ARCANES, la lettre

Dans les fonds de


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Dans les fonds de", dédiée à la présentation de documents issus de nos fonds.

DANS LES FONDS DE


Dépose des sculptures du toit du Capitole - afin d'en faire des moulages et de les remplacer par des répliques moins sensibles aux intempéries et à la pollution. Travaux effectués par l'Atelier de restauration de la ville de Toulouse. Cliché Atelier municipal de photographie, fin 20e siècle. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi6765.

Les toits du Capitole


juillet-août 2021

Moins connus que les oies du Capitole romain, les toits du Capitole toulousain valent certainement, sinon le détour, tout au moins que l'on s'y penche un peu.
Mais, à trop s'y pencher, attention à la chute ; celle du jeune Bournet sera fatale.
Reprenons. Nous sommes en 1766. La fièvre de l'évasion gagne les prisonniers enfermés dans les geôles de l'hôtel de ville et, le 12 mai, dix-sept d'entre eux décident de jouer les filles de l'air au cri de « Allons, il faut périr aujourd'huy ou s'en aller ! »1. Après avoir ménagé plusieurs brèches dans les murs et les planchers, ils gagnent les toits du Capitole et s'éparpillent. Hélas, le guet est vite alerté et tire quelques coups de fusil en leur direction. François Bournet, l'un des évadés qui galopait encore sur le toit, tombe dans le vide et va finir par s'écraser dans une des cours de l'hôtel de ville. On ne saura jamais si son décès a été causé par le coup de feu ou par sa réception brutale au sol (comme quoi, il est faux de prétendre qu'avoir 18 ans donne des ailes).
Bref, l'ambiance est quelque peu cassée, et le reste des prétendants à la liberté en oublie le cri fièrement lancé plus tôt, se fige instantanément et tente de se fondre, qui derrière une cheminée, qui encore derrière les sculptures monumentales du nouveau frontispice du Capitole en attendant que le guet vienne les cueillir là pour les renfermer de plus belle jusqu'à... leur prochaine tentative. Oui, car en juillet, nos prisonniers (sauf Bournet donc, out) remettront cela et, cette fois, en évitant des toits ; ils verront leur persévérance récompensée et leur évasion couronnée de succès.

Pour en savoir plus sur cette échappée belle par les toits, nous ne saurions que trop recommander la lecture du dossier des Bas-Fonds n° 33, La grande évasion. Et, comme nous avons une pensée pour ceux qui sont sujets au vertige, nous évoquons aussi des évasions plus souterraines dans le dossier n° 24, Le grand soulagement, mais là, les claustrophobes n'y seront guère à la fête, et surtout : gare aux vapeurs méphitiques.

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1 FF 810/4, procédure # 064, du 13 mai 1766.

[Fifty-one shades of wood], collection de 51 échantillons de bois provenant de l'archipel d'Indonésie, et destinés à l'examen et approbation par les chantiers navals hollandais, c.1850-1863. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° NG-MC-1160.

Des filles à la baguette


juin 2021

Non, le titre est trompeur ; nous n'évoquerons pas de malheureuses filles menées à la baguette par des parents sévères ou d'affreuses marâtres, voire de sordides souteneurs. En fait, nous allons deviser de bois, et plus particulièrement du bois de construction, du bois d'œuvre, sous toutes ses formes et ses dénominations.
En effet, qui, dans les archives anciennes, n'est jamais tombé sur des bastars, razals, puals ou pitrons sans se demander s'il s'agissait d'atroces insultes ou, au moins, de termes grossiers. Et ainsi de suite, en passant par la postille pour arriver jusqu'à la baguette. Lorsque le chercheur découvre dans le texte un « tas de filles »1 qui se fait planter allègrement au mail-mouton à la force de dix-huit hommes, il est en droit de s’interroger.
Pourtant, il n'est toujours question que de bois, et nous devons remercier Pierre-Hanneton Lebrun (vers 1702-1752), ingénieur de la ville, pour avoir publié à titre posthume "Les us et coutumes de la ville de Toulouse, avec des instructions pour connoître les matériaux…". Bien plus récemment, Michelle Éclache, a joint à son ouvrage "Demeures toulousaines du XVIIe siècle" un précieux glossaire des termes locaux de la construction en usage entre 1600 et 1630. Ainsi, le fust postam d'Aigud ou la fille de Barousse n'auront plus de secret pour le chercheur qui pourra désormais rentrer chez lui avec la satisfaction d'avoir enfin compris ce qu'il a lu dans le confort feutré de la salle de lecture et pourra enfin s'autoriser à partager le fruit de ses découvertes à table, sans avoir à rougir devant ses enfants.
Mais, pourquoi cet engouement soudain des Archives pour le bois ?
Parce que nous avons été invités à rejoindre le PCR Eaurigines2, dont un des axes de recherche est précisément celui des ressources forestières du bassin supérieur de la Garonne sur la longue durée, de ce bois venant de la montagne que l'on retrouve précisément à Toulouse.
En plus de mettre nos fonds textuels, cartographiques, voire photographiques, à la disposition des quatre chercheurs, créateurs et animateurs du projet (2 archéologues – dont une plongeuse, 1 géomorphologue, 1 dendrochronologue3 – bois oblige), et de la quarantaine de géographes, historiens, plongeurs-scaphandriers, archivistes, photographes (et j'en passe), y associés, les Archives vont aussi apporter leur pierre à l'édifice dans le but d'aider à mieux identifier les acteurs du monde du bois et de localiser précisément les gros chantiers du passé.Seing manuel du charpentier Jean Subreville en fin d'un contrat de cautionnement pour des réparations à faire au « pont suspendu sur la rivière de Garonne », 26 septembre 1596. Mairie de Toulouse, Archives municipales, DD48, f°135v.
Et vous allez voir de quel bois on se chauffe :
- un catalogue des marchands de bois, charpentiers, menuisiers, tourneurs, scieurs de long, voire des rachers ou ratgers4 entre le 16e et le 18e siècle est cours en d'élaboration ; il inclut évidemment les signatures, seings manuels ou marques de chacun, ces dernières pouvant éventuellement être confrontées aux signes ou marques gravés sur des charpentes ou tout autre ouvrage en bois encore subsistant.
- l'inventaire des devis de travaux publics commandités par la ville entre 16675 et 1790, réalisé à l'occasion du séminaire Mémurbis et déjà fort de 900 entrées, va être actualisé et étendu afin de remonter jusqu'au 16e siècle.

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1 Franchement, le terme de tas – comme ceux de groupe, troupe, gang, ou bande, n'est pas flatteur, c'est pourquoi nous préférons utiliser celui de « amazement of women », que propose Lawrence Durrell dans "MONSIEUR or The Prince of Darkness", Faber, 1974.
2 Un PCR est un Projet Collectif de Recherche. Le PCR « Eaurigines », exclusivement financé par la DRAC et le Service régional de l'archéologie (SRA), est quant à lui l'acronyme d'Études Archéologiques et géographiques Urbaines et Rurales des Implantations humaines sur le bassin supérieur de la Garonne. Intégration de la gestion de l'eau, des ressources Naturelles et de l'Environnement par les Sociétés sur la longue durée.
3 Pour comprendre ce qu'est la dendrochronologie en images, nous vous invitons à visionner une courte vidéo pédagogique avec en prime un charmant accent québécois, ou une autre, plus étendue, qui vous emmène en promenade dans le Mercantour, avec précisément le dendrochrologue du PCR Eaurigine.
4 Radeliers, conducteurs de radeaux sur la garonne.
5 Date de la nomination de Jean-Pierre Rivalz comme ingénieur de la ville.

[Jeux en arrière-cour de cabaret]. Encre sur papier rehaussée à la craie, dessin par Adriaen van Ostade, 1677. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-T-1886-A-621.

Gare, la boule !


mai 2021

Non, nous ne reparlerons pas de la boule de laiton ou la « pomme » qui servit en 1592 au moins pour insérer le mot de passe destiné à ceux préposés à la garde des portes et remparts (guerres de Religion obligent). On aurait aussi pu traiter ici des boulets de canon ; l’arsenal de Toulouse en fut particulièrement bien garni, jusqu'à ce que ceux-ci soient ensuite réquisitionnés et gaspillés par Louis XIII en 1621, lors de son cuisant échec devant Montauban, ville rebelle et décidément pas très catholique.
Quittons donc ces temps troublés et abordons la fin de l'Ancien Régime, que l'on aime à croire régie par des mœurs plus policées. Là, les boules peuvent toujours être offensives, mais encore récréatives et enfin quelquefois curatives. Les premières se trouvent naturellement à l'état glacé, les secondes roulent et peuvent s'entrechoquer, et les dernières, bien qu'on les dise d'acier, s'ingèrent.

La boule de neige, que l'on nommait alors « peloton », ce qui est autrement plus charmant, ne prend un caractère martial que si un gros malin décide d’y insérer un caillou ou de la glace. Nous renvoyons au dossier des Bas-Fonds formant le premier volume sur l'arme du crime (p. 14-15) où certains de nos aînés y narrent leurs malheurs et bosses suite à des jets de tels pelotons bien ajustés. Nous ne savons pas en revanche si les glaces que vend en 1777 Louis Marquant, confiseur place Rouaix, sont vendues à la boule1.

Les boules, celles du jeu de quilles, celles du jeu de mail ou encore celles de la courte-boule2, roulent à tous les coins de rue, sur les quais et dans les avenues et chemins. Les voilà qui heurtent quelquefois passants ou badauds. Si nous avons eu le loisir d'évoquer le maillet servant à frapper ces boules dans le second volume sur l’arme du crime, peut-être devrions-nous envisager un numéro spécial uniquement consacré à la boule comme moyen d’agression. Le menuisier Pierre Troy, victime d’une boule de mail qui vient lui frapper la jambe en bord de Garonne, déclare que « ledit coup est si dangereux qu'il risque d'en perdre la jambe »3. Il a même fallu carrément le treuiller « avec des sangles qui lui furent attachées au bras », afin de pouvoir le ramener sur le quai en surplomb tellement il tombait en pâmoison. Certes, l'on joue aux boules, aux quilles ou au mail sur l’espace public, mais ceux incarcérés dans les prisons de l'hôtel de ville ont aussi le loisir de taquiner la boule lors de leur récréation dans la cour4.

Passons enfin à ces mystérieuses boules aux vertus curatives, connues sous diverses appellations : boules vulnéraires, boules d’acier, boules de Nancy, voire les trois à la fois. Vendues par des colporteurs ou des chimistes qui les produisent eux-mêmes, elles sont composées de diverses drogues, dont de la limaille de fer.
La demoiselle Bourvart a quitté un mari un peu trop violent et dévergondé pour suivre, sur les routes, le colporteur Lanard ; ils vivent du commerce des boules d’acier, des saints-suaires et des lunettes5.
En 1769, Marguerite Richard démarche les maisons de la ville pour les vendre au prix de 20 sols l’unité, elle propose en outre aux clients potentiels des « bagues simphatiques » à 6 sols seulement. C’est son mari qui les fabrique, ils en ont un stock de 900, de quoi soigner toute la ville6. Quant à Grégoire, convaincu d'escroquerie en 1784, on retrouve parmi ses effets « différentes boules pour le mal vénérien »7.
Mais rassurez-vous, les capitouls, dans leur grande sagesse, imposaient que ces produits soient vérifiés avant d’être débités, et c'est ainsi que Pierre-Jean Bollin doit faire tester ses boules par le chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu – le résultat ne semble pas avoir été convaincant et Bollin ira donc vendre ses boules à Montauban où il espère que les consuls seront moins à cheval sur la qualité de ses produits-miracles8.

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1. FF 821/7, procédure # 139, du 13 août 1777. Pour les gourmands, signalons qu'en été cet établissement reste ouvert jusqu'à onze heures du soir au moins, et il y a grand foule.
2. FF 802/3, procédure # 086, du 20 mai 1758 – aussi appelé « jeu des boches » (de bocho en provençal).
3. FF 805/2, procédure # 042, du 30 mars 1761. C'est ainsi que l'on apprend qu’il est de coutume « d'avertir en criant : Gare la boule ! toutes les foix qu'il estoit de tour de tirer son coup de mail ».
4. FF 829/10, procédure # 182, du 15 octobre 1785. Pour l'occasion, nous remettons en ligne une transcription des deux pièces de cette affaire, déjà proposée sur notre site lors du 1er confinement, sous le titre L'agité des prisons.
5. FF 800/5, procédure # 168, du 26 juin 1756.
6. FF 813/9, procédure # 232, du 28 décembre 1769
7. FF 828/7, procédure # 151, du 6 novembre 1784.
8. FF 813/9, procédure # 232, du 2 septembre 1747.

Fragment de cachet des capitouls apposé sur une des pièces à conviction lors du « suicide involontaire » de Torrofabes. Mairie de Toulouse, Archives municipales, FF 814/3, procédure # 047, du 13 mars 1770.

Les morts s’en tamponnent bien


avril 2021

Certes, la déclaration du roi de septembre 1712 impose de cacheter au front les cadavres d'inconnus trouvés au petit matin dans les rues ou ramenés sur les rives du fleuve. Mais pouvions-nous être certains que la chose soit strictement appliquée à Toulouse ? En effet, plus l'on se frotte aux sources de la pratique judiciaire, plus l'on découvre ces libertés prises avec « la loi », ces petits aménagements ou grands écarts faits par les capitouls dans leur pratique quotidienne de la justice criminelle, que l'on adapte aux contraintes du lieu et du moment.

La lecture des procédures criminelles des capitouls montre toutefois que, dans la majorité des cas, nos magistrats municipaux se plient de bonne grâce à la volonté royale en apposant non pas un tampon encreur, mais un beau cachet de cire ardente au beau milieu du front des corps morts.
Cela dit, l'affaire n'est pas toujours aisée, particulièrement lorsque le cadavre est retrouvé dans le gardiage (la campagne toulousaine), là où le capitoul dépêché sur place en urgence n'a pas toujours le cachet de la ville sur lui, voire le bâton de cire rouge. Il faut encore qu'il ait la possibilité de faire chauffer cette cire, ce que l'on imagine être une opération un tantinet compliquée.
Ainsi, en 1762, le danseur Dezaubry, percé à mort lors d'un duel au ramier du Bazacle, verra son front orné « d'un cachet, en déffaut d'autre, gravé de trois fleurs supporté par trois palmes, à la partie supérieure du front »1. Rien de très officiel, mais peu importent les armes, pourvu qu'on ait le cachet.
En revanche, en 1787, l'estampille officielle de la ville se trouve bien sur ce nouveau-né retrouvé caché sous la paillasse du lit de sa mère (donc déjà bien aplati), « sur le frond duquel nous avons fait apposer le sç[e]au des armes de la ville sur cire rouge & ardante »2. À défaut d'avoir reçu le baptême ni même un prénom, ce nourrisson pourra se réjouir au paradis d'avoir été l'objet d'un cérémonial dans sa vie, courte comme un souffle.
L'oiseleur Torrofabes, qui se serait suicidé « involontairement » selon les experts, est lui aussi scellé au front lorsqu'il est retrouvé dans la cuisine de l'ancien capitoul B…3. Dans la foulée, le magistrat ordonne que les scellés soient apposés sur le fusil et autres objets liés au tragique incident. Si le corps de Torrofabes repose désormais en paix avec ou sans son cachet de cire, celui appliqué sur l'arme du crime est toujours conservé et il vient illustrer ce court billet.

Pour aller plus loin : G. de Lavedan, « De l'identification à l'inhumation : les vicissitudes du corps des victimes dans la pratique judiciaire d'Ancien Régime », in M. Charageat, B. Ribemont, M. Soula, Corps en peines. Manipulations et usages des corps dans la pratique pénale depuis le Moyen Âge, Paris : Garnier, 2019, p. 141-154.

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1. FF 806/2, procédure # 036, du 29 mars 1762. Procédure La mort du cygne dans « Meurtres à la carte ».
2. FF 831/8, procédure # 167, du 31 août 1787. Procédure Le nourrisson était sous la paillasse ! dans « Meurtres à la carte ».
3. FF 814/3, procédure # 047, du 13 mars 1770. Procédure Un suicide vraiment involontaire ? dans « Meurtres à la carte ».

Pot-chou. Porcelaine de la manufacture de Meissen, attribuée à Johann Joachim Kändler, 1769. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° BK-1973-190.

Martin et ses 32 choux


mars 2021

Monsieur Martin est marchand de soie à Toulouse ; il a une petite campagne à Saint-Martin-du-Touch, dans le gardiage et, là, dans un enclos, s'ébattent gaiement poiriers, vignes et carrés de choux.
Déjà, durant l'automne 1712, on lui a pillé ses poires et raisins : mais voilà qu'en décembre on s'attaque à ses choux. Ce n'est peut-être pas le casse du siècle, mais cette fois les voleurs sont tout de même repartis avec pas moins de 32 choux sonnants et trébuchants1 – je ne sais pas si vous suivez le cours du chou, mais le butin n'est pas négligeable.
Bon, le dizenier de Saint-Martin-du-Touch mène l'enquête et va déjà retrouver 9 de ces choux fourrés dans un sac dissimulé dans le jardin du nommé C. Puis, chez M., le pot aux roses est caché dans une barrique. Là, 12 choux. On va ensuite comparer les choux saisis à ceux qui restent dans les carreaux du jardin de Martin (il a de quoi voir venir, car il en a planté l'équivalent de deux charretées entières). Aucun doute possible : ce sont les mêmes. Toujours est-il qu'il manque encore 11 choux à l'appel, et là... on fait chou-blanc ! Le reste du butin a certainement été discrètement écoulé ou cuisiné dans des marmites sans odeur.
Si Martin pleure ses choux (car un chou est un chou, on ne rigole pas avec çha), il n'est pas le seul. Et quand ce ne sont pas les voleurs, voilà que les animaux s'en mêlent. Ainsi, chèvres, ânes, bœufs2 ou autres qui divaguent dans les jardins s'attaquent volontiers aux choux qu'ils mordillent délicatement ou déplument carrément.
Peut-être pensez-vous que nous devrions nous arrêter là : on semble effectivement avoir fait le tour du chou. Et pourtant, non, car la grande famille des brassicaceae a plus d'un tour dans son bouquet : dans sa grande versatilité, voilà notre chou devenu une arme du crime. Une agression en 1732 commence par le jet d'un trognon de chou sur le jeune Imbert3. On connaît tous les malheurs de Perrette et son pot de lait, mais, comme si cela ne suffisait pas, la voilà maintenant attaquée par la nommée Couchère, qui « prit un gros chou dont elle luy donna un grand coup sur la tête »4.
Enfin, lorsque les cafés, bars et tripots rouvriront leurs portes, vous pourrez peut-être vous essayer à un petit jeu bête comme chou : celui « du chou, de la chèvre et du loup ». Il faut trois gobelets (l'histoire ne dit pas s'ils sont pleins) et, vous l'avez deviné, la chèvre mange le chou, le loup mange la chèvre. Malheureusement, celui qui nous conte cette partie endiablée n'a pas le loisir de nous donner plus de détails, car il est soudain entraîné dans une querelle, devenue rixe générale en plein cabaret, et un coup de bâton sur le crâne l'envoie vite dans les choux5.

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1 FF 756/2, procédure # 075, du 13 décembre 1712.
2 FF 812/9, procédure # 232, du 6 décembre 1768.
3 FF 776/4, procédure # 136, du 16 août 1732.
4 FF 792/3, procédure # 077, du 18 août 1748.
5 FF 799/2, procédure # 039, du 2 mars 1755.

"L'horreur". Gravure de Bernard Picart, 1713, d'après Charles Le Brun. Wellcome Library, Londres, inv. n° 33495i.

Les avoir... et trouver les mots pour le dire


février 2021

Ne vous paraît-il pas surprenant que les termes de « terreur » ou de « frayeur » n'apparaissent quasiment jamais dans les inventaires des pièces de justice d'Ancien Régime ? Le fait est flagrant, autant au sein des procédures criminelles des capitouls, que dans celles des sacs à procès du parlement, conservées aux Archives départementales de la Haute-Garonne.
Les Toulousains n'auraient-ils jamais connu la peur ? Ou bien serait-ce imputable aux archivistes qui classeraient ces fonds de justice en méprisant et occultant les craintes de leurs aînés ? Ni l'un ni l'autre, car en fait la peur – comme la joie, la tristesse – n'a rien à faire dans une notice d'inventaire, normée, calibrée, précise et froide comme une couleuvre.
Dans ce cas-là, il semblerait malaisé de lancer un étudiant ou un chercheur dans une étude sur la peur, les peurs…
Bien au contraire, car il suffit d'ouvrir n'importe quelle affaire pour se retrouver nez à nez face à des terreurs vraies ou feintes – certainement exagérées et amplifiées.
Pensez, lorsque dans la nuit vous vous retrouvez face à deux gaillards qui vous pressent de leurs épées, l'une aux reins et l'autre sur l'estomac, comment ne pas trembler de tous ses membres quand ils vous assurent d'une voix terrifiante « Si tu branles je te fais vomir l'âme ! »1. Une nuit toujours, Mathieu Lanes, l'organiste de Saint-Etienne, entend des personnages caillasser sa maison en agrémentant cela de bordées d'injures et de menaces, ce qui « auroit tellement épouvanté les voisins que ceux qui avoint quelque envie de le secourir n'osèrent sortir, creinte d'estre maltraités par ces scélérats »2. Même chose pour le menuisier Trilhe en 1777, qui explique que « l'épouvante s'empara » de lui et de son épouse, au point qu'ils « s'habillèrent à demi et, presque mourants, furent sortir par une autre issue qui répond au coin du Loup pour appeller du secours »3.
En 1720, lors d'une rixe à Tounis, Françoise Pelenc est saisie « d'espouvante », et rentre précipitamment chez elle pour ne pas assister à la scène4. François Roques aurait tourné de l'œil, autant de frayeur que de douleur, après les coups reçus alors qu'il était en train de conter fleurette dans un fossé – rendez-vous crapuleux et extra-marital, brutalement interrompu par des bouviers ; « il tomba en sincope tant par raport à la perte du sang qui reja[il]lissoit de ses blessures que de la frayeur qu'il avoit d'une mort prochaine »5.
Marie Lacombe, du haut de ses 17 ans, se prostitue et ce n'est pas gai tous les jours. Surtout lorsque sa maquerelle la pousse d'autorité dans les bras d'un homme « étranger laid comme un diable » ou encore de cet huissier « de fort mauvaise figure, petit en taille, mal vêtu, qui ressembloit à un volureau », et de ce marin « mal fait et de mauvaise mise ». Mais un jour, alors qu'on lui amène un procureur, Marie prend la fuite, « épouvantée de voir un pareil homme ». Il faut dire que là c'est le pompon : l'homme est « gros et grand comme un géant »6.
Comment la jeune marquise de Boissé a-t-elle pu se fourrer dans un guêpier pareil, et attirer chez elles des étudiants rouge-colère ? C'est à l'heure du souper, et elle en oublie l'artichaut qu'elle s'apprêtait à déguster. L'irruption est bruyante et violente ; « saizie par la peur de quelque attemtat en sa personne », la marquise s'en remet à ses nombreux domestiques pour faire barrage de leurs corps. Si certains font effectivement preuve de bravoure, d'autres n'en mènent pas large (on les comprend, les sabres sont au clair et un coup de feu est même lâché). Ainsi, Antoine B. « feut tellement épouvanté qu'il prit la fuite », Marguerite G. s'enferme dans la cuisine, et Marie L., la femme de chambre, « elle étoit si troublée qu'elle ne se souvient plus de rien »7.
Féréol Saint-Arailles ne conviendra jamais avoir pris peur, mais on peut tout de même le déduire de sa plainte. Les cris de son fils récalcitrant (alors qu'il se fait corriger) émeuvent le quartier, au point que certains voisins viennent tambouriner à la porte de Féréol « d'une si étrange manière que […], craignant qu'on ne lui enfonçât la boutique, dit à son épouse de sortir pour voir ce que c'étoit »8.
Même en l'absence de mots énonçant clairement l'angoisse ou la frayeur, la peur reste perceptible ; ainsi la réaction de cette foule à la promenade du Quay de Saint-Cyprien face à un individu qui « assomoit à coups de poings et à coups de pieds un misérable qui ne luy faisoit pas la moindre résistance et qui imploroit en vain le secours des spectateurs qui, forts touchés de la scène, se contentoint de prier pour la victime sans qu'aucun ozât se mêller de l'arracher des mains de cet homme qui n'écoutoit rien ». Celui qui raconte la scène n'est d'ailleurs pas en reste, car, « touché de commisération, mêlloit ses prières à celle de toute la populace »9.
Passons aux animaux. Ceux qui font peur ne sont pas nécessairement l'araignée ni la chauve-souris. Voici le singe de madame Birosse. Il met « si fort l'épouvante dans le cœur » de la voisine du dessous qu'elle « tombe en syncope », et pas qu'une fois. Si vous ne connaissez pas encore les facéties douteuses, voire lubriques de cet animal – courrez vite le rencontrer. Et encore ce malheureux huissier qui, en 1775, poursuivi par une « une troupe de chiens dogues » lancée à ses trousses par le boucher Lasserre, explique que, « voyant la furie de cest atroupement et la rage dud. Lasserre avec ses chiens, aurions été obligés de prendre la fuite à grand course »10.
Nous ne savons toujours pas si les animaux ont une âme, mais ils sont eux aussi sujets à la peur. Guillaume Moncabrier, du haut de ses 14 ans, est certainement un géant car, « marchant avec précipitation […] auroit épouvanté un poulet qui s'est trouvé sur ses pas »11. Certes, un poulet me direz-vous… En 1757, une paire de bœufs « ayant entendeu le bruit d'un tambour, ils auroint prins l'effroy et s'estant mis à galopper, traînant apprès eux la charrette », ils finissent par renverser un enfant12. Quant aux chiens que l'on terrorise, qu'ils soient gros ou petits, vous en retrouvez certains dans le dossier des Bas-Fonds consacré aux « Cabots, dogues, mâtins et bassets ».

Alors qu'il est bientôt l'heure pour les étudiants de licence 3 de penser à leur futur sujet de recherche en master, s'il se trouve parmi eux un amateur de sensations fortes, une fan d'épouvante, ils nageront avec bonheur dans les procédures criminelles, ils frétilleront d'aise en découvrant les mots qui content le ressenti de la peur, les exagérations subtiles ou grossières et les nombreuses syncopes ou vapeurs causées par l'effroi.

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1 FF 784/3, procédure # 092, du 20 juin 1740.[La foudre frappe, la panique se répand]. Gravure du 17e siècle, sans lieu, ni auteur, ni date. Wellcome Library, Londres, inv. n° 524640i.
2 FF 738/3, procédure # 059, du 29 décembre 1694.
3 FF 821/2, procédure # 023, du 16 février 1777.
4 FF 764/1, procédure # 022, du 11 avril 1720.
5 FF 781/3, procédure # 088, du 17 août 1737 – voir fac-similé intégral publié dans les Bas-Fonds consacrés aux « Premiers soins et derniers secours ».
6 FF 779/4, procédure # 090, du 8 août 1735.
7 FF 784/3, procédure # 089, du 14 juin 1740.
8 FF 789/1, procédure # 018, du 2 mars 1745.
9 FF 810/5, procédure # 093, du 25 juin 1766.
10 FF 819/10, procédure # 205, du 18 décembre 1775.
11 FF 789/3, procédure # 079, du 8 juillet 1745.
12 FF 801/1, procédure # 014, du 22 février 1757.

Les capitouls de 1452-1453 recevant l'Esprit Saint d'une colombe céleste qui les surplombe. Mairie de Toulouse, Archives municipales, BB273, feuillet 12 recto, chronique n° 141 (détail).

Patatras !


janvier 2021

Tant pis pour les prédictions de nos ancêtres les Gaulois : le ciel ne nous est finalement jamais tombé sur la tête – pour le moment. Depuis cette formidable météorite qui aurait éradiqué les dinosaures, depuis l'Esprit-Saint venu des hauteurs célestes et, plus tard encore, lorsque Cyrano prétendit avoir chuté « comme une bombe » depuis la Lune, les êtres et objets tombés et venus du ciel ne manquent pas.
Ils donnent lieu à toutes les interprétations possibles de la part de ceux qui veulent y trouver un sens, ou des plus grands dols envers ceux qui en subissent les conséquences directes.
Tenez, pas plus tard qu'en 1728, rue de la Maison Professe, Jeanne-Marie Dupuy est frappée de plein fouet par la chute d'un objet non identifié qui la terrasse presque et la renverse au sol. Tout compte fait, l'objet est vite identifié : il ne s'agit que d'un chien dont on a cherché à se débarrasser en le projetant depuis l'étage d'une maison voisine. Jeanne-Marie en est quitte pour une clavicule cassée – quant au sort du malheureux chien volant, personne n'en souffle mot. En revanche, nous sommes certains du devenir de celui de la petite chienne caniche noire de Bertrand Barbelane. De nombreux témoins l'ont vue projetée « en l'air […], laquelle tomba dans la rue et s'écraza ». Les habitants du quartier du Salin ont bien vu la nommée Jeanneton lancer la bête depuis le troisième étage, mais rien n'y fait, elle aura le culot de tout nier lors de son interrogatoire.
Avec de tels exemples, la tentation est grande de voir une origine toulousaine à l'expression anglaise It is raining cats and dogs... "Very unpleasant weather", par George Cruikshank. Gravure colorisée, 1820. National Gallery of Art, Washington, inv. n° 2013.170.7


Les voies du ciel sont décidément impénétrables. Il est indéniable que, dans sa grande malice, l'esprit céleste peut faire tomber les objets les plus divers : un cruchon, un mascot1, une balle de foin, des fagots de sarments, une armoire et même quatre citrouilles ont été aperçus venant des astres (ou des étages) dans Toulouse au 18e siècle.
À l'évidence, ce qui tombe du ciel peut aussi tuer. Marie Mouchan venue en ville depuis Aussonne est la dernière victime recensée2. Elle en a la tête en compote, « écrazée dans une comporte » et l'on met en cause cette pièce de bois « d'environ cinq pans de long sur environ un pam d'épaisseur » tombée du haut de la maison du traiteur Champaigne. Comme elle, c'est au quartier des Changes qu'Antoinette Dalet est victime de la chute d'un mortel chevron qui lui brise le crâne en 1777. Notons encore cet enfant aplati en 1785 par une fatale chute de bois à Tounis.
Quant à ceux qui font le grand saut eux-mêmes, volontairement ou pas, citons Elizabeth qui tombe à la renverse en 1727 et Jeanne qui s'envoie en l'air une dernière fois en 1731 de façon inexplicable puisqu'un témoin la voit un instant auparavant, « quy se chassoit les pusses au galetas de la maison ». Le cas d'Étienne Sabin est un peu différent : c'est probablement dans son sommeil (en se grattant les puces ?) qu'il roule sur la paille et dégringole depuis la rochelle jusqu'au sol de la grange où il avait élu domicile le 30 décembre 1750. Patatras, et l'histoire s'arrête là pour lui.

Alors, nous ne saurions trop vous recommander, avant de jeter votre sapin usagé par la fenêtre (si vous logez dans des étages supérieurs), de regarder s'il n'y a pas un quidam dans la rue et de crier Gare ! au préalable afin qu'il ait le temps de se ranger.
Mieux encore, c'est d'aller déposer votre sapin dans un des 57 points de collecte de la Mairie. Il y en a certainement un, à un jet de pierre de chez vous.

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1 désigne en général un couteau de cuisine, un tranche-lard – et semble n'avoir aucune relation étymologique avec le massicot moderne breveté par Guillaume Massicot (Massiquot) en 1844.
2 dernière en date car la procédure ne mentionnait absolument pas son décès (et ne poursuivait donc que sur un simple cas d'excès), mais nous venons juste de le retrouver dans le registre des sépultures de l'Hôtel-Dieu à la date du 1er octobre 1765.

Vue du sépulcre de marbre de la famille Buisson de Beauvoir, surmonté d’un gisant, sis dans le chœur de l’église des Cordeliers. Relevé et dessin réalisés le 17 juin 1671 par Jean-Pierre Rivalz, commissionné pour ce faire à l’occasion d’un procès. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 5S 166.

Un dernier soupir


décembre 2020

Lorsque vient le moment de mourir, il n'est pas donné à tous de déclamer une belle phrase qui restera gravée dans l’esprit de ceux qui assistent aux derniers instants du postulant aux hauteurs célestes. Ces derniers mots qui, empreints de détachement, élèveront l’âme de ceux qui les recueillent et bientôt les coucheront dans des manuels scolaires pour l'édification des générations futures.
Saviez-vous que les Archives municipales de Toulouse conservent un nombre conséquent de paroles prononcées dans un soupir ou un dernier râle ? Certes, vous n'y trouverez pas de « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font » ni même de « Tu montreras ma tête au peuple ; elle en vaut bien la peine ». Pourtant les phrases d'illustres inconnus toulousains qui vont suivre n’en sont pas moins touchantes, d'autant plus que, contrairement aux deux précitées, comme elles n’ont pas pu être préparées à l’avance, les nôtres portent en elles cette fraîcheur de la spontanéité…
« Mon Dieu il y a bien de l'eau icy » prononce Aymé Chapotin avant d’être entièrement englouti dans la Garonne en 1741 (il renvoie ainsi à ses chères études Mac Mahon avec sa pauvre phrase « Que d’eau, que d’eau » – mais, pour sa défense, le maréchal-président ne se noyait pas).


« Ha, mon Dieu, on vient de me donner un coup de couteau dans le ventre ! », dit Rapas avant de s'écrouler un soir d’août 1763. Clair et concis dans ses derniers mots, Rapas trépasse bientôt après. En cela, il imitait un prédécesseur, Pierre Dejean, qui en 1704, percé à mort par la broche d’un cuisinier, s'était exclamé d'une manière directe mais plus grossière : « Je suis mort ! Ce malheureux m'a crevé d’un coup de ladite broche ! »
En 1736, percé d’un coup d'épée à la joue, le jeune Duhaget lance à l'adresse des personnes qui assistent à son agression « Souvenez-vous de ce qui vient de se passer ! ». Ces derniers témoigneront après son décès et pourtant, malgré l'injonction du désormais défunt, ils semblent tous avoir un inexplicable trou de mémoire sur le déroulement des faits.
En décembre 1763, le cuisinier Carrère est à l’agonie, persuadé d'avoir été empoisonné par des religieux. Le médecin Jean Merlhes, qui est à son chevet, rapporte certaines de ses dernières paroles : « Mon Dieu je suis à vous, Satan, retires-toy ! ». Attentionné, le médecin « lui demanda si la têtte lui faisoit du mal ; il lui répondit avec le même ton furieux : Chiès-y monsieur ! ». Termes qui n'étaient assurément pas très élégants, mais qui lui ont peut-être apporté du réconfort dans ses ultimes convulsions.
En 1738, le jeune baron de Pordéac trompe d’abord son monde avec : « Ah mes amis, je suis mort ! ». Il lui faudra en effet patienter jusqu’au lendemain avant de passer l'arme à gauche, ce qui lui laisse assez de temps pour pardonner à l'auteur du coup de feu fatal mais peut être pas suffisamment pour réviser son latin de cuisine car il s'éteint enfin en prononçant un solennel « Diviettimus debitoubas nostris », ce qui n’est pas franchement correct.
C'est indéniablement le chevalier de Cortade qui a eu le plus à dire. En effet, après s’être fait sabler1 un soir de novembre 1772, il sait qu’il n’en a plus que pour quelques jours avant de succomber inexorablement à ses lésions internes. Il explique d’abord à son ami Louis-Roze de Gaye : « Aproche-toy, il me suffit de te dire que l'on m'a sablé ; ainsi tu vois toy-même que je suis sans ressource et que je n'ay que quelsques moments à vivre », puis à une cabaretière « Je suis perdu, je n'en reviendray pas ». Il se confie à d’autres encore « Mes amis, je vous ay beaucoup d'obligation mais je suis un homme mort ». Tous sont incrédules car Cortade est certes un peu ralenti mais il ne semble présenter aucune blessure, aucune ecchymose n’est visible. Et pourtant, l’écuyer va s’éteindre comme il l'avait prédit et ce n’est qu’après son exhumation qu'une autopsie révélera la réalité du crime commis contre sa personne.

Les procédures criminelles des capitouls rapportent ainsi directement ou par l'intermédiaire de témoins les dernières paroles de ceux que la mort va bientôt emporter. Quant à celles de condamnés, il est possible que certaines belles phrases soient couchées dans leurs testaments de mort (qui sont conservés aux Archives départementales de la Haute-Garonne), mais on en trouve aussi dans les mémoires manuscrites de Pierre Barthès (conservées à la Bibliothèque d'Étude et du Patrimoine).
Nous livrons un seul exemple, celui de François Vallier, qui aura bien amusé la galerie ce 6 juillet 1753 juste avant de se balancer au bout d'une corde. Condamné pour le viol d'une enfant dans les Cévènes, il va donc être pendu. Enjoint de monter sur l'échafaud, « ce qu'il fit avec grâce et sans trouble, riant au contraire, et disant au bourreau qui l'attachoit et le regardoit faire : Tu prends bien de[s] précautions ». Le confesseur qui cherche à convertir cet Huguenot goguenard en perd même son latin, Vallier se moque ouvertement de lui, demande à être pendu, puis fait semblant de se raviser et de vouloir parler à la Justice et à Dieu. Il en profite pour se faire servir un goûter. Puis, de guerre lasse, on le ramène à la potence, le prêtre ne « pouvant réussir à l'assujetir à ses exhortations, le bourreau de son côté perdant aussy son temps malgré sa ferveur et son zèle ». C’est là que Vallier s’adresse aux capitouls et leur clame : « Mess[ieu]rs je suis innocent comme l'enfant d’un jour ». L'exécuteur lui dit alors « qu'il alloit le faire sauter. Hé bien sautons, dit-il, et il s'élança luy-même »2.

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1 Le terme de sabler indique une agression avec, soit une peau d'anguille, soit de petits sacs remplis de sable ; une formidable matraque molle si vous préférez.
2 Mémoires manuscrites de Pierre Barthès, "Pendaison singulière et inouïe", entrée du 6 juillet 1753. B.M.T., Ms. 701, p. 46-48.

 

Bons points


novembre 2020
 
 

Durant la Première Guerre mondiale, les dépenses militaires n’en finissaient plus de creuser les finances publiques. Pour remédier à cette situation difficile, l’État fit appel à la population en l’enjoignant à souscrire à l’emprunt national. Le ministère de l’Instruction publique prit part à cette collecte de fonds en éditant des bons points thématiques pour récompenser les élèves les plus méritants.

Le message sous-jacent à ces petits carrés illustrés était simple : « En souscrivant à l’emprunt national, vous soutiendrez l’économie de guerre, sauverez les récoltes et redonnerez de l’espoir à la veuve et l’orphelin ». Rien de moins !

Personnellement, au cours de mon enfance, je n’ai reçu qu’une seule fois un bon point à l’école, mais je ne me rappelle plus pourquoi (à n’en pas douter, j’avais dû bien me comporter en classe ou exceller à la dernière dictée… !). Une chose est sûre : cette fois-ci, le destin de la nation ne s’en est point trouvé changé !

 

[Femme qui poignarde un homme dans son lit], gravure de Caspar Luyken, 1704. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1896-A-19368-2209.

Six d’un coup !


octobre 2020

Tout a commencé en douceur à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine, où deux ateliers « Tu ne tueras point… mais tu peux toujours essayer ! » étaient alors proposés pour la première fois au public.
Il s’agissait de travailler ensemble sur les archives d’une procédure criminelle (différente pour chaque atelier) pour cas de meurtre, datant de l’Ancien Régime, et d’en extraire les données utiles pour finalement être en mesure de réunir tous les éléments nécessaires à la création d’une nouvelle entrée dans Meurtres à la carte sur Urban-Hist, et ainsi donner l’opportunité à chacun de pouvoir participer à l'enrichissement de la carte des morts violentes à Toulouse au 18e siècle.
Or, voilà : ces 19 et 20 septembre passés, la demande était telle que nous avons dû refuser du monde, mais en promettant aux malheureux éconduits de rééditer la chose au plus tôt.
Chose promise, chose due : nous sommes en mesure de proposer six nouveaux meurtres pendant les vacances scolaires de la Toussaint, rien que ça. Certes, cela fait une victime de moins que le vaillant petit tailleur du conte des frères Grimm (qui ne chassait que du menu fretin – des mouches, pensez-vous !), mais le menu proposé le ferait certainement pâlir d’envie : Jeanne qui prend son envol pour… s'écraser sur le pavé ; un mari qui poignarde son épouse devant leurs enfants ; un sacré coup de bouteille entre ivrognes au cabaret ; un nourrisson qui sert visiblement de yoyo ; un jeune garçon renversé et écrasé par une charrette rue du Sénéchal ; et enfin un plaisantin qui dépasse les bornes et se retrouve fauché d'un coup de fusil. Voilà en substance ce qui attend les participants lors de ces nouveaux ateliers « Tu ne tueras point… mais tu peux toujours essayer ! ».
Chaque session étant limitée à 9 participants, choisissez votre date et réservez vite vos places au 05 36 25 23 80 ou par mail à l’adresse archives@mairie-toulouse.fr.

 
jeudi 22 octobre

14h00 à 17h30

L'ivresse pour l'éternité un coup assené avec une bouteille se révèle fatal
samedi 24 octobre

9h00 à 12h30

Baby yoyo des maltraitances qui entraînent la mort d'un nourrisson
samedi 24 octobre 14h00 à 17h30 Jeanne s'envoie en l'air une dernière fois saut volontaire ou poussée dans le vide ?
jeudi 29 octobre 14h00 à 17h30 Les charrettes de la mort, roulé sous le fumier tragique accident de la circulation rue du Sénéchal
samedi 31 octobre 9h00 à 12h30 Pierre Ferret, un mari si doux et tranquille un homme sans histoire poignarde sa femme
samedi 31 octobre (complet) 14h00 à 17h30 Mardi-gras : le masque tombe le soir du Mardi-gras, des soldats tirent sur un trublion
[Le chirurgien du village pratiquant une incision à la tête d'un patient]. Gravure de Jan Baptist de Wael, entre 1642 et 1669. Rijksmuseum, Amsterdam, inv n° RP-P-1892-A-17380 (détail).

MAL À LA TÊTE


septembre 2020

C'est parce qu'elle a une amie souffrant de « maux de tête horribles » qu'en 1764, la marquise de Livry, écrivant de Paris, s'enquiert auprès de son amie toulousaine, la présidente Dubourg, « de sçavoir d'un médecin ou chirurgien la façon dont on applique un poumon de mouton sur la teste, et dans quel cas ce remède est salutaire »1.
Remède de bonne-femme ou de grand-mère, pensez-vous ? Que nenni ! Le monde médical toulousain, toujours à la pointe de la recherche, utilise régulièrement ce traitement en cas de traumatisme crânien.
Par exemple dans le cas de Marie Amblard, frappée à la tête d'un violent coup de caillou2 en mai 1753. Après lui avoir fait quatre points de suture, le chirurgien lui prescrit immédiatement la totale, c'est-à-dire une saignée au bras, une à la jugulaire, et une dernière au pied. Mais ce n'est pas tout : un traumatisme crânien étant à craindre, il ordonne l'application d'un poumon de mouton sur la tête de Marie. Las ! Elle décédera tout de même quelque vingt jours plus tard.
D'autres ont le poumon plus heureux. Ainsi, en octobre 1745, le chirurgien et docteur agrégé Bernard Carrière traite Jeanne Boulet, après une agression à « coups de poings et de bûche sur différantes parties de son corps »3, particulièrement à la tête. Si son rapport indique qu'il lui prescrit « une saignée au pied, l'usage du vulnéraire de Suisse intérieurement et de l'eau d'arquebusade extérieurement », on sait qu'il va aussi lui appliquer un poumon de mouton, car les experts nommés deux jours plus tard lui font enlever ce curieux cataplasme. Convaincu de l’efficacité de son traitement, Carrière pratique la même opération trente ans plus tard en soignant un confrère passé à tabac et ainsi décoré de deux belles bosses ayant « le volume d'un œuf de pigeon »4. Il explique : « je l'ai fait saigner au pied tout de suite et lui ai ordonné l'aplication d'un poumon de mouton sur la tête pour prévenir de plus grands accidens ». Avec succès certainement, puisque la victime, le chirurgien Sergeant dit Noël, est rapidement remise sur pied.
En septembre 1755, le chirurgien Bernard Darlès, constatant une tumeur traumatique sur la tête d'Antoine Vigneaux, indique qu'il faut faire des « apliccations propres pour prévenir les acxidants comme le peaumon de mouton sur la teste et les veulnereros intérrieurs et ostres »5.
Terminons ce rapide tour d’horizon de cures contre les traumatismes et maux de tête en juillet de cette même année 1755, où le chirurgien Rivière, appelé au chevet de Marie Dardignac6, cabossée dans une rixe, recommande d'appliquer des compresses imbibées d'eau de vie sur le crâne. Trois jours plus tard, ne voyant pas d'amélioration, il ordonne cette fois l'application... d'un pigeon ! Et par pigeon, il entend un pigeon entier que l'on « applique ouvert encore vivant sur la tête […] pour ouvrir les pores et pour faire transpirer les fuliginosités du cerveau dans les transports excités par la fièvre maligne, pour la phrénésie, pour l'apoplexie & pour la létargie »7.

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1 - 5S 456, lettre du 31 août 1764.
2 - FF 797 (en cours de classement), procédure du 2 mai 1753.
3 - FF 789/6, procédure # 122, du 4 octobre 1745.
4 - FF 819/5, procédure # 099, du 7 juin 1775.
5 - FF 799/7, procédure # 196, du 19 septembre 1755.
6 - FF 799/4, procédure # 126, du 3 juillet 1755.
7 - Voir « Les pigeons de la discorde », Dans les bas-fonds, (n° 35) novembre 2018, page 11, note 38.

Nécessaire à découper et démembrer (pour la chasse et non pour un meurtrier), travail anglais, 1560-1580. Wellcome collection, Science Museum, London. Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).

Raymond Bley dans le désordre


juillet-août 2020

Arnaud Julia a fait ses premières armes dans le crime en 1703 lorsque, au moyen d'une fourcade (fourche ou bêche), il fracasse le crâne de son voisin, Bertrand Pessan, dit « Cor de Lion ». Mais, à cette période, Arnaud, s'il avait déjà de l'idée, manquait néanmoins de méthode.
En effet, l'idée de cacher le corps de sa victime dans une fosse timidement creusée, recouverte des branchages d'un mûrier émondé à la hâte au beau milieu de son jardin, c'est une erreur qu'il ne refera plus. Les magistrats découvrent le Cor de Lion en un rien de temps. Pensez !  Il y avait même une main qui dépassait.
Arnaud voyant ainsi le pot aux roses découvert décide de quitter la ville en toute hâte, ce qui est fort avisé de sa part, car un procès lui est fait – par contumace, et il est évidemment condamné et pendu par effigie (c'est-à-dire que le bourreau a pendu au gibet un tableau qui le représente).
Arnaud Julia bat donc la campagne ; on dirait maintenant qu'il a pris le maquis. Que fait-il ? Où erre-t-il ? Nous ne le savons pas. Laisse-t-il une trace sanglante partout où il passe ? C'est possible (il est égorgeur de cochons, de son état).
Après avoir passé quelques années au vert, Arnaud a eu le temps de peaufiner sa méthode. Il réapparaît à Toulouse en 1707, frais comme un bouton de rose : il rentre muni de lettres de grâce octroyées par l'évêque d'Orléans. C'est très pratique : ce crime de 1703 est entièrement pardonné. Il retrouve donc femme et enfants, ses couteaux de tueur de cochon et obtient même un petit emploi à l'hôtel de ville.
Mais, en décembre 1709, le goût du sang est visiblement le plus fort : il lui faut tuer à nouveau, c'était dans l'ordre des choses. Et voilà que l'on retrouve sa seconde victime, Raymond Bley, proprement découpée, et les morceaux dans le désordre le plus complet :
- le 30 décembre, la tête avec le crâne enfoncé, l'œil arraché et le bout du nez coupé, est découverte sur le ramier du moulin du Bazacle ;
- le 28 janvier 1710, son tronc est exhumé, il était caché sous des provins de vigne à la Hubiague près des Trois-Cocus ;
- finalement, le 8 février 1710, une chienne de la métairie du Miraillou (le Mirail du quartier Croix-Daurade) rapporte la main droite de la victime.

À ce jour, le puzzle pour reconstituer le corps entier de Raymond Bley n'est toujours pas complet. Et, si durant l'été il vous vient l'idée de planter des choux dans votre jardin ou de creuser un jacuzzi dans votre cave, de grâce procédez délicatement. Vous pourriez tomber sur les restes d'une main (gauche) ou bien gagner le gros lot en exhumant deux jambes complètes.
Las, il sera maintenant difficile de comparer votre macabre découverte avec les premiers restes de Bley : nul ne sait ce qu'est advenu de sa tête (un temps conservée au greffe de l'hôtel de ville dans une solution alcoolisée), ni de sa main droite. Le tronc quant à lui avait été inhumé au cimetière du Taur (maintenant disparu).

[Le buveur à la pipe]. Gravure hollandaise de Cornelis Danckerts, d'après Adriaen van Ostade, entre 1613 et 1656. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1925-69.

Fumer tue !


juin 2020

En ces temps où la sacro-sainte science ne fait plus recette, chacun se rendant compte qu'il existe peut-être autant de façon d'aborder les sciences qu'il y a de scientifiques - et d'intérêts, nous clamons haut et fort, sans aucune étude à l'appui, que fumer tue !
Comme tous les scientifiques peu scrupuleux (ou les historiens peu scrupuleux – il y en a aussi), nous mettons en avant notre preuve unique : l'affaire Caboue, qui remonte à 1781.
Rappelons d'abord que chez les Caboue, on a la tête dure : en 1742, Antoine Caboue est assommé à coups de soliveau (FF 786/6, procédure # 175, du 13 décembre 1742) et on le relève cabossé et ensanglanté mais finalement sans conséquence fâcheuse. Le point faible des Caboue – leur talon d'Achille – semble être au niveau de la jambe gauche.  Venons-en aux faits : le 12 avril 1781, Jean Bonix, ébéniste natif de Copenhague, s'était mis en tête de fumer la pipe dans son cabaret préféré (FF 825 (en cours de classement), procédure du 13 avril 1781*). Paul Caboue, frère d'Antoine (et, comme lui, maçon de son état), visiblement très en avance sur la réglementation relative au tabac dans les lieux publics, s'avise de faire quelques reproches au danois fumeur, avant de lui arracher la pipe et même de la casser. Les deux hommes sortent pour vider leur querelle et tenter régler ce délicat point de législation en devenir. On ne saura pas exactement comment Caboue fait son affaire, mais dans la rixe qui s'ensuit, il a certainement eu le dessous, car il se retrouve avec la jambe gauche fracturée et va en décéder quinze jours plus tard ! Fumeur passif, Caboue est ainsi mort des méfaits du tabac.


Remarquez, si j'avais voulu déplaire ou aller à contre-courant des grandes vérités médicales et scientifiques sur les dangers du tabac, j'aurais pu utiliser à ma convenance le cas de Jean-Pierre Piquemal qui, en 1766, est sujet à des « tournements de tête » à tel point qu'il « extravague ». Les douleurs sont telles qu'il tente même de se jeter dans la Garonne pour en finir. Heureusement, il peut trouver un peu de soulagement dans le tabac, seule médication capable d'apaiser ses maux (FF810/6, procédure # 117, du 29 juillet 1766).

* Certes, la procédure n'est pas encore classée ni disponible dans nos fonds, mais vous pouvez toujours aller la lire aux Archives départementales de la Haute Garonne ; une copie du dossier ayant en effet été transmise au parlement lors du jugement de Bonix en appel – condamné à la pendaison, il obtiendra toutefois des lettres de grâce du Roi.

Page de garde du livre VI des Annales manuscrites, 1618-1633. Mairie de Toulouse, Archives municipales, BB278.

Prendre son pied avec les Annales


mai 2020

Certains ont vu dans le confinement l'opportunité de reprendre des lectures mises de côté ou sans cesse repoussées par manque de temps. Le Décaméron me semblait fort judicieux, tout comme la trilogie du « Hussard »*. Mais voilà, en cinquante jours ou plus, on (re)devient insatiable : Boccace ou Giono sont vite croqués et ne suffisent plus.
Restait un morceau de choix que l'on aurait presque oublié : les onze volumes des Annales manuscrites des capitouls (oui, on vous a toujours seriné qu'il y en avait douze, mais le premier a été saccagé – il a toutefois été partiellement reconstitué par notre ancien directeur).
Dans les Annales, cette succession de chroniques manuscrites depuis la fin du 13e siècle jusqu'en 1787, tout le monde trouve son bonheur. En matière d'écriture, si les chroniques écrites par Guillaume de La Perrière sont un chef-d'œuvre d'éloquence – quoique truffées de digressions et d'histoires antiques que rares sont capables de connaître sans avoir recours à Internet. En revanche, certaines, plus tardives, ont été bâclées et leurs auteurs devraient en rougir de honte du fond de leur tombeau. Quant à celles de la fin du 18e siècle, elles perdent en spontanéité et deviennent de moins en moins digestes.
Alors, pour en revenir à la thématique d'Arcanes de ce mois-ci, les Annales font défiler des pieds de tous formats et de toutes les couleurs : depuis la chronique rimée de 1681 par Germain de Lafaille en vers de 12 pieds (vues 221 et suivantes), jusqu'aux capitouls qui se prosternent perpétuellement aux pieds du roi (plus souvent en paroles qu'en réalité, il est vrai), tout ne semble être plus que pied(s).
Mais les pieds qui nous ont le plus frappé sont indéniablement ceux de saint Edmond, roi d'Angleterre, qui, à défaut d'être précisément mignons, sont particulièrement bien décrits dans la chronique de 1644 et reposent parmi les corps saints du trésor de la basilique Saint-Sernin.


Bien entendu, si vous vénérez saint Castor, il vous faudra plutôt lire les pages suivantes, mais si vous ne jurez que par saint Thomas, vous pouvez toujours lire la chronique de l'année 1587 et y compter les ossements du dominicain.

* J'en connais même une qui est en train de lire les 21 volumes (pas un de moins) de l'ouvrage Le Consulat et l'Empire d'Adolphe Thiers. Autant vous dire qu'elle ne sera pas déconfinée d'ici demain.

[Évasion de la comtesse d'Aubigny de sa prison de Londres en 1643]. Gravure de Jan Luyken, publiée chez Pieter van der Aa, Leiden-Amsterdam, 1698. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1896-A-19368-1464.

Jouer les filles de l’air


avril 2020

Voilà, la première journée d'étude sur la justice capitulaire n'a pas eu lieu – du moins, pas encore… –  ; elle devait traiter des pratiques de la justice et des espaces du crime, mais ça, vous le saviez déjà. Ce que vous ignoriez encore est que l'an prochain, à pareille date, dev(r)ait se tenir une deuxième journée d'étude organisée par les Archives de Toulouse, toujours sur la justice capitulaire, mais qui aborderait cette fois la double thématique de l'arrestation et de l'enfermement.
Bon, qui vivra verra, et nous verrons bien ce qu'il adviendra de ce projet.

En attendant, aux Archives, l'enfermement sous l'Ancien Régime a déjà été traité – de manière très détournée, dans un dossier des Bas-Fonds (« La grande évasion », n° 33, septembre 2018), où, comme le titre l'indique, il est exclusivement question d'évasions des prisons.
Et ce n'est pas tout : l'évasion a de beaux jours devant elle, puisque deux étudiantes en histoire, Darcey à l'université de Durham (cherchez sur la carte d'Angleterre, en haut – non, plus haut encore) et Anaëlle à celle de Toulouse, poursuivent chacune des recherches approfondies sur le sujet et doivent, à l'heure qu'il est, être en pleine rédaction de leur mémoire de master.

Pourquoi un tel engouement pour les filles de l'air ?
Peut-être parce que Toulouse, ville de brique, n'a que des prisons de broc et qu'il est si facile de s'en échapper. Non pas que les serrures y soient moins solides qu'ailleurs, mais ce sont les murs qui se trouvent être plutôt … poreux.
Pensez, l'évasion la plus rapide qu'il nous ait été donné de trouver s'est faite en moins d'une heure ! Oui, vous avez bien lu, moins d'une heure pour percer le mur et retourner gambader dans de vertes prairies. Ça laisse songeur.
Ah, quelle aubaine pour certains criminels que Toulouse n'ait pas été construite en pierre !
Comme le sujet est loin d'être clos, ceux qui sont curieux de pénétrer dans les anciennes prisons de l'hôtel de ville pourront toujours le faire à distance. En effet, parmi les nouvelles (res)sources proposées en ligne depuis le confinement, vous trouverez deux procédures de 1785 : "Il avoit aussi mauvaise mine que la porte du Châtelet de Paris" et "L'agité des prisons" qui exauceront vos vœux de voyage virtuel dans le temps et, si vous retrouver ainsi enfermés dans les geôles ne convenait pas finalement pas, il n'y aurait qu'à appuyer sur la touche « ECHAP » en haut à gauche de votre clavier pour recouvrer votre liberté.

Cachet d'une lettre de la marquise de Livry au président Dubourg, mai 1784. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 5S457

Pile solaire


mars 2020

De quoi peuvent donc deviser deux dames de la haute société du 18e siècle lorsqu’elles échangent une correspondance soutenue pendant près de trente ans entre l’une à Paris (et à Soisy, l’été), et l’autre à Toulouse ?
De chiffons, oui. On se tient au courant des modes en vogue à la cour ou à la capitale, on s’échange des techniques de broderie, de couture. De cuisine, aussi, et autant vous dire que les canards engraissés « à la toulousaine » font fureur à Paris. De jardinage, bien entendu, avec des plantes nouvelles qui font fureur ou que l’on trouve simplement belles. Les cancans de Paris, Versailles ou de Toulouse n’y manquent pas, depuis le mariage espéré de telle fille de famille, les incartades de tel(le) autre, les grossesses et les accouchements, la fistule du marquis de N… et les maux d’estomac de Mlle N… que les purges ne suffisent pas à apaiser.
De telles informations, qui ne doivent guère surprendre entre deux amies d’enfance éloignées de deux cents lieues, sont le liant nécessaire de toute correspondance épistolaire.
En revanche, on doit accorder que ces deux dames affichent un intérêt marqué pour les arts : les pièces de théâtre en vogue sont, non seulement, décrites, mais encore critiquées, comme les ouvrages des philosophes ou des pamphlétaires.
Les avancées de la médecine éveillent aussi leur curiosité, particulièrement les voies parallèles comme le mesmérisme. Pour compléter le tableau, ces dames suivent avec intérêt les expériences des premiers ballons aérostatiques et ne se lassent pas d’en commenter les applications possibles. Et voilà même que madame Dubourg, la Toulousaine, parle à son amie d’une pile solaire, cette « découverte qui a été faite pour conserver la chaleur du soleil ».
Comme quoi, les femmes et leur intérêt pour la culture scientifique ne datent pas d’hier. Il y a même fort à parier que mesdames de Livry et Dubourg ont elles-mêmes participé ou fait des expériences, mais cela on ne le découvrira qu’en lisant l’intégralité de leur correspondance.
À cet effet, 446 lettres écrites entre 1774 et 1782 ont été rendues disponibles sur notre base de données en ligne. Et ce n’est qu’un début, car la correspondance échangée entre 1763 et 1773 devrait être numérisée l’an prochain.

Visuel pour l'accès à "Meurtres à la Carte" à partir du portail d'UrbanHist, femme poignardant un homme dans son lit, gravure de Caspar Luyken, 1704. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1896-A-19368-2209.

Tant s’en faut


février 2020

Certains de nos lecteurs le savent déjà, quelques-uns en sont même devenus des utilisateurs passionnés, d'autres n'ont jusqu'à présent entendu qu'une sourde rumeur bien inquiétante.
Oui, la carte de Toulouse sur UrbanHist a vu éclore depuis septembre dernier de mystérieuses icônes en forme de tête de mort qui la parsèment au gré des… meurtres !
Donc, cette nouveauté – Meurtres à la carte est son nom – se présente comme une couche cartographique interactive et interrogeable où l'on replace les lieux des meurtres ou de découverte de corps morts dans des circonstances suspectes.
Et si, parmi vous, certains ont de secrets inavouables et sanglants sur la conscience, il n'y a nulle sueur froide à avoir : nous ne nous intéressons qu'au crime entre 1670 et 1790 (pas qu'on ait les idées étroites, mais il faut se limiter aux sources disponibles de nos fonds).
Il y avait 59 meurtres pour commencer, 62 à ce jour, et ce n'est pas fini, tant s'en faut !
Les étudiants de master d'histoire du droit de l'université Toulouse-I – Capitole et ceux d'histoire de l'université Toulouse-2 – Jean-Jaurès travaillent pour vous, main dans la main avec les Archives, et exhument des fonds de la justice criminelle des capitouls les prochaines affaires de meurtres qui viendront s'ajouter à celles déjà référencées.

Alors, suivez-nous et plongez dans le crime.

"Samson s'approcha de Mme de la Motte et lui imprima un fer rouge sur la peau". gravure sur bois (détail), s.d., Bibliothèque Inter-Universitaire Santé, Paris-Descartes, réf : CISB0591.

À fleur de peau


janvier 2020

Si les tatouages les plus divers ont le vent en poupe depuis quelques années, il fut un temps où les marques sur la peau se portaient aussi – mais elles étaient toutefois réservées à une sorte d'élite : les criminels condamnés.
Généralement placées sur l'épaule droite, ces marques apposées au fer rouge par le bourreau (ce qui est autrement plus douloureux que l'aiguille d'un tatoueur) n'étaient guère variées : seule la fleur de lys venait orner les épaules des voleurs et autres malfrats.
Puis, la palette de cette marque d'infamie s'est élargie et, en 1738, fleurissaient désormais des V, des GAL et des W, quelquefois encore des M (pour cette dernière lettre, nous ne savons toujours pas si la marque était vraiment au fer rouge).
Marque indélébile ? Pas nécessairement, puisque l'on s'ingéniait à masquer, brouiller, voire enlever complètement ces marques, au prix de douleurs inconcevables et au péril d'infections aussi diverses que fatales.

Le fonds d'archives de la justice criminelle des capitouls offre un large éventail de cas, tant de coupables condamnés à la marque, que de rapports d'expertises d'épaules de suspects, jusques là même aux ratées du bourreau, et deux dossiers spéciaux des Bas-Fonds publiés en 2016 (« La marque de l'infamie » – n° 02) et 2017 (« Couvrez cette marque que je ne saurais voir » – n° 17) invitent les chercheurs à explorer plus avant les thématiques et problématiques liées à la marque de l'infamie.

Exemplaire vierge d'un diplôme du conservatoire municipal de Toulouse. Concours international de Musique. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 20Fi1195.

La, la, la, la, laaaaa…


décembre 2019
Ce rapide billet pour vous faire part, à l'occasion de la prochaine célébration du bicentenaire du Conservatoire régional de Toulouse (1820-2020), de la numérisation de l'ensemble des palmarès de l'Ecole. Cette opération d'envergure (dix registres, soit 4459 pages), actuellement en cours de réalisation, devrait être mise en ligne en début d'année prochaine. Elle viendra compléter les registres déjà numérisés au cours d'une précédente campagne ( 1R618, 1R619, 1R620, 1R621 et 1R622) et facilitera l'accès aux résultats des élèves de 1821 à 1979.
A S.A. Mohammed [sic] el Habib, Bey de Tunis et à M. Lucien Saint, résident de France, Toulouse a ménagé un accueil enthousiaste et franchement sympathique (1923). Marius Bergé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi147.

Aboutissement


novembre 2019

Autant vous le dire tout de suite : le traitement des reportages photographiques du publiciste toulousain, Marius Bergé (1874-1959) – journaliste pour Le Télégramme, L'Express du Midi, Le Bulletin municipal, fondateur du Cri et de La Gazette de Toulouse – m'a occupée un bon bout de temps ! Plusieurs semaines en effet m'ont été nécessaires pour mener à bout la description et l'analyse de chacune de ces 1 900 plaques de verre documentant la vie toulousaine de l'entre-deux-guerres. Des semaines entières passées à parcourir et éplucher la presse de l'époque pour contextualiser ces photographies et retrouver les articles dont elles étaient souvent l'illustration. Un travail d'enquête immersif qui m'a permis d'identifier les lieux, les événements représentés, et d'exhumer parfois certains pans et personnalités de l'histoire locale, de la fin du premier conflit mondial à l'avènement du Front populaire.
Un traitement passionnant, dont l'aboutissement a été la conception d'un plan de classement permettant à chacun, selon ses envies et axes de recherches, d'accéder au fonds et de le prendre ainsi par le bout qu'il souhaite !
Cher Marius Bergé, cela a été un honneur et un plaisir non dissimulé que de passer ce bout de temps en compagnie de vos photographies que les lecteurs d'« Arcanes » peuvent désormais découvrir en suivant ce lien…

Homme poignardé dans son lit. Gravure de Caspar Luyken, 1704. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1896-A-19368-2209.

L'été meurTRIer


octobre 2019

À quoi avons-nous passé l'été, loin des plages bondées et des terrasses de cafés ombragées ?
À nous plonger dans les dossiers de procédures criminelles des capitouls pour trier, sélectionner et compiler un bel ensemble de meurtres de toute facture, de noyades accidentelles (ou quelquefois aidées par une main meurtrière), d'accidents de la circulation et de mises à plat fatales causés par des carrosses filants, des charrois pesants ou des chevaux emballés.

Voilà ! Tout ceci est désormais placé sur une carte interactive (on va dire un SIG, depuis le temps, vous le savez), sur UrbanHist pour être plus précis.
Là, sur cette nouvelle couche au nom évocateur de « Meurtres à la carte », chaque point signale et ouvre sur une fiche d'information, succincte sur la version grand public d'UrbanHist, ou extrêmement détaillée sur UrbanHist+. Cette dernière livre, en prime, les transcriptions intégrales des pièces majeures de la procédure, et un moteur de recherche. Ça fait rêver ou saliver.

Seulement 59 meurtres entre 1670 et 1790, c'est tout ?
Que nenni ! Chaque mois, de nouvelles affaires vont venir enrichir la base. Ainsi, 15 cas de morts suspectes ou accidentelles sont en préparation et devraient vous être servis incontinent.
De plus, le classement progressif des procédures criminelles (pour l'année 2019-2020, la décennie 1750 sera livrée dans son intégralité) nous promet la découverte de nouveaux crimes qui viendront peu à peu s'ajouter à ceux déjà référencés.

P.-S. en passant, si parmi vous se trouve un légiste (assermenté ou pas) disposé à donner un peu de son temps, nous sommes preneurs.

Délibération n° 228 du conseil municipal du 13 décembre 2002 (extrait). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1217W49, vue 453.

Sceaux et usage de sceaux


septembre 2019

« SIGILLUM NOBILIS CAPITOLII TOLOSANI » : voilà ce que l'on peut lire sur le sceau qui clôt chaque délibération publiée par le conseil municipal de la mairie de Toulouse (comprendre, pour les non-latinistes : « Sceau du noble Capitole toulousain »).
Le sceau officiel de la ville est composé de cette devise encadrant ces célèbres armoiries, si connues des toulousains (un agneau nimbé, portant la croix de Toulouse en bannière, avec en arrière-plan le château Narbonnais et la basilique Saint-Sernin).

 

 

Loin d'être réservé à d'antiques parchemins, l'usage des sceaux est toujours d'actualité de nos jours. L'authenticité des délibérations étant garantie par un certain formalisme, la présence conjointe de la signature du maire, ou de l'un de ses représentants, et de la marque du sceau officiel de la ville, constituent un signe important de validation de ces documents officiels.

Quant à la délibération choisie pour illustrer ce billet, il semble que deux sceaux aient été nécessaires plutôt qu'un !

CARTULAIRES. Compilation générale des privilèges de la ville et de nombreux titres des archives, exécutée par ordre des capitouls de l'année 1539-1540, connue sous le nom de "Vidimé du Livre Blanc", Cartulaire de Jean Balard (1540). 1152-1539. Registre parchemin, 885 feuillets (vue 31). Ville de Toulouse, Archives municipales, AA5.

Préceptes centenaires


juillet 2019
Une chose est sûre, à Toulouse, la préservation des archives, c'est de l'histoire ancienne ! Il y a cinq cents ans, nos élus de l'époque, les capitouls, s'alarmaient de l'état déplorable de leur dépôt d'archives. Certes, la tour des Archives est à l'abri des effractions derrière son épaisse porte en fer aux serrures alambiquées, mais le bâtiment est tout bonnement insalubre. Les titres et privilèges de la ville sont rongés par les rats ou gâtés par l'humidité, et les sceaux chargés de les authentifier tombent en morceaux.
Les capitouls décident alors de prendre des mesures pour remédier à cette situation. Une nouvelle tour est construite (l'actuel Donjon du Capitole, qui accueille aujourd'hui l'office de Tourisme). Les documents y sont entreposés sur des supports adaptés : étagères, râteliers et coffres fermés à clés pour les pièces les plus précieuses. Les versements et les prêts sont consignés dans un répertoire, et le dépôt est visité une à deux fois par an par les membres du corps capitulaire. Vous retrouverez les prémices de cette prise de conscience archivistique toulousaine dans le cartulaire de Jean Balard, aux vues 31 et 32.
Le Minotaure. Cliché de P. Jacquelin, 2019. Mairie de Toulouse, Archives municipales.

L'envol des Géants


juin 2019
La piste des géants a pris son envol en fin d'année 2018 à Montaudran. Les créatures de la Compagnie La Machine ont été installées dans leur halle, et l'opéra Le Gardien du Temple a été joué dans les rues de Toulouse début novembre 2018.
Comme suite à la fermeture de l'Espace Croix-Baragnon à l'été 2018, les Archives municipales ont pris en charge et traité les archives conservées dans ce lieu de culture. Dans le fonds d'archives de la direction Recherche et Développement culture, se trouvent des dossiers sur le décollage du projet, de la construction de la Halle de la Machine à l'organisation de l'opéra qui a dévoilé le Minotaure. Il faudra encore un peu de patience pour découvrir le contenu du versement 1272W, actuellement en cours de classement et mis à la disposition du public en fin d'année 2019. En attendant, quelques pièces sur cette aventure sont consultables dans le versement d'archives de l'ancien directeur général des affaires culturelles, M. Jean-Louis Sautreau ( versement 1209W).
Construction du pont de Pinsaguel, XIXe s. Ville de Toulouse, Archives municipales, cote 1Z191.

Édile et poète à la fois


mai 2019

Il fut un temps où l'inauguration d'un pont, ouvrage d'art par excellence, donnait des envies d'envolées lyriques à nos hommes politiques. « Il suffit de passer le pont, c'est tout de suite l'aventure », disait l'un de nos poètes contemporains. C'est ce que dut penser le président Cazes lors de l'inauguration du pont qui enjambe la Garonne, reliant Pinsaguel à Portet-sur-Garonne.

Par deux fois, la fureur du fleuve fut fatale à ce pont construit par l'ingénieur Berdoulat en 1826, tout d'abord lors des crues de 1835 qui détruisirent trois arches en brique de la rive gauche. Reconstruites en 1838, elles subirent à nouveau le débordement du fleuve en 1875 qui anéantit le village de Pinsaguel, à l'exception de l'église Saint-Pierre. Les arches manquantes furent remplacées par un tablier métallique continu, de type Eiffel, ce qui donna un air curieux à ce pont réalisé pour moitié en maçonnerie et en métal. 

Ciel mon Zénith !


avril 2019
 

À Toulouse, si vous cherchez le zénith, vous le trouverez non seulement au-dessus de votre tête, mais aussi sur le plancher des vaches dans le quartier des Arènes ! Inauguré en 1999 et d'une capacité de 11000 personnes, le Zénith de Toulouse est l'une des plus importantes salle de spectacle de France. Grâce aux reportages photos de la mairie de Toulouse, vous pouvez admirer les différentes phases de construction de cet étonnant bâtiment aux allures de « soucoupe volante » !

 

 

 

 

 

Livre des proprietés des choses Barthélemy l'Anglais, traduit du latin par Jean Corbichon (1401-1425). Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Français 9141 (détail du feuillet 171 v°, enluminure réalisée par le maître de Boucicaut).

Jeune et jolie


mars 2019

Les procédures criminelles des capitouls nous entraînent dans un monde où les langues se délient, où les gestes et pratiques des uns sont scrutés par les autres.
À l'évidence, lorsque la voisine est jeune et jolie, les locataires du dessus, du dessous ou d'en face rivalisent de contorsions ou de subterfuges (pas toujours très discrets) afin de tenter d'apercevoir un bout de gambette, voire plus lorsque la chance leur sourit. D'autres se contentent d'écouter aux portes.
Lors de procès pour prostitution ou maquerellage, ceux qui viennent témoigner n'hésitent pas à se vanter d'avoir épié cette voisine « fort jolie et fort dégourdie » depuis leur fenêtre ou à travers les fentes et trous des cloisons ou du plancher. D'autres accordent même volontiers avoir eux-même ménagé ces observatoires de fortune en soulevant un carreau ou en creusant un œilleton.
Le sculpteur Loubeau n'est pas en reste, puisque par un trou du plancher il assiste aux ébats de sa... sœur !
« Par le trou de la serrure », le dernier dossier téléchargeable des Bas-Fonds fera peut-être le bonheur des voyeurs, mais que l'on se rassure : les scènes les plus torrides ont été sagement laissées dans les procédures et il faudra donc venir les consulter sur les documents originaux en salle de lecture.

Un petit conseil tout de même, essayez de rester discrets ou il pourrait vous en cuire comme à Hugues Larivière qui, en 1762, croyant surprendre l'intimité des soeurs Dupuy s'est fait attraper la main dans le sac (plutôt l'œil collé à la serrure) et vertement tancer en ces termes « F... vieillard si nous pouvions te jetter dans l'eau nous t'empêcherions bien de nous regarder ! »

Détail papier à entête du Grand Hotel Tivollier. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Z625/2.

Tivollier, l’empereur toulousain du pâté de foie gras !


février 2019
Menu du 18 février 1911 signé Henriot. Ville de Toulouse, Archives municipales,1Z264/1/.Difficile à Toulouse d'évoquer le gras sans parler du canard et plus particulièrement de foie gras, tradition culinaire ancrée dans notre région depuis des lustres. Déjà les capitouls, le 28 décembre 1788, se délectaient de cinq foies de canard servis avec un ragoût. Le « pâté de foy » de canard était un mets réservé aux personnes aisées et/ou aux grandes occasions. Grâce à la capacité de voyage des pâtés, surtout à la saison froide, ce foie gras jouissait d'une renommée qui s'étendait à toute l'Europe.  
À Toulouse, depuis Pâques 1858, le foie gras est synonyme de « maison Tivollier » avec son célèbre « pâté Tivollier ». Médailles et récompenses consacrent la réputation planétaire du « Pâté Tivollier » : Paris, Philadelphie, Londres, Liverpool, Moscou, Vienne, Chicago, etc. « Le pâté Tivollier » est incontournable et trouve place dans tous les menus, au milieu d'autres plats loin de répondre à nos préoccupations actuelles de santé puisque, à l'époque, le menu était une succession de mets et non pas un choix. Le temps passé à table lors des repas festifs était fort long.
Après avoir été préparé en sauce, en croûte, au sel, ou au torchon, aujourd'hui, modernité oblige, on peut même utiliser le micro-ondes et le congélateur.
Café - restaurant, 15 place du Président-Wilson. 3 février 1913. Plan d'ensemble de la terrasse du grand café restaurant Lafayette avec le personnel posant devant. Mention sur l'image: "Baron G. Duquesne, 3-2-1913". Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi1107.

De comptoir en comptoir


janvier 2019

Grâce aux photos que nous conservons précieusement aux Archives, vous pourrez voyager dans le temps, flâner de comptoir en comptoir, pour vous imbiber de l'ambiance des cafés de l'époque. Immersion totale des années folles jusqu'aux années sixties pour les amoureux de ces époques.
Devinez ainsi les conversations de ce groupe de badauds assis en terrasse  dégustant leur verre de vin au début du 20e siècle. Imaginez l'ambiance des années folles dans la grande salle du café-bar du Dix-Avril, à la manière des scènes décrites par l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald dans son livre Gatsby le Magnifique. Enfin, transportez-vous dans les années sixties, avec le snack des Nouvelles galeries dont le design du comptoir, des chaises et de l'éclairage, aux lignes pures et sobres, est inspiré de la mode américaine. Ce voyage spatio-temporel prend fin, à vous chers lecteurs de le prolonger à souhait.

Récit de carrière de Nicole Roux-Loupiac et Jean-Philippe Loupiac, architectes, Atelier 13 à Toulouse (1966-2017) : vidéo de présentation. Arrêt sur image. Nicole Roux-Loupiac et Jean-Philippe Loupiac (Atelier 13) / Annaëlle Guérin (Agence Bird) - Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Num33.

Quand les archives donnent de la voix…


décembre 2018

Saviez-vous que nous comptons parmi nos collections des archives audiovisuelles ? Et saviez-vous que, parmi celles-ci, nous conservons également la parole de plusieurs témoins du XXe siècle toulousain ?

Recueillis par des professionnels lors de campagnes ciblées, auprès de personnes choisies pour le rôle qu'elles ont tenu dans les événements relatés, ces récits, le plus souvent filmés, apportent des informations que même le plus complet des dossiers administratifs ne peut laisser entrevoir : un côté sensible, palpable, « humain ».

Quatre thématiques ont jusqu'ici fait l'objet d'une collecte de témoignages :
• la restauration du couvent des Jacobins,
• le travail des architectes de l'Atelier 13, • l'ancienne usine papetière JOB,
• l'œuvre des photographes Jean Dieuzaide et André Cros.

Les enregistrements qui en sont issus sont librement accessibles en ligne et mis à disposition du public, dans le respect de quelques règles de réutilisation.

Alors, si vous ne supportez plus les films de Noël, tenez bon : vous savez désormais qu'il existe une alternative...

Portrait d'Émilienne Gosse posant à l'avant d'un canot sur la Seine à Courbevoie, 7 septembre 1917, négatif N et B stéréoscopique. Raoul Berthelé - Ville de Toulouse, Archives municipales, 49Fi1189 (détail).

Sans voix


décembre 2018

Il en est un qui n'a pas voix au chapitre au sein de la rédaction d'Arcanes. « Trop déprimant ! », s'entend-il répondre à chaque proposition d'article.
Pauvre de lui ; torturé depuis son enfance par des clowns faussement gais, des cirques miteux, des trapézistes rampants et des numéros d'écuyères sur de poussifs poneys, il porte cette indélébile blessure et traîne son mal ; il cherche sa voie dans une thérapie fort peu académique : l'image du moi(s) qu'il présente régulièrement sur le site des Archives.
Rejeté par Arcanes, contraint à faire cavalier seul, P... (nous pourrions aussi l'appeler Z...) nous offre depuis 2013 des billets d'humeur mensuels (mensuelle conviendrait aussi bien) autour d'une image forte conservée dans les collections des Archives. Au fil des mois, des années, nous avons pu mesurer l'océan infini de sa déprime devant les gens heureux, les vélos, les enfants, les walkman, les ados, les mobylettes, les post-ados, les quarantenaires en trottinette, les vieux-beaux gominés, sans oublier cette profonde aversion pour les clowns en tout genre.

L'écriture comme catharsis. Nul ne saurait dire si sa thérapie marche, mais, finalement, il faut avouer que l'on s'en moque : s'il écrit, c'est avant tout pour notre plus grand plaisir.

Le pastel. Gros plan sur les graines. 40 × 30 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Fi260 (détail).

En avoir un grain…


octobre 2018

C'est finalement drôlement cathartique de rédiger tous les mois un petit billet dans la lettre d'informations des Archives. En dépit des figures imposées, cela nous donne ainsi l'occasion de vous rouler (gentiment) dans la farine… tout en séparant le bon grain de l'ivraie. Car même si nous sommes parfois pris d'un petit grain de folie, nous nous efforçons toujours d'apporter une information fiable et (nous l'espérons) utile à votre moulin.

Mais revenons-en à la spécialité du jour : figurez-vous qu'il existe, dans le thésaurus de la bibliothèque, une entrée « Boulangerie », qui vous permet de consulter, d'un côté les notices des ouvrages indexés, et de l'autre, celles des articles de presse répertoriés. Toutes nos collections d'imprimés pertinentes accessibles en un seul clic !

Et si vous poussez un peu plus avant vos investigations, vous découvrirez que certains articles sont désormais lisibles depuis votre écran (en cliquant sur le contenu du champ Documents associés), sans même avoir à quitter votre chez vous… car si, en 1930, les boulangeries doivent fermer le dimanche sur décision du préfet, nos ressources numérisées sont, quant à elles, toujours disponibles.

Jeune fille transportant du pain, années 1960, fonds Ribière. Ville de Toulouse, Archives municipales, 41Fi359.

De la multiplication des pains...


octobre 2018

Il en est question dans les arrêtés municipaux réglementant l'établissement de la taxe et la vente du pain à la fin des années 1930 à Toulouse. Les temps sont durs, la guerre est à nos portes, et l'on ne rigole plus sur le prix du pain.

En 1939, finit les pains dits « de luxe » (ils n'étaient pas dorés à l'or fin, mais seulement faits sur commande avec de la farine de qualité supérieure, dite « de force » ou « de gruau »). En ces temps de restriction, la règle est aux pains dits de « consommation courante » et pour ce pain de tous les jours, la police administrative veille attentivement à ce qu'aucune farine gâtée ou avariée n'entre dans sa composition.

Toute règle ayant son exception, il reste possible, moyennant quelques centimes de francs supplémentaires, d'égayer sa table avec des pains « de fantaisie », des flûtes parisiennes ou des petits pains en forme de brioche ou de pistolet.

Sur le chemin du Do


septembre 2018
 

Depuis près de deux siècles, nombreux sont les jeunes Toulousains à être partis à la recherche de l'accord parfait sur les bancs du Conservatoire. Depuis 1820, cette institution dispense à la fois des enseignements de musique, de chorégraphie et d'art dramatique.

Bien que cet établissement soit désormais à rayonnement régional, ses archives historiques sont conservées aux Archives municipales de Toulouse. Vous pourrez, en ligne ou dans notre salle de lecture, parcourir au choix les palmarès des élèves, admirer les ornements de leurs diplômes et découvrir en images l'histoire du Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse.

 

 

 

Archives municipales, 2 rue des Archives. 29 juillet 2016. Magasin de la bibliothèque. Collection du Journal officiel de la République française (PO16). Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num13 (vue 61).

Être bibliothécaire, ou comment veiller à toujours en avoir plein le dos...


septembre 2018
Rassurez-vous tout de suite : ceci ne sera pas une longue tirade sur la solitude du rat de bibliothèque, ni même un exposé circonstancié à la manière du monologue d'Hamlet… Non, je vais vous parler des livres, de leur structure, de leurs « habits » ; bref, de la reliure.

Tout comme on parlerait d'un petit animal, le livre possède une tête, une queue et… un dos. Il s'agit de la partie opposée à la gouttière, qui est elle-même la tranche qui n'est ni en haut ni en bas. Formé par le fond des cahiers, c'est-à-dire par la partie pliée des feuilles qui le composent, il peut, dans le cas des ouvrages anciens, posséder des nerfs, être complété par un « faux dos » et même être ornementé, grâce à la dorure ou l'estampage à froid.

Évidemment, les plus beaux dos de la bibliothèque appartiennent aux collections de la Réserve. Ce sont également les plus fragiles. Il faut donc veiller à les manipuler avec précaution (en évitant d'appuyer pour forcer l'ouverture) et lutter contre ses instincts (ne jamais attraper un livre par sa coiffe).
Vous voilà désormais avertis et prêts à consulter nos trésors. Ne reste plus qu'à les trouver !
L'Alouette, la meilleure lieuse du monde. Fabriquée par les usines Amouroux Frères, Toulouse. Pont-Neuf et place Saint-Étienne. Vers 1900. Carte postale illustrée, 14 × 9 cm. B. Sirven, imprimeur-éditeur - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4096.

Et la tête, alouette !


juillet - août 2018

Alors, voilà : ne sachant pas par où commencer la rédaction de cet article, j'ai décidé de revenir aux fondamentaux. Étymologie, quand tu nous tiens...

Caput, itis, n. : tête ; personne entière ; vie, existence ; personnage principal ; chef ; partie principale, capitale.

Merci Félix ! Grâce à toi, nos lecteurs ont ainsi l'occasion de découvrir notre magnifique collection de dictionnaires latin-français, ô combien capitale dans notre catalogue, et je sais qu'ils apprécieront...
On aurait pu aussi évoquer la bibliothécaire, la personne entière responsable des collections bibliographiques, mais je crois qu'il vaut mieux s'abstenir et garder une part de mystère… Avec un tel personnage principal, la saga de l'été risquerait de vous faire opiner du chef plus que de raison...

Nous reste donc la tête. Pensante ou chercheuse, de mort ou d'affiche, la perdre n'est jamais bon signe, si tant est qu'on tienne à la vie… Mais arrêtons-là avec ces pensées négatives : tâchons de passer un bel été (pourquoi pas à Toulouse ou dans un champ de blé ?) et forgeons-nous de beaux souvenirs, à conserver précieusement dans un coin de notre tête...

Affiche de propagande anti franquiste représentant un poing rouge terrassant un homme vert en costume.Crédit en bas à gauche : "Altavoz el frente. Informacion y propaganda para el pueblo en armas. Servicio de Mundo Obrero [Haut-parleur du front. Information et propagande pour le peuple en armes. Service de Mundo Obrero] - Ville de Toulouse, Archives municipales, 11Fi38.

Toulouse, capitale de l'exil républicain espagnol


juillet - août 2018

Dès 1939 et durant plusieurs décennies, notre ville a joué un rôle fondamental dans la continuation du fonctionnement des institutions politiques et culturelles de l'Espagne, pays ami et voisin, soumis à la dictature.

En janvier 1939, la chute de Barcelone sonne le glas de la république espagnole et l'exil pour des centaines de milliers de républicains. Durant la seconde guerre mondiale, les exilés espagnols s'organisent : propagande, réseau clandestin, résistance, guérilleros. A la fin du conflit, nombre d'entre eux comprennent que l'exil va s'installer dans le temps.

Dès septembre 1944, salle du Sénéchal, se tient le premier congrès en exil du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol). Les organisations politiques et syndicales telles que le PSOE, la UGT (Union Générale des Travailleurs) installent leur siège social à Toulouse et tiennent régulièrement des congrès rue Pargaminières dans le cloître des Jacobins ou rue du Taur, rue de Rémusat. La CNT (confédération nationale du travail) quant à elle, élit domicile rue de Belfort. Les journaux CNT, El Socialista, Ruta, Mondo Obrero sont imprimés à Toulouse. Peu à peu, les espagnols s'intègrent à la communauté toulousaine par le travail et l'éducation tout en maintenant une cohésion identitaire par de nombreux rassemblements culturels avec la création du Casal Catala en 1944, la 1re exposition intitulée « L'art espagnol en exil » en 1947 et l'Ateneo Espanol en 1959.

Aujourd'hui plusieurs associations perpétuent la mémoire de cet exil. De nombreuses manifestations culturelles et festives dont Cinespaña, « Toulouse Espagnole » réunissent les descendants de ces exilés, du temps où Toulouse était capitale de l'exil républicain espagnol. 

Être verni au musée


juin 2018
 

Eh oui, au musée des Augustins, il n'y a pas que les tableaux qui sont vernis !

Jean Escudier, gardien chef au musée des Augustins, en tient lui aussi une bonne couche lorsqu'il gagne à la Loterie nationale en 1952. Cet événement lui a valu d'être l'objet d'un reportage du photographe toulousain André Cros.

Nous avons ainsi un aperçu en image, façon « Martine à la plage », de la vie de notre employé municipal :
M. Escudier fait valider son ticket gagnant,
M. Escudier à son poste derrière son guichet,
posant avec un groupe d'enfants dans le cloître du musée,
seul dans sa cuisine,
en plein repas de famille,
jouant aux cartes au tripot du coin,
posant cigarette à la main devant un tableau…

Une autre époque en somme !

Loterie nationale, Chance & Fortune ,1re tranche (vers 1900). Reproduction. Carte postale couleur, 14 × 9 cm. André Galland - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4340.

Grattage ou tirage : tentez votre chance !


juin 2018
Ah… le loto du dimanche ! Les petites balles qui tournent, la main « innocente » qui les attrape, les numéros qu'on coche sur une petite grille achetée avec espoir, et parfois le cri de joie de votre mémé, qui a enfin réussi à remplir une ligne / colonne / diagonale (au choix) de son petit carton… Et tout çà pour quoi ? Des trucs à manger ou à boire le plus souvent… Nostalgie, quand tu nous tiens.

Bien sûr, il y a depuis longtemps maintenant la version télévisée : plus de joueurs, plus de gains… surtout pour la Française des Jeux. Alors, pourquoi ne pas utiliser cette manne financière pour aider à restaurer notre patrimoine qui en a, il est vrai, bien besoin ? C'est l'idée lancée par le plus royal de nos présentateurs télé : Stéphane Bern, inspiré par ce qui se fait notamment au Royaume-Uni.

Là-bas, les revenus générés par la loterie nationale ont permis de rénover le Royal Albert Hall, une des salles de concert les plus prestigieuses d'Europe, ou encore de restaurer la verrière du British Museum. Tout de même.

Alors, si vous souhaitez tenter votre chance, et contribuer par la même occasion à sauvegarder des monuments historiques, sachez que les tickets à gratter du « loto du patrimoine » seront mis en vente début septembre, et que le tirage du super loto correspondant aura lieu la veille des journées du patrimoine.

Et si l'histoire de la loterie en France vous intéresse, vous trouverez peut-être dans notre bibliothèque un livre ou deux à piocher dans notre collection...
École supérieure d'agriculture du Sud-Ouest. Purpan-Toulouse : "Le repas en commun des poules et des dindes couveuses". Voyagée en 1926. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4981.

Le sucre au secours des poules


mai 2018
On peut être comte et connaître des déboires domestiques bien contrariants. Au début du 19 e siècle, le lieutenant général, le comte Clauzel, domicilié rue Tolosane à Toulouse, voit son poulailler subir les assauts de nuisibles, en particuliers de rats, fléau des villes et des champs. Les poules et les rats devinrent le sujet de conversation dans tous les salons de notre ville. Comment se débarrasser de cette vermine ? Une recette infaillible fait alors son apparition. Il suffit de mélanger du plâtre avec de la farine de Millet et du… sucre. La bête qui a consommé cette mixture est alors assoiffée et se jette sur la bassine d'eau déposée à coté. Le mélange de l'eau avec la bouillie sucrée fait gonfler le ventre du pauvre animal et alors… 
Dommage que cette recette ne soit pas restée dans les annales, car il paraît que certains de nos contemporains connaissent des vicissitudes avec les rats des champs, surtout dans le nord du canton et que les produits modernes n'en viennent pas à bout. 
Extrait du plan de la façade côté rue Gamelin de la biscotterie Paré réalisé le 30 août 1963 par L.Cuvillier et H.Benard, architectes SN ING AM&ECP, ING CONSEIL. Ville de Toulouse, Archives municipales, 604W853.

Biscottes sucrées, biscottes Paré !


mai 2018

Les biscottes Paré, avant de devenir Heudebert et de passer sous l'enseigne LU puis Mondelez, embaumaient à Toulouse les environs de la rue Gamelin, dans le quartier de Fontaine-Lestang, où elles étaient fabriquées à partir des années 1950 (voir le projet de construction d'une usine de 2000 m² pour la fabrication des biscottes 708W4213).
En plein essor, en 1963, la biscotterie s'agrandit et prévoit l'extension de ses ateliers et entrepôts côté Nord ainsi que les espaces dédiés aux bureaux administratifs et commerciaux, vestiaires, service médical, locaux sanitaires et sociaux qui étaient devenus nettement insuffisants en raison de l'augmentation de personnel (voir le permis de construire relatif à l'extension de l'usine 604W853).
En 1974, elle emploie alors près de 300 personnes. Mais ses activités n'étant pas assez compétitives, un regroupement au nord de la Loire est envisagé. La société toulousaine de Minoterie, souhaite dès lors reprendre les terrains occupés par la biscotterie Paré avec un projet de construction de près de 1000 logements comme en témoigne « l'étude de possibilité de construction » réalisée le 10 avril 1974 (102W213). Finalement cette étude ne sera pas suivie de faits pour le plus grand plaisir de nos papilles même si l'usine a depuis longtemps abandonné la croustillante et cassante biscotte pour les barres céréalières et les pains grillés !

Sentence des capitouls, rendue le 19 décembre 1771 contre Jean Sacaley, imprimée et publiée le 21 dudit. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB167, pièce n° 55 (détail).

100 sols, l'amende amère


avril 2018

Lorsqu'on a fait une bêtise quelconque (et l'échelle des bêtises est vaste), il faut s'attendre à être jugé par les capitouls. Les sentences sont adaptées à la gravité de l'acte, rien de bien étonnant à cela.

Dans l'échelle des punitions, suite à des sottises répréhensibles, on peut imaginer que les amendes décernées par les capitouls ne concernaient que celles des petites infractions.
Vrai, mais... pas tout à fait.
- Omettre de balayer les immondices devant sa porte, cela vaut bien une amende.
- Un pot de chambre déversé malencontreusement sur la perruque d'un passant, c'est non seulement une amende, mais aussi des dommages et intérêts (une perruque supportant mal le pressing, il faut en rembourser à son propriétaire la valeur d'une nouvelle).
- à ne pas tenir son chien à l'attache avant les vendanges et le laisser divaguer dans les vignes, on écope aussi d'une amende ; en prime, le vigneron peut, en toute impunité, mettre à mort votre cabot glouton.

Bon, vous admettrez qu'il n'y a pas là de quoi fouetter un chat, ces amendes restent raisonnables.

Elles apparaissent même ridicules lorsqu'on lit trop rapidement certaines sentences de nos anciens magistrats municipaux. En effet, nombre de leurs jugements portent que la personne fautive d'un crime quelconque est condamnée à 100 sols d'amende (en faveur du roi).
À s'arrêter là, on ricane et... non, revenons-y. Lorsqu'on tombe sur ces 100 sols, c'est au contraire le signe invariable d'une sentence plutôt coriace. En effet, ce terme clôt les jugements à mort où le condamné se voit aussi dépouillé de ses biens (distraction faite d'un tiers pour sa femme et enfant s'il en a), ou bien encore de ceux qui sont simplement fouettés et bannis de la ville, ou envoyés aux galères.

Bref, mieux vaut transcrire les sentences dans leur intégralité sous peine de se fourvoyer, car ces maigres 100 sols cachent bien une réalité autrement plus amère.

Société des sauveteurs toulousains et de la Haute-Garonne. Bateau de sauvetage dans la Garonne. Vers 1910. Carte postale N&B, 9 × 14 cm. A. Baudillon - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7272.

Vague à l'amer


avril 2018

En navigation, un amer est un point de repère fixe, situé sur la côte et identifiable sans ambiguïté (clocher, tour, bâtiment isolé), utilisé pour se guider. Un peu comme un phare au milieu de la tempête… ou une base de données dans un océan de ressources documentaires.
Affublée de différents noms et de différentes formes (inventaire, catalogue, fichier ; papier, électronique, en ligne), elle n'en reste pas moins le point d'ancrage de toute recherche effectuée dans les collections des musées, des bibliothèques ou des archives, interrogeable selon un chenal balisé ou la plupart du temps tous azimuts.
Pour faciliter la navigation des chercheurs, ou des simples curieux, l'équipe des Archives se réunit régulièrement pour partager, échanger, se confronter et finalement améliorer les notices descriptives des documents qu'elle conserve ou proposer des aides à la recherche.
Bien sûr, il y a encore quelques remous ici où là : l'ampleur de nos collections et la complexité de certains documents nous met souvent au défi, mais c'est bien là ce qui fait le sel de nos métiers… tout comme la volonté collective de ramer dans la même direction.
Alors, à votre tour de prendre la mer… et bon vent !

Bar-Restaurant « Au Tonneau », 9 place du Pont-Neuf. 1976. Vue de l'entrée de l'établissement encadrée par les menus proposés. Au premier plan voitures garées et chaises. Jean Ribière - Ville de Toulouse, Archives municipales, 41Fi283 (détail).

Choucroute garnie


mars 2018

Ce mois-ci, vous êtes « garnis » : avec un thème surgi des tréfonds d'un esprit vraisemblablement torturé, il a bien fallu trouver une approche particulièrement capillotractée pour vous parler des collections de notre bibliothèque, bien « garnie ».

Alors, j'ai cherché longtemps : bouquet, panier, choucroute… et pourquoi pas cassoulet ou bouillabaisse ? Une fois rendue à ces extrémités culinaires, j'ai dû me résoudre à vous « compter », par le menu, les mille et unes richesses de nos fonds bibliographiques...

Sachez donc que nous conservons plus de 12 700 titres. Certains sont parfois reliés ensemble à l'intérieur d'un même volume, ce qui réduit donc quelque peu le nombre d'objets « livres » posés sur nos rayonnages… Ils peuvent appartenir à différentes collections, identifiées par provenance (bibliothèque Hermet, dépôt de l'école des Beaux-Arts...), nature (usuels, instruments de recherches, travaux universitaires…) ou destination (bibliothèque professionnelle).
Mais ce n'est pas tout. Nous conservons également une importante collection de périodiques : 315 titres répertoriés au dernier recensement. Eux sont en revanche uniquement organisés par typologie (presse, revues, publications officielles…).

Toutes ces ressources sont à votre disposition, en salle de lecture, dans les limites que peuvent éventuellement imposer leur état de conservation. Elles sont là pour vous permettre d'approfondir un sujet, de compléter une étude ou de mettre en contexte un document d'archives. Alors, n'hésitez pas !

Et si, comme à moi, cet article vous a ouvert l'appétit, vous trouverez ici (en bonus) une recette à votre disposition.

« La violette de Toulouse », dessin avec une fillette qui propose des violettes à deux autres enfants. Au fond le donjon du Capitole. Marcel Pendariès - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi5487.

Bouquet garni de violettes


mars 2018

Alors que nous bravons le froid, le vent glacial et multiplions les épisodes neigeux, une petite fleur d'hiver marquée par sa corolle d'un bleu tendre et son délicieux parfum est en pleine floraison.

La violette a trouvé dans la région toulousaine sa terre de prédilection dès le 19e siècle. Sa culture est alors entreprise par les maraîchers de Lalande, Saint-Jory, Aucamville et Castelginest, qui vendent les bouquets de fleurs fraîches présentés dans des paniers ronds en osiers dans la cour Henri IV du Capitole puis le réfectoire des Jacobins. En 1960 la violette de Toulouse obtient un label de renommée internationale et devient l'emblème de la ville. Mais sa culture décline peu à peu et les producteurs abandonnent sa production à partir des années 1970.
Quelques irréductibles amoureux de la précieuse essaient de la cultiver de nouveau dès les années 1990.
La violette de Toulouse se refait alors une beauté pour retrouver le devant de la scène : le Festival de la Violette, les expositions, la Maison de la Violette et diverses animations concourent à cette renaissance permettant ainsi à la ville de renouer avec un symbole de son histoire et de son patrimoine.

 

Références : ouvrages B4182 et B1847, périodique REV145

Squelettes d'animaux présentés dans la salle Edouard Filhol du Muséum d'Histoire naturelle de Toulouse, vers 1920. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7309.

Jauni be good


février 2018

Oui vieillir à parfois du bon, comme cette carte postale quasi centenaire. Le papier jauni, le grain de l'image ont un charme suranné qui nous mettent tout de suite dans l'ambiance de ce début de siècle. Mais de jaune, il n'en sera pas question dans les quatre volumes consacrés aux œufs de l'inventaire des collections du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse de 2013 (1219W95 ; 1219W96 ; 1219W97 ; 1219W98).

Dans ces registres, pour chaque œuf conservé, il y a un numéro d'inventaire, la discipline concernée (ici l'ornithologie), le nom scientifique, la nature, la provenance, le mode d'entrée et bien sûr l'état du spécimen. Quant à savoir s'il y a un jaune dans l'œuf, l'histoire ne le dit pas !

[chien noir sur fond jaune] Tirage photographique noir et blanc contrecollé sur carton. Cliché Jean-Baptiste Allard, « La photographie Toulousaine » (entre 1872 et 1897) - Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi169 (détail).

Jauni à la rage


février 2018

- Un cas de jaunisse, on en a vu un ; un seul c'est vraiment trop peu pour s'étendre dessus. Il s'agit de la mésaventure arrivée à cette pauvre Marie Rouzières qui, victime de ragots peu flatteurs sur sa vertu, colportés par des voisines, en attrape une jaunisse. Sautant sur l'occasion, Jeanneton va enfoncer le clou et la traiter de... vérolée ! C'en est là trop pour Marie qui va la poursuivre en justice pour cas de diffamation (FF834/1, procédure #026, du 6 mai 1790).
- La peste, c'est surfait et puis on pense immédiatement à peste noire, or là on est bien loin du jaune. Vous pourriez toujours faire un petit tour dans les registres de dénonce de peste (par exemple le GG997) mais, comme ils ne sont pas encore numérisés, il est à craindre que le bacille soit toujours actif... ce serait dommage de repartir de chez nous avec un bubon ! (à noter tout de même que nous avons été plusieurs à le manipuler et personne ne manque à l'appel).
- La suette miliaire, nous ça ne nous évoque aucune couleur particulière, je dirais le rouge vif ou le rose chaud à cause des violentes éruptions cutanées qu'elle provoque, mais après tout les cas manquent de nos jours à Toulouse pour s'en assurer vraiment. En tout cas ceux qui ont réchappé à l'épidémie qui surprend et assomme Toulouse en mai 1782 pourraient nous le dire. Quant aux victimes, vous les trouverez sagement rangées dans le registre GG1012.
- Finissons par la rage, et là on se rapproche insensiblement du jaune car, en effet, ne dit-on pas vert de rage. À Toulouse on parle souvent d'une recrudescence de la rage à la fin du 18e siècle, voir carrément d'une épidémie, mais en fait le danger rode depuis des siècles, il frappe épisodiquement et la moindre morsure de chien peut causer une réelle psychose. Mais, inutile de s'étendre plus avant, si vous voulez en savoir plus, il ne vous reste plus qu'à télécharger puis lire le dernier numéro des Bas-Fonds : "Cabots, dogues, mâtins et bassets".

Quant à la photographie qui vient égayer ce billet, rassurez-vous, elle n'a rien a voir. Ce caniche cycliste ne semble absolument pas atteint de la maladie hydrophobique, son maître non plus d'ailleurs : on le verrait à ses moustaches qui là sont tombantes et non hérissées. En revanche, ce tirage noir et blanc a bien jauni avec le temps.

Zone verte de Sesquières, entrée du camping municipal de Rupé, 1982. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi4385.

Poser ses valises "au Rupé"


janvier 2018

L'hiver est bien installé et voilà que nous pensons déjà à la chaleur, aux grillades et longues soirées d'été. Pour cette invitation au voyage, pourquoi ne pas songer à poser ses valises au camping municipal de Rupé ?

Situé près de la zone verte de Sesquières, au 21 chemin du Pont de Rupé, il doit son nom à un maître chaussatier (artisan du textile), Jacques de Rupé, qui possédait une métairie en ce lieu au 16e siècle. Pour développer le tourisme, la Ville, a acheté, en 1962, une parcelle de 28 000 m², a procédé à l'aménagement des installations et a décidé le classement du camping de Rupé dans le domaine public communal en 1970. Depuis sa création, la Ville a assuré son exploitation en régie directe.

Mais pour maintenir le classement du camping en trois étoiles, moderniser l'équipement et étendre la capacité d'accueil (jusqu'alors fixée à 600 campeurs), en 1991, il a été décidé de confier à un professionnel, par contrat de concession, l'ensemble des missions de construction, d'exploitation et de développement des activités de camping caravaning. C'est ainsi que la Société Financière Midi-Pyrénées s'est vue confier la délégation de service public de cet établissement pour une durée de 30 ans.

Lettre adressée à sa majesté l'empereur Napoléon III par J. Roaldès, ancien conseiller municipal au sujet de la construction d'un pont devant la gare de Toulouse. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Z449/1 (détail).

Quand les valises tombaient dans le canal


janvier 2018

Après maintes discussions et incertitudes sur son emplacement, la gare Matabiau fut inaugurée le 31 août 1856, en présence de l'archevêque Mgr Rioland, qui bénit 4 locomotives ornées de drapeaux, consacrant la ligne Bordeaux-Cette. La compagnie ferroviaire du midi s'était engagée à édifier un pont afin de permettre la circulation entre la ville et la gare, mais devant l'ampleur et le coût des travaux, la construction pris du retard. De ce fait, de nombreux voyageurs, ne pouvant s'offrir l'omnibus qui empruntait les contre-allées Louis Napoléon pour acheminer les voyageurs en ville, marchaient tout droit en sortant de la gare et tombaient dans le canal avec leurs valises.

Déjà en novembre et décembre 1857, plusieurs voyageurs furent repêchés sains et saufs mais leurs valises furent perdues ou bien détériorées. Malheureusement, le drame prévisible s'avéra et, le 20 janvier 1858, un soldat du 93e régiment qui venait d'Afrique se noya. La liste des incidents s'allongea encore le 11 février 1859. C'est ainsi que Le Journal de Toulouse relata que « vers 6 heures du soir, Gustave Saver, sergent fourrier au 88e régiment était tombé dans le canal en sortant de la gare et que heureusement il savait nager ».

C'en était trop, M. Roaldès, ancien conseiller municipal décida d'agir et envoya une requête à Napoléon III, empereur des Français et à M. Boselli, préfet du département. Sans doute fut-il entendu puisqu'en 1860 la construction du pont Bayard (aujourd'hui du 19 mars 1962) fut décidée et confiée à l'ingénieur Urbain Maguès.

Détail du plan de la façade Sud-Ouest de la résidence l'Orée du Bois (extrait du permis de construire délivré en 1974). Ville de Toulouse, Archives municipales, 614W422.

À l'Orée du bois


décembre 2017
En juin 1974, la ville de Toulouse accorde le permis de construire à la SARL MAP Saurat, une société civile immobilière familiale, pour la construction d'une résidence  étudiante située 71 rue Aristide Maillol, à deux pas de la nouvelle université du Mirail. Elle se distingue alors par sa forme, car construite sur le modèle d'un tripode de 9 étages, et par le nombre de logements (399), essentiellement des studios.
Malgré un si joli nom, tout n'est pas rose à l'Orée du Bois… Est-ce d'ailleurs pour cela, qu'en 1987, l'assemblée générale des copropriétaires change le nom pour devenir Les Castalides ? Assez rapidement la résidence souffre d'une mauvaise fréquentation et d'une gestion inadaptée. Vandalisme, insécurité, squats, trafic de drogue, insalubrité sont le lot quotidien des habitants. Dans ce contexte, un arrêté municipal d'urgence pour l'évacuation de l'immeuble est pris le 26 août 2013. En parallèle, la ville de Toulouse entreprend le rachat progressif des logements dans le but de démolir la résidence. Une démolition initialement prévue pour l'automne 2017...
Croix en bois de carolin, détail d'un dessin accompagnant la déclaration de cambriolage au couvent des Jacobins en 1967. Ville de Toulouse, Archives municipales, 332W82.

Croix de bois, croix de fer...


décembre 2017

« Si je mens, je vais en enfer ! ». C'est certainement ce que s'est dit un vieux monsieur l'an dernier avant de passer de vie à trépas. Cinquante ans plutôt, cet individu dont nous tairons le nom, participe à un cambriolage au Couvent des Jacobins. Il en profite pour dérober, entre autres objets du culte, une croix de procession en bois de carolin. En 2016, à l'aube de sa vie et pris d'atroces remords, il décide de confier ce qui subsiste de son larcin à un prêtre.
Pierre Esplugas-Labatut, adjoint au maire en charge des musées de Toulouse, expliqua alors à la presse que la preuve de ce vol avait été trouvée parmi les documents des Archives municipales de la ville.
Nous vous invitons aujourd'hui à découvrir les pièces de cette affaire conservées aux Archives dans le dossier portant la référence 332W82. En téléchargeant le fichier pdf, vous pourrez ainsi consulter :
- la copie pelure du courrier rédigé par Denis Milhau, conservateur du musée des Augustins, adressée au commissaire du 1er arrondissement, le 31 janvier 1967,
- la liste des objets dérobés,
- les croquis de ces derniers,
- et deux photographies de Jean Dieuzaide montrant un fragment sculpté et la fameuse croix en situation.

Encore un exemple de l'intérêt de bien gérer ses archives !

 

Catalogue de la XXX° Exposition Canine Internationale. C-A-C, Toulouse 26 octobre 1958. Parc des Expositions. XI° quinzaine de Arts Ménagers. Imp. A. Gomes. Toulouse. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Z370/1.

Quant la canne devient canine à quatre pattes.


novembre 2017

Notre engouement pour ne pas dire notre passion pour nos amis à quatre pattes est assez récente. En effet, il fallut attendre mai 1863 pour que les Parisiens puissent assister à la première exposition canine organisée en France.

Cette manifestation se déroulait au jardin d'acclimatation du bois de Boulogne, à Paris. Le but était de réunir une collection de chiens aussi complète que possible afin de distinguer les races pures, utiles ou d'agrément et les croisements à conserver. Bien qu'elle se déroule sous l'égide de Napoléon III, elle intéressa assez peu les Français, et ce n'est qu'en 1881 que la société centrale canine vit le jour. Les  débuts furent modestes car contrairement à l'Angleterre, les Français étaient indifférents à l'élevage de chiens de pure race. D'ailleurs, la société ne sera reconnue d'utilité publique que le 28 avril 1914.

A Toulouse, dès la fin des années 20, une exposition canine internationale fut organisée annuellement, révélant ainsi tout l'intérêt que nous portons désormais à nos animaux de compagnie. Le don de Madame Hermet nous permet de feuilleter une jolie collection des catalogues officiels de ces expositions, allant de 1958 aux années 2000.

Vie des Archives. Archives municipales de Toulouse, 2 rue des Archives. 26 mai 2016. Reportage de 341 clichés sur la vie des Archives de Toulouse réalisé pour la journée internationale des Archives du 9 juin 2016. Ici est illustrée la recherche documentaire, dans un magasin plein. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4num12/95.

Un festival de cannes !


novembre 2017

A l'heure où tout se calcule, la canne, cette ancienne mesure remplacée par le système métrique, pourrait être réhabilitée le temps d'une lecture.

Les Archives municipales, c'est plus de 800 ans d'histoire : quelle distance, n'est-ce pas ? C'est d'autant plus vrai que, mises bout à bout, les archives conservées dans notre bon vieux réservoir de Bonnefoy représentent désormais la distance qui nous fait, à vol d'oiseau, traverser Toulouse, depuis sa limite avec Portet-sur-Garonne, jusqu'à ses confins avec Launaguet et l'Union. Alors, combien de cannes ? Grosso modo, sous l'Ancien Régime, on comptait 725 cannes. Et comme l'administration se modernise, on vous le donne en kilomètres : 14,5. Pour les sportifs des randos vélos, c'est une heure de bécane.

Avec la prise en charge des PACS par les mairies, ce sont 130 mètres de dossiers actifs que le tribunal d'instance va transférer aux services communaux… soit la longueur de la rue de Cannes !

Face à un tel volume, l'archiviste chicane, puisque ce sont désormais en moyenne 200 cannes (vous convertirez vous-mêmes) de dossiers et maquettes qui concourent chaque année à repousser nos statistiques, hélas bien plus extensibles que nos murs. Des murs qui ont une capacité de conservation de 2734 m², soit 1367 cannes carrées. Tempête dans un verre d'eau... ou hurricane dans un réservoir ?

Attention danger !


octobre 2017

Affiche annonçant une enquête publique sur l'établissement d'une porcherie au quartier de Périole, 1902. Ville de Toulouse, Archives municipales, dossier EC23, 119W3.Fin 19e, le bureau de l'Hygiène de la mairie de Toulouse est chargé de donner son avis sur les installations classées, à savoir toutes les industries susceptibles d'être dangereuses, insalubres ou d'incommoder leur voisinage immédiat.

Cette surveillance, organisée par les préfectures dans l'intérêt de la salubrité et de la sécurité publique, remonte à la fin du 18e siècle, lorsque l'explosion de la fabrique de poudre de Grenelle entraîna la mort de près de 1 000 personnes.
À Toulouse, les dossiers d'inspection des installations classées nous permettent d'avoir un panorama des activités artisanales et industrielles présentes sur le territoire depuis plus d'un siècle. On redécouvre par exemple les métiers de la fin du 19e siècle, à une époque où les vacheries, laiteries et porcheries étant en plein cœur des villes et où vous pouviez avoir une usine de fabrication de peignes et boutons en os au pas de votre porte, ce qui suscitait, quelques fois, des frictions entre les différents protagonistes.

C'est ainsi qu'en 1907, les voisins d'un chiffonnier établi rue de l'Industrie attirèrent l'attention de la municipalité en ces termes : « Il se dégage journellement des odeurs nauséabondes provoquées par les dépôts d'os et de peaux de lapins fraîches, [établissant] un véritable foyer d'infection ». Charmant !


Liens vers les fonds concernant les installations classées : 119W ; 274W ; 293W ; 755W ; 813W ; 1157W

Bourdon (?) écrasé dans un registre ancien. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Attention le bug !


octobre 2017

Il vole, il vole le bourdon. Mais celui-ci était mal avisé lorsqu'il a entrepris de se poser sur la page de garde d'un registre laissé ouvert, En effet, le malheureux ne se doutait pas que le commis en charge de la tenue du livre veillait et que, dans un éclair, ce dernier aller refermer brusquement le volume !
Pim, paf ! Fixé pour l'éternité au registre...

Mieux encore, cet employé aux écritures du moulin du château Narbonnais qui, a réussi le tour de force d'en avoir cinq d'un coup. Oui, cinq ! Alors qu'il inscrivait les entrées de blé et le millet en cette année 1735, cinq mouches vinrent innocemment s'y poser. 14Z110 - cimetière de mouchesD'un coup magistral, elles y furent joliment aplaties pour l'éternité - ou presque. Il faut dire que nos commis du moulin s'était longuement entraîné auparavant, car une grande partie de ce "Livre des mistures", est un véritable cimetière de mouches !
Et si d'aventure un bug vrombissant se trouvait dans une salle de lecture d'archives ou de bibliothèque, là, à tournicoter et vous agacer, à vous déconcentrer dans votre recherche, de grâce ne vous prenez pas pour le vaillant petit tailleur du conte de Grimm, qui a réussi le tour de force d'en avoir sept d'un coup, respectez les documents (et éventuellement le monde animal).

Cartes de chômeurs extraites du fonds 164W des Archives de Toulouse. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Le chômage à la carte


septembre 2017

Le fonds municipal de chômage de la ville de Toulouse a été créé en 1927 et cessera toute activité en 1969. Les archives de cet organisme viennent d'être reclassées et constituent le fonds 164W, désormais consultable par tous.

Ces documents livrent aux chercheurs une formidable source pour l'étude de l'histoire sociale toulousaine, mais aussi un panorama des dépressions économiques qui auront pu frapper le pays et plus particulièrement la ville. On y perçoit clairement l'essoufflement de certains secteurs d'activités, comme la chute d'entreprises locales.

Finalement, ces archives permettront peut-être de tordre le cou à certaines idées reçues, car les femmes y figurent en aussi grand nombre que les hommes, preuve s'il en est de l'importance des femmes dans le monde du travail, impulsée par la mobilisation générale de la première guerre mondiale.
 

Florilège de pièces d'un dossier individuel, fonds 164W des Archives de Toulouse. Ville de Toulouse, Archives municipales. On pourra y consulter trois types de documents :

- les volumineux registres d'inscription des chômeurs entre 1932 et 1968 ;
- une sélection de cartes individuelles d'allocataires et de bénéficiaires de secours. Roses pour les femmes, ocres pour les hommes et vertes pour les étrangers, ces cartes ont été patiemment triées, amoureusement dépoussiérées et tendrement conservées afin de suppléer aux lacunes de certains registres d'inscriptions (ceux des années 1934, et 1937 à 1939).
- et finalement des échantillons de dossiers individuels où se mêlent divers formulaires d'inscription, de radiation, de réinscription, des rapports d'enquête sur la moralité des demandeurs, les certificats de travail de précédents employeurs, les cartes de pointage, etc.

Pour découvrir ce fonds d'archives, munissez-vous de votre carte de lecteur, et on vous donne rendez-vous tôt le matin en salle de lecture.

Menu du banquet offert par des élèves le 17 janvier 1914, conçu par le Grand-Hôtel et Tivollier. Toulouse : Imprimerie Cléder (1914), Ville de Toulouse, Archives municipales, 14Fi205 (détail).

Au menu de la bibliothèque...


septembre 2017

Ah… septembre ! Le temps de la rentrée des classes, des Journées du Patrimoine, de l'arrivée de l'automne... Bref, le dur retour à la réalité après des vacances bien méritées. Alors, pour reprendre en douceur, ce mois-ci le chef vous propose :
• une sélection d'atlas (la forme ultime de la carte en bibliothèque...),
• une séquence souvenir, avec la présentation de notre collection d'une revue régionale consacrée aux cartes postales anciennes,
• un assortiment de menus toulousains, collectionnés avec ferveur par André Hermet (pour se mettre l'eau à la bouche),
• et, pour terminer sur une note festive, mais néanmoins avec modération, une monographie sur le vignoble aquitain, qui éclairera peut-être votre choix lors de la prochaine foire aux vins...

Et si vous souhaitez prolonger l'expérience en mitonnant à votre tour quelques mets dignes de figurer sur la carte, n'hésitez pas à consulter notre catalogue en ligne : vous y trouverez certainement l'inspiration !

Fac-similés de cartes de clubs révolutionnaires toulousains. - Ville de Toulouse, Archives municipales, 190W142/1.

Révolution'air !


juillet-août 2017

Les archivistes ont parfois leurs raisons que la raison ignore… ! Au hasard de mes pérégrinations dans nos magasins d'archives, je suis tombée un jour sur une boîte dont le contenu m'a plus qu'étonnée : un ensemble hétéroclite d'objets commémoratifs du bicentenaire de la Révolution française (aérosol judicieusement nommé « Parfum de Liberté », boîtes d'allumettes, sachets de sucres, cartes de jeu, tickets de métro parisien, serviette en papier, … !).

 Fac-similés de cartes de clubs révolutionnaires toulousains. - Ville de Toulouse, Archives municipales, 190W142/2.En poussant mes recherches un peu plus loin, il s'est avéré que cette boîte était issue d'un versement des Archives municipales elles-mêmes (les archives des Archives en quelque sorte). L'un de mes prédécesseurs, à une époque où je n'étais pas encore née, avait consciencieusement collecté un florilège de goodies (comme on dirait de nos jours) célébrant cet événement historique. Un seul d'entre-eux est véritablement en lien avec les fonds des Archives municipales : un fac-similé de cartes de clubs révolutionnaires toulousains dont l'original est effectivement conservé dans nos locaux dans le dossier 4S46. La boucle est bouclée !

Bicentenaire de la Révolution française, 1789-1989. Carte postale couleur à caractère publicitaire, 14 x 9 cm. Édition Guy : Paris (1989). – Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4381.

Une bibliothèque en [r]évolution


juillet-août 2017

Ah le 14 juillet ! Ses défilés, ses concerts, ses feux d'artifice… Vous comprendrez qu'on évitera soigneusement d'expérimenter cette dernière facette de la fête nationale dans notre bibliothèque. Toutefois, pour rester dans le sujet, nous pouvons vous proposer une approche plus « classique », comme une sélection d'ouvrages et de revues sur la Révolution française.
D'ailleurs, en parlant de « révolution », notre base de données est en train de connaître certaines améliorations, pour l'instant invisibles du grand public, mais qui vont permettre d'échanger des informations sur nos collections avec d'autres institutions patrimoniales. Un projet de portail régional commun est même en préparation. Mais chut… nous vous en reparlerons bientôt.
Alors, en attendant, n'hésitez pas à profiter de la pause estivale pour consulter notre catalogue en ligne et, pourquoi pas, à venir nous rendre visite en salle de lecture !

Le Miroir : entièrement illustré par la photographie, Paris : (s.n.), 4e année, n° 40, 30 août 1914, première de couverture (détail). Ville de Toulouse, Archives municipales, PRE6/40.

Quand la presse reflète l'actualité d'une époque


juin 2017

Celles et ceux qui ont un jour entrepris de faire des études d'histoire contemporaine le savent bien : hormis les sources primaires, que constituent les documents d'archives, il existe une autre mine remarquable d'informations, dont la richesse mérite bien un dépouillement souvent fastidieux : la presse.

Nationale ou locale, généraliste ou spécialisée, elle est toujours, et par essence, le reflet d'une société à un moment donné, le témoignage d'une époque.

Malheureusement, cette ressource est très fragile. La netteté de l'impression est parfois approximative, la qualité du papier souvent médiocre et les encres typographiques particulièrement acides. Sans parler des pliages divers et successifs, des conditions de livraison et de réutilisation éventuelle, qui peuvent l'altérer définitivement et rendre plus difficile sa conservation.

Pour essayer de préserver ce qui peut l'être avant l'autodestruction programmée, la Bibliothèque nationale de France a lancé depuis quelques années un plan de numérisation des titres de presse à l'échelle du pays. Avec ses partenaires, comme le pôle associé Midi-Pyrénées, elle organise le traitement des collections expédiées sur ses chaînes de numérisation, consultables ensuite dans Gallica.

C'est ainsi qu'un hebdomadaire national, « curieusement » nommé Le Miroir, est devenu accessible en ligne. Notre collection l'est ainsi devenue à son tour.

Boucherie des Puits-Clos, projet de transformation de la devanture, 1947. Ville de Toulouse, Archives municipales, 708W3 (détail).

Miroir, mon beau miroir !


juin 2017

Dis-moi qui a la plus belle enseigne ! Telle était la supplique quotidienne des agents du service de l'Esthétique Urbaine.

Ce service, rattaché à la Direction de l'Urbanisme, avait pour mission de se prononcer sur les modifications de devantures de commerce, les poses d'enseignes, et plus généralement sur tous les travaux susceptibles d'impacter l'apparence générale de la cité.

Une minuscule fiche de renseignements à remplir, un plan du projet, voire quelques photos de l'état initial à joindre au dossier, et le tour était joué ! Pas de chichi, avec le Bureau d'Esthétique, ça passe ou ça casse !

 

Porte de la Commutation au jardin des Plantes, le long de l'avenue Frédéric-Mistral. Fin 19e siècle. Vue de la porte prise depuis le jardin ; au premier plan, une femme avec une ombrelle, tenant un enfant par la main. Photographie N&B, 9 x 12 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5337 (détail).

Mamma mia !


mai 2017

Je dois vous arrêter tout de suite : nous ne parlerons ni de comédie musicale, ni de variétés suédoises, ni même de cuisine italienne… Il faut dire que pour tous ces domaines, bien qu'intéressants, je n'ai guère de ressources à vous proposer dans la bibliothèque des Archives. Désolée, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
En revanche, si vous cherchez quoi offrir à votre maman pour sa fête prochaine, je peux vous faire quelques suggestions… : un beau livre sur les Archives (et pourquoi pas ?), un ouvrage retraçant l'œuvre et la carrière de la plus grande femme photographe toulousaine du 20e siècle, un petit manuel de recettes (réservé tout de même aux initiés) ou bien encore, pour les It-Mums, un guide pointu sur la mode (à travers les siècles). De quoi sortir un peu des sentiers battus… même si, personnellement, un joli bouquet de fleurs reste une valeur sûre.
Mais au fait, et moi, quel sera mon cadeau ?

Couverture du programme de la cérémonie de remise des Médailles de la Famille Française au Théâtre du Capitole (sans date). Ville de Toulouse, Archives municipales, 95W243 (détail).

Une Maman en Or !


mai 2017

Il fut un temps où le mérite des mamans toulousaines était récompensé comme il se doit. Pas avec des colliers de nouilles ou la dernière centrale vapeur, non ! Dans les années 1940-1970, la municipalité célébrait cette fête nationale en grande pompe. Les mères de familles nombreuses recevaient un carton d'invitation pour une représentation spéciale du Théâtre du Capitole, suivie d'une cérémonie de remise de médaille de la Famille Française et d'un goûter pour les enfants.

Comme en témoignent les listes des médaillées, les critères de sélection sont clairs : médaille de bronze, cinq enfants minimum ; médaille d'argent, entre huit et neuf ; médaille d'or, pas moins de dix bouts de chou (certaines familles comptant jusqu'à douze enfants). On en conviendra, cela valait bien une médaille.

Projet de "Téléférique pour voyageurs, ligne Parc des Sports – Coteau de Pech-David", par la société Legendre et Cie, plan de la station supérieure du téléphérique. Ville de Toulouse, Archives municipales, 529W119/1/2 (détail).

Se déplacer sur un fil


avril 2017

Décidément, l'histoire n'est qu'un éternel recommencement, notamment en matière de transports en commun. Alors qu'il est aujourd'hui question de créer un téléphérique à Toulouse entre l'Oncopole et Paul-Sabatier, en 1936, on s'interrogeait déjà sur ce mode de transport aérien. Le devis et les plans proposés par la société Legendre & Cie, conservés aux Archives municipales, évoquent une ligne de 1800 mètres permettant de rallier le Parc des Sports à Pech David en moins de 8 minutes. Cabine de 20 voyageurs et un conducteur, vitesse de pointe frisant les 5 mètres par seconde, débit horaire d'environ 150 personnes et une batterie de dispositifs de sécurité : le projet avait tout pour réussir, mais n'a jamais été concrétisé. Toulouse reprendra-t-elle le fil de cette histoire ? Seul l'avenir nous le dira !

Intérieur de la Tour de Contrôle (Blagnac). 28 octobre 1972. Plan rapproché de 3/4 face d'une jeune femme au téléphone (épouse de Bernard Ziegler, un des pilotes de l'équipage du vol d'essai). Cliché pris lors du 1er vol d'essai de l'avion Airbus A300 B. Négatif N&B, 2,4 x 3,6 cm. André Cros - Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi1997 (détail).

Allô ? Y a-t-il quelqu'un au bout du fil ?


avril 2017

S'il est une ressource précieuse, et parfois insoupçonnée, de la bibliothèque des Archives, c'est bien sa collection d'annuaires de la Haute-Garonne.

Ne vous méprenez pas, nous sommes d'accord : cela fait belle lurette que les gens qu'on y trouve n'habitent plus à l'adresse indiquée, que leur numéro de téléphone a gagné au moins quatre chiffres depuis l'impression du bottin et que vous n'y trouverez certainement pas d'information sur le mystérieux correspondant qui vous a appelé hier soir sans laisser de message…
Pourtant, cet outil se révèle indispensable quand on recherche où habitaient nos (arrières) grands-parents, s'ils exerçaient une activité particulière, ou même pour vérifier que le directeur de l'école cette année-là était bien M. Machin… Un annuaire est également bien utile quand on mène l'enquête pour savoir si des activités polluantes se sont tenues dans tel ou tel quartier ou pour localiser où se tenait telle épicerie qui figure sur plusieurs de nos cartes postales. Et en plus, on y trouve des publicités d'époque !

Alors, si désormais vous considérez d'un autre œil notre collection d'annuaires « vintage », consultez-en la liste et rendez-vous en salle de lecture !

Spectacle de magie. Fonds photographique fabrique Giscard, photographie stéréo colorisée, 8,5 ₓ 17 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1375 (détail).

AbraCADAbra !


mars 2017
Pas de mystère, les archives publiques sont accessibles à tous, et ce depuis la Révolution française, excusez du peu ! Accessibles, oui, mais à toute règle il y a des exceptions, et dans ce domaine bien précis on les appelle « délais de communicabilité ». En effet, tout document qui comporte des informations protégées sera infailliblement soustrait aux regards des citoyens pour une durée allant de 25 à 120 ans selon les cas. Le plus souvent, la restriction survient lorsque les archives contiennent des données à caractère personnel, le but premier étant de protéger la vie privée de l'individu concerné. Et oui, la liberté d'accès des uns s'arrête là où commence la vie privée des autres !

Si vous souhaitez malgré tout consulter des archives non communicables, il est possible de demander une dérogation. Le précieux sésame vous sera accordé si et seulement si la consultation de ces documents ne conduit pas à « porter une atteinte excessive aux intérêts que la loi entend protéger ». En cas de refus, vous pourrez toujours faire appel, abracadabra, à la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, également compétente en matière d'archives publiques, avant de tenter, last but not least, votre chance au tribunal administratif.

Diableries, n° 65 : Une nuit en enfer. A. Block (Paris), photographie stéréo N&B, 8,5 ₓ 17 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1412 (détail).

L'Enfer n'existe pas


mars 2017

Cela fait maintenant plusieurs années que je vous parle régulièrement de la bibliothèque des Archives : de ses ouvrages, de ses collections, de son catalogue. Elle n'aura bientôt plus de secrets pour vous.

Elle reste pourtant un petit paradis hors du temps, où des ouvrages du 16e siècle cohabitent avec d'autres à peine parus, tout juste sortis des presses, dans une sorte d'osmose thématique et scientifique. Ce qui les lie, c'est l'histoire de Toulouse et de ses habitants, de sa culture et de ses industries.

Elle ne connaît pas la censure. Bien sûr, elle fait l'objet d'une politique d'acquisition raisonnée : elle ne peut en effet viser à l'universalité. Mais on n'exclut pas un livre à cause de sa mauvaise réputation… : il n'y a donc pas d'Enfer dans notre bibliothèque. Les seules restrictions qui s'appliquent concernent l'état de conservation du document : s'il est trop mal en point pour être consulté en salle de lecture, il devient alors incommunicable.
Mais cet état n'est pas forcément définitif. Après un passage à l'atelier de restauration et/ou de numérisation, il peut regagner son statut, physiquement ou virtuellement.

Alors, n'hésitez pas à consulter notre catalogue en ligne : tous nos ouvrages vous y attendent !

Classes transplantées - Classes de Neige à Aulus. 13 février 74 [sic]. Colonie de vacances de la Ville de Toulouse, Aulus-les-Bains, Ariège. Direction de la Communication - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi1925 (détail).

Blanc comme neige...


février 2017

Ah elles sont belles, nos jolies petites têtes blondes (et pas que blondes d'ailleurs) ! Elles en ont bien de la chance de pouvoir partir en classes de neige, d'admirer la montagne ariégeoise recouverte de son blanc manteau !
Cette photo a été prise par le service des techniques de communication de la mairie de Toulouse en 1974. Elle illustre la contribution de la ville aux excursions sportives des jeunes Toulousains au cours des années soixante-dix et quatre-vingts.
Un fonds d'archives papier, le 40W, vient compléter ce reportage photographique. Malheureusement, ce versement a été transmis en 1988 aux Archives municipales sans avoir été inventorié au préalable. Il a été rapidement noyé dans la masse des archives contemporaines (nous en sommes maintenant au versement 1238W !) : seules les informations inscrites sur les chemises nous renseignent sur leurs contenus : « classes transplantées ; classes rousses ; classes de neige ; classes vertes ; ... ».

En attendant une description plus précise, nous espérons que ces informations vous auront donné envie de découvrir la folle aventure des classes de neige toulousaines !

C'est beau, ça glisse tout seul, comme le cygne gracieux sur son lac (2016). Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/88.

Magie blanche


février 2017

Et si, traînant au milieu des rayonnages de notre bibliothèque, vous vous preniez pour... Harry Potter ? Ou Merlin l'Enchanteur ? Nous ne sommes bien sûr ni à Poudlard, ni à Camelot... et ce n'est pas dans nos magasins que vous trouverez de vieux grimoires poussiéreux. Car, vous ne le savez peut-être pas, mais nos Annales manuscrites, celles de la ville de Toulouse, sont vigoureusement protégées de ce fléau par deux gentes dames, qui par ailleurs peuvent être drôles, mais qui ne plaisantent guère avec la poussière. Ce n'est pas pour autant que les Archives sont dépourvues de magie... blanche évidemment !

En cherchant bien, on en trouve un peu partout : en salle de lecture, quand un lecteur obtient LA réponse à sa question ; sur notre site Internet, quand on imagine que des documents du 14e siècle sont désormais accessibles de presque partout dans le monde en seul un clic (ou un petit peu plus...) ; dans notre bibliothèque, où quelques ouvrages de magie vous attendent...

Alors, n'hésitez plus, venez vous émerveiller devant nos trésors et... Abracadabra !

Extrait du reportage « Vie des Archives », 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/20 (détail).

« J'en ai plein le chariot... »


janvier 2017

Lorsque vous entendez de la part d'un archiviste : « Ah, j'en ai plein le chariot ! », ne vous méprenez pas, ce n'est pas une preuve de découragement ! C'est qu'il ne chôme pas, tout simplement : il collecte, classe, transporte et déplace sans relâche, véritable Sisyphe des temps modernes ! Et le dénominateur commun à tout cela, c'est le chariot, bien sûr !

Fidèle compagnon de l'archiviste, le chariot se devra de répondre à un cahier des charges des plus précis. Il devra être assez large (mais pas trop, inutile de rester coincé entre les rayonnages) et maniable (avec des roulettes dignes de ce nom, pas celles des caddies de supermarché). Si c'est à l'outil que l'on reconnaît le bon artisan, c'est au chariot que l'on reconnaîtra le bon archiviste, enfin, on peut l'espérer !

Collecte Classement Transport Déplacement
Extrait du reportage « Vie des Archives », 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/331. Extrait du reportage « Vie des Archives », 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/14. Extrait du reportage « Vie des Archives », 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/97. Extrait du reportage « Vie des Archives », 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num12/125.
Vue 331 Vue 14 Vue 97 Vue 125
BORDES, François (dir.). « Ils observaient les étoiles... » : cinq siècles d'astronomie toulousaine, Toulouse : Mairie de Toulouse / Archives municipales, 2002, première de couverture (détail). Ville de Toulouse, Archives municipales, US/944.863/AMT/3.

Chariot, casserole, ourse. Petite ou grande. Et si on parlait d'astronomie ?


janvier 2017

Ah, la nouvelle année ! Avec ses bons vœux, ses bonnes résolutions, son horoscope... enfin là, je m'égare un peu. N'étant pas Madame Soleil (ou sa réincarnation), ce n'est pas ici que vous trouverez les dernières prédictions de votre signe pour 2017. Désolée. En revanche, pour ce qui est des conjonctions de planètes, des alignements d'étoiles, voire des trajectoires d'objets volants plus ou moins identifiés, la bibliothèque des Archives a peut-être quelques pistes à vous proposer.

Elle compte en effet plusieurs ouvrages (techniques) d'astronomie, ainsi que des monographies sur l'histoire de cette science particulièrement développée dans notre région. Grâce à sa situation géographique exceptionnelle, Toulouse, et plus généralement l'Occitanie, sont un lieu d'observation unanimement reconnu, et ce, depuis près de cinq siècles, comme en témoigne l'exposition réalisée par les Archives municipales en 2002. C'est pourquoi nos collections reflètent elles aussi cette identité forte.

Alors, envie d'en savoir plus ? N'hésitez pas à consulter notre catalogue !

Musée des Augustins, 21 rue de Metz. 3 janvier 1896. Vue en perspective du musée et de son jardin prise depuis l'angle de la rue des Arts et de la rue de Metz. Dessin, 60 x 93 cm. Eugène Curvale. Ville de Toulouse, Archives municipales, 21Fi72 (détail).

Où est passée la grille des Augustins !


décembre 2016

Il fut un temps où le musée des Augustins était contenu dans un élégant écrin de fer forgé, une grille monumentale incitant les passants à venir découvrir ce temple des Arts. Telle en témoigne cette vue en perspective dessinée en 1896 par l'architecte Eugène Curvale, dont le charme bucolique donnerait presque envie de remonter dans le temps ! Mais où est donc passée la grille des Augustins ! Voilà une question qui mériterait quelques recherches, notamment au sein des Archives municipales de Toulouse.

Les indices sont minces : en 1951, le chef du Service Jardins et Promenades rédige une note pour avertir de l'état de délabrement du portail, qu'il estime être un danger pour la circulation du public et la sécurité des enfants jouant dans le parc. Il y a urgence, il faut agir. Quant à savoir quand la grille a été supprimée, je ne saurais vous le dire... La réponse se cache certainement dans les dossiers évoquant la réorganisation du musée des Augustins, entreprise au cours des années 1960. Ou bien d'autres auront déjà répondu à cette question, se servant de cette anecdote pour illustrer l'histoire du musée à travers les âges. Je vous ai mis sur la piste, à vous de poursuivre l'enquête !

En attendant, vous pourrez toujours aller visiter le musée des Augustins et sa toute nouvelle exposition temporaire "Fenêtres sur cour - peintures du XVIe au XXe siècle".

Présentation du projet de l'équipe Almudever – Lefebre lors du concours d'architecture pour la réalisation de la médiathèque de Toulouse, vue en perspective depuis les allées Jean Jaurès, 1997. Ville de Toulouse, Archives municipales, 891W25.

Pas 1, pas 2, mais 3 arches perdues !


novembre 2016

Toulouse, la ville qui fait mieux qu'Indiana Jones ! Car de l'actuelle médiathèque José Cabanis, vous ne connaissez que le projet définitif, mais il y en eu trois autres, trois arches perdues en quelque sorte ! Enfin pas tout à fait : grâce aux Archives municipales, vous pourrez tout de même vous en faire une idée.

Ce projet remonte aux années quatre-vingt-dix, du temps où la municipalité partit en quête d'idées pour succéder à l'imposante École vétérinaire. Un appel à candidature est lancé pour la réalisation d'un nouvel équipement culturel, une médiathèque régionale, capable de symboliser la porte Marengo sous la forme d'une arche monumentale reliant le cœur historique de la ville et ses faubourgs. Quatre cabinets d'architectes s'opposent alors dans cette compétition féroce. Un rapport d'une vingtaine de pages énonce les tenants et les aboutissants de ce concours. En introduction, on peut découvrir les attentes de la ville en sa qualité de maître d'ouvrage. Puis sont exposés les arguments des candidats, vantant les qualités architecturales et techniques de leur projet, photos en perspectives et plans à l'appui. Au final, c'est l'architecte Jean-Pierre Buffi et le cabinet toulousain Séquence qui l'emportent, reléguant aux oubliettes de l'histoire nos arches perdues...

BERTRAND, Nicolas. Opus de Tholosanorum gestis ab urbe condita, Tholose : Industria Magistri Johannis Magni Johannis, 1515, détail du folio 88 verso. Ville de Toulouse, Archives municipales, RES343.

L'arche perdue... ou comment apporter des réponses quand ce n'est pas à nous que s'adressait la question.


novembre 2016

Si l'on peut éventuellement considérer l'Arche d'alliance comme une sorte de bibliothèque des Dix Commandements, force est de constater qu'à mon humble niveau, je ne peux être d'une aide capitale dans l'entreprise de sa redécouverte. D'ailleurs, un certain archéologue chapeauté et habile à manier le fouet fait cela beaucoup mieux que moi.

Cela étant posé, ici, à la bibliothèque des Archives, on peut néanmoins trouver : des incunables perdus, des églises perdues, des frontières perdues et même des « Heures perdues ». Comme quoi tout n'est pas toujours perdu pour tout le monde...

Le tout est de savoir s'y retrouver. Et pour cela, un peu de méthode ne nuit pas.
Le catalogue de la bibliothèque est accessible de plusieurs façons :

• par la recherche simple : proposée par défaut, elle vous permet, en une seule fois, d'interroger l'ensemble des champs d'une notice bibliographique ; il faut donc choisir ses mots avec précision ;

• par la recherche avancée : pour les « habitués », et ceux qui disposent de certains renseignements préalables, elle vous propose une approche plus classique par cote, auteur ou titre ;

• par le plan de classement : thématique et/ou typologique, il vous donne à voir l'ensemble des collections et vous ouvre l'accès aux notices qui y correspondent.

Et c'est bien connu, rien de tel qu'un plan quand on est perdu : cela peut toujours être utile...

À ce propos, on vous l'a peut-être déjà dit : le plus vieux plan de Toulouse, ou plutôt la plus ancienne vue cavalière de la Civitas Tolosa, figure dans l'ouvrage de Nicolas Bertrand intitulé « Opus de Tholosanorum gestis » [folio 88 verso]. Il s'agit d'une représentation de la fondation de la ville, avec au centre le roi Lémosin, revêtu d'un manteau à parement et collet d'hermine, qui, muni d'un sceptre, donne ses instructions aux deux artisans maçons qui bâtissent le rempart.

Mais savez-vous qui était ce mystérieux Lémosin ?
Fondateur mythique de la ville, à qui l'on attribue traditionnellement le peuplement de l'Europe, il était également le petit-fils de Japhet, et donc l'arrière-petit-fils de Noé. Celui-là même qui fabriqua jadis une arche... que l'on aurait retrouvée sur le Mont Ararat, en Turquie. Mais cela, c'est une autre histoire.

"Cité Madrid", étude de l'Agence d'Urbanisme de l'Agglomération Toulousaine, janvier 1986. Ville de Toulouse, Archives municipales, 379W4 (détail de la couverture).

Cité Madrid : « La petite Espagne à Toulouse »


octobre 2016

La cité Madrid est située, comme son nom ne l'indique pas, non pas en Espagne, mais au cœur du quartier toulousain des Sept-Deniers. Sa construction est décidée dans l'urgence, à la fin des années trente, pour accueillir les familles espagnoles en exil suite à la prise de pouvoir de Franco. Certains de ces logements rudimentaires ne comprennent alors ni salle d'eau, ni chauffage. Avec le temps, les conditions ne sont pas améliorées, si bien qu'au début des années quatre-vingt, la ville entame un programme de réhabilitation. On fait appel à l'agence d'urbanisme de l'agglomération toulousaine pour étudier la faisabilité du projet.

Si vous souhaitez découvrir tout un pan de l'histoire de cette cité, ce rapport est fait pour vous ! Vous y trouverez pêle-mêle une analyse socio-démographique de la population, la liste des équipements publics et des espaces extérieurs, une présentation des problèmes du bâti et les propositions d'amélioration envisagées. ¡Olé!

Hôpital de Varsovie, actuellement hôpital Joseph-Ducuing, élévation antérieure. Phot. Chloé Baychelier, Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2007, IVC31555_20073100662NUCA (détail)

Un « château » de l'Espagne républicaine à Toulouse


octobre 2016

On peut avoir été élevé dans la Manche et ne pas avoir lu Don Quichotte.

De la même façon, on peut être passé devant l'hôpital Joseph-Ducuing, y avoir rendu visite à un proche malade ou à une jeune maman, et ne pas savoir qu'il est l'héritier de l'hôpital Varsovie, fondé en 1944 par les républicains espagnols exilés dans le sud de la France.
Alors, pour remédier à cette fâcheuse situation, je vous invite à découvrir son histoire méconnue, singulière, pleine de rebondissements et d'implications géopolitiques.

Vous apprendrez ainsi que cet hôpital, installé dans un « château » de la rue Varsovie, fut d'abord un hôpital militaire, créé par les guérilleros en vue de l'opération Reconquista de España ; qu'il devint ensuite un hôpital civil destiné à soigner l'ensemble des réfugiés et des survivants espagnols des camps de concentration nazis ; qu'il bénéficia de l'aide humanitaire internationale, MARTINEZ VIDAL, Àlvar. L'Hôpital Varsovie : Exil, médecine et résistance (1944-1950), Portet-sur-Garonne : Nouvelles éditions Loubatières, Collection « Libre parcours », 2011, 104 p. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3527.notamment nord-américaine, qui lui permit de développer un centre de formation pour son personnel soignant, des recherches cliniques et des campagnes sanitaires ; puis qu'en 1950, en pleine guerre froide, les médecins espagnols qui le dirigeaient furent arrêtés parce que membres d'un parti communiste étranger.

C'est alors grâce à Joseph Ducuing, professeur de chirurgie à l'université de Toulouse et directeur du centre régional anticancéreux, que l'hôpital fut sauvé de la disparition pure et simple. Vingt ans plus tard, le nom du professeur lui fut donné pour lui rendre hommage.

Voilà, désormais, vous en savez un peu plus. Mais pour poursuivre sur votre lancée, n'hésitez pas à consulter l'ouvrage coordonné par Àlvar Martínez Vidal disponible dans notre bibliothèque.

¡ Et promis, très bientôt, je lirai Don Quichotte !

Permis de construire, construction d'un immeuble collectif, SCI des Jardins, à l'angle des Allées François-Verdier et de la rue des Jardins, 1962. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 2799.

PC 007 - Permis de construire


septembre 2016

Lorsque la commune vous accorde un permis de construire, vous ne devenez pas subitement un agent au service secret de la mairie, non ! Vous obtenez simplement le droit d'ajouter votre pierre aux nombreux édifices que compte déjà la ville ! Et des permis de construire, il y en a plus de 64 000, qui vous attendent tels des spectres, rien que pour vos yeux, dans les entrailles des Archives municipales.

Vous pouvez désormais mettre au jour ces diamants éternels grâce au moteur de recherche de notre base de données en ligne (pour les bâtiments édifiés entre 1922 et 1999 ; l'année 2000 sera bientôt disponible), et venir les consulter sans attendre dans notre salle de lecture, parce qu'on ne vit que deux fois !

En revanche, pour les permis demandés entre 2001 et 2016, vous devrez vous adresser au service des Autorisations d'Urbanisme, 1 place des Carmes.

Bibliothèque des Archives, magasin 6, 2016. Cliché : Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales.

À l'heure de la rentrée littéraire, voici les nouveautés de notre bibliothèque


septembre 2016

La période estivale est souvent l'occasion de nous lancer dans de grands chantiers : désherbage, reconditionnement, recotation, refoulement, mise à jour de la signalétique… Bref, de quoi faire un peu de sport en attendant le réconfort des vacances bien méritées… Et cette année n'a pas fait exception. Nous nous sommes donc lancés dans la réorganisation matérielle (et spirituelle ?) de nos collections de périodiques.

La principale difficulté de ce type de ressources est justement d'anticiper l'accroissement des collections dites « vivantes » (c'est-à-dire pour lesquelles de nouveaux numéros à paraître vont venir compléter ceux que nous conservons déjà).  C'est un exercice d'autant plus délicat que l'espace est une denrée rare, qu'il faut s'efforcer d'optimiser.

Par ailleurs, les 279 titres que nous possédons balaient un éventail assez large de thématiques. Jugez plutôt : les Cahiers de civilisation médiévale côtoient la Revue du Touring-club de France, en passant par le Bulletin du Club des cartophiles de Midi-Pyrénées ou la Lettre des Amis des archives de la Haute-Garonne

Alors, pour vous proposer un accès plus simple, nous avons mis en place un plan de classement des périodiques. Vous pouvez ainsi, en quelques clics, disposer d'un panorama général de nos ressources. Une fois parvenu sur la notice du titre qui vous intéresse, vous avez même la possibilité de consulter l'état de collection correspondant (en cliquant sur « Voir les exemplaires bulletinés »), ainsi que la liste et les références des articles qu'il contient, relevés dans notre base de données (en cliquant sur « Voir les articles dépouillés »).

Ne reste plus maintenant qu'à vous lancer...

[Portrait d'une enfant]. Entre 1871 et 1875. Portrait en pied d'une enfant appuyée sur une pile de livres, vêtue d'une robe et d'une veste sombres. Photographie collée sur carton, 9 x 5,5 cm. Eugène Delon. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1 Fi 777 (détail).

Sur la route des vacances, n'hésitez pas à « Partir en livre »...


juillet-août 2016

Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas (que) de la bibliothèque des Archives dont je vais vous parler ce mois-ci, mais d'une opération lancée par le Ministère de la Culture qui se déroulera du 20 au 31 juillet. « Partir en livre » (c'est son nom) se présente comme la grande fête du livre pour la jeunesse.

Et comme ce sont les jeunes d'aujourd'hui qui deviendront nos lecteurs de demain, il est donc tout naturel pour une bibliothécaire d'en faire la promotion (çà tombe bien : ce sont les soldes...) : alors, qu'elle soit scolaire, « Partir en livre : La grande fête du livre pour la jeunesse », 2016. Affiche de Joann Sfar. Ministère de la Culture et de la Communication.universitaire, ou avant tout de loisir, pratiquez la lecture ! Et encouragez vos petits camarades autour de vous : les jeunes, mais aussi les moins jeunes... Prenez-vous en photo avec votre livre fétiche sur la plage, assistez à l'heure du conte dans votre librairie préférée ou laissez-vous tenter par une bibliothèque nomade au détour d'un jardin...

Et si l'inspiration vous manque, ou que vous, infatigable chercheur, décidez non seulement de passer l'été au frais dans notre salle de lecture (attention, elle sera fermée la deuxième quinzaine de juillet), mais en plus, d'y traîner votre neveu désœuvré, pas de problème : nous avons la solution. En fouillant dans notre catalogue, vous trouverez bien une bande-dessinée, un roman d'aventures... ou un atlas routier collector. De quoi passer un bon moment en notre compagnie !

 

Boulevard Delacourtie. 26 janvier 1969. Vue d'un convoi transportant le fuselage de l'avion Lockheed Constellation L-1049G Super G d'Air France lors de son acheminement vers le centre d'attraction de Castelnaudary (Aude) depuis le site de Montaudran, cliché André Cros, négatif noir et blanc 6 x 6 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2327.

Un convoi exceptionnel bien déroutant


juillet-août 2016

Ceux qui suivent, depuis plus de 100 ans déjà, le Tour de France cycliste ne seront pas étonnés : en matière de véhicules incongrus, la caravane du Tour tient la palme. Dans une moindre mesure, on voit aussi quelquefois passer sur nos routes de superbes yachts ou voiliers juchés sur une remorque et qui, à l'instar des saumons, taquinent les bouchons et remontent le courant pour rejoindre un nouveau port d'attache.

Mais voilà, l'illustration proposée n'a absolument aucun lien avec une quelconque course à la voile ou à la pédale, car il s'agit là d'un avion (certes en pièces détachées) effectuant son premier envol, certes au ras du sol, entre les ateliers de fabrication toulousains et la zone de montage.
Ainsi, certains d'entre vous, nés avant les années 1970, se seront-ils probablement retrouvés un beau jour nez à nez avec la Caravelle ou le Concorde, alors qu'ils évoluaient lentement dans les rues de la ville.

 

Le photographe André Cros, que l'on apprécie particulièrement pour ses superbes clichés d'événements sportifs, aura su se faufiler dans les embouteillages afin de capturer ces étranges oiseaux encore rivés au sol et nous offrir ainsi ces beaux témoignages, vestiges d'une époque révolue.

Décret du parlement de Paris sur rouleau de parchemin, portant adjudication des moulins de Lisle-Jourdain et Daux aux capitouls, 22 décembre 1515. Ville de Toulouse, Archives municipales, ii 14/6 (zoom sur une partie des sceaux servant à assurer les attaches entre les différentes peaux cousues et ainsi empêcher toute falsification de l'acte).

Le recyclage pour les sceaux


juin 2016

Les sceaux tout le monde connaît, il y en a partout et cela depuis belle lurette ; et malgré des multiples évolutions de la diplomatique, ils ne sont pas prêts de disparaître, les grands de ce monde en font encore usage lorsqu'ils veulent valider un traité, une loi, etc.

Bref, le sceau a encore de beaux jours devant lui.
Mais attention, les sceaux sont fragiles par essence, et comment faire pour les préserver ? Depuis longtemps Archives et Bibliothèques se sont penchées sur le cas des sceaux et diverses recommandations ont été produites, des techniques de conservation développées, et nos restaurateurs savent parfaitement protéger et bichonner ces petites choses qui scellent les actes.
Au lieu de vous présenter les dernières techniques de pointe en matière de préservation des sceaux, nous avons préféré vous montrer en image celle en usage sous l'Ancien Régime. Elle est toute simple, se fait à base de recyclage de vieux manuscrits poussiéreux sur parchemin que l'on considère inutiles* : on découpe deux ronds dans le vieux parchemin qu'on va ainsi recycler, on enveloppe le sceau sur l'avers et le revers, un coup d'aiguille bien placé pour lier le tout, et le tour est joué, on obtient une ingénieuse et non moins ravissante enveloppe à sceau. Voilà un sceau qui se trouve désormais protégé des dégradations.

Un conseil toutefois : si d'aventure vous aviez un sceau à protéger, ne vous amusez pas à reproduire cette technique démodée et contactez votre restaurateur le plus proche.

* De nos jours, l'emploi des qualificatifs vieux, poussiéreux et inutiles feront évidemment bondir tout archiviste qui se respecte.
 

Récupération d'annuaires téléphoniques (1985). [Camion benne, place du Capitole, pour symboliser, en présence du maire, le recyclage du papier par le biais d'une campagne de sensibilisation]. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 4510.

Le papier : une invention millénaire, toujours d'actualité, facile à recycler


juin 2016

À l'heure où l'on nous exhorte, à force de beaux discours, de crédits d'impôts et de malus écologiques, à sauver la planète, les baleines et les abeilles, une question cruciale se pose : que peut-on recycler dans notre bibliothèque ? Les numéros en double du Bulletin d'Information du Personnel municipal ? Le mobilier ? Les lunettes de la bibliothécaire ?
Il faut être réaliste : on a beau avoir mis en place une bibliothèque numérique et numérisée, c'est bien le papier, inventé par les Chinois trois siècles avant notre ère, qui reste le principal support de nos documents. Alors, concrètement, quand vient le temps de désherber les collections, en retirant des rayonnages les ouvrages et les revues qui n'entrent plus dans notre champ de recherche, qu'en faire ?
Tout d'abord, les proposer à d'autres (bibliothèques, centres de documentation, services d'archives). On ne sait jamais : on pourra peut-être les aider à compléter leurs fonds. En général, cela fonctionne plutôt bien, car cette pratique s'est beaucoup développée, tant au niveau régional (avec la mise en œuvre de plans de conservation partagée) qu'au niveau national (grâce aux outils de consultation des états de collections en ligne, comme Périscope).
Et pour ce qui ne les intéresse pas ? Alors, dans ce cas, on envoie les documents « au pilon », autrement dit : au recyclage. Autant le dire tout de suite, on n'aime pas çà. Pour nous, le livre n'est pas un objet comme un autre, qui prend la poussière sur les étagères ou qui passe de mode. Mais il faut bien se rendre à la raison : l'espace de stockage est une denrée précieuse, qui oblige à certains sacrifices. Et puis, c'est ce qu'on appelle le « cycle de la vie » : le papier ainsi recyclé sert à imprimer de nouveaux livres.
Hakuna Matata !

MALBREIL, François. Muséum d'histoire naturelle de Toulouse. Voyage dans les collections : Carnet pictural, Toulouse : Éditions Privat / Muséum, Collection « Patrimoine régional », 2015, première de couverture. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3764.

Invitation au voyage...


mai 2016

Dans la bibliothèque des Archives, on trouve de beaux livres (sur l'architecture et le patrimoine, les expositions d'archives ou d'objets d'art...), des brochures, de la littérature grise, de la presse, des travaux universitaires, des dictionnaires et même des bandes-dessinées (si si, je vous assure). Il est cependant beaucoup plus rare de trouver des ouvrages qui mêlent à la fois la rigueur d'une description scientifique des collections et le ressenti d'un artiste qui les représente. C'est pourtant ce qu'ont réalisé François Malbreil et le Muséum d'histoire naturelle de Toulouse.

À travers l'ouvrage intitulé « Voyage dans les collections : carnet pictural », publié en 2015 pour les 150 ans du Muséum, on découvre les objets, souvent d'origine lointaine, qui ont marqué l'homme, le voyageur et l'artiste, et qu'il a retranscrits à travers ses dessins, gravures, estampes ou lithographies.

Le portrait qu'il a peint de cette « Malgache des hauts-plateaux », à partir d'un cliché en noir et blanc de la collection Julien, retrouvé dans la base iconographique du musée, en est un très bel exemple. À tel point qu'il a servi de première de couverture à l'ouvrage.

Librairie papeterie "Aux Six Sœurs", 2 place Saint-Étienne, années 1960, vue de la façade de l'établissement sur la place. Ville de Toulouse, Archives municipales, 41 Fi 362 (détail).

Sœurs jumelles


mai 2016

Le saviez-vous ?! Toulouse fait partie d'une grande famille ! Et je ne vous parle pas de l'Occitanie, non, mais de ses sœurs de sang, ses villes jumelles ! Car la ville rose ne compte pas moins de six villes jumelées de part le monde : Bologne en Italie, Kiev en Ukraine, Tel-Aviv en Israël, Atlanta aux États-Unis, Chongqing en Chine et Elche en Espagne. De quoi programmer un véritable tour du monde pour aller faire connaissance avec les petits cousins !

Ces alliances transfrontalières peuvent vous sembler incongrues, mais elles permettent de nouer des relations amicales entre villes de taille plus ou moins équivalente et les échanges qui en découlent sont d'autant plus fructueux. Sans cela, il faut bien se le dire, la marchande de fruits secs du boulevard de Strasbourg n'aurait jamais serré la main du maire d'Atlanta et les élèves du collège de Lalande n'auraient jamais pris l'avion pour aller à la rencontre de leurs homologues chinois ! Comme quoi, on ne choisit pas sa famille, sauf dans le cas des villes jumelées !

Reproductions de vues perspective dessinées du projet de bains-douche sur la place Jean Diébold. Crédit manuscrit en bas du dessin à droite : "Dressé par l'Architecte de la Ville, diplômé par le gouvernement. Toulouse le 28 décembre 1929. Jean Montariol", Ville de Toulouse, Archives municipales, 921 W 332 et 57 Fi 7.

Jeu des 7 erreurs (eau bas mot...)


avril 2016

Car il y a quelques erreurs (je ne les ai pas toutes comptées...) entre ces deux images ! Il s'agit en fait de deux représentations très similaires des bains-douche de Saint-Cyprien, dessinées par l'architecte Jean Montariol en 1929.

Au début du 19e siècle, la municipalité fait construire cinq établissements de ce type à destination des personnes n'ayant pas accès à l'eau courante. Ces images illustrent bien l'animation qu'il pouvait y avoir autour de ces lieux de vie, les enfants qui courent, les ouvriers qui viennent se délasser après une longue journée de travail, la haute bourgeoisie qui passe au loin sans détourner le regard (eh oui, elle a l'eau courante, elle...).

Mais ne comptez pas sur moi pour vous donner tous les indices ! La véritable erreur, s'il en est une, ou plutôt l'heureux hasard, c'est d'avoir trouvé la reproduction couleur de cette image dans l'un des 64 000 dossiers de permis de construire que nous conservons (autant dire une goutte d'eau dans un océan de déclarations d'urbanisme !). Cela s'explique par le fait qu'au début des années 1990, le bâtiment, n'ayant plus réellement d'utilité, est désaffecté, démoli puis remplacé par une mairie annexe, des locaux pour la police municipale et un parking en sous-sol. Ne subsiste de ces bains-douche que la porte en fer forgé au monogramme VT (Ville de Toulouse) ornée de son enseigne « douches municipales » en mosaïque.

NB : Dépouillement informatisé des permis de construire à consulter uniquement en salle de lecture en raison des données personnelles qu'il contient.

GUIZARD, Georges. De la Garonne au robinet : L'eau potable à Toulouse au XXe siècle, Toulouse : Mairie de Toulouse / Service des Eaux, 2006, première de couverture. Ville de Toulouse, Archives municipales, US/944.863/AMT/1.

Il était une fois... la « Toulousaine » des eaux


avril 2016

Toutes les grandes villes se sont construites au bord d'un fleuve : Rome, Alexandrie, Londres, Paris, Montréal, New Delhi... Lyon et Toulouse. Pour chacune d'entre elles, il s'agissait de profiter de ses bienfaits (irrigation des cultures, transport de marchandises, voie de communication, réserve de nourriture...), tout en essayant de minimiser les risques encourus (invasions, épidémies, inondations...). Car si l'eau est source de vie, elle peut tout aussi facilement causer la mort.

L'hygiène et la salubrité publique sont l'une des préoccupations majeures du pouvoir municipal depuis l'Antiquité : apporter et mettre à disposition une eau potable de bonne qualité, c'est s'assurer (aujourd'hui encore) de la bonne santé de ses concitoyens. Et c'est au Service des Eaux de la Mairie de Toulouse (désormais Direction du Cycle de l'eau de Toulouse Métropole) qu'il revient d'accomplir cette mission au quotidien.

En 2006, Georges Guizard, qui a dirigé ce service pendant de nombreuses années, est parti à la retraite. On aurait pu croire que toute cette mémoire serait perdue... C'était sans compter sur son envie de transmettre et sa passion pour son métier. Soutenu par la mairie, il a donc publié un ouvrage à la fois historique et technique, illustré mais pointu, qui appartient aux Usuels de notre bibliothèque, à consulter librement en salle de lecture !

BORDES, François. Sorciers et sorcières : Procès de sorcellerie en Gascogne et Pays basque, Toulouse : Éditions Privat, 1999, détail de la première de couverture. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1253.

Rugby, archives et sorcellerie : bibliographie d'une promotion réussie


mars 2016

Alors voilà... Tout comme le Stade Toulousain a vu partir Guy Novès, devenu sélectionneur du XV de France, c'est au tour des Archives municipales de laisser s'en aller leur directeur, désormais inspecteur général, et que l'on aurait pu (mais pour d'autres raisons, évoquées un peu plus loin) également surnommer « le Sorcier »...

Afin de faire la promotion du récent promu, il a semblé opportun d'établir la bibliographie (non exhaustive, on ne sait jamais ce qu'on peut retrouver dans l'arriéré de la bibliothèque...) des ouvrages et des travaux publiés par notre aimable (et néanmoins barbu) ancien directeur.

Cette bibliographie, que vous pouvez télécharger ici, s'articule autour de quatre thématiques : l'histoire urbaine, les archives et la mémoire, la photographie et les cartes postales, et... la sorcellerie. Quand je vous disais qu'il y avait des points communs… et je ne vous parle même pas de la couverture de son livre sur le sujet : vous jugerez par vous-mêmes… Un indice néanmoins : Jeanne Mas aurait apprécié…

Mais revenons à nos moutons (landais bien entendu)… Les références précises et la cote des documents sont indiquées. Toutefois, n'hésitez pas à consulter le catalogue en ligne de notre bibliothèque pour y retrouver des informations complémentaires (résumé, description matérielle ou observations), susceptibles de vous aider à choisir l'ouvrage convenant le mieux à votre recherche.

Bon vent et bonne chance !

Magasin 3 des Archives municipales, mars 2016, Stéphanie Renard. Ville de Toulouse, Archives municipales, non coté.

Quand la paperasse prend du galon ! Ou comment devenir archives historiques…


mars 2016
Ah, la paperasse ! L'administration croule sous la paperasse ! Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la production de documents administratifs n'a cessé de croître, et l'avènement de l'informatique n'y a rien changé, bien au contraire. Toujours plus de formulaires à remplir, de rapports et autres comptes-rendus à rédiger, si bien qu'on ne sait plus où donner de la tête ! Et pourtant, parmi cette masse croissante de documents, mêlant allègrement papiers et mégaoctets, sont enfouies, bien cachées, les sources de l'histoire. Au cœur de cette paperasse mal-aimée se trouve un véritable trésor, une mine d'informations que l'archiviste a pour honorable mission de révéler au grand jour. Aidé d'une armada de circulaires et d'instructions ministérielles, ce travailleur de l'ombre évalue sans relâche l'intérêt des productions administratives et sélectionne les documents qui seront promus au rang tant convoité d'archives historiques. Car cette reconnaissance, cette élévation suprême au rang de patrimoine, ne peut être décemment accordée qu'aux archives porteuses d'une valeur juridique perpétuelle et/ou d'une valeur historique. C'est ainsi que chaque jour, les agents des Archives municipales de Toulouse partent en quête de ces documents qui, de simple paperasse, deviendront les archives de demain.
Carl Spitzweg. « Le Rat de bibliothèque ». Huile sur toile, vers 1850. 49,5 x 26,8 cm. Actuellement conservé au Musée Georg Schäfer (Schweinfurt, Allemagne). Source : The Yorck Project [Licence GNU Free Documentation License (http://www.gnu.org/licenses/fdl-1.3.fr.html)], via Wikimedia Commons.

Vous « faire la courte échelle » ou la mission du bibliothécaire...


février 2016

À quoi sert un(e) bibliothécaire ? À remplir des fiches, à ranger des livres, à répéter « Chuuuuut... » en boucle toute la journée et à garder à l'œil, ses lunettes bien vissées sur le nez, les fauteurs de trouble éventuels qui oseraient s'aventurer en salle de lecture. Voilà qui semble tout de même bien réducteur comme vision du métier...

Non, en vérité, le (la) bibliothécaire, comme tout professionnel de l'information, a pour mission d'être à l'écoute de vos attentes, de déterminer ce qui, dans les ressources dont il (elle) dispose, pourra vous être utile et vous aider dans vos recherches (qu'elles soient professionnelles, scolaires ou universitaires, ou même personnelles), et de vous en permettre l'accès grâce à des outils et un accueil adaptés. Autrement dit, sa mission est de vous faire la courte échelle, afin que vous puissiez voir, par dessus la barrière des catalogues et des procédures particulières, les documents dont vous avez besoin. Une sorte de passeur de savoir, finalement.

C'est pourquoi nous vous proposons des entrées thématiques, accessibles depuis le plan de classement de la bibliothèque, et des index spécifiques (comme « Bibliothèque numérisée » par exemple), destinés à vous faciliter les recherches et à vous faire apprécier encore davantage la richesse de nos collections.

Alors, pensez-y la prochaine fois que vous franchirez la porte de la salle de lecture : n'ayez pas peur de la personne qui vous accueille, elle est là pour vous aider !

Poisson dessiné pour le premier avril (détail). Plaque de verre négative. Raoul Berthelé. Début du 20e siècle. Ville de Toulouse, Archives municipales, 49 Fi 1584.

Quand l'échelle n'est pas le problème, mais la solution !


février 2016

Car pour les poissons migrateurs du bassin de la Garonne, quand on leur parle d'échelle, ils pensent d'abord à un poisson d'avril ! Et pourtant, on leur enlève une sacrée épine de la nageoire : cela signifie qu'ils pourront convoler plus facilement vers leurs zones de reproduction, en esquivant les barrages construits au fil du fleuve tels des murs infranchissables. Alors pour les aider à contourner ces redoutables obstacles, quoi de mieux qu'une échelle ! Vous pourrez en observer une à l'usine hydroélectrique du Ramier du Château. Cette installation, construite en 1987, est composée de 14 bassins successifs et d'une salle où l'on peut observer les poissons à travers des parois vitrées.

A l'époque, les élus ont même émis l'idée de compléter cet espace par un « musée-aquarium », mais le projet est, comme qui dirait, tombé à l'eau...

Taxe du poisson d'eau douce et de mer, pour l'année 1724, pendant ce carême. Placard imprimé, 29 janvier 1724. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB 285.

Régime plus adapté


janvier 2016
Enfant, le soir de Noël c'était une soupe à l'oignon, une truffe au chocolat et au lit ! Pour le Nouvel an, pareil !
Désormais, la période des fêtes semble se placer sous le signe de l'excès de produits fins mais gras ou sucrés. D'où de stupéfiantes prises de poids et de fulgurantes crises de foie.
Après les dindes, chapons, foies gras et autres volatiles dodus sacrifiés à l'autel des fêtes de fin d'année, il est temps de repasser à un régime sec où la part belle sera faite aux endives, navets et brocolis.
Du reste, ne serait-il pas judicieux que les hautes autorités du Vatican envisagent de déplacer le temps du Carême afin de le reprogrammer juste après les fêtes de fin d'année ?
En attendant une hypothétique réponse de François 1 er (celui du Vatican), les Archives vous proposent quelques idées pour manger maigre avec cette taxe (prix fixés par les capitouls) des poissons lors du Carême de 1758.
Signalons aussi que si la consommation de viande rouge était prohibée pendant ce temps de pénitence, les malades, femmes enceintes, enfants et vieillards et malades se voyaient tout de même autorisés à se rendre à la «  boucherie de carême », seule autorisée à débiter bœuf, veau et autres pendant les quarante jours qui précèdent Pâques.
Salle de lecture de la Bibliothèque Mazarine, Paris. Phot. Remi Mathis & Marie-Lan Nguyen, 19 avril 2010. [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons.

Où trouver des livres d'Ancien Régime ?


janvier 2016

Tout comme dans l'histoire de France on parle d'« Ancien Régime » pour ce qui précède la Révolution de 1789, ce qui permet par conséquent de faire coïncider nouveau(x) régime(s) et histoire contemporaine, il existe une césure comparable dans les fonds de la bibliothèque des Archives.

Pourtant, cela n'a rien avoir avec la prise de la Bastille ; c'est plutôt de révolution industrielle dont il s'agit ici : en effet, la mécanisation du processus de fabrication du livre dans les années 1815-1830 a non seulement révolutionné le métier d'imprimeur-libraire, mais il a également eu d'importantes conséquences sur le travail quotidien du bibliothécaire.

Avant, fabriquer un livre était un travail artisanal, qui demandait du temps, du savoir-faire, sans oublier de bons appuis politiques, et qui produisait des ouvrages dont les particularités rendaient chaque exemplaire unique (ou presque). La pagination, la collation des cahiers composant le corps de l'ouvrage, les privilèges de l'imprimeur, le lieu d'édition (parfois fantaisiste), ainsi que la reliure ou même les marques des anciens possesseurs visibles sur la page de garde méritaient donc toute l'attention de celui qui avait pour mission de le cataloguer.

Après la modernisation du procédé, la mécanisation de la fabrication du papier qui désormais se présente sous forme de rouleau et l'utilisation des caractères mobiles d'imprimerie qui permettent de reproduire des pages à l'identique, les particularités d'exemplaires sont beaucoup moins nombreuses, et par conséquent beaucoup moins chronophages. Cela tombe plutôt bien… car la production de livres, quant à elle, connaît une croissance exponentielle, et le bibliothécaire est donc bien loin de rester désœuvré...

La bibliothèque des Archives compte plus de 400 ouvrages relevant du fonds ancien, appelé « Réserve ». On y trouve également des livres rares et précieux, publiés au 19e siècle et jusqu'en 1914. Pour mieux les appréhender, nous sommes en train de les organiser selon un plan de classement thématique, ce qui devrait, à terme, en faciliter l'accès. Par ailleurs, plusieurs d'entre eux ont été numérisés et sont désormais accessibles en ligne. N'hésitez pas à les consulter !

« Répertoire Choudens, Princesse Joujou », (détail) partition complète (chant et piano). Couverture illustrée par G. Girbal. Éditions Choudens, Paris, 230 pages. vers 1922. Coll. Part.

Princesse Joujou


décembre 2015

Rassurez-vous, cette princesse-là n'est pas la prochaine héroïne animée de nos chères petites têtes blondes. Princesse Joujou, c'est comme un hibou, une reine de la nuit si vous préférez, le personnage principal d'une opérette en trois actes créée en 1922.

Mais pourquoi donc un tel bijou se retrouve dans les fonds des Archives municipales me direz-vous ?! Le livret de cette œuvre nous vient tout simplement des archives du Théâtre du Capitole. Ainsi vous pouvez découvrir l'histoire de cet établissement culturel à travers de nombreux supports, allant des classiques documents administratifs jusqu'aux nombreuses partitions, affiches, dessins préparatoires de costumes ou vidéos de représentations que nous conservons.« Répertoire Choudens, Princesse Joujou », partition complète (chant et piano). Couverture illustrée par G. Girbal. Éditions Choudens, Paris, 230 pages. vers 1922. Coll. Part.

A moins qu'une telle masse d'informations ne vous mette à genoux... ! Seul petit caillou dans votre quête de connaissance, la description de ces documents ne vous semblera pas toujours à la hauteur de la richesse de ce fonds, mais nous travaillons chaque jour à son amélioration.

Pas de quoi chercher les poux à Princesse Joujou donc...

 

Articles de fêtes et jouets : Catalogue 1936-1937, Toulouse : Bimbelot