Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

ORDRE


juillet-août 2020

DANS LES ARCANES DE


Marchande de poissons posant avec son âne et sa charrette devant le marché Victor-Hugo, vers 1910. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7199.

Ordralfabétix


juillet-août 2020

Si l'envie vous prend d'ajouter à vos salades d'été une petite touche forte en goût, haddocks, maquereaux et harengs sauront ravir vos palais. Rien de tel pour remettre un peu d'ordre dans sa vie qu'une bonne alimentation ! Nos ancêtres les Gaulois se montraient déjà très sensibles à la qualité des produits. Mais si... rappelez-vous… les irréductibles Gaulois en venaient à se battre pour dénoncer la vente du poisson pas frais. Heureusement qu'à Toulouse, le poisson ne venait pas de Lutèce !

D'où qu'il vienne, le poisson agrémente et embaume les étals de différents marchés. Tout d'abord pratiquée avec d'autres denrées sur l'antique marché situé sur l'ancienne place Esquirol, la vente de poissons déménage ensuite dans la halle construite en 1351, rue des Bancs-Majours (aujourd'hui rue Saint-Rome). Cette halle est remplacée, en 1552, par un bâtiment situé à proximité du Pont-Neuf, comme en témoigne la « descente de la halle aux poissons ». Malgré les protestations des riverains incommodés par l'odeur, ce bâtiment restera en fonction jusqu'au 19e siècle. Mais sa quasi-insalubrité aura raison de lui, et la halle sera désaffectée le 1er juin 1892, date de l'ouverture du marché Victor-Hugo.

Les marchés ne constituaient pas le seul lieu de vente du poisson. Sourire aux lèvres et le geste sûr, des marchandes de poisson se « baladaient » également dans les rues pour proposer leurs produits. Et que personne ne vienne dire que leur poisson n'était pas frais !

ZOOM SUR


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[Pyrénées. Campement au bord d'un lac]. Ludovic Gaurier – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 67Fi141.

« Là, tout n'est qu'ordre et beauté… »


juillet-août 2020

Parfaite illustration du vers de Baudelaire, cette photographie des années 1910-1920 est une invitation au voyage. Un voyage aux Pyrénées. Celui-là même qu'a entrepris Ludovic Gaurier né à Bayon-sur-Gironde en 1875, descendant d'une longue lignée de marins, entré dans les ordres avant de devenir professeur de sciences naturelles. Alors qu'il n'a pas 30 ans, la surdité le frappe et l'isole : il s'installe alors à Pau et décide de consacrer son temps aux Pyrénées qui le fascinent depuis l'adolescence. A lui, désormais, les grandes explorations solitaires – le surnom d'« ours » lui est attribué –, l'ascension des sommets, l'étude des glaciers, la limnologie… 

C'est d'ailleurs sur les rives d'un lac pyrénéen que l'abbé Gaurier a installé ici son campement, réduit à l'essentiel : deux simples tentes de toile. Juste à côté, les mains posées sur les hanches, un chapeau vissé sur la tête, un homme contemple ce paysage grandiose. S'agit-il de notre pyrénéiste communiant avec cette nature ordonnée ?

Dans son journal, celui-ci relate une nuit d'été passée au clair de lune, au bord d'un lac de montagne. Un éblouissement que je vous partage, en vous souhaitant de bonnes vacances : « Décidément, il fait trop chaud dans mon sac en peau de mouton... Si j'allais faire un tour de canot ?... Quelle nuit magnifique !... Calme complet. Je détache le bateau et me voilà parti sur le lac. La lune à droite du petit Pic se reflète d'une rive à l'autre. Je nage dans la lumière et chaque coup de rame soulève des paillettes d'argent… Longtemps, je vogue ainsi, goûtant avec ivresse le calme divin de cette nuit. » Ordre, calme et beauté.

DANS LES FONDS DE


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Nécessaire à découper et démembrer (pour la chasse et non pour un meurtrier), travail anglais, 1560-1580. Wellcome collection, Science Museum, London. Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).

Raymond Bley dans le désordre


juillet-août 2020

Arnaud Julia a fait ses premières armes dans le crime en 1703 lorsque, au moyen d'une fourcade (fourche ou bêche), il fracasse le crâne de son voisin, Bertrand Pessan, dit « Cor de Lion ». Mais, à cette période, Arnaud, s'il avait déjà de l'idée, manquait néanmoins de méthode.
En effet, l'idée de cacher le corps de sa victime dans une fosse timidement creusée, recouverte des branchages d'un mûrier émondé à la hâte au beau milieu de son jardin, c'est une erreur qu'il ne refera plus. Les magistrats découvrent le Cor de Lion en un rien de temps. Pensez !  Il y avait même une main qui dépassait.
Arnaud voyant ainsi le pot aux roses découvert décide de quitter la ville en toute hâte, ce qui est fort avisé de sa part, car un procès lui est fait – par contumace, et il est évidemment condamné et pendu par effigie (c'est-à-dire que le bourreau a pendu au gibet un tableau qui le représente).
Arnaud Julia bat donc la campagne ; on dirait maintenant qu'il a pris le maquis. Que fait-il ? Où erre-t-il ? Nous ne le savons pas. Laisse-t-il une trace sanglante partout où il passe ? C'est possible (il est égorgeur de cochons, de son état).
Après avoir passé quelques années au vert, Arnaud a eu le temps de peaufiner sa méthode. Il réapparaît à Toulouse en 1707, frais comme un bouton de rose : il rentre muni de lettres de grâce octroyées par l'évêque d'Orléans. C'est très pratique : ce crime de 1703 est entièrement pardonné. Il retrouve donc femme et enfants, ses couteaux de tueur de cochon et obtient même un petit emploi à l'hôtel de ville.
Mais, en décembre 1709, le goût du sang est visiblement le plus fort : il lui faut tuer à nouveau, c'était dans l'ordre des choses. Et voilà que l'on retrouve sa seconde victime, Raymond Bley, proprement découpée, et les morceaux dans le désordre le plus complet :
- le 30 décembre, la tête avec le crâne enfoncé, l'œil arraché et le bout du nez coupé, est découverte sur le ramier du moulin du Bazacle ;
- le 28 janvier 1710, son tronc est exhumé, il était caché sous des provins de vigne à la Hubiague près des Trois-Cocus ;
- finalement, le 8 février 1710, une chienne de la métairie du Miraillou (le Mirail du quartier Croix-Daurade) rapporte la main droite de la victime.

À ce jour, le puzzle pour reconstituer le corps entier de Raymond Bley n'est toujours pas complet. Et, si durant l'été il vous vient l'idée de planter des choux dans votre jardin ou de creuser un jacuzzi dans votre cave, de grâce procédez délicatement. Vous pourriez tomber sur les restes d'une main (gauche) ou bien gagner le gros lot en exhumant deux jambes complètes.
Las, il sera maintenant difficile de comparer votre macabre découverte avec les premiers restes de Bley : nul ne sait ce qu'est advenu de sa tête (un temps conservée au greffe de l'hôtel de ville dans une solution alcoolisée), ni de sa main droite. Le tronc quant à lui avait été inhumé au cimetière du Taur (maintenant disparu).

LES COULISSES


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Classement de fonds ancien. Marie-Hermine Schneider - Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté.

Dans le bon ordre


juillet-août 2020

Le mot « ordre » est un maître-mot en archivistique : fer de lance ou injonction, il est une composante essentielle du travail de l'archiviste et permet d'aborder aujourd'hui la notion du classement.
Le classement est l'opération qui consiste à la mise en ordre intellectuelle et physique des documents d'archives, offrant ainsi aux lecteurs une compréhension rapide de l'information et une facilité de recherche dans les documents. Cette opération intervient après la collecte des archives ou lors de reprise d'arriéré, lorsque les archives sont difficilement compréhensibles par d'autres personnes que celles qui les ont produites. L'archiviste opère alors pour mettre de l'ordre dans les fonds et faciliter la compréhension par les lecteurs en identifiant les unités d'information et en les ordonnant selon une hiérarchie logique, procédant du général au particulier.
En fonction de la complexité des fonds d'archives, le travail de classement ressemble un peu à une séance de puzzle. L'archiviste travaille sur des documents ou des dossiers et tente de trouver leur place au sein d'un ensemble afin qu'apparaisse au final un cliché des activités du producteur. De la même manière que chacun a sa méthode pour réaliser un puzzle (commencer par les coins, par les bords, trier par couleur) ; chaque archiviste a sa manière de classer. Mais certaines règles sont primordiales à respecter s'il veut conserver une compréhension globale du fonds. Issues d'une notion phare, le respect des fonds, ces règles permettent de garantir l'authenticité et la valeur des archives.
En premier lieu, l'archiviste doit respecter la provenance du fonds, c'est-à-dire qu'il ne doit pas le mélanger à d'autres, même s'il émane du même producteur. Par exemple, il peut paraîtrait incongru de mélanger deux puzzles représentant deux photographies différentes d'une même montagne car l'image définitive n'est pas la même. Les pièces d'un puzzle ne trouveraient pas sens avec celles de l'autre.
Ensuite, l'archiviste doit respecter l'intégrité du fonds, qui consiste à ne pas en retirer des archives pour constituer une collection à part ou à les rajouter à un autre fonds. Entre autres, il n'y aurait pas grand intérêt à garder tous les coins des puzzles pour les mettre à part, même s'ils ont la même forme et qu'ils se ressemblent.
Enfin, l'archiviste doit conserver l'ordre original du fonds, qui consiste à reformer l'ossature originelle en fonction des activités du producteur. L'objectif est de ne pas bouleverser l'ordre initial, représentatif d'une manière de travailler et qui donne du sens aux documents. Il serait difficile de vouloir terminer un puzzle dans un autre sens que celui que le constructeur lui a donné. Tout comme chaque pièce a sa place logique par rapport à celle des autres, chaque document d'archives a sa place et prend son sens dans un tout.
En respectant ces règles, le classement devient une étape indispensable du traitement des fonds d'archives. L'ordre, oui, mais pas à n'importe quel prix : l'archiviste se doit de garantir aux lecteurs l'intégrité des fonds pour une lecture dans le bon ordre.

DANS MA RUE


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La caserne Pérignon vers 1903. Carte postale, Trantoul A. (photographe) ; Labouche Frères (éditeur). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi5389.

À vos ordres !


juillet-août 2020

Se loger, se nourrir, s'entraîner, se soigner, voici un aperçu des fonctions auxquelles doit répondre la caserne, lieu de regroupement des soldats dans la ville. Dortoirs, cuisines, écuries, infirmerie, bureaux, place d'armes en sont les incontournables. D'abord logés chez l'habitant, ou dans des maisons loués à des particuliers, les militaires s'installent bien souvent après la Révolution dans d'anciens édifices religieux devenus biens nationaux. Le Grand Séminaire rue Valade, ou encore le séminaire de la Mission place de la Daurade, accueillent ainsi le logement des troupes lorsque la ville devient une place stratégique dans les affrontements des armées révolutionnaires puis de l'Empire, avec l'Espagne1. Toulouse devient une ville militaire et garde ce rôle durant tout le 19e siècle. Fonderie, arsenal, poudrerie, hôpital militaire et bien sûr casernes sont installés dans la cité. L'institution militaire adapte tant bien que mal ces bâtiments à leur nouvelle destination, mais ils se révèlent vite insuffisants pour une garnison qui atteint plus de 5 000 hommes en 18412. L'État, avec l'aide de la municipalité, décide alors de faire construire des édifices voués spécifiquement au casernement. La caserne de Compans est la première à être construite, en bordure des anciens remparts. Achevée en 1854, elle est complétée peu de temps après par une deuxième caserne. Le service militaire, obligatoire à partir de 1872, entraîne une forte augmentation des contingents et des besoins de logement. A la toute fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, ce sont les casernes Pérignon, dans le faubourg Guilheméry et Niel, dans le quartier Saint-Michel, qui sont édifiées. Basées sur plan centré dont l'axe de symétrie passe de l'entrée au pavillon de troupe en passant par la place d'armes, elles sont le reflet de la rationalisation de l'architecture engagée tout au long de ce siècle par la création de plans-type, traduisant dans un programme architectural cohérent les besoins auxquels doivent répondre les édifices publics. Ces bâtiments présentent des caractéristiques similaires : solin de pierre, chaînes d'angle et encadrement des baies en brique et pierre, toits brisés couverts d'ardoises, corniches à modillons en brique. Malgré un certain luxe donné à leur apparence, les casernes restent le lieu privilégié de la propagation des épidémies et on y observe une grande mortalité.
Ces édifices sont conçus pour loger un grand nombre d'hommes, certes dans la recherche d'une efficacité tactique associée à un caractère monumental, mais aussi dans un souci d'économie. En 1868, le commandant du VIe corps d'armée s'installe dans son nouveau palais, élevé à proximité du Grand-Rond, le palais Niel. Son coût de construction a largement dépassé l'évaluation d'origine en raison de sa richesse d'ornementation3 : Victoire ailée décorant le fronton du pavillon central ou encore génie de la Guerre sur les consoles des balcons. A l'intérieur, le décor est lui aussi remarquable : mosaïque, escalier d'honneur, décor de stucs néo 18e dans les salons de réception…
Un programme de recherche associant les universités de Toulouse-Jean-Jaurès et Bordeaux-Montaigne ainsi que l'École Pratique des Hautes Études, s'intéresse de près à ce patrimoine mal connu. Cela est d'autant plus nécessaire que les édifices militaires, désertés depuis la fin de la conscription et les différentes réformes de l'institution, souvent situés à proximité des centres villes, attirent les convoitises. Au cœur d'enjeux de recomposition urbaine et de redynamisation des villes, ils sont réhabilités et reconvertis en vue d'accueillir de nouvelles fonctions : bâtiments administratifs, équipements culturels ou bien encore résidence hôtelière dotée d'une piscine sur le toit.

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1 N. Meynen, « 1881, Carte des environs de Toulouse levée en 1880 et 1881 par M. Perrossier, chef de b[ataill]on au 126e, ancien officier d'état-major, et publiée sous les auspices de M. le G[énér]al Appert, commandant le 17e corps d'armée », in Toulouse 1515-2015. Atlas de Toulouse ou la ville comme œuvre,  Rémi Papillault dir., 2015 , p. 138.
2 N. Marqué, « Une ville en (r)évolution(s) ? (1815-1848) », in Histoire de Toulouse et de la Métropole, Jean-Marc Olivier et Rémy Pech dir., Toulouse : Privat, p.513-524,  p. 521.
3 N. Meynen, op. cit., p. 138.

SOUS LES PAVÉS


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Portail de l'hôtel des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Toulouse, négatif N&B, Jean Ribière, vers 1950-1970, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 41Fi280 (détail).

L'ordre laisse-t-il des traces ?


juillet-août 2020

Les ordres architecturaux antiques (dorique, ionique et corinthien) ont bien souvent semé leurs éléments caractéristiques, les chapiteaux. Mais les sculptures gallo-romaines de ce type sont rares à Toulouse. L'équipe du service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie de Toulouse Métropole a néanmoins repéré récemment un remarquable chapiteau corinthien conservé dans une arrière-cour. Mais a-t-il été découvert sur place ou bien est-ce un objet d'antiquité amené d'ailleurs par un collectionneur ?

Les ordres religieux médiévaux sont plus intimement liés à notre ville, ne serait-ce que par la toponymie. La place des Carmes doit son nom au couvent disparu qui occupait autrefois son emplacement. Et s'il y a une place et une rue de la Trinité, c'est bien parce que les Trinitaires s'étaient installés dans ce quartier.
Pour le mobilier, c'est plus compliqué. La Révolution a bien souvent effacé les signes évoquant la religion, notamment ceux sculptés sur pierre. Pourtant si vous cherchez l'ancien hôtel de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans la rue de la Dalbade, vous n'aurez pas de difficulté pour le retrouver. Au-dessus du portail d'entrée, une ancienne ferronnerie a été conservée et l'on y aperçoit une croix de Malte, emblème caractéristique de cet ordre à la fois religieux et militaire.

EN LIGNE


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Odette Cheippe posant allongée sur la plage de la Grande Conche à Royan. 1916-1928. Négatif N&B, 10,5 x 4,5 cm. Fonds photographique de la famille Cheippe-Viot. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 73Fi165 (détail).

Mots mêlés... mais ordonnés


juillet-août 2020

Les vacances approchent et vous ne rêvez déjà plus que de vous prélasser sur la plage, les lunettes de soleil rivées sur l'horizon, votre magazine de jeux dans le sac, vous donnant l'illusion que, peut-être, vous exercerez vos méninges pendant ce repos pourtant bien mérité… Belle idée ! Après les mots croisés et les questions de culture générale, nous avons l'immense privilège de vous proposer ce mois-ci la grille de mots mêlés. À vos stylos !

ARCHITECTES CONTRE MAINTIEN RANGER
BILLET COTE METHODE RECOLEMENT
BORDEREAU CROISSANT MILITAIRE RELIGIEUX
CHRONOLOGIE DESORDRE ORDONNANCE REPERTOIRE
CLASSER HIERARCHIE ORGANISATION TIERCE
CONSIGNE INVENTAIRE PUBLIC VRAC

 

 

 

 


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