BAGUETTE


juin 2021

DANS LES ARCANES DE


Portrait en pied d'un ouvrier de la boulangerie du bureau de bienfaisance posant au milieu d'étagères à pain, 1938-1940. Marius Bergé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi685.

Flûte, ma baguette !


juin 2021

Une chocolatine et un pain au chocolat ! Comment ça, c'est la même chose ?! En arrivant à Toulouse, j'ai pourtant cru comprendre qu'un pain au chocolat, cela n'existait pas ! Pour autant, demandez l'un ou l'autre dans n'importe quelle boulangerie de France et il est fort probable que l'on vous serve la viennoiserie convoitée.

Et si je vous demande une « flûte », vous me servez quoi ? Si la réponse vous semble évidente, vous en mangez sans doute rarement. Préféreriez-vous, pendant vos escapades estivales, un régime 100 % chocolatine ? Ce ne serait pas très « régime » tout ça… Flûte alors, vous voici démasqués !

En région parisienne, une flûte correspond à un pain de 200 g, et la baguette à un pain de 250 g. Les poids s'inversent en Seine-Maritime. Et ils s'envolent en Haute-Loire où la flûte pèse 400 g. Du simple au double ! Autant le savoir avant d'envoyer vos enfants chercher 3 flûtes…

En 1981, une tentative d'uniformisation des appellations est apparue comme par magie. Aucun succès. À croire que la baguette employé était celle d'un chef d'orchestre et non celle d'un magicien. À moins que le bois employé n'ait pas les qualités requises ou que le lieu de l'invocation n'ait aucun lien avec le grain ? Dans tous les cas, les usages locaux ont affirmé qu'ils ne se laisseraient pas mener à la baguette !

ZOOM SUR


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Scènes composées : spectacle de magie (fin 19e). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1375.

Magie et... photographie


juin 2021

La magie aujourd'hui a la cote. Et pas seulement dans cette Lettre consacrée à l'attribut du magicien ! Alors que se tient l'exposition « Magies et Sorcelleries » au Muséum de Toulouse, me revient en mémoire un beau livre sur lequel, dans une autre vie professionnelle, j'ai travaillé : le catalogue d'une exposition sur la photographie spirite, organisée par le Metropolitan Museum (New York) et la Maison européenne de la Photographie (Paris), retraçant les liens entre sciences occultes et photographie1. Au fil de l'édition de l'ouvrage, je découvrais stupéfaite des clichés aussi étranges que fascinants. Transes, lévitations, visions fantomatiques, apparitions de fées (!), médiums faisant surgir de leurs corps de mystérieux ectoplasmes... Autant de manifestations de l'invisible que les photographes avaient réussi – avec plus ou moins de bonheur et souvent de trucages, diront les plus sceptiques – à capter. Sur cette image, point de médium en transe ni de tables qui tournent, mais un illusionniste, avec ses accessoires, proposant ses tours de magie à un public qui lui semble acquis.
Si la photographie entend documenter le réel dans toute sa matérialité, ses liens avec l'occulte sont plus nombreux qu'il n'y paraît. Les daguerréotypes n'avaient-ils pas, selon Walter Benjamin, le pouvoir de capturer l'aura ? Et de saisir cet inconscient optique qui échappe à notre regard ? « La nature qui parle à l'appareil photographique, écrivait-il, diffère de celle qui s'adresse à l'oeil »2... De même, la vision en relief de cette image stéréoscopique colorisée ne relevait-elle pas du tour de magie pour ceux qui, à la fin du 19e, la découvraient ? Et que dire enfin de ce médium qu'est la photographie qui permet, comme d'un coup de baguette, de nier l'espace et remonter le temps, nous mettant en présence de contrées lointaines et d'êtres disparus ou absents ?


1. Le Troisième œil : la photographie et l'occulte, Denis Canguilhem, Clément Chéroux et Pierre Apraxine (Paris, Gallimard, 2004).
2. Petite histoire de la photographie, Walter Benjamin (Paris, Allia, 2012).

DANS LES FONDS DE


[Fifty-one shades of wood], collection de 51 échantillons de bois provenant de l'archipel d'Indonésie, et destinés à l'examen et approbation par les chantiers navals hollandais, c.1850-1863. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° NG-MC-1160.

Des filles à la baguette


juin 2021

Non, le titre est trompeur ; nous n'évoquerons pas de malheureuses filles menées à la baguette par des parents sévères ou d'affreuses marâtres, voire de sordides souteneurs. En fait, nous allons deviser de bois, et plus particulièrement du bois de construction, du bois d'œuvre, sous toutes ses formes et ses dénominations.
En effet, qui, dans les archives anciennes, n'est jamais tombé sur des bastars, razals, puals ou pitrons sans se demander s'il s'agissait d'atroces insultes ou, au moins, de termes grossiers. Et ainsi de suite, en passant par la postille pour arriver jusqu'à la baguette. Lorsque le chercheur découvre dans le texte un « tas de filles »1 qui se fait planter allègrement au mail-mouton à la force de dix-huit hommes, il est en droit de s’interroger.
Pourtant, il n'est toujours question que de bois, et nous devons remercier Pierre-Hanneton Lebrun (vers 1702-1752), ingénieur de la ville, pour avoir publié à titre posthume "Les us et coutumes de la ville de Toulouse, avec des instructions pour connoître les matériaux…". Bien plus récemment, Michelle Éclache, a joint à son ouvrage "Demeures toulousaines du XVIIe siècle" un précieux glossaire des termes locaux de la construction en usage entre 1600 et 16302. Ainsi, le fust postam d'Aigud ou la fille de Barousse n'auront plus de secret pour le chercheur qui pourra désormais rentrer chez lui avec la satisfaction d'avoir enfin compris ce qu'il a lu dans le confort feutré de la salle de lecture et pourra enfin s'autoriser à partager le fruit de ses découvertes à table, sans avoir à rougir devant ses enfants.
Mais, pourquoi cet engouement soudain des Archives pour le bois ?
Parce que nous avons été invités à rejoindre le PCR Eaurigines3, dont un des axes de recherche est précisément celui des ressources forestières du bassin supérieur de la Garonne sur la longue durée, de ce bois venant de la montagne que l'on retrouve précisément à Toulouse.
En plus de mettre nos fonds textuels, cartographiques, voire photographiques, à la disposition des quatre chercheurs, créateurs et animateurs du projet (2 archéologues – dont une plongeuse, 1 géomorphologue, 1 dendrochronologue4 – bois oblige), et de la quarantaine de géographes, historiens, plongeurs-scaphandriers, archivistes, photographes (et j'en passe), y associés, les Archives vont aussi apporter leur pierre à l'édifice dans le but d'aider à mieux identifier les acteurs du monde du bois et de localiser précisément les gros chantiers du passé.Seing manuel du charpentier Jean Subreville en fin d'un contrat de cautionnement pour des réparations à faire au « pont suspendu sur la rivière de Garonne », 26 septembre 1596. Mairie de Toulouse, Archives municipales, DD48, f°135v.
Et vous allez voir de quel bois on se chauffe :
- un catalogue des marchands de bois, charpentiers, menuisiers, tourneurs, scieurs de long, voire des rachers ou ratgers5 entre le 16e et le 18e siècle est cours en d'élaboration ; il inclut évidemment les signatures, seings manuels ou marques de chacun, ces dernières pouvant éventuellement être confrontées aux signes ou marques gravés sur des charpentes ou tout autre ouvrage en bois encore subsistant.
- l'inventaire des devis de travaux publics commandités par la ville entre 16676 et 1790, réalisé à l'occasion du séminaire Mémurbis et déjà fort de 900 entrées, va être actualisé et étendu afin de remonter jusqu'au 16e siècle.

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1 Franchement, le terme de tas – comme ceux de groupe, troupe, gang, ou bande, n'est pas flatteur, c'est pourquoi nous préférons utiliser celui de « amazement of women », que propose Lawrence Durrell dans "MONSIEUR or The Prince of Darkness", Faber, 1974.
2 En fait, nous venons de réaliser que le glossaire n'est pas joint à l'édition en ligne, il faudra donc consulter la version papier de cet ouvrage, disponible dans toutes les bonnes bibliothèques et archives.
3 Un PCR est un Projet Collectif de Recherche, financé par l'Agence Nationale de la Recherche. « Eaurigines » est quant à lui l'acronyme d'tudes Archéologiques et géographiques Urbaines et Rurales des Implantations humaines sur le bassin supérieur de la Garonne. Intégration de la gestion de l'eau, des ressources Naturelles et de l'Environnement par les Sociétés sur la longue durée.
4 Pour comprendre ce qu'est la dendrochronologie en images, nous vous invitons à visionner une courte vidéo pédagogique avec en prime un charmant accent québécois, ou une autre, plus étendue, qui vous emmène en promenade dans le Mercantour, avec précisément le dendrochrologue du PCR Eaurigine.
5 Radeliers, conducteurs de radeaux sur la garonne.
6 Date de la nomination de Jean-Pierre Rivalz comme ingénieur de la ville.

LES COULISSES


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Cirque Amar. Un magicien habillé en clair, avec un turban, un autre en smoking enferme une jeune femme dans une caisse. Emile Godefroy - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 19Fi8664.

Baguette magique


juin 2021

Tadaaa !
Ah, si seulement les archivistes pouvaient avoir une baguette magique pour faire apparaître et disparaître, à la demande, la foultitude de documents et de données produits par la collectivité !
Trois petits coups sur la boîte, et hop ! La facture réclamée par le Trésor Public, le plan demandé pour isoler une école, ou la photographie recherchée pour illustrer un événement apparaîtrait, tel un lapin hagard sorti d'un chapeau haut-de-forme.
Mais point de magicien dans la fonction publique, point de havresac où compiler toutes ces connaissances. Rien que l'espace fini des bâtiments d'archives et des serveurs informatiques…

Heureusement, il y a les archivistes !

DANS MA RUE


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Meeting à la halle aux grains (1920-1940). Marius Bergé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi221.

Du blé à la baguette


juin 2021

La baguette de pain est cette année candidate de la France au label hautement convoité du patrimoine mondial de l'UNESCO, dans la catégorie « culture immatérielle ». Mais, comme dirait la petite poule rousse, pour faire une baguette, il faut de la farine et pour faire de la farine, il faut des grains.
Dès l'époque romaine, l'approvisionnement des villes est centralisé dans des espaces dédiés, souvent sur le forum (d'où le mot « foire » dérive d'ailleurs). Ce regroupement a pour but de réglementer le commerce et d'éviter les escroqueries aussi bien que les disettes. Pendant l'époque médiévale, les halles se multiplient en même temps que s'affirme l'autorité municipale. A Toulouse, la première mention de la halle de la Pierre (du nom du matériau dans lesquelles étaient faites les mesures à blé) date de 1203 : située à l'angle de la place Esquirol actuelle, elle est toujours visible sur le cadastre de 1830. Grains, fruits et articles de boucherie y sont vendus. Les céréales constituent la base de l'alimentation de toute la population, constante que l'on retrouve sous l'Ancien Régime et jusqu'à la période contemporaine.
La création du canal du Midi, à la fin du 17e siècle, puis l'arrivée du chemin de fer (1857) et la construction du canal Latéral reliant Toulouse à Bordeaux (1856), favorisent le développement du commerce toulousain, dont celui des grains. La Municipalité décide alors de séparer le blé des autres denrées et de créer un lieu de vente spécifique qui serve également de lieu de stockage. La place Dupuy, entre le port Saint-Étienne, où sont déchargées les marchandises arrivées par le canal, et le marché de la Pierre, est le lieu idéal. Ce choix a aussi l'avantage de décongestionner le centre de la ville et de faciliter la création d'une large avenue à l'emplacement de la halle, qui vient pourtant tout juste d'être reconstruite dans une architecture à la Baltard de fer et de verre.
C'est d'ailleurs l’auteur cet édifice, André Denat, qui dresse les plans de la nouvelle halle aux grains. Construite de 1862 à 1864, elle  se présente sous la forme d'un hexagone pourvu de deux pavillons. Au rez-de-chaussée, la galerie est dédiée à la vente des grains au détail, le centre est quant à lui réservé au marché des négociants en gros. Les mesures, déplacées du marché de la Pierre, sont placées sur une estrade au fond du bâtiment. Au 1er étage se trouvent les magasins de dépôt pour les grains. L'architecte de la ville utilise ici aussi une structure métallique, mais cette fois masquée sous une maçonnerie traditionnelle de brique et de galet.
Claude François en concert à la Halle aux grains, 20 novembre 1965. A l'arrière, la structure en béton qui est venue remplacée l'ossature métallique d'origine. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2486.À la fin du 19e siècle, les modes de consommation changent et les citadins préfèrent acheter du pain plutôt que des grains, le bâtiment est progressivement réaffecté. Transformée en palais des sports et lieu de spectacle en 1946, la halle aux grains devient la salle de concert de l'orchestre du Capitole en 1971. Michel Plasson, enthousiasmé par les vertus acoustiques du lieu, y exercera sa baguette de chef d'orchestre jusqu'en 2003.
Le réinvestissement de lieux emblématiques du patrimoine, s'il ne vaut pas un classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, permet de faire vivre des édifices délaissés et de les adapter à nos nouveaux modes de vie et de loisirs. Ce difficile équilibre entre le respect de l'édifice ancien et son adaptation à de nouveaux usages demande une grande finesse d'intervention. La halle aux grains, au moment de sa reconversion à la fin des années 1940, a ainsi perdu toute son architecture métallique intérieure, témoignant des techniques modernes de construction du milieu du 19e siècle.
Pour en savoir plus sur l'histoire des marchés toulousains, se reporter à l'excellent ouvrage des Archives municipales (Marchés dans la ville, 2009) ou bien se balader en suivant la visite virtuelle disponible sur UrbanHist : Toulouse gourmande.

SOUS LES PAVÉS


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A gauche, baguette miraculeuse : le miracle des noces de Cana représenté sur un sarcophage conservé au musée Saint-Raymond de Toulouse, dessin publié par Raffaele Garrucci en 1879. A droite, baguettes pas miraculeuses : clocher de l’église de la Dalbade effondré sur la boulangerie Denax en 1926, carte postale, photographie Louis Albinet - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4955 (extrait).

Baguettes, pas toujours magiques


juin 2021
Allez au musée Saint-Raymond, descendez au sous-sol, et cherchez le couvercle du sarcophage dit de la reine « Pédauque ». C’est celui qui comporte une représentation de la résurrection du fils de la veuve de Naïn sur le panneau central, montrant des rideaux ressemblant à des pieds d’oie (les « pès d’auco » de la reine). Sur le dernier panneau à gauche, vous verrez un autre miracle : celui des noces de Cana où Jésus changea l’eau en vin. Pour cela, il touche des jarres par l’intermédiaire d’une baguette, magique !
Dans la nuit du 10 au 11 avril 1926, le clocher de l’église de la Dalbade s’effondrait, passant instantanément du statut de chef-d’œuvre architectural à celui de ruine archéologique, et détruisant, entre autres, la boulangerie des époux Denax. Ceux-ci furent retrouvés morts sous les décombres. Cette fois-ci, les baguettes n’ont pas fait de miracle. Du moins, pas pour tout le monde, si l’on considère que les enfants du couple s’en sont malgré tout sortis.

EN LIGNE


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Halle aux grains, 1 place Dupuy. 15 janvier 1981. Vues de Michel Plasson dirigeant l'orchestre du Capitole lors d'une répétition de « La Vestale », - opéra en trois actes de Gaspare Spontini sur un livret d'Étienne de Jouy -, à la Halle aux grains. Pôle image de la direction de la Communication - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 15Fi4804, clichés n° 1, 5 et 6 (détails).

Pupitre et baguette : musique, Maestro !


juin 2021
Il paraît que la musique adoucit les mœurs. Je ne suis pas certaine que cela marche à chaque fois… mais les goûts et les couleurs, comme on dit, ça ne se discute pas... et cela s'avoue encore moins en public. Alors, installez-vous confortablement et laissez-vous porter par ces quelques notes.

Pour commencer, trouve-t-on de la musique aux Archives ? Oui, incontestablement, mais peut-être pas sous la forme à laquelle on s'y attendrait : on y trouve des captations et des disques vinyles, des partitions et des dessins de costumes, des photographies de répétitions ou de soirs de spectacle, le tout mené à la baquette et de main de maître. On y trouve également des registres du Conservatoire et des titres de périodiques dédiés aux musiciens, parfois même des archivistes fredonnant...

Peux-t-on aussi y écouter de la musique ? Car la regarder, c'est bien joli, mais cela ne suffit pas. C'est là que cela devient plus compliqué… et que vient poindre la fausse note : un box de la salle de lecture est réservé à l'écoute et à la lecture de supports audio-vidéos. Malheureusement, nous ne disposons pas de tout le matériel nécessaire à la consultation de tous les formats que nous conservons. Nous essayons, bien sûr, de trouver des solutions de substitution, en utilisant notamment la numérisation, mais il reste encore des enregistrements que nous ne pouvons pas communiquer au public.

Vous êtes néanmoins les bienvenus pour approfondir autrement vos connaissances musicales. Les archives personnelles et la correspondance de Marguerite Canal, musicienne, compositrice et cheffe d'orchestre toulousaine, sont par exemple une source complémentaire particulièrement intéressante.

Alors, terminons sur une note joyeuse et souhaitons-nous de garder le tempo pour le mois prochain !