Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

PIED


mai 2020

DANS LES ARCANES DE


Photographie de la peinture d'E. Debat-Ponsan "Goudouli récitant ses poèmes devant Molière" (Capitole de Toulouse, salle du Conseil municipal) (vers 1930). Fonds des Toulousains de Toulouse – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi2298 (détail).

Arcanes, c'est le pied !


mai 2020

Vous l'attendiez tous, le voici dans vos mains !
Par son ton décalé, par sa diversité,
Ce numéro saura, comme à l'accoutumée,
Emplir de joie vos cœurs, embellir vos chemins.

Et, que vous aimiez les fleurs de poésie,
Que vous soyez friands de poète naissant,
Que les reliques des saints vous laissent tout tremblant,
Vous le dévorerez d'une âpre frénésie.

Et vous découvrirez, toujours avec mesure,
Le passé glorieux des faiseurs de chaussures,
Les mythiques histoires des vieux sarcophages,

Avant de vous détendre - ou plutôt votre esprit -
Avec des mots choisis, pour sonner sans mépris.
Et tout cela gaiement, sans aucun bavardage.

ZOOM SUR


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Les Jeux Floraux, la Fête des Fleurs (1936). Marius Bergé – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi1084.

Dans les pas du poète


mai 2020

Nous sommes en mai 1936. Et, comme chaque année depuis des siècles, l'Académie des Jeux Floraux célèbre sa « fête des Fleurs ». L'éloge de Clémence Isaure, figure inspiratrice mystérieuse, ayant été prononcé en salle des Illustres, une délégation de membres de la plus ancienne société savante d'Europe se rend à la Daurade. Les fleurs d'orfèvrerie désormais bénites, il n'y a pas de temps à perdre.
C'est à pied et à un rythme soutenu – en témoignent les visages un peu flous saisis au premier plan – que les « mainteneurs », comme il est d'usage de les appeler, quittent la basilique, leurs fleurs de poésie en main. Après une halte à l'hôtel d'Assézat où la société a établi son siège, ils sont attendus au Capitole pour remettre aux lauréats du concours poétique leurs récompenses.
En 1819, c'est à un poète naissant – le jeune Victor Hugo, âgé de 17 ans – que l'Académie décerna, lors de ce même concours qui l'opposait à Lamartine, la plus haute distinction qui soit. Son « Ôde pour le rétablissement de la statue d'Henri IV » déchaîna, paraît-il, l'enthousiasme quand elle fut déclamée dans les salons du Capitole : elle méritait bien un Lys d'or ! Les années passant, Hugo n'oublia pas l'Académie des Jeux Floraux qui, la première, sut reconnaître et encourager son talent. Ces quelques vers extraits de son recueil, Les Feuilles d'automne, se font l'écho de ce passage toulousain : « Toulouse la romaine où dans des jours meilleurs, j'ai cueilli tout enfant la poésie en fleurs ».

DANS LES FONDS DE


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Page de garde du livre VI des Annales manuscrites, 1618-1633. Mairie de Toulouse, Archives municipales, BB278.

Prendre son pied avec les Annales


mai 2020

Certains ont vu dans le confinement l'opportunité de reprendre des lectures mises de côté ou sans cesse repoussées par manque de temps. Le Décaméron me semblait fort judicieux, tout comme la trilogie du « Hussard »*. Mais voilà, en cinquante jours ou plus, on (re)devient insatiable : Boccace ou Giono sont vite croqués et ne suffisent plus.
Restait un morceau de choix que l'on aurait presque oublié : les onze volumes des Annales manuscrites des capitouls (oui, on vous a toujours seriné qu'il y en avait douze, mais le premier a été saccagé – il a toutefois été partiellement reconstitué par notre ancien directeur).
Dans les Annales, cette succession de chroniques manuscrites depuis la fin du 13e siècle jusqu'en 1787, tout le monde trouve son bonheur. En matière d'écriture, si les chroniques écrites par Guillaume de La Perrière sont un chef-d'œuvre d'éloquence – quoique truffées de digressions et d'histoires antiques que rares sont capables de connaître sans avoir recours à Internet. En revanche, certaines, plus tardives, ont été bâclées et leurs auteurs devraient en rougir de honte du fond de leur tombeau. Quant à celles de la fin du 18e siècle, elles perdent en spontanéité et deviennent de moins en moins digestes.
Alors, pour en revenir à la thématique d'Arcanes de ce mois-ci, les Annales font défiler des pieds de tous formats et de toutes les couleurs : depuis la chronique rimée de 1681 par Germain de Lafaille en vers de 12 pieds (vues 221 et suivantes), jusqu'aux capitouls qui se prosternent perpétuellement aux pieds du roi (plus souvent en paroles qu'en réalité, il est vrai), tout ne semble être plus que pied(s).
Mais les pieds qui nous ont le plus frappé sont indéniablement ceux de saint Edmond, roi d'Angleterre, qui, à défaut d'être précisément mignons, sont particulièrement bien décrits dans la chronique de 1644 et reposent parmi les corps saints du trésor de la basilique Saint-Sernin.


Bien entendu, si vous vénérez saint Castor, il vous faudra plutôt lire les pages suivantes, mais si vous ne jurez que par saint Thomas, vous pouvez toujours lire la chronique de l'année 1587 et y compter les ossements du dominicain.

* J'en connais même une qui est en train de lire les 21 volumes (pas un de moins) de l'ouvrage Le Consulat et l'Empire d'Adolphe Thiers. Autant vous dire qu'elle ne sera pas déconfinée d'ici demain.

LES COULISSES


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Souvenir de la soirée du 7 avril 1921. Florine et Natta fils (1921). Paul Caubère – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4052.

Savoir sur quel pied danser


mai 2020

Le pied est une unité de mesure correspondant à la longueur d'un pied humain, soit environ 30 centimètres. C'est l'une des unités de mesure les plus anciennes de l'histoire, et encore utilisée de nos jours dans certains pays anglophones.
Le système métrique a supplanté cette unité podale, mais le pied ne paraît pas être une unité de mesure si incongrue pour l'archiviste, habitué à compter par boîtes, par cartons, parfois étagères, armoires, palettes, tonnes, voire octets... Mais laissons-les de côté aujourd'hui afin d'aborder la plus officielle des mesures archivistiques, le mètre linéaire.

Le mètre linéaire correspond à la quantité de documents rangés sur une tablette d'un mètre de longueur. Il est utilisé pour mesurer les archives : un fonds est compté par unité, dizaine voire centaine de mètres linéaires... ce qui donne une idée de son importance physique. Le mètre linéaire est décliné à l'instar du système métrique : les archivistes utilisent les multiples et sous-multiples du mètre, le centimètre linéaire (cml) et le kilomètre linéaire (kml). Le premier est généralement utilisé pour la description à la pièce dans un fonds, le second l'est davantage pour la mesure de l'ensemble des fonds conservés par un service d'archives.

Une fois que l'archiviste connaît l'importance physique d'un fonds, le métrage linéaire entre en jeu dans de nombreux calculs. On estime qu'un mètre linéaire pèse environ 50 kilogrammes. A partir du nombre de mètres linéaires conservés dans une pièce, il est possible d'estimer la répartition de la charge au sol. Il est utile pour calculer le coût de stockage par un prestataire d'archivage, qui peut utiliser un système de prix dégressif en fonction de l'augmentation du nombre de mètres linéaires stockés. Enfin, l'archiviste l'utilise afin d'évaluer les opérations de traitement d'archives : pour s'organiser dans l'espace et dans le temps, il peut estimer son travail de classement et d'analyse à X mètres linéaires la journée.

Ces deux dernières données sont intéressantes à comparer, puisque la première relève de la physique stricte : en écartant les archives qui demandent une conservation particulière, un mètre linéaire d'archives coûtera X euros à conserver et ce, quel que soit son contenu.
La seconde donnée se différencie par le fait que, au contraire, elle est relative à son contenu, comme pourrait l'être un kilogramme de plumes et un kilogramme de plomb : la mesure de la masse est la même, mais la quantité ne l'est pas. Un mètre linéaire d'archives peut contenir de gros volumes d'état civil par exemple, dont l'analyse sera rapide. Mais au contraire, le mètre linéaire peut contenir les archives d'un producteur qui a rassemblé tous ses documents sans tri et classement préalable, l'analyse sera alors beaucoup plus longue.

Au regard de la forme et du contenu des archives, le mètre linéaire est une unité de mesure variable. L'archiviste doit être attentif au contenu d'un fonds d'archives lorsqu'il en regarde son métrage : c'est à partir de ces données qu'il devra alors choisir sur quel pied danser pour mettre en place un traitement efficace.

DANS MA RUE


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Usine de chaussures Nougayrol, usine nationale de construction aéronautique, aujourd'hui lycée professionnel Gabriel Péri. Phot. Gisclard, Philippe (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100708ZA.

Quand on a trouvé chaussure à son pied…


mai 2020

Le monde industriel toulousain du 19e siècle et du début du 20e siècle se caractérise par une multitude d'ateliers, de fabriques, de manufactures, employant une importante main-d'œuvre dispersée dans de très petites ou moyennes entreprises. Loin des grands empires sidérurgiques ou textiles du nord de la France, les nombreuses « micro-industries » de la capitale méridionale n'en participent pas moins au développement industriel dans des secteurs aussi divers que la chapellerie, la chemiserie, les chaussures, les décors en terre cuite ou les vitraux, les machines agricoles ou encore la carrosserie1, avant d'être éclipsées par l'industrie aéronautique en plein essor.
Débutée au milieu du 19e siècle, la production de chaussures connaît un fort développement à partir de 1914, grâce à la demande militaire engendrée par la première guerre mondiale. Sa croissance se poursuit après guerre : 1928, on compte une cinquantaine d'usines et d'ateliers employant 3500 ouvriers. Subissant de plein fouet la crise économique, ce secteur ne compte plus que 1300 ouvriers en 1937. En 1961, il restait tout de même 38 entreprises employant 1400 ouvriers2.
Lors de la première campagne d'inventaire, dans les années 1990, huit bâtiments ayant abrité une usine de chaussures ont été recensés. Les édifices qui subsistent, s'ils n'offrent pas de formule architecturale nouvelle, présentent néanmoins les caractéristiques de l'architecture industrielle de la fin du 19e et du début du 20e siècle : de larges baies vitrées laissent entrer la lumière dans de grands espaces intérieurs, soutenus par des charpentes métalliques et surmontés de toits en shed.Usine de chaussures Nougayrol, usine nationale de construction aéronautique, aujourd'hui lycée professionnel Gabriel Péri, détail des fenêtres sur la rue Bégué-David. Phot. Noé-Dufour, Annie (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100708ZA.
Dans le quartier du Busca la fabrique Nougayrol, construite en 1915, fonctionne jusqu'en 1936. Elle possède une architecture particulièrement soignée : deux niveaux de larges fenêtres à meneau central et de fenêtres à croisées, surmontés d'un étage de mirande, référence à l'architecture traditionnelle toulousaine. Après avoir hébergé des activités liées à l'aéronautique, ces bâtiments accueillent depuis 1965 le lycée professionnel Gabriel Péri. D'autres manufactures ont été transformées en logements : l'ancienne usine de confection et de chaussures dans le quartier Saint-Aubin offre sur la rue Vidal une façade qui rappelle sans conteste son passé industriel. L'héritage de la production de chaussures à Toulouse se cache là où on l'attend le moins. En 1995, un collectif d'artistes s'installe dans une ancienne usine de chaussures dans le quartier de la Patte-d'Oie, les établissements Pons, repris dans les années 1960 par Myrys en activité jusqu'au début des années 1990. L'association ainsi créée prend le nom de Mix'Art Myrys en souvenir de son premier lieu d'installation.
Ces petites fabriques, si elles n'ont pas le caractère monumental des grands représentants de l'architecture industrielle toulousaine, tels que la manufacture des tabacs ou le paquebot de l'usine Job des Sept-Deniers, ont fait la richesse de la vie économique toulousaine du 19e au début du 20e siècle. L'architecture de ces bâtiments, leurs concepteurs (architectes ou maçons ?), leurs modèles et leurs adaptations, ou encore leurs insertions dans le paysage urbain, sont encore à étudier de façon plus précise.

 

1. Jean-Marc Olivier, « Les patrons toulousains sous le Second Empire : médiocrité ou méconnaissance ? » dans Toulouse, une capitale méridionale : 20 siècles de vie urbaine, Actes du 58e congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées (2008). Coll. Méridiennes, Toulouse 2009, p. 529-537, p. 531.

2. Jean Coppolani, Toulouse au 20e siècle, Toulouse, Privat, 1963, p. 213.

SOUS LES PAVÉS


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Décor du sarcophage découvert aux environs de Saint-Amans (Aude) en 1774, dessin Alexandre Dumège, gravure Jean-Joseph Jorand, 1832, extrait de l'Atlas de l'Archéologie Pyrénéenne.

Les pieds dans les rideaux


mai 2020
Les pieds les plus réputés de l'histoire de Toulouse sont assurément ceux de la Regina Pedauca, en français la reine aux pieds d'oie. Cette mythique et curieuse personnalité apparaît, dès 1478, sous la forme d'un toponyme dans le cadastre de la ville, puis sera citée par tous les historiens toulousains à partir du 16e siècle. Jean de Chabanel, dans son ouvrage sur Notre-Dame de la Daurade en 1621, avait même pensé avoir retrouvé ces fameux pieds, représentés sur un tombeau alors visible dans ce monastère. Cette figuration fut même officiellement expertisée sous le contrôle des Capitouls, et confirmée, en 1718.
Les archéologues contemporains en sont revenus. Plusieurs sarcophages de l'Antiquité tardive conservés à Toulouse montrent des « pieds d'oie » : l'un de ceux que l'on peut voir dans l'enfeu des Comtes à Saint-Sernin, celui qui était à la Daurade maintenant transféré au musée Saint-Raymond et un autre aussi conservé au musée, récupéré en 1956 dans un jardin du quartier Saint-Cyprien. Mais quand on observe attentivement le décor de ce dernier, dont nous donnons l'illustration ci-contre, on réalise que ces prétendus pieds palmés ne sont en fait que de simples représentations de rideaux drapés…
On pourrait croire que ce sarcophage de Saint-Cyprien a une origine locale. Il n'en est rien. L'archéologue Alexandre Dumège l'avait repéré en 1826 et noté que Jean-François de Montégut l'avait déjà présenté à l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse dès 1774, dans un rapport manuscrit resté inédit. Ce dernier nous apprend que le sarcophage venait d'être découvert aux environs de Saint-Amans dans l'Aude. Un amateur d'antiquités l'aurait plus tard transporté à Toulouse.

EN LIGNE


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Grille à remplir des mots croisés « podologiques » de mai 2020. Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté.

Mots croisés « podologiques »


mai 2020
Pour découvrir nos ressources autrement, utilisez les indices laissés à votre disposition et tentez votre chance

Horizontal :
1. Type de maison où toutes les pièces se trouvent à un seul et même niveau : de …..-pied – ► Indice.
3. Soldat d'élite de la Grande Armée, se déplaçant à pied – ► Indice.
6. Poteau destiné à supporter des câbles aériens – ► Indice ;
    objet de forme sphérique que l'on utilise dans de nombreux jeux (au pied) – ► Indice.
8. Initiales de l'ancien nom utilisé pour désigner les Troupes (à pied) de Marine – ► Indice ;
    meuble sur lequel on s'étend pour dormir, qui possède une tête et un pied – ► Indice.
9. Couleur (de pied) donnée aux Français nés en Algérie – ► Indice.
11. Évaluations de grandeur, parfois associées aux poids, pouvant utiliser le pied comme unité de référence – ► Indice.
12. Plantes ornementales, souvent colorées et odorantes, dont le pied est l'unité de compte – ► Indice.
13. Métier exercé par une personne qui, recherchant la stabilité lors de la prise de vue, peut être amenée à utiliser un pied (ou trépied) – ► Indice.

Vertical :
B. Chaussure de toile légère, à semelle de corde tressée – ► Indice.
E. Poète toulousain du 17e siècle – ► Indice.
F. Compétition de vitesse mettant aux prises plusieurs concurrents (à pied : elle se pratique en utilisant un mode de locomotion bipède caractérisé par une phase de suspension durant laquelle aucun des deux pieds ne touche le sol) – ► Indice.
I. Appareil d'éclairage, pouvant éventuellement reposer sur un pied – ► Indice.
M. Représentation d'un modèle (en pied : posant en entier et debout) réalisée par un artiste – ► Indice.
O. Ceux qui jouent et se retrouvent parfois au pied du jeu – ► Indice.
Q. Partie du visage concernée par un geste de moquerie dont le nom contient le mot pied – ► Indice.

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