

Le pont des Catalans, construit entre 1903 et 1913 suivant les plans de l'ingénieur des Ponts et Chaussées Paul Séjourné, se distingue à l'époque des autres ouvrages d'art toulousains par son pavage. En effet, en 1911, il est décidé que ce pont serait couvert de pavés de bois ! Contrairement à ce que l'on peut penser de prime abord, ce n'est pas par manque de financement que cette solution est choisie -elle est d'ailleurs plus coûteuse comme le rappelle un conseiller lors d'une séance municipale- mais bien car elle parait être la plus résistante selon l'avis du concepteur. En effet, ce type de pavement, mis au point en Angleterre au milieu du 19e siècle, a principalement l'avantage de limiter le vacarme provoqué par les véhicules et les chevaux martelant le sol. Toutefois, il n'est pas exempt de défauts.

Le pont des Catalans depuis les Amidonniers. Phot. Olivier Balax (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100989ZA.Très sensibles à l'humidité, les pavés n'ont pas tardé à se rebeller et à soulever la chaussée, provoquant ci et là de véritables monticules. A posteriori, on se demande ce qui a amené Paul Séjourné à effectuer ce choix pour un pont ! En dehors de cette anecdote, il est bon de rappeler que cet homme, grand ingénieur, spécialiste des ponts et viaducs a construit un grand nombre d'ouvrages de qualité mêlant la maçonnerie traditionnelle et le béton, dont le pont des Catalans est un exemple original et gracieux. En effet, ce dernier se compose de deux ponts en brique réunis par une dalle en béton. Il est également l'auteur à Toulouse de l'actuel pont Paul-Séjourné, enjambant le canal de Brienne, dans l'alignement du pont des Catalans, et bâti pour parachever la ceinture des boulevards effectuant le tour de la ville.

Halle d'abattage. Elévation antérieure sur cour en 1992. Phot. Noé-Dufour, Annie, Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 1992, IVR73_20043104736ZA.

Quand les abattoirs deviennent les Abattoirs ! ... ou l’histoire d'un site d’abattage promu en lieu culturel


mars 2016

En janvier 1823, la municipalité décide de regrouper les différents abattoirs de Toulouse tenus par des particuliers en un seul lieu hors les murs, en s'inspirant des modèles parisiens réalisés selon les dispositions du décret de 1810. En 1825, une ordonnance royale autorise la ville à construire ses abattoirs publics, interdisant par la même occasion les tueries particulières. Un terrain appartenant aux hospices civils de Toulouse est choisi sur la rive gauche de la Garonne, en bordure du fleuve chargé d'évacuer les déchets. Le nouveau bâtiment est construit entre 1827 et 1831 d'après un projet de l'architecte Urbain Vitry. Ce dernier propose des plans d'une grande rationalité : au centre de la parcelle, une grande halle accueille les échaudoirs pour les veaux et les bœufs ; dans l'alignement, un second bâtiment en arc de cercle est dédié aux porcs ; tandis que de part et d'autre, en lisière du terrain, se répartissent les corps de bâtiments annexes servant de bouverie et de bergerie. Des réaménagements et des agrandissements sont réalisés dans les années 1880 puis dans le 1er quart du 20e siècle avec la mise en place notamment des grands frigos.

Le site est fermé en décembre 1988. Les bâtiments de Vitry sont protégés au titre des Monuments historiques par arrêté le 13 mars 1990. D'importants travaux sont alors entrepris entre 1997 et 2000. Les extensions successives sont démolies tandis que les constructions d'origine sont adaptées pour y aménager un musée d'art contemporain : les Abattoirs !